Skip to main content

CASA LOMA

Le cabaret Casa Loma était un célèbre établissement de divertissement situé à Montréal. Fondé dans les années 1950, il était situé sur la rue Sainte-Catherine Est, dans le Red Light District. Le cabaret était réputé pour ses spectacles de musique, de danse et de comédie, attirant une clientèle variée à la recherche de divertissements nocturnes. La Casa Loma a accueilli des artistes locaux et internationaux, ainsi que des revues musicales et des productions théâtrales. Il a été un lieu emblématique de la vie nocturne montréalaise jusqu'à sa fermeture dans les années 1970.

La Casa Loma était un important cabaret de Montréal qui marqua les arts de la scène canadienne-française durant les années 1950 et 1960. Un triple meurtre scella sa voie vers sa fermeture définitive en 1971.

La Casa Loma, 94 rue Ste-Catherine Est, Montréal BAnQ

Le Café Casa Loma était un important cabaret qui marqua les arts de la scène canadienne-française. Il était situé au 94 rue Sainte-Catherine Est et fut en opération de 1951 à 1971.1,2

La Casa Loma est fondée par Harry Holmok, propriétaire du Bellevue Casino, et de son partenaire d’affaires Thomas Steppan. Le cabaret est inauguré le 15 février 1951.1,3,4

Ouverture de la Casa Loma, 15 février 1951 BANQ

La Casa Loma était agréablement décorée et offrait tout le confort possible. On le comparait facilement avec tous les plus chics cabarets de Montréal. Les décors de Jean Hébert donnaient une atmosphère sud-américaine. La salle était vaste, on voyait bien de partout. La cuisine était excellente. Les corps de ballets étaient formés par Mme Kamarova qui avait aussi la direction de ceux du Bellevue Casino et les arrangements musicaux étaient de George Komaroff, son mari. La direction tenait à présenter des spectacles de qualité. Le chanteur brésilien Tito Coral était en vedette lors de l’ouverture. L’orchestre était sous la direction de Marcel Doré. Le tout était géré avec souplesse par Albert Langelier qui avait obtenu les services de Ralph Cobetto comme maître de cérémonie.3,5

En 1952, la Casa Loma est vendue à Andy Cobetto, le cousin de Ralph Cobetto, et à Henri Forgues.6

Dès le départ, Andy Cobetto et Henri Forgues misent sur les vedettes canadiennes. Leur spectacle était toujours construit de la même façon. Quatre numéros. Trois numéros de variétés, en général américains, et une vedette, toujours canadienne-française. Il y avait 560 places : c’était grand à remplir. Les artistes québécois étaient peu connus à cette époque et le public était très peu habitué à les voir affichés en vedette quelque part. Les Tune-Up Boys, qui inaugurèrent la nouvelle politique de vedettes canadiennes, triomphèrent à la Casa Loma pendant 28 semaines consécutives.6

La Patrie, 11 janvier 1953, BANQ

Devenu maître de cérémonie officiel de la Casa Loma en 1954, Jen Roger s’assure d’y présenter le talent local. « J’y ai présenté toutes les grandes vedettes du Québec. [À l’époque…], la Casa Loma était considérée comme la Place des Arts. »7,48

Photo-Journal, 13 mars 1954, BAnQ

En mars 1957, c’est Paolo Noël qui succède à Jen Roger.7 Jean Simon présente ses concours « Les Découvertes de Jean Simon » et « Nos Vedettes de Demain » pendant plusieurs années à la Casa Loma.7 Plusieurs jeunes talents sont découverts dans ses concours: Jean Lapointe, Michel Louvain, Mona Bégin, Lauréanne Lemay, Pierre Sénécal, Claude Vincent.6

Dimanche-Matin, 18 septembre 1960, BAnQ

La politique de présenter des vedettes canadiennes à la Casa Loma continue pendant une dizaine d’année. Les plus populaires sont Dominique Michel et Denise Filiatrault (records d’assistance), Monique Cadieux, Les Jérolas, Ti-Gus et Ti-Mousse, Le Père Gédéon, Michel Louvain, et l’équipe de Pique-Atout.6

Montréal-Matin, 29 avril 1960, BAnQ

« Nous avions beaucoup de succès à la Casa Loma, » explique Dominique Michel. « M. Cobetto, le propriétaire, était un homme charmant qui aimait bien les artistes, et sa femme Andrée Cobetto, était une cliente du salon de coiffure de ma mère. Nous avions des visiteurs émérites à la Casa Loma. J’ai retrouvé une photo où Charles Trenet me tient dans ses bras. Si je n’avais pas vu la photo, j’aurais oublié son passage.»8

En 1962, on retrouve au 2ème étage de la Casa Loma une vaste salle de danse nommée le Roseland Ballroom. Andy Cobetto transforme cette salle en cabaret pour accueillir les jeunes danseurs de twist.9

Un soir de 1962, Jean Simon encourage un jeune chanteur du nom de Serge Laprade à se présenter à son concours d’amateurs à la Casa Loma. « Cette année-là, » explique Serge, « je débutais avec Ginette Reno. J’ai pris part au même concours amateur qu’elle à la Casa Loma. Et j’ai gagné. Quand Ginette me rencontre aujourd’hui et qu’elle se souvient de ça, elle me dit: ‘’Tu te rappelles Serge…? Et dire que tu as gagné.’’ Et pourtant, qui de nous deux, a plus de voix? Nous rions bien ensemble. » Ginette Reno avait remporté la première place au concours de Jean Simon, deux ans plus tôt, au Café de l’Est.10,52

Casa Loma

En 1962, Andy Cobetto transforme la salle du second étage pour y présenter les spectacles de la famille Soucy, un groupe musical québécois composé d’une seule famille œuvrant dans le registre traditionnel. Le père Isidore Soucy, déjà fort connu, est la figure centrale du groupe. On nomme la salle: « Chez Isidore ». Le cabaret est de style typiquement canadien. La décoration est simple. Beaucoup de bois sculpté, du bouleau naturel, de la verdure.11,12 En plus de pouvoir danser et chanter en compagnie de la famille Soucy, vous pouvez déguster des mets typiquement canadiens: cretons, tête fromagée, pâté de foie gras, ragoût de pattes de cochon et tartes à la farlouche.13 La famille Soucy remplit la salle chaque soir en y invitant des artistes talentueux.14

Télé-Radiomonde, 3 novembre 1962, BAnQ

Six semaines plus tard, Isidore Soucy décède à l’âge de 63 ans.15 La salle est renommée temporairement la « Casa Loma-En Haut ».16

On sent que le jazz prend une importance accrue dans la Métropole au courant de l’année 1963. Andy Cobetto invite le trio d’Oscar Peterson à se produire à la « Casa Loma-En Haut ». Il remporte un succès étonnant. Devant un essai aussi concluant, Cobetto décide de poursuivre l’expérience et d’inviter d’autres grands jazzmen.17 

The Gazette, 2 décembre 1963

C’est dans cet état d’esprit qu’il rebaptise à nouveau la salle du second étage « Le Jazz Hot ». Le premier concert sous la bannière Jazz Hot est celui du saxophoniste américain Cannonball Adderley le 23 mars 1964.18,19 La salle est rénovée et dotée de systèmes de sonorisation et d’éclairage de grande qualité. Cette nouvelle boîte de jazz apparaît alors qu’une autre boîte de jazz à Montréal, La Tête de l’Art, rue Metcalfe, bat de l’aile. Moins de deux semaines après l’ouverture du Jazz Hot, Andy Cobetto demande à Pierre Leduc, pianiste attitré à La Tête de l’Art, de prendre la tête de son trio maison. Six ou sept soirs par semaine, le Jazz Hot offre de la musique sans interruption. Le trio de Pierre Leduc et les plus grands musiciens de jazz de l’heure s’alternent sur la scène du Jazz Hot: John Coltrane, Miles Davis, Bill Evans, Thelonious Monk, Sonny Rollins, Coleman Hawkins, Art Blakey, Duke Ellington et Lionel Hampton.20

« La Casa Loma, » explique le musicien montréalais Pierre Leduc, « était l’expérience capitale de ma vie. Je jouais tous les soirs devant un public. Et j’ai surtout eu l’occasion d’écouter les plus grands jazzmen du monde. J’ai beaucoup appris. » La communication entre Leduc et les grandes vedettes qui défilaient sous ses yeux se faisait presque essentiellement par la musique. Selon lui, John Coltrane est, de tous, celui qui lui a le plus apporté. Or ils ne se sont jamais parlé. Pas un mot. Il y a eu une fusion de l’esprit.21

Certains ensembles américains ont joué au Jazz Hot pendant deux semaines et on avait parfois droit à un programme double avec deux ensembles invités. La communauté du jazz de Montréal était ravie de pouvoir entendre les musiciens invités par Cobetto, mais les clients se sont faits plus rares au fur et à mesure qu’augmentait le prix des billets afin de couvrir les frais de voyage élevés des musiciens américains. Cette programmation extravagante est fatale au cabaret.20

Le Jazz Hot redevient la Casa Loma-En Haut le 2 août 1965 avec un spectacle du chanteur français Théo Sarapo, le mari d’Edith Piaf.22

Au cours des années 1960, bien des choses changent à la Casa Loma mais la politique demeure forcément la même. D’abord, les vedettes ne sont engagées qu’une semaine. Cela est lié à la télévision. On les voit tellement souvent qu’il est difficile pour eux de tenir l’affiche longtemps dans un cabaret. D’autre part, il n’y a plus de concours d’amateurs. C’est qu’au départ la Casa Loma était le seul cabaret à en faire puis tout le monde suivit, ils devinrent donc moins populaires. Une autre raison est la loi du dimanche qui interdisait de présenter des spectacles avant 18h et qui forçait les clients à manger avec leur consommation d’alcools. Cela a malheureusement eu pour effet d’écarter une grande partie des foules du dimanche, même si, comme Cobetto l’affirme, les Canadiens français aiment sortir le dimanche soir. Pour le reste, rien ne change. Toujours quatre numéros, toujours la vedette canadienne. C’est ce qui permet au Casa Loma de durer pendant que d’autres cabarets sont obligés de fermer leurs portes. La plupart des cabarets se sont lancés dans toutes sortes d’aventures et changeaient leur politique constamment ce qui avait pour effet d’éloigner un public qui aurait pu devenir régulier mais qui, ne sachant jamais à quoi s’attendre, préférait s’abstenir.6

En 1965, la « Casa Loma-En Haut » devient la salle « Playgirl » à go-go opérée par Fernand Lefebvre.23,24,25

La Casa Loma, 1971

Le 4 février 1967, c’est soir de première au Casa Loma. Beaucoup d’artistes, dont Tony Roman, Les Milady’s, Jacques Michel, Jean Claveau, Jenny Rock se pressent pour saluer Ginette Reno avant son tour de chant. À une petite table, près de la scène, monsieur et madame Raynault sont venus applaudir leur fille. Ginette reprend La Dernière Valse, popularisée par Mireille Mathieu, version francophone de The Last Waltz, pour la propulser en tête du palmarès des meilleures ventes. Accompagnée par l’orchestre de Georges Tremblay, Ginette donne une fois de plus la preuve de son immense talent et de sa nature exceptionnelle. On la compare à Judy Garland. À la fin de son tour de chant, c’est le délire, le public crie son enthousiasme. Désormais, elle peut se passer de son prénom. Elle est, tout simplement, la Reno.49

En 1967, Dominique Michel, Doris Lussier, Guy Provost, ainsi qu’une douzaine d’autres personnes sont parmi les nouveaux propriétaires de l’immeuble où loge la Casa Loma mais ils n’ont rien à voir avec l’exploitation du cabaret. Cobetto et Forgues demeurent les dirigeants.26

The Gazette, 22 mai 1967

En janvier 1968, Andy Cobetto avoue:  « Je ne sais plus quoi offrir au public. » Un communiqué de presse annonçait que la Casa Loma allait revenir à sa politique de spectacles entièrement canadiens. « Il n’y a plus beaucoup de gros canons, des gens qui font salle comble, et ceux-là, ils préfèrent aller à la Place des Arts ou à la Comédie-Canadienne » explique Cobetto. « Une fois qu’ils y sont passés, comment voulez-vous que je les engage? C’est impossible pour moi de les prendre. S’il y a quatre ou cinq mille personnes qui les ont vus en récital, ces gens-là ne reviendront pas les voir au cabaret. Durant l’été de 1967, nous avons fait des bonnes affaires parce que nous étions le seul cabaret à offrir une revue internationale. Mais depuis la fin de l’Expo 67, ça a été désastreux. Les mois de novembre et décembre (1967) ont été les pires que j’ai connus depuis 18 ans. Dans la grande salle, les spectacles coûtaient très cher. Il fallait payer les musiciens, les vedettes américaines, un maître de cérémonies, des numéros de variétés. Alors si une tête d’affiche nous demandait un cachet prohibitif et que les salles étaient vides, on ne pouvait même pas penser à faire nos frais. »27

Le 24 janvier 1968, Andy Cobetto, après avoir administré la Casa Loma pendant plus de 18 ans, cède son bail à Joe Di Maulo et à Fernand Lefebvre. Ce dernier exploitait déjà la salle Playgirl, à l’étage.28,29,30

En 1970, les victimes de l’escouade de la Moralité crient à l’injustice, à la persécution: « Les policiers, » disent-elles, « ne devraient pas mettre leurs gros pieds dans les plates-bandes de l’Art. » Les policiers eux répliquent: « Nous ne jugeons pas, nous constatons. Ce n’est pas nous qui inventons la loi, nous ne faisons que l’appliquer. » Fernand Lefebvre, le nouveau propriétaire, affirme que: « À la Casa Loma, nous ne présentons pas de spectacles indécents, mais il est sûr qu’on pourrait aller plus loin, sans être indécent. Et, entre nous, il est bien possible que ça aille encore pas mal plus loin dans l’avenir. »31

The Montreal Star, 5 décembre 1970

En décembre 1970, plusieurs centaines de jeunes se rendent à l’ouverture de la nouvelle discothèque « Pamplemousse » au-dessus de la Casa Loma. Le groupe Jude Three fait danser et groover tout ce monde.32,33 Le lounge de la Casa Loma, situé au rez-de-chaussé, devient le bar « Jacques Antonin ».

TRIPLE MEURTRE AU BAR JACQUES ANTONIN DE LA CASA LOMA

Casa Loma, 1971

En 1971, le complexe de la Casa Loma contient un strip-club au sous-sol, une discothèque à l’étage, et un bar au rez-de-chaussée appelé le Jacques Antonin.

Le 12 mars 1971, vers 5 heures du matin, une poignée de personnes boivent au bar après les heures normales de travail. La strip-teaseuse, Paulette Gingras, 19 ans, savoure un dernier verre avec son copain Jean-Claude Rioux. La jeune femme raconte qu’après avoir dansé jusqu’à trois heures dans la grande salle de la Casa Loma, elle avait rejoint son amant au bar. À la table de la jeune femme et de Rioux se trouve une tête brûlée du nom de Jean-Marc Morin, 32 ans. Celui-ci approche alors un client du nom de Jacques Verrier qui, selon lui, lui devait $500. Morin aurait crié après Verrier. L’ami de Verrier, le barman André Vaillancourt, aurait demandé à Morin en colère de baisser le ton. Au lieu de cela, le fougueux Morin aurait dégainé son revolver et abattu Verrier et Vaillancourt, chacun, d’une balle à la tête.2,34

Ceci est une version de l’évènement. Il y en a eu d’autres.2,34

La confusion s’ensuit. Morin prend la poudre d’escampette, bientôt suivi par les autres clients.2

Deux hommes morts. Mais l’action n’est pas encore terminée. Il y a alors un trio à une autre table, mécontent envers Rioux d’avoir amené un meurtrier dans leur bar. Cette table d’Italiens comprend Joe Di Maulo, 28 ans, gérant de la discothèque Pamplemousse de la Casa Loma (un acteur majeur de la mafia calabraise locale), Joseph Tozzi, 45 ans, qui dirigeait tout le complexe de la Casa Loma et Julio Ciamarro, 28 ans, un ami qui dirigeait le restaurant Caesar’s Palace sur la rue Hutchison. Alors que les clients s’enfuient, le trio Italien aurait alors retenu Rioux, que l’on retrouve mort la gorge tranchée 25 minutes plus tard. Ainsi, même si Rioux n’avait rien à voir avec la fusillade de Morin, il a été tué en guise de punition pour avoir partagé une table avec Morin, qui s’était enfui.34 La police n’a pas été appelée sur les lieux. C’est un agent de police qui, patrouillant la rue Sainte-Catherine, constate que la porte d’entrée est fracassée. C’est alors que les policiers découvrent les cadavres des trois hommes morts.2,35

Morin est arrêté à son domicile, mais seulement après que la police lui tire dans la jambe alors qu’il tente de s’enfuir.34

Les détectives arrêtent deux des trois Italiens en lien avec la tuerie, Tozzi et Ciamarro. Di Maulo, le troisième suspect, est activement recherché.36 Il se livre à la police à son retour de petites vacances en Floride.37

Di Maulo, Tozzi et Ciamarro sont jugés pour le meurtre de Rioux. Ils embauchent des avocats étoiles tels que Raymond Daoust (fondateur du journal Photo-Police et avocat de la mafia), Sidney Leithman (avocat de la mafia qui mourra abattu) et Léo-René Maranda (l’avocat de Vincent Cotroni, fondateur de la mafia montréalaise ainsi que son chef incontesté pendant 30 ans). 34

Les avocats contre-interrogent la strip-teaseuse Paulette Gingras jusqu’à ce que son témoignage vacille. Le témoin suivant est le busboy-barman Yvon Metras, qui ne se souvient de pas de grand-chose. Gordon Bull, le gardien de nuit, répète une grande partie de ce que Gingras a dit.34

Le procès connait un entracte « fellinien » alors que le juge, accompagné du procureur de la Couronne, des procureurs de la défense, des trois accusés, des douze jurés, de policiers, de journalistes et de photographes, se rendent à la Casa Loma où Jean-Claude Rioux a été égorgé. Cette visite de la cour, à travers les trois étages de l’immense boîte de nuit, dure trois heures. À l’extérieur, un miller de badauds s’entassent, visiblement intéressés. À l’intérieur de la Casa Loma, la chaleur est intense, étouffante, presque insupportable. La cour s’est rendue là, bien sûr, pour visiter le lieu du crime. Les journalistes ont tout vu: la chambre des fournaises, les ateliers de fabrications de décor, les chambres de réfrigération, les loges des vedettes, les gardes-robes, les bars, les salles de spectacle, les scènes, les arrières-scènes, les coulisses, les grands et petits escaliers, les chambres bourrées de soutiens-gorge, de faux bijoux, de vieux décors, les cages à pigeons, bref, toute la machinerie miroitante qui est utilisée dans une boîte de nuit. En somme, un Fellini, se serait senti chez lui au sous-sol de la Casa Loma. Di Maulo est alors, pour sa part, détendu. Il fait des blagues. Il demande aux photographes un peu trop acharnés de « penser à ses enfants. » Ses co-accusés, eux, semblent plus congestionnés.38 

27 novembre 1971

Les jurés déclarent les trois accusés coupables du meurtre de Jean-Claude Rioux. Le juge est bref: « Giuseppe Di Maulo, Joseph Tozzi et Julio Ciamarro, vous venez d’être déclarés coupables pour meurtre par vos pairs. Je dois appliquer la sentence mandataire prévue par la loi, l’emprisonnement à vie. » Ainsi s’achevait l’un des procès pour meurtre qui a suscité le plus d’interêt et de controverses depuis plusieurs années.39

Mais l’histoire ne finit pas là…2

Deux mois plus tard, Paulette Gingras, la strip-teaseuse de 19 ans, encore appelée à témoigner, fait volte-face au procès de Jean-Marc Morin, accusé du meurtre d’André Vaillancourt. Elle déclare à la Cour que ce n’est pas Morin (la tête brûlée au revolver) qui a tué Vaillancourt (le barman), mais bien Rioux (son amant décédé)! La ‘’tête brûlée’’ est acquittée. Il le sera également, six mois plus tard, de l’accusation d’avoir tué Verrier (qui devait $500).2

La Cour d’appel ordonne qu’on instruise un nouveau procès à Di Maulo, Tozzi et Ciamarro2. L’affaire se termine de la façon la plus inattendue et la plus dramatique qui soit.40

2 février 1973

Le juge recommande lui-même aux jurés d’acquitter les trois prévenus. Il fait principalement reposer sa décision sur le fait que les deux témoins de la Couronne étaient ‘’tarés’’. Il a évidemment souligné les multiples changements de versions des deux témoins: la strip-teaseuse Paulette Gingras et le gardien de nuit Stanley Bull. Dans la cour, les applaudissements crépitent immédiatement. On pleure, on s’embrasse, on se jette dans les bras l’un de l’autre.40

Le champagne coule à flot ce soir-là lors d’une fête où Di Maulo, Tozzi et Ciamarro sont fêtés à l’Auberge Saint-Gabriel, juste à côté du Palais de justice. Parmi les célébrants figurent plusieurs enquêteurs de la brigade des homicides de la police, selon le photographe du journal Photo-Police Pierre Schneider.34

Cinquante ans plus tard, on ne sait toujours pas ce qui s’est passé lors de cette nuit du 12 mars 1971, la dernière du plus célèbre night-club de la légende montréalaise du crime.2

Andy Cobetto décède le 15 décembre 1993 à l’âge de 85 ans suite à des complications liées à la maladie d’Alzheimer.41

Joe Di Maulo, devenu un des mafiosi les plus influents de la province, est froidement assassiné d’au moins deux balles dans la tête près de sa somptueuse demeure à Blainville, le 5 novembre 2012. 42,43,44,45

CONCLUSION

Jusqu’au début des années 1960, les boîtes de nuit de Montréal étaient en excellente santé puis les choses se gâtèrent. En 1950, un cabaret moyen coûtait de $100,000 à $150,000, et une vedette locale était payée $50 par semaine. Dans certains cas, on allait jusqu’à verser $60 à $70 par semaine. Brusquement, au début des années 1960, les prix se mirent à grimper sous l’impulsion, entre autres, des cachets que l’on fut forcer de verser à Michel Louvain qui avait atteint un tel degré de popularité qu’il pouvait réclamer $1,500 par semaine. Pour se maintenir, il fallait gérer de manière serrée. Puis la concurrence de la télévision se fit de plus en plus sentir. Les gens prirent l’habitude de se faire venir des repas à la maison plutôt que de se déplacer. L’âge d’or des boîtes de nuit était passé.46,47

Autrefois la Casa Loma, Google Earth 2024
Sources
[1] Opening tonight Casa Loma, The Gazette, 15 février 1951
[2] Les grands procès: l’affaire du Casa Loma, La Presse, 22 septembre 1991
[3] Beaucoup de choix dans les boîtes cette semaine, La Patrie, 25 février 1951
[4] Mort attribuable à des causes naturelles, La Patrie, 21 mars 1953
[5] L’oiseau de nuit, Le Petit Journal, 18 février 1951
[6] De la chanson au Music-Hall, La Presse, 8 juin 1963
[7] Wikipedia: La Casa Loma
[8] Dominique Michel, Y a des moments si merveilleux, p.139
[9] N’en parlez à personne, Photo-Journal, 6 janvier 1962
[10] Serge Laprade compte sur son prochain long-jeu…, Télé-Radiomonde, 2 octobre 1965
[11] Chez Isidore, Le Petit Journal, 4 novembre 1962
[12] Avec un violon payé $125 en 1924, Télé-Radiomonde, 20 octobre 1962
[13] En vrac, Le Petit Journal, 28 octobre 1962
[14] C’est Chez Isidore, Télé-Radiomonde, 17 novembre 1962
[15] Notre folklore est en deuil: Isidore, Télé-Radiomonde, 15 décembre 1962
[16] Du nouveau En Haut du Casa Loma, Montréal-Matin, 4 mars 1963
[17] Le jazz et la Casa Loma, Le Quartier Latin, 10 mars 1964
[18] N’en parlez à personne, Photo-Journal, 28 mars 1964
[19] Le Jazz Hot: Cannonball Adderley, La Petit Journal, 22 mars 1964
[20] Une histoire du jazz à Montréal, John Gilmore, p.301
[21] L’émotion, la vie, le jazz: Pierre Leduc, La Presse, 25 avril 1964
[22] Les Arts aujourd’hui, La Presse, 2 août 1965
[23] Playgirls à Go-Go, The Gazette, 20 mai 1966
[24] La Casa Loma vendu, Télé-Radiomonde, 10 février 1968
[25] La Casa Loma est vendue, Le Petit Journal, 28 janvier 1968
[26] Vente de l’édifice et du terrain du Casa Loma, Télé-Radiomonde, 21 janvier 1967
[27] Après 18 ans de métiers, Le Petit Journal, 7 janvier 1968
[28] La Casa Loma vendu, Télé-Radiomonde, 10 février 1968
[29] La Casa Loma est vendue, Le Petit Journal, 28 janvier 1968
[30] Détails inédits sur le meurtre d’un mafioso, Le Journal de Montréal, 22 janvier 2018
[31] On n’a plus l’obscénité qu’on avait, La Presse, 26 février 1970
[32] Écritures et ékrisibles, La Presse, 19 décembre 1970
[33] Une nouvelle discothèque pop, Télé-Radiomonde, 9 janvier 1971
[34] https://coolopolis.blogspot.com/2007/12/scenes-from-main.html?fbclid=IwAR2jrGjAGKkoOs0mSzxkVMPV2kmPTaXeYIES3kj-wMFW0S1gEOBPDEwKnMw
[35] Rioux est mort quinze minutes après son arrivé à l’hôpital St-Luc, La Presse, 21 septembre 1971
[36] L’affaire du Casa Loma, La Presse, 30 mars 1971
[37] Triple meurtre du Casa Loma café, La Presse, 6 avril 1971
[38] La cour visite la Casa Loma, La Presse, 15 septembre 1971
[39] Di Maulo, Ciamarro et Tozzi coupables, Montréal-Matin, 27 novembre 1971
[40] Casa Loma: Les trois accusés sont acquittés, La Presse, 1 février 1973
[41] Section décès, La Presse, 22 décembre 1993
[42] Montreal man with mafia ties, Joe Di Maulo, killed in front of his home, The Gobe and Mail, 5 novembre 2012
[43] Détails inédits sur le meurtre d’un mafioso, Le Journal de Montréal, 22 janvier 2018
[44] Qui est Joe Di Maulo, TVA Nouvelles, 5 novembre 2012
[45] Joseph Di Maulo: la vengeance des Rizzuto?, La Presse, 6 novembre 2012
[46] La belle époque…avant la télévision, La Presse, 18 juin 1984
[47] Le cachet de Michel Louvain, Télé-Radiomonde, 7 février 1959
[48] Le miracle de Jen Roger, La Presse, 21 avril 1997
[49] Ginette Reno, Biographie, Michelle Chanonat, p.54
[50] Opening December 15 Roseland Ballroom, Montreal Star, 16 décembre 1961
[51] L’American Spaghetti House: une maison qui a popularisé le spaghetti à Montréal, La Presse, Guy Pinard, 16 juin 1991
[52] Historical Dominion L’Encyclopédie Canadienne, Ginette Reno
Nous avons assemblé ce texte en utilisant les sources mentionnées ci-dessus. Nous avons traduit en français les sources provenant d’articles de journaux en anglais. Les temps de conjugaison ont parfois été modifiés pour créer une cohérence du texte dans son ensemble. Cet exercice n’a aucun but lucratif.

VOUS AIMEREZ AUSSI…

Close Menu