Skip to main content
search
Harry Davis, parieur et edge man de Montréal

Harry Davis

Nom completHarry Davis
OrigineJuif d’origine roumaine
Naissance1898, Ștefănești (Roumanie)
Arrivée à Montréalc. 1908
Décès25 juillet 1946, Montréal (Québec)
Rôle« Edge man » – roi du jeu & de la vice
SpécialitéJeux clandestins, paris, corruption policière, narcotiques
TerritoireRed Light, centre-ville (rue Stanley, Ste-Catherine, Main)
Établissement-cléBookmaking parlour de la rue Stanley / Ste-Catherine (salle de jeux & paris)
Organisation« Mafia juive » montréalaise (années 1930–1940)

Harry Davis (1898–1946)

Figure centrale du crime organisé à Montréal avant l’ascension de la famille Cotroni, Harry Davis est considéré comme le dernier « edge man » de la ville – le grand intermédiaire entre les joueurs, les politiciens et la police. Son assassinat en plein jour, dans son établissement de paris de la rue Stanley, en 1946, déclenche une onde de choc qui mènera directement à la croisade de Pax Plante et à la future montée de Jean Drapeau.

1. Origines roumaines & immigration à Montréal

Harry Davis naît en 1898 à Ștefănești, en Roumanie, dans une famille juive modeste. Comme de nombreux immigrants d’Europe de l’Est, sa famille quitte un contexte de pauvreté et d’antisémitisme pour tenter sa chance en Amérique du Nord. Davis arrive à Montréal vers 1908, adolescent, et découvre une ville en pleine mutation : industrialisation, immigration massive, et déjà une réputation sulfureuse de « wide open city », ouverte aux jeux, à l’alcool et aux plaisirs nocturnes.

Très jeune, il enchaîne les petits boulots mal payés : manutention, commissions, travaux de nuit. Rapidement, il comprend que l’argent « sérieux » ne se fait pas dans les usines, mais dans le milieu du jeu, des paris et de la contrebande.

2. Ascension dans le milieu du jeu & du Red Light

À la fin des années 1910 et dans les années 1920, Davis commence à fréquenter les cafés, salons de billard et maisons de jeux du Red Light montréalais – un triangle reliant le boulevard Saint-Laurent, la rue Sainte-Catherine et le quartier chinois. Il se spécialise dans :

  • les paris sur les courses de chevaux ;
  • les jeux de cartes et de dés (dont la barbotte, jeu de dés typiquement québécois) ;
  • le prêt d’argent aux joueurs à des taux usuraires ;
  • la gestion de salles de jeux « privées » camouflées derrière des façades de cafés ou de restaurants.

À la fin des années 1920, il est déjà identifié comme l’un des plus importants bookmakers de Montréal. C’est à ce moment qu’il commence à investir dans des cafés et night-clubs du centre-ville, en particulier un emporium de paris sur la rue Stanley, à deux pas de la rue Sainte-Catherine, qui deviendra son QG et l’un des lieux les plus surveillés de la ville.

3. L’« edge man » de Montréal : rôle & fonctionnement

Le terme « edge man » est propre au lexique montréalais. Il désigne l’homme qui a « l’edge » – l’avantage, la mainmise – sur tout le système du vice urbain. Concrètement, l’edge man :

  • est l’arbitre suprême qui décide qui a le droit d’ouvrir une maison de paris ou une salle de jeu ;
  • impose une (souvent autour de 20 % des profits) aux opérateurs de jeux ;
  • négocie avec les politiciens municipaux et la haute hiérarchie policière pour assurer une certaine « paix sociale » ;
  • garantit que les descentes de police, quand elles ont lieu, restent symboliques ou ciblent surtout les concurrents non autorisés.

Dans les années 1930 et 1940, Harry Davis devient le principal edge man de Montréal. Il règne sur les jeux clandestins du centre-ville, coordonne les bookies, et s’assure que les gains circulent dans la bonne direction. Pour une partie de la pègre juive et d’autres groupes criminels, il est le passage obligé.

4. Trafic de stupéfiants & affaire du « rouleau de soie »

Au début des années 1930, Davis commet l’erreur qui marquera à jamais sa légende : il s’implique dans un trafic international d’héroïne et de cocaïne via le port de Montréal. Avec le contrebandier Charles « Charlie » Feigenbaum et un contact new-yorkais, il fait entrer des quantités importantes de drogues dissimulées dans des rouleaux de soie et autres marchandises.

Le 9 avril 1933, la police, prévenue par un indicateur, investit un hangar du port (Hangar 16). Les enquêteurs découvrent plusieurs centaines de kilos d’héroïne et d’autres substances cachées dans les ballots. Davis est arrêté « la main dans le sac ». Le procès est retentissant :

  • Davis est reconnu coupable d’importation de stupéfiants et de corruption de douaniers ;
  • il écope d’une peine spectaculaire : 14 ans de prison à Saint-Vincent-de-Paul et 10 coups de fouet ;
  • Feigenbaum devient témoin clé de la Couronne en échange d’une peine réduite, ce qui le marquera comme traître dans le milieu.

En 1934, Feigenbaum est abattu en plein jour près de Fletcher’s Field (Esplanade / parc du Mont-Royal), criblé de balles devant plusieurs témoins. Jamais élucidé, ce meurtre est souvent considéré comme le premier « vrai » règlement de comptes mafieux moderne de Montréal, et plusieurs auteurs suggèrent que Davis en aurait été l’instigateur indirect.

5. Sortie de prison & reprise du contrôle du jeu

Davis purge finalement environ 12 ans avant d’être libéré au milieu des années 1940. Entre-temps, son rival et prédécesseur dans le rôle d’edge man, Eddy « Kid » Baker, est mort de causes naturelles (1945). À sa sortie, le « trône » est donc vacant.

Dès son retour, Davis :

  • rouvre son emporium de paris sur la rue Stanley ;
  • réaffirme son rôle d’unique arbitre du gambling à Montréal ;
  • impose à nouveau sa règle : aucun salon de paris ou maison de jeu ne peut fonctionner sans son approbation et sans lui verser une part des profits.

Cette reprise en main irrite profondément les nouveaux joueurs du milieu, italiens et juifs, qui ont pris du galon pendant son absence et supportent mal de devoir se soumettre à un homme fraîchement sorti de prison.

6. Le meurtre sur la rue Stanley (25 juillet 1946)

Le 25 juillet 1946, en fin d’après-midi, Montréal bascule. Dans son salon de paris de la rue Stanley, près de Sainte-Catherine, Davis reçoit la visite d’un rival, Louis Bercovitch (connu aussi sous le nom de Joe Miller).

Bercovitch cherche à obtenir la permission d’ouvrir lui-même un établissement de paris. Mais les rumeurs courent : Davis aurait refusé catégoriquement et même envisagé de « faire disparaître » Bercovitch par crainte de le voir le défier. Les deux hommes se rencontrent dans le bookmaking parlour de Davis. La conversation dégénère, des armes sortent. Bercovitch tire à plusieurs reprises sur Davis, qui s’effondre sur place.

Après la fusillade, Bercovitch prend une décision étonnante : il contacte un journaliste, Ted McCormick, rédacteur au Montreal Herald, pour lui raconter sa version des faits avant de se rendre à la police. Il plaidera plus tard la légitime défense, soutenant qu’il croyait que Davis voulait le faire tuer.

La nouvelle du meurtre se répand comme une traînée de poudre. Le chroniqueur Al Palmer rapporte que « la ville bristlait d’armes » : tous les policiers disponibles sont rappelés en service, et le milieu au complet se met à circuler, craignant une guerre ouverte pour la succession.

7. De la mort de Davis à Pax Plante & Jean Drapeau

Le meurtre de Harry Davis n’est pas qu’un règlement de comptes interne. Il agit comme un électrochoc pour l’opinion publique montréalaise. Voir le « roi du jeu » abattu en plein jour dans le centre-ville révèle brutalement l’ampleur du vice et de la corruption.

Sous pression, le chef de police Fernand Dufresne limoge le capitaine Arthur Taché, responsable de l’escouade de la moralité, très soupçonnée de collusion avec les milieux du vice. Pour redorer l’image de la police, Dufresne nomme un avocat encore peu connu : Pacifique « Pax » Plante, qui prend la tête de la moralité.

Plante lance une croisade systématique contre :

  • les maisons de jeu ;
  • les bordels ;
  • les rackets de protection ;
  • la corruption municipale.

Même après avoir quitté son poste en 1948, il poursuit sa lutte à travers la célèbre chronique « Sous le règne de la pègre » dans Le Devoir. Ses attaques répétées contre la collusion entre police, politiciens et gangsters contribuent à créer un climat favorable à une grande commission d’enquête publique.

En 1950, Pax Plante s’allie à un jeune avocat ambitieux, Jean Drapeau. Ensemble, ils deviennent les moteurs de l’Enquête Caron, la plus importante enquête sur le crime organisé et la corruption municipale du Montréal du XXe siècle. Le meurtre de Harry Davis est ainsi souvent vu comme le point de bascule qui a rendu politiquement inévitable cette croisade.

8. Harry Davis & la « mafia juive » de Montréal

Avant l’ascension de la mafia italienne (famille Cotroni, puis Rizzuto), le crime organisé montréalais est largement dominé par des syndicats juifs est-européens. Davis est l’une de leurs figures les plus emblématiques :

  • il contrôle des maisons de jeu, des bookmakers et des réseaux d’usure ;
  • il est impliqué dans le trafic de narcotiques à l’échelle internationale ;
  • il entretient des liens avec des elements de la pègre américaine (New York notamment) ;
  • il incarne le rôle d’edge man, c’est-à-dire le pivot entre le monde criminel, la police et certains politiciens.

Il est important de souligner que cette « mafia juive » ne représente qu’une frange minoritaire de la communauté juive montréalaise, majoritairement composée de commerçants, d’ouvriers, de professionnels et d’intellectuels. Toutefois, dans la mémoire du Red Light, les noms de Davis, Feigenbaum, Harry Ship et quelques autres occupent une place centrale.

9. Héritage & représentation historique

Harry Davis laisse un héritage profondément ambigu :

  • pour l’historiographie du crime organisé, il est le dernier grand roi du vice avant la reconfiguration du milieu autour des Italiens ;
  • pour les historiens de la vie nocturne, son empire de jeu forme le « pré-histoire » des réseaux qui contrôleront plus tard les cabarets et night-clubs des années 1950–1960 ;
  • pour la mémoire civique, sa mort est indissociable de l’émergence de Pax Plante, de l’Enquête Caron et, en aval, de la carrière politique de Jean Drapeau.

Aujourd’hui, son nom réapparaît régulièrement dans :

  • les études spécialisées sur le crime organisé au Québec ;
  • les récits sur la « mafia juive » de Montréal ;
  • les livres de mémoire sur l’ère des cabarets, du Red Light et des années où Montréal était vue, à l’étranger, comme une ville de jeu et de plaisirs sans limites.

Sources principales

  • Magaly Brodeur, Vice et corruption à Montréal, 1892–1970, Presses de l’Université du Québec.
  • Pierre de Champlain, Le crime organisé à Montréal, 1940–1980, Éditions Asticou.
  • William Weintraub, City Unique: Montréal days and nights in the 1940s and ’50s, McClelland & Stewart.
  • Suzanne Morton, At Odds: Gambling and Canadians, 1919–1969, University of Toronto Press.
  • Al Palmer, Montreal Confidential: The Low Down on the Big Town, Véhicule Press.
  • Ville de Montréal – Mémoires des Montréalais : « Harry Davis, roi de la pègre montréalaise ».
  • Site Juifs d’ici (IMJM) – dossier sur les gangsters juifs de Montréal.
  • Archives de The Montreal Gazette, Montreal Star, Le Devoir, La Presse (années 1930–1946).
Harry Ship, Montréal

HARRY SHIP

Nom completHarry Ship
OccupationGambler, propriétaire de salles de jeux, investisseur dans les cabarets
Période d’activitéAnnées 1930–1940
Associations connuesMilieu des jeux illégaux de Montréal, liens indirects avec le milieu juif montréalais
Établissements associésTic Toc (1258 rue Stanley), autres salles de jeux
StatutFigure majeure du jeu clandestin montréalais avant l’enquête Caron

Harry Ship — Roi des « gamblers » de Montréal

Harry Ship fut l’une des figures les plus marquantes du milieu du jeu clandestin montréalais dans les années 1930 et 1940. Souvent décrit comme le « roi des gamblers », il incarne à lui seul l’âge d’or des tripots du centre-ville, une époque où le jeu, la corruption policière et l’univers des cabarets formaient une toile dense et indissociable.

1. Biographie et ascension dans le milieu

Peu d’éléments de sa vie personnelle sont connus, mais dans l’univers nocturne montréalais, le nom de Harry Ship était devenu synonyme de richesse, de réseaux et de contrôle. Il gravit rapidement les échelons du jeu clandestin, devenant l’un des plus influents opérateurs de salles de jeux illégales du centre-ville dès les années 1930.

Sa réputation d’homme prudent et calculateur lui valut un immense respect dans le milieu. Contrairement à certains criminels plus voyants, Ship menait une vie relativement rangée et n’était pas associé à des activités violentes. Son pouvoir provenait de sa capacité à organiser, financer et superviser des installations de jeu hautement rentables.

2. Le cabaret Tic Toc (1258 rue Stanley)

L’un des lieux où l’empreinte de Harry Ship fut la plus notable est le cabaret Tic Toc, situé au 1258 rue Stanley. Ce cabaret, né des cendres du Lido en 1937, devint rapidement l’un des clubs les plus populaires de Montréal.

Ship n’était pas le propriétaire unique du Tic Toc, mais il y détenait des parts substantielles et y exerçait une influence réelle. Le cabaret, réputé pour ses spectacles glamour, servait aussi — comme plusieurs clubs de l’époque — de façade à diverses opérations annexes, notamment les jeux de hasard.

Le Tic Toc accueillait des artistes prestigieux, dont un jeune Dean Martin en 1944, encore inconnu du grand public. Les vedettes hollywoodiennes et les fortunes locales s’y croisaient, contribuant à faire du quartier Stanley l’un des épicentres du nightlife montréalais.

3. Le jeu clandestin et l’empire Ship

Harry Ship n’était pas uniquement un investisseur de cabarets : il contrôlait directement plusieurs maisons de jeux illégales disséminées dans le centre-ville. Ces établissements, souvent dissimulés derrière des façades anodines, accueillaient une clientèle fidèle composée d’hommes d’affaires, de politiciens, de militaires et de membres du milieu.

Les jeux proposés allaient du poker aux « barbottes » (dés), en passant par les paris informels. La structure de ces operations reposait sur :

  • des guetteurs postés à l’extérieur ;
  • des liens avec certains policiers corrompus ;
  • des réseaux permettant le recrutement de croupiers fiables ;
  • un système d’endettement informel mais strict.

Malgré ses activités, Ship passait souvent sous le radar des autorités grâce à une intelligence froide et une capacité remarquable à entretenir des relations stratégiques.

4. L’effondrement du règne : l’enquête du juge Caron (1946)

En 1946, le vent tourne. L’avocat Pax Plante et le futur maire Jean Drapeau déclenchent une vaste enquête sur la corruption policière et les rackets montréalais : l’enquête Caron.

Dans ce contexte explosif, Harry Ship devient l’une des cibles majeures. Il est arrêté et reconnu coupable d'opération de maison de jeu illégale, une condamnation qui met abruptement fin à sa position hégémonique dans le milieu.

L’affaire Ship est emblématique d’une époque où la ville commençait à reprendre le contrôle de son nightlife, longtemps dominé par la pègre.

5. Héritage et importance historique

Harry Ship demeure aujourd’hui une figure importante pour comprendre Montréal à l’ère des cabarets. Il incarne :

  • la montée du jeu illégal dans l’entre-deux-guerres ;
  • l’interpénétration entre nightlife, cabarets et activités clandestines ;
  • la présence d’un milieu juif montréalais impliqué dans certains secteurs de la vie nocturne ;
  • la fin brutale d’une époque, marquée par la croisade morale et judiciaire de Pax Plante et Jean Drapeau.

Le Tic Toc, où Ship détenait des intérêts, deviendra plus tard l’un des ancêtres directs de Chez Parée, démontrant l’impact durable de ses investissements sur la scène nocturne montréalaise.

Sources

  • « Harry Ship — un roi du jeu sans crainte », Mémoires des Montréalais (Ville de Montréal).
  • Archives du Montreal Star, 1930–1950.
  • Rapports publics de l’enquête Caron (1946).
  • Nancy Marrelli — Stepping Out: The Golden Age of Montreal Night Clubs.
Vic Cotroni, mugshot ancien

Vincent « Vic » Cotroni

Nom completVincenzo (Vincent) Cotroni
Surnoms« Vic », « l’Œuf » (The Egg)
Naissance1911, Mammola, Calabre, Italie
DécèsSeptembre 1984, Montréal (Québec)
StatutChef de la famille mafieuse Cotroni
AffiliationsFamille Cotroni, famille Bonanno (New York)
DomaineProtection, jeux, usure, trafic, infiltration des cabarets
Clubs & cabarets associés Café Royal, Café Val d’Or, Au Faisan Doré, Café Vic, Café de la Paix, Casa Loma, Métropole, El Morocco, Blue Sky, Café Roméo / Béret Bleu (via l’organisation Cotroni)
Associés clésArmand Courville, Frank Cotroni, Giuseppe « Pep » Cotroni, Paolo Violi, Luigi Greco

Vincent « Vic » Cotroni (1911–1984)

Chef discret mais redouté de la mafia montréalaise pendant plusieurs décennies, Vincent « Vic » Cotroni est au cœur de l’histoire du crime organisé à Montréal. Né en Calabre et immigré à Montréal dans les années 1920, ancien lutteur devenu « homme de protection », il bâtit un réseau tentaculaire où se croisent cabarets, jeux clandestins, restaurants, compagnies alimentaires et connexions internationales avec la famille Bonanno. Sa trajectoire est indissociable de l’essor – puis du déclin – de l’ère des cabarets montréalais.

1. Origines & immigration à Montréal (1911–1930)

Vincenzo Cotrone (plus tard francisé/anglicisé en Vincent Cotroni) naît en 1911 à Mammola, un village de Calabre. Il est l’aîné d’une famille nombreuse dont le père, Nicodemo Cotroni, est menuisier. La famille émigre à Montréal en 1924, comme beaucoup d’Italiens du Sud attirés par les chantiers, les usines et la possibilité de gravir l’échelle sociale.

À son arrivée, le jeune Vic découvre une ville déjà célèbre pour ses vices : quartier chinois, Red Light, maisons de jeux, cabarets alimentés par la prohibition américaine. Montréal est alors l’un des principaux carrefours nord-américains pour la contrebande d’alcool et la prostitution. C’est dans ce contexte qu’il commence à fréquenter les salles de boxe, les arènes de lutte et les bars du centre-ville.

2. De la lutte professionnelle au milieu interlope

Dans les années 1930, Vic se fait connaître comme lutteur professionnel sous le nom de scène « Vic Vincent ». C’est à cette époque qu’il rencontre Armand Courville, lutteur et organisateur, qui devient son mentor et futur bras droit. Courville lui ouvre les portes d’un univers où se mêlent combats arrangés, paris, maisons de jeu et bars douteux.

Plutôt que de suivre une trajectoire ouvrière classique, Vic fréquente très tôt les coulisses des tavernes et des salles de paris. Au fil des années 1930, il accumule un casier judiciaire fait de délits relativement mineurs : vols, voies de fait, affaires de fausse monnaie ou de boisson illégale. Ces épisodes forgent sa réputation d’homme capable de régler les « problèmes » de terrain – parfois avec ses poings, parfois par la négociation.

3. Le Café Royal, le Red Light & les premiers cabarets

Le véritable tournant survient au début des années 1940. Avec Armand Courville, Vic s’implique dans l’acquisition et l’exploitation de lieux au cœur du Red Light. L’un des plus importants est le Café Royal, situé au 97 rue Sainte-Catherine Est. Officiellement, le Royal est un restaurant-cabaret ; en pratique, il devient un point de rencontre pour :

  • les bookmakers et les joueurs ;
  • les organisateurs politiques ;
  • des policiers complaisants ;
  • la pègre locale (italienne, juive, franco-canadienne).

À travers le Café Royal, Vic et Courville testent un modèle qui sera reproduit ailleurs : un établissement de nuit, légal en façade, mais utilisé comme paravent pour d’autres activités (jeux, prêts, protection). À cette époque, les frères Edmond et Marius Martin, les cabarets Café Val d’Or puis Au Faisan Doré, ainsi que d’autres salles du secteur, entretiennent déjà des liens étroits avec l’organisation Cotroni.

4. Construction de la famille Cotroni & lien avec la famille Bonanno

Dans l’après-guerre, la structure du crime organisé montréalais se transforme. Les années 1950 marquent la formalisation de la famille Cotroni, une organisation criminelle d’origine calabraise, basée à Montréal mais en forte relation avec la famille Bonanno de New York.

L’envoyé de Bonanno, Carmine Galante, vient superviser la réorganisation des affaires à Montréal. Le contrôle se fait sans « guerre ouverte » : Vic Cotroni et des figures comme Luigi Greco acceptent de collaborer, Montréal devenant une sorte de « franchise » de la mafia new-yorkaise pour le Canada.

Après l’arrestation de Galante pour trafic d’héroïne, Vic consolide sa position. Il assume la direction de la famille à partir du milieu des années 1950 et devient, pour les autorités, le « parrain discret » de Montréal.

5. Contrôle des cabarets & de la vie nocturne

Pour comprendre l’ère des cabarets montréalais, il est impossible d’ignorer l’influence de l’organisation Cotroni. Selon les travaux de chercheurs et de journalistes d’enquête, les magnats de la pègre – en particulier le clan Cotroni – contrôlent directement ou indirectement plusieurs clubs de nuit et cabarets :

  • Café Val d’Or et Au Faisan Doré (1417 boulevard Saint-Laurent) ;
  • Café Vic et Café Pal (97 Sainte-Catherine Est) ;
  • Café de la Paix, El Morocco, Blue Sky, American Spaghetti House (via des associés) ;
  • une partie des opérations de la Casa Loma et d’autres maisons de nuit du centre-ville.

Le contrôle ne signifie pas forcément la propriété directe : souvent, le permis d’alcool est au nom d’un prête-nom sans casier judiciaire, alors que les décisions importantes (sécurité, protection, jeux) sont laissées à l’organisation Cotroni.

Dans ces établissements, la présence mafieuse permet :

  • d’empêcher les intrusions d’autres gangs ;
  • d’« offrir » une protection contre les descentes intempestives ;
  • d’organiser des jeux dans les étages ou arrière-salles ;
  • de contrôler en partie quels artistes, promoteurs ou agents ont accès à la scène.

6. Relations avec les artistes & l’industrie du spectacle

Un des aspects les plus paradoxaux de Vic Cotroni est sa relation avec les artistes. De nombreux témoignages d’époque évoquent un homme poli, aimant la musique, appréciant particulièrement le jazz et la chanson francophone.

  • Jacques Normand, maître de cérémonie au Val d’Or puis au Faisan Doré, raconte que Cotroni lui aurait donné « carte blanche » pour créer un cabaret francophone inspiré des chansonniers de Montmartre.
  • Claude Blanchard affirme considérer les Cotroni comme des « frères », soulignant l’ambivalence d’un milieu où la plupart des cabarets sont tenus, directement ou indirectement, par la pègre.
  • D’autres artistes (notamment Michèle Richard) témoignent d’un sentiment paradoxal de « protection » lorsqu’ils étaient associés à certains membres du clan.

Pour les artistes, l’envers de cette médaille était sombre : travailler dans les cabarets signifiait aussi accepter la présence de protecteurs, de bookmakers, de racketteurs, et parfois se retrouver au cœur de conflits qui les dépassaient largement.

7. Enquêtes, commissions & condamnations

À partir des années 1950, le nom de Vic Cotroni commence à apparaître dans les dossiers de la police provinciale, de la GRC et de diverses commissions d’enquête. Deux grandes séquences marquent sa carrière publique :

7.1 L’enquête Caron & la croisade Pax Plante / Jean Drapeau

Dans les années 1950, l’avocat Pax Plante et le futur maire Jean Drapeau s’attaquent au système de corruption qui protège les bordels, les maisons de jeux et certains cabarets. Le travail de la Commission Caron expose l’ampleur des liens entre policiers, politiciens municipaux et figures du Red Light, dont l’entourage de Cotroni. Vic, lui, reste étonnamment discret : il est cité, soupçonné, mais rarement pris directement en défaut.

7.2 La CECO & les années 1970

Dans les années 1970, la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) ramène Cotroni à l’avant-scène. Il y est interrogé sur :

  • ses liens avec des compagnies de distribution de viande (notamment Reggio Foods) ;
  • ses possibles interventions dans des contrats publics ;
  • ses relations avec des politiciens et des entrepreneurs.

Il est reconnu coupable d’extorsion dans les années 1970, condamné à une peine de prison (peine théorique de plusieurs années) mais ne purge que quelques mois après appel. Encore une fois, les preuves directes restent difficiles à réunir contre lui.

8. Déclin, maladie & succession

À partir de la fin des années 1970, Vic Cotroni souffre de problèmes de santé sérieux (notamment un cancer). Il se retire progressivement, laissant davantage de place à son frère Frank et à des lieutenants comme Paolo Violi. Cette période voit monter en puissance une autre faction : les Siciliens, autour des Rizzuto, qui finiront par supplanter la famille Cotroni dans les années 1980.

Vic meurt à Montréal en septembre 1984. Ses funérailles, surveillées de près par la police, marquent la fin d’un cycle : celui d’une mafia calabraise structurée autour de la protection des cabarets, des restaurants et de l’économie nocturne plus que des gros cartels internationaux de stupéfiants qui domineront les décennies suivantes.

9. Héritage & perception historique

Dans l’historiographie du crime organisé au Québec, Vic Cotroni apparaît comme le « parrain discret » : moins spectaculaire que certains mafieux américains, mais profondément ancré dans le tissu urbain montréalais.

Son héritage se lit :

  • dans la mémoire des cabarets de la Main et de la rue Sainte-Catherine ;
  • dans la trajectoire de clubs comme le Faisan Doré, le Café Vic, la Casa Loma, Chez Parée (via d’autres clans alliés) ;
  • dans les témoignages d’artistes qui, tout en se disant parfois reconnaissants de sa protection, restaient conscients de la violence structurelle du système ;
  • dans les grandes enquêtes (Caron, CECO) qui ont façonné la réputation de Montréal comme ville longtemps marquée par la corruption et la collusion entre pouvoir politique, police et crime organisé.

Sources principales

  • Pierre de Champlain, Histoire / Le crime organisé à Montréal (1940–1980), Éditions de l’Homme.
  • Jean-Pierre Charbonneau, La filière canadienne, Éditions de l’Homme.
  • Michel Auger & Peter Edwards, Encyclopedia of Canadian Organized Crime.
  • Articles de André Cédilot et collègues dans La Presse (années 1970–1990).
  • Archives de la Commission Caron et de la CECO (Commission d’enquête sur le crime organisé).
  • Archives du Montreal Star, de The Gazette, du Petit Journal et de La Patrie.
  • Archives BAnQ, dossiers sur le Café Royal, le Café Vic, le Faisan Doré, la Casa Loma et les clubs du Red Light.
Armand Courville

Armand Courville

NomArmand Courville
Année de naissance / décès1901 – 1983
RôleBras droit du clan Cotroni, organisateur, recruteur, « homme de l’ombre »
DomaineProtection, gestion clubs, recrutement, logistique nocturne
Interventions typiquesPlacement de personnel, surveillance, « débrouillage » des problèmes, coordination des back-rooms, sécurité
Partenaires / alliésVincent Cotroni, Frank Cotroni, divers propriétaires de cabarets

Armand Courville (1901–1983)

Ancien lutteur professionnel devenu l’un des piliers de la mafia montréalaise, Armand Courville incarne « l’homme de l’ombre » — celui qui assure le bon fonctionnement des clubs, cabarets et établissements nocturnes sous contrôle mafieux. Grâce à lui, le clan pouvait rester discret, protéger ses intérêts, contrôler ses réseaux, et survivre à l’incendie des cabarets par la répression.

1. Origines & entrée dans le milieu (1901–1935)

Né en 1901, Courville grandit dans un Montréal ouvrier, marqué par les difficultés économiques. Très jeune, il s’engage dans la lutte professionnelle — un milieu où se mêlaient violence, paris, contacts avec le monde interlope. C’est là qu’il rencontre Vincent « Vic » Cotroni, un autre lutteur. Le duo se lie : Courville avec la force physique et l’expérience de terrain, Cotroni avec le sens du réseau et du pouvoir.

2. De la lutte à l’organisation criminelle

Au fil des années 1930, Courville abandonne progressivement la compétition pour s’impliquer dans la logistique des clubs, des bars et des maisons de jeu. Il développe des compétences précieuses : gestion de personnel, recrutement (lutte, portiers, danseuses, serveuses), contrôle des entrées, sécurité, recouvrement, dissimulation d’activités illégales — un bagage idéal pour la montée de la mafia.

3. Rôle opérationnel pour le clan Cotroni (1940–1960)

Lorsque Vic Cotroni consolide son pouvoir dans les années 1940–1950, Courville devient son principal exécutant. Il organise le placement des « prête-noms » — personnes sans casier, utilisées pour obtenir les permis de boissons ou de cabaret. Il recrute le personnel : portiers, videurs, serveuses, danseuses, musiciens, « employés de confiance ». Il veille à ce que les clubs restent « tranquilles » : conflits réglés à l’avance, menaces dissuasives, surveillance des clients, police de l’intérieur.

4. Influence sur les cabarets, les spectacles & la protection

Grâce à Courville, le clan a pu contrôler de nombreux établissements sans apparaître officiellement. Ce procédé permettait :

  • d’éviter les saisies et les fermetures arbitraires ;
  • d’assurer la sécurité — ce qui attirait artistes, clients aisés, touristes ;
  • d’offrir une « protection » aux propriétaires, en échange de pourboires, rackets, parts des profits ;
  • d’organiser des jeux clandestins, des paris, des bandes de protection pour dettes, extorsion.

5. Back-rooms, jeux clandestins & revenus parallèles

Sous la supervision de Courville, nombreux cabarets et clubs comportaient des arrière-salles ou « back-rooms » où se déroulaient :

  • jeux de dés, cartes, bookmaking ;
  • prêts à taux usuriers ;
  • escroqueries, rackets, protection ;
  • contrôle des entrées — portiers de confiance, vérifications, filtrage.

Ces activités constituaient l’essentiel des profits « cachés » de la pègre — bien plus lucratifs que la billetterie ou la boisson.

6. Relations avec les politiciens & la police

Courville, souvent en arrière-plan, servait d’intermédiaire entre les titulaires de clubs et les forces de l’ordre, ou les politiciens municipaux/provinciaux. Grâce à lui, certaines affaires — even « sales » — étaient réglées discrètement : pots-de-vin, menaces, compromis. Il jouait un rôle clé dans le maintien du statu quo, assurant la survie des établissements malgré les tentatives de répression.

7. Crise, répression & adaptation (1960–1970)

Avec les enquêtes menées par Pax Plante et la politique du maire Jean Drapeau, les cabarets subissent des pressions. Courville supervise les efforts de « blanchiment », de déplacement des opérations — délocalisation, usage de prête-noms, changement de propriétaires « visibles », etc. Il veille à ce que la pègre conserve le contrôle indirectement, tout en évitant l’exposition médiatique.

8. Fin de carrière, héritage & mort

À la fin des années 1970, devenu vieux et usé, Courville se retire presque complètement. L’organisation Cotroni continue avec Frank, Paolo Violi, plus discrets, plus tournés vers les trafics de drogues. Courville meurt en 1983. Mais son rôle comme « maître de l’ombre » reste fondamental dans l’histoire des cabarets, des clubs et du crime organisé montréalais.

9. Importance historique & évaluation

Armand Courville est un exemple typique de « lieutenant-organisateur » : celui qui rend possible l’empire criminel sans jamais apparaître en première ligne. Sa méthode — contrôle discret, réseau de prête-noms, recrutement, protection — a servi de modèle à plusieurs générations de mafieux. Sans Courville, le clan Cotroni n’aurait sans doute pas pu assurer une présence aussi stable, efficace et durable dans la métropole.

Sources principales

  • Pierre de Champlain — Le crime organisé à Montréal (1940–1980)
  • André Cédilot, articles d’enquête dans La Presse
  • Archives judiciaires des enquêtes de moralité, Commission Caron, CECO
  • Articles historiques : Montreal Star, The Gazette, Le Petit Journal
  • Dossiers BAnQ liés aux cabarets : Café Royal, Café Vic, Casa Loma, etc.
Pax Plante

Pax Plante

Nom completPacifique « Pax » Plante
Naissance / décès1907 – 1976 (Montréal, QC)
ProfessionAvocat, journaliste, militant anti-corruption
Rôle historiqueInstigateur de la lutte contre la pègre; dénonciateur des cabarets, bordels, jeux illégaux
Campagne célèbre« Sous le règne de la pègre » (chroniques + enquêtes)
Conflits majeursPolice provinciale, politiciens municipaux, crime organisé

Pax Plante (1907–1976)

Avocat et journaliste engagé, Pax Plante incarne la contre-offensive contre le crime organisé à Montréal. À une époque où cabarets, bordels, maisons de jeux, et pègre régnaient sur la nuit montréalaise, il a osé dénoncer publiquement la corruption policière et municipale, et lancer une contre-culture civique. Sa croisade marque un tournant dans l’histoire urbaine de Montréal.

1. Contexte & montée en puissance

Dans les années 1940–1950, Montréal est une ville réputée pour son Red Light, ses cabarets, ses jeux clandestins, et son mélange trouble entre politique, police, plaisir et criminalité. Dans ce contexte, Pax Plante commence à écrire — d’abord anonymement, puis sous son vrai nom — des chroniques dénonçant l’omniprésence de la pègre, la protection offerte aux bordels et aux tripots, et la corruption des autorités.

2. Chronique « Sous le règne de la pègre »

Avec une plume incisive, Plante publie des articles courageux dans la presse locale, décrivant :

  • la collusion entre policiers, politiciens et proxénètes ;
  • le rôle des cabarets comme façade pour la prostitution, les jeux, les paris ;
  • les dynamiques de protection et les menaces exercées contre ceux qui osent refuser les demandes de racket ;
  • les conséquences humaines : exploitation, abus, impunité, corruption généralisée.

Ses chroniques provoquent un tollé. Le public, choqué par ses révélations, commence à remettre en question le rôle de la police et de la municipalité dans le maintien de ces activités illicites.

3. Alliance avec Jean Drapeau & la Réforme municipale

En collaborant avec Jean Drapeau, jeune avocat à l’époque, Pax Plante jette les bases d’un mouvement civique contre la corruption. Leur travail mène à la formation de comités, à des dénonciations publiques, et à l’organisation d’enquêtes officielles visant les cabarets, les bordels et les maisons de jeu.

Ce coalisation entre journalistes, avocats, citoyens scandalisés et certaines fractions de la police met en lumière l’imbrication entre crime organisé et pouvoir institutionnel.

4. Impact sur l’industrie des cabarets et le crime organisé

Grâce à Plante :

  • plusieurs clubs voient leurs licences remises en question ;
  • des raids policiers importants sont menés contre des bordels, des tripots et des maisons closes ;
  • un climat de peur s’installe chez les parrains : la protection moins assurée, les bénéfices baissent, le risque augmente ;
  • la mafia doit ajuster sa stratégie : usage de prête-noms, blanchiment, moindre visibilité, diversification vers d’autres activités.

5. Opposition, menaces & risques personnels

En dénonçant publiquement les mafieux, Pax Plante s’expose aux menaces, intimidations, tentatives de corruption. Plusieurs policiers corrompus, proxénètes et intermédiaires nuisance font pression, mais il persiste. Il devient vite persona non grata dans le milieu du sous-terrain, mais gagne le soutien de citoyens, de médias, et d’artistes.

6. Héritage & influence durable

Pax Plante est aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers de la lutte contre le crime organisé à Montréal. Grâce à lui :

  • les pratiques de corruption et de collusion sont exposées publiquement ;
  • le public prend conscience de la réalité du Red Light ;
  • des mécanismes d’enquête et de régulation sont renforcés ;
  • des générations de journalistes, policiers honnêtes et citoyens engagés s’inspirent de son combat.

7. Critiques et limites

Certains reprochent à Plante d’avoir parfois exagéré, ou de simplifier des situations complexes. D’autres estiment que sa croisade a contribué à pousser le crime organisé dans des formes plus discrètes, comme le trafic de drogues ou la corruption dans l’immobilier et les entreprises artisanales. Quoi qu’il en soit, son action modifie profondément la donne à Montréal.

8. Portrait global

Pax Plante incarne l’antithèse de la pègre : avocat, plume libre, militant de la transparence. Son nom est associé à la première grande mobilisation citoyenne contre les réseaux du vice à Montréal — une mobilisation qui a changé l’image de la ville et préparé le terrain pour la modernisation et la refonte de la police et des institutions.

Sources principales

  • Archives de la presse québécoise (1945–1965) : chroniques, éditoriaux, enquêtes.
  • Dossier Caron – rapports internes, témoignages, archives judiciaires.
  • Livre : Vice et corruption à Montréal, 1892–1970, Magaly Brodeur (Presses de l’Université du Québec).
  • Études historiques : Le crime organisé à Montréal (1940–1980), Pierre de Champlain ; travaux sur le Red Light montréalais.
  • Mémoires, interviews d’anciens policiers, journalistes et acteurs du milieu nocturne.

Loading