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Montréal Concert Poster Archive

CAFÉ CONTINENTAL

Fondé par Jack Horn en 1950, le Café Continental fut l'un des cabarets les plus courus de Montréal durant les années 1950. Il était situé au coin de la rue Sainte-Catherine Ouest et St-Urbain. Après son éclatant succès à Paris, Félix Leclerc revient à Montréal en 1951 et remplit un engagement de cinq jours au Café Continental. Montréal le reçoit alors en héros. C'est dans ce même lieu que Jack Horn offra à Jacques Normand, l'animateur vedette du cabaret Au Faisan Doré, d'ouvrir une petite boîte dans une salle attenante au Continental, le Saint-Germain-des-Prés. Cette salle enfumée contribua à donner à Montréal une image un peu plus française. Normand imita le style des chansonniers parisiens en engueulant sa clientèle, en se moquant de son auditoire et en causant de l'actualité politique.

En fait, à la fermeture du cabaret Au Faisan Doré (1950), la majorité des artistes associés à ce cabaret se transportèrent au Saint-Germain-des-Prés. Cette petite salle de 150 places contribuera à donner à Montréal, ville éminemment nord-américaine, une image un peu plus française.

Ce texte est assemblé à partir d’archives de journaux
98 rue Sainte-Catherine Ouest. – Mai 1959. Photo du service d’urbanisme. VM097-Y-02-D003B-0165-11. Archives de la Ville de Montréal.

Le Café Continental était un cabaret situé au 108 rue Sainte-Catherine Ouest à Montréal, au coin de St-Urbain. Il a ouvert le 24 mars 1950 et était opéré par Jack Horn.1,2,3

Le Café Continental avait une salle spacieuse qui pouvait accueillir 300 personnes et offrait une impression de confort. Les couleurs n’étaient pas trop vives et un éclairage discret ajoutait du charme à l’ambiance.3,4 Pour le spectacle d’ouverture, le café avait fait appel aux talents de la chanteuse Jacqueline Payette et de l’humoriste Marcel Gamache, de l’organiste Roland Cantin et des jazzmans Jack McGuire et Ralph March. Vic Dupuis, anciennement du Vienna Grill, était le gérant.4

Le Petit Journal, 22 avril 1951, BAnQ

Après son éclatant succès à Paris, Félix Leclerc revient à Montréal en 1951 et remplit un engagement de cinq jours au Café Continental.Montréal le reçoit alors en héros. Dès sa descente de l’avion à Dorval, Leclerc est entouré d’une armée de journalistes, de gens de la radio et d’admirateurs. À son arrivé au Continental, il y a tellement foule dans les lieux que ses amis personnels ne peuvent s’y frayer un chemin et manquent le spectacle.6 Félix Leclerc remporte un succès fou. Il arrive de Paris et c’est là qu’il a été réellement découvert; ce n’est qu’à son retour de Paris qu’il reçoit une vraie reconnaissance au Québec.7

Le chanteur et animateur Jacques Normand le présente au public du Continental: « Avant de vous faire entendre le célèbre chansonnier, permettez-moi de remercier la France et les critiques françaises qui nous ont révélé notre Félix Leclerc. S’il était né à Paris avant 1900, il aurait chanté ses rengaines dans les rues, au Lapin Agile et au Chat Noir, comme Aristide Bruant, avec son écharpe rouge, son costume de velours, ses bottes et son chapeau à large bord. C’est un honneur de l’avoir parmi nous et de savoir que son talent et ses chansons font mieux connaître les Canadiens français au monde entier. »7

BAnQ

Le 1er octobre 1951, l’ouverture du cabaret Saint-Germain-des-Prés, dans une nouvelle salle de 125 places annexée au Café Continental (2e étage), est le plus heureux événement de l’année dans le domaine des clubs de nuit de Montréal. Jacques Normand, Paul Berval, Marie Racine, Normand Hudon, Pierre Roche, Rita ‘’La Vedette’’, Colette Bonheur, Gilles Pellerin et Billy Munroe font de cette boîte un coin où la blague règne en maîtresse. C’était un rire continuel. Jamais des clients de clubs de nuit à Montréal n’ont plus ri que ceux qui sont allés au Saint-Germain-des-Près.8

La Patrie, 5 juin 1952, BAnQ

En 1952, Charles Trenet présente son tour de chant au Café Continental. Jack Horn fait l’impossible pour présenter les plus grands artistes français dans son café.9

En 1953, le Continental reçoit le talentueux fantaisiste français Henri Salvador. Il y présente un tour de chant varié et amusant. La mise en scène est impeccable.10

Henri Salvador, Le Petit Journal, 25 octobre 1953. Félix Leclerc, Le Petit Journal, 22 avril 1951. BAnQ

Suite à des rénovations, le Nouveau Continental rouvre ses portes le 26 janvier 1955 et présente la dynamique interprète française Tohama. Le Continental bourdonne ensuite d’une activité nouvelle. Sa salle à manger au rez-de-chaussé, sous la direction de Guy Chevalier, reçoit les plus fins gourmets. La salle, au deuxième étage, présente d’excellents spectacles.11

Au courant de la deuxième moitié des années 1950, Jack Horn connait des difficultés avec l’Union des Musiciens. Il prend la décision de ne plus présenter de spectacles.12,13 Il songe désormais à louer la salle en tant que salle de bal ou théâtre.14,15 La salle du Saint-Germain-des-Prés, fermée depuis quelques temps, est remplacée par le Théâtre de Dix Heures de Jacques Languirand en 1956.16

Jack Horn revoit sa formule et ouvre son nouvel Opéra Lounge au Café Continental en 1961.17

Jack Horn décède le 30 janvier 1969 à l’âge de 82 ans.18 Le Continental continue à opérer jusqu’en 1970.19

L’immeuble est détruit peu de temps après pour faire place à la construction du Complexe Desjardins qui sera achevé en 1976.20 La rôtisserie St-Hubert du Complexe Desjardins, à l’angle de la rue Ste-Catherine et St-Urbain, occupe actuellement le lieu où, il y a soixante-quinze ans, naissait le Café Continental.

Retour sur Jack Horn

Jack Horn est né en Pologne, est allé aux États-Unis en 1906 et est venu à Montréal en 1913. Il a commencé dans le domaine de la restauration en 1916 lorsqu’il a ouvert le Cosmopolitan Political Club. Il a été pendant de nombreuses années l’organisateur politique de Peter Bercovitch, député libéral. Il a exploité le Stanley Grill sur la rue Stanley dans les années 1930. Il était également propriétaire du restaurant Horn’s (Main Café) sur le boulevard St-Laurent. Il a repris le restaurant Bowen’s sur la rue Ste-Catherine. Il a ensuite été propriétaire du Clover Café en face du Forum. Il a vendu toutes ses boîtes de nuit, à l’exception du Café Continental qu’il a conservé au moment de sa mort.18 Jack Horn, qui a fait les belles nuits de Montréal avec ses cabarets, a été le premier à faire venir Félix Leclerc à Montréal après son succès en France et lui avait offert le plus gros cachet de l’époque, soit $2,000. Avant son exil, personne ne croyait au premier chansonnier canadien dans une boîte de nuit.21

Angle sud-ouest des rues Saint-Urbain et Sainte-Catherine. – Mai 1959. Photo du service d’urbanisme. VM097-Y-02-D003B-0165-12. Archives de la Ville de Montréal.
Autrefois le Café Continental et le Saint-Germain-des-Près, 108 rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal. Aujourd’hui le St-Hubert du Complexe Desjardins. Google Earth, 2024.
Sources
[1] The Continental opens tonight, The Gazette, 24 mars 1950
[2] Ça et là, Montréal-Matin, 15 avril 1950
[3] Charleston contests start in local cafe, The Gazette, 2 mai 1950
[4] Ouverture du nouveau lounge Continental, La Presse, 28 mars 1950
[5] Bravo Félix!, Le Petit Journal, 22 avril 1951
[6] Montréal reçoit Félix Leclerc, Radiomonde, 28 avril 1951
[7] La ronde des cabarets, La Patrie, 24 avril 1951
[8] D’une boite à l’autre, Photo-Journal, 11 octobre 1951
[9] Retour de Charles Trenet, Le Petit Journal, 1 juin 1952
[10] Un tour de chant varié, Le Canada, 30 octobre 1953
[11] Le Continental rouvre ses portes, Montréal-Matin, 26 janvier 1955
[12] Continental, Petit journal, 20 février 1955
[13] Rufi sur l’onde, Radiomonde, 23 novembre 1957
[14] Continental, Photo-Journal, 2 avril 1955
[15] Continental, Photo-Journal, 23 avril 1955
[16] Jacques Languirand et le Roi Ivre, La Patrie, 30 octobre 1956
[17] Grande ouverture opera lounge, Radiomonde, 7 janvier 1961
[18] Obituary Jack Horn, Montreal Star, 31 janvier 1969
[19] La RAQ annule quatre permis de cabarets, La Presse, 1 octobre 1970
[20] Place Desjardins lien entre l’est et l’ouest de Montréal, Le Devoir, 15 avril 1970
[21] Mini news, Le Petit Journal, 17 février 1969
Nous avons compilé ce texte en utilisant les sources mentionnées ci-dessus. Les extraits sont reproduits tels quels avec modifications mineures par souci de cohésion. Nous avons traduit en français les sources provenant d’articles de journaux en anglais.
Dernière mise à jour du texte: 13 mars 2024

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