Harry Davis
| Nom complet | Harry Davis |
|---|---|
| Origine | Juif d’Europe de l’Est (Russie / Roumanie, sources divergentes) |
| Naissance | c. 1898, Europe de l’Est (Empire russe) |
| Arrivée à Montréal | c. 1907–1908 (avec sa famille) |
| Décès | 25 juillet 1946, Montréal (Québec) |
| Âge au décès | 48 ans |
| Rôle | « Edge man » – roi du jeu & du vice |
| Spécialité | Jeux clandestins, paris, corruption policière, narcotiques |
| Territoire | Red Light & centre-ville (rue Stanley, Ste-Catherine, « Main ») |
| Établissement-clé | Salon de paris du 1244, rue Stanley (bookmaking parlour, lounge & card room) |
| Autres intérêts | Cafés & cabarets (ancien Frolics Café / Val d’Or Café, boulevard Saint-Laurent) |
| Organisation | Réseaux de la « mafia juive » montréalaise (années 1930–1940) |
Harry Davis (c. 1898–1946)
Figure centrale du crime organisé à Montréal avant l’ascension de la famille Cotroni, Harry Davis est considéré comme le dernier véritable « edge man » de la ville – le grand intermédiaire entre les joueurs, les politiciens et la police. Son assassinat en plein jour, dans son établissement de paris du 1244, rue Stanley le 25 juillet 1946, déclenche une onde de choc qui mènera directement à la croisade de Pax Plante, à l’Enquête Caron et, en aval, à la carrière politique de Jean Drapeau.
1. Origines & immigration à Montréal
Les journaux anglophones de 1946 décrivent Harry Davis comme un immigrant juif venu de Russie, arrivé enfant à Montréal avec ses parents. Des sources plus récentes le situent plutôt à Ștefănești, en Roumanie, ce qui illustre l’incertitude entourant ses débuts. Dans tous les cas, sa famille fait partie de ces vagues d’immigration juive d’Europe de l’Est qui cherchent à fuir la pauvreté et les violences antisémites de l’Ancien Monde.
À Montréal, le jeune Harry apprend très tôt les règles de la survie urbaine. Les reporters le présentent comme un newsboy : il parcourt les coins de rue avec des journaux sous le bras, qu’il vend du petit matin jusqu’à tard le soir. Cette école de la rue lui fait découvrir l’éventail complet de la société montréalaise – élégants, cols blancs, ouvriers, joueurs et petits racketteurs – et l’amène à comprendre que l’argent rapide se trouve rarement dans les circuits strictement légaux.
2. Des coins de rues au Frolics Café
Devenu jeune adulte, Davis économise suffisamment pour investir dans la vie nocturne. Des témoignages d’époque le situent comme co-propriétaire d’un cabaret de la Main, l’ancien Frolics Café sur le boulevard Saint-Laurent, devenu plus tard le Val d’Or Café. C’est là qu’il est associé à la venue à Montréal, en 1932, de la légendaire impresario new-yorkaise TEXAS GUINAN, reine des speakeasies, qui y présente son spectacle. Avant de devenir un « roi du jeu », Davis est donc déjà un acteur de la scène des cabarets.
Ces premières affaires légitimes lui donnent un capital précieux, mais aussi un réseau : clients aisés, artistes, musiciens, petits truands et policiers habitués des lieux. Progressivement, Davis glisse du cabaret vers le domaine plus lucratif – et plus risqué – des jeux clandestins et des paris sur les courses.
3. Ascension comme bookmaker & « edge man »
À partir de la fin des années 1910 et tout au long des années 1920, Davis fréquente les cafés, salons de billard et maisons de jeux du Red Light montréalais – un triangle reliant le boulevard Saint-Laurent, la rue Sainte-Catherine et le quartier chinois. Il se spécialise dans :
- les paris sur les courses de chevaux ;
- les jeux de cartes et de dés (dont la barbotte, jeu de dés typiquement québécois) ;
- le prêt d’argent aux joueurs à des taux usuraires ;
- la gestion de salles de jeux « privées », camouflées derrière des façades de cafés ou de restaurants.
À la fin des années 1920, il est déjà identifié par la presse comme l’un des plus importants bookmakers de la ville. Il investit alors dans une série de salons de paris du centre-ville, dont un établissement qui deviendra son fief : le 1244, rue Stanley, à quelques pas de la rue Sainte-Catherine. Son influence grandissante sur les opérateurs de jeux lui vaut d’être considéré comme l’« edge man » de Montréal.
Le terme « edge man », propre au lexique montréalais, désigne l’homme qui détient l’edge – l’avantage, la mainmise – sur le système du vice urbain. Concrètement, l’edge man :
- agit comme arbitre suprême et décide qui peut ouvrir une salle de jeu ou un salon de paris ;
- impose une « taxe de protection » (environ 20 % des profits) aux opérateurs ;
- négocie avec les politiciens municipaux et la haute hiérarchie policière pour maintenir une forme de « paix sociale » ;
- veillé à ce que les descentes de police, lorsqu’elles surviennent, soient rares, symboliques, ou dirigées contre des concurrents non autorisés.
Dans les années 1930 et 1940, Harry Davis occupe ce rôle central. Une partie importante de la pègre juive et d’autres groupes criminels doit passer par lui pour ouvrir ou conserver un établissement de jeu au centre-ville.
4. Trafic de stupéfiants & affaire du port (1933–1934)
Le moment de bascule de la carrière de Davis survient au début des années 1930, lorsqu’il s’implique dans un trafic international d’héroïne et de cocaïne via le port de Montréal. Avec le contrebandier Charles « Charlie » Feigenbaum et des contacts new-yorkais, il participe à l’importation de stupéfiants dissimulés dans des ballots de marchandise – notamment des rouleaux de soie – entreposés dans les hangars du port.
Le 9 avril 1933, la police et les douaniers, prévenus par un indicateur, investissent un hangar (souvent identifié comme le hangar 16). Ils y découvrent un lot important de drogues soigneusement dissimulées. Davis est arrêté « la main dans le sac ». Le procès qui s’ensuit est spectaculaire : il est reconnu coupable d’importation de stupéfiants et de corruption de douaniers, et condamné à 14 ans de pénitencier à Saint-Vincent-de-Paul, assortis de 10 coups de fouet – peine extrêmement rare pour un criminel « en col blanc ».
Feigenbaum, pour sa part, accepte de collaborer avec la Couronne et devient un témoin clé. En 1934, alors qu’il se promène près de Fletcher’s Field (actuel parc Jeanne-Mance), il est abattu en plein jour par des tueurs qui l’arrosent de balles. Le meurtre ne sera jamais élucidé et est souvent présenté comme l’un des premiers règlements de comptes mafieux « modernes » à Montréal – plusieurs auteurs laissant entendre que le camp de Davis n’était pas étranger à cette exécution.
5. Sortie de prison, bombe sur Mansfield & « guerre du jeu »
Davis purge une douzaine d’années avant d’être libéré au milieu des années 1940. Pendant son absence, c’est son rival et prédécesseur, Eddy « Kid » Baker, qui assure le rôle d’edge man, jusqu’à sa mort de causes naturelles en 1945. À la sortie de Davis, le « trône » est donc vacant.
De retour en ville, il se réinstalle au 1244, rue Stanley et réaffirme rapidement sa position d’arbitre du gambling. Cette reprise en main se heurte toutefois à une nouvelle génération de joueurs, italiens et juifs, qui ont pris de l’importance durant son incarcération et supportent mal de devoir se rallier à un homme tout juste sorti du pénitencier.
Les journaux relatent un climat de plus en plus tendu. Peu avant le meurtre de Davis, une bombe artisanale – décrite comme une « pineapple bomb » – explose sur le toit d’un établissement de la rue Mansfield. Selon des témoignages ultérieurs, Davis discute de cet incident avec certains associés, y voyant le signe que la « guerre du jeu » est sur le point d’éclater entre différents clans.
6. Le meurtre au 1244, rue Stanley (25 juillet 1946)
Le jeudi 25 juillet 1946, en fin d’après-midi, la routine battait son plein dans le salon de paris de Davis au 1244, rue Stanley. Les journaux parlent d’une centaine de clients se pressant dans l’établissement pour parier sur les courses. Vers 18 h, un homme entre et se dirige vers le cœur de l’établissement.
La Gazette publie un plan du local, divisé en trois zones :
- une card room près de l’entrée, où les joueurs s’affairent autour des tables de cartes ;
- un lounge central, avec fauteuils et chaises, où Davis s’assoit souvent ;
- le bookie room, au fond, où se fait l’enregistrement des paris.
Selon la version la plus répandue, Louis Bercovitch (souvent orthographié Bercowitz, alias Joe Miller) est admis dans les lieux pour discuter. Il souhaite ouvrir son propre établissement de paris et craint que Davis fasse obstacle, voire cherche à le faire disparaître. La conversation dégénère dans le lounge. Des armes sont sorties et trois coups de feu sont tirés : Davis s’effondre, grièvement atteint.
Un taxi est réquisitionné en urgence pour le transporter à l’hôpital. Il succombe à ses blessures en route, avant d’être admis officiellement au Montreal General Hospital. Devant le 1244, la foule se massera rapidement : les photos de la Gazette, de La Patrie, du Montréal-Matin et du Petit Journal montrent des dizaines de curieux, policiers et voitures alignés devant la façade, alors que la porte du club est déjà fermée.
7. L’aveu de Louis Bercovitch, le procès & le verdict
Le lendemain matin, Louis Bercovitch, 38 ans, se rend à la police. Il tape lui-même une longue confession dactylographiée, dans laquelle il admet avoir tiré sur Davis, mais affirme avoir agi en légitime défense. Fait remarquable, il téléphone aussi à un journaliste – Ted McCormick du Montreal Herald – pour raconter sa version des faits avant même de se livrer aux autorités.
Bercovitch soutient avoir entendu des rumeurs persistantes selon lesquelles Davis voulait sa mort, et affirme avoir cru, au moment de la confrontation, que le boss du jeu s’apprêtait à le faire tuer. Le procès qui s’ensuit examine minutieusement ces allégations.
Les témoignages sont parfois contradictoires, notamment sur une question cruciale : Davis portait-il une arme ce soir-là ? Dans certains articles, la police affirme qu’il ne portait jamais de revolver – argument qui mine la thèse de la légitime défense. À l’inverse, lors d’audiences rapportées par La Patrie, un ancien compagnon de Davis, Joe Fusco, déclare que ce dernier avait l’habitude de porter un revolver et que plusieurs personnes le savaient. La presse suit ces échanges de près, soulignant à quel point l’issue du procès dépend de ce détail.
Le 30 octobre 1946, le juge Wilfrid Lazure prononce la sentence. Le jury a reconnu Bercovitch coupable d’homicide involontaire – et non de meurtre – en lien avec la mort de Davis. Le juge le condamne à la prison à vie au pénitencier, une peine qui, en pratique, correspond à une vingtaine d’années, avec possibilité de libération conditionnelle après une dizaine d’années. Bercovitch, vêtu du même complet bleu foncé que durant son procès, déclare d’une voix à peine audible : « I stand before you fully convinced of my own innocence. I would ask for the clemency of the court. »
Un éditorial du Montreal Star insiste toutefois sur la gravité de ses actes : Bercovitch est arrivé armé au 1244, animés d’intentions hostiles, et un coup de feu tiré par lui a tué Davis. Pour l’éditorialiste, si le système britannique n’accordait pas aux accusés le bénéfice du doute, Bercovitch aurait sans doute fait face à la potence plutôt qu’à l’emprisonnement à vie.
8. Menaces, funérailles & réactions du milieu
La mort de Davis provoque une onde de choc immédiate dans le monde interlope. Le Petit Journal décrit un milieu « en ébullition » et une police sur le qui-vive. Des proches de Davis jurent qu’ils feront payer le meurtre, et des menaces de mort sont rapidement proférées contre Bercovitch et certains rivaux, dont Jack Sheppard, autre figure du gambling montréalais.
Craignant autant la police que la vengeance de la pègre, Bercovitch se livre « pour sa protection » à la Sûreté municipale, tandis que Sheppard préfère se présenter au quartier général de la police. Pendant ce temps, un gunman solitaire visite plusieurs maisons de jeu, exigeant que l’on « respecte la mémoire de Davis » et ordonnant aux clients de quitter les lieux. Il sera finalement retrouvé et violemment battu par des membres du milieu, exaspérés de le voir perturber leurs affaires.
Sur le plan politique, certains commentateurs réclament une enquête d’envergure sur les tripots et la collusion entre police et monde interlope. Des articles laissent entendre que le gouvernement provincial, mené par Maurice Duplessis, suit de près la situation à Montréal – un prélude lointain aux débats qui aboutiront à l’Enquête Caron quelques années plus tard.
Les funérailles de Davis, le 29 juillet 1946, constituent un événement sans précédent. Le Montréal-Matin titre en une : « 5,000 personnes aux funérailles d’Harry Davis ». Devant le salon mortuaire Paperman & Sons, rue Saint-Urbain, une foule si dense se rassemble que la police décide d’avancer l’heure des obsèques au matin afin d’éviter l’émeute. Les rues avoisinantes, de l’avenue des Pins jusqu’au bas de Saint-Urbain, sont bondées de curieux désireux d’apercevoir le cortège.
La presse francophone souligne qu’aucun corps policier n’aurait pu contenir une telle foule. Les photos montrent la marée humaine entourant le corbillard qui transporte Davis vers le cimetière juif de Cartierville, où il est inhumé. Des hommes de main repoussent certains photographes, soucieux d’éviter que la presse ne prenne des clichés trop révélateurs des figures du milieu présentes sur place.
9. De Davis à Pax Plante, Harry Ship & l’Enquête Caron
Le meurtre de Davis sert de catalyseur aux forces réformistes qui dénoncent, depuis des années, la tolérance de la Ville envers le vice. Sous la pression de l’opinion publique et de la presse, le chef de police Fernand Dufresne remanie l’escouade de la moralité et fait appel à un avocat encore peu connu, Pacifique « Pax » Plante, pour diriger la lutte contre les maisons de jeux, les bordels et les rackets de protection.
Quelques années plus tard, au début des années 1950, le nom d’Harry Davis revient fréquemment dans les audiences de la grande Enquête Caron. Des témoins comme le tenancier Harry Ship – propriétaire de boîtes à la frontière du Red Light – sont interrogés sur leurs contacts avec des gamblers américains, notamment FRANK ERICKSON, et sur le système de protection dont bénéficiaient certains établissements. Les échanges rapportés par Le Devoir montrent que la mort de Davis est devenue un cas de référence pour comprendre le fonctionnement de la pègre montréalaise et les complicités politiques qui la protégeaient.
L’alliance entre Pax Plante et un jeune avocat ambitieux, Jean Drapeau, débouche sur une offensive politique sans précédent contre le vice et la corruption. Dans cette perspective, le meurtre de Harry Davis est souvent interprété comme le moment où la ville ne peut plus ignorer l’existence d’un véritable crime organisé.
10. Harry Davis & la « mafia juive » de Montréal
Avant l’ascension de la mafia italienne (familles Cotroni puis Rizzuto), le crime organisé montréalais est largement dominé par des syndicats issus de l’immigration juive d’Europe de l’Est. Harry Davis en est l’une des figures les plus emblématiques :
- il contrôle des salons de paris, des bookmakers et des réseaux d’usure ;
- il participe à un trafic international de narcotiques via le port de Montréal ;
- il entretient des liens avec des éléments de la pègre américaine, notamment à New York ;
- il occupe le rôle d’edge man, pivot incontournable entre le milieu criminel, certains policiers et quelques politiciens influents.
Il est essentiel de rappeler que cette « mafia juive » ne représente qu’une frange très minoritaire de la communauté juive montréalaise, majoritairement composée de commerçants, d’ouvriers, de professionnels et d’intellectuels. Dans la mémoire du Red Light, cependant, les noms de Davis, de Feigenbaum, de Harry Ship et d’autres figures ponctuent le récit d’une époque où Montréal est souvent présentée, à l’étranger, comme une ville ouverte aux jeux et aux plaisirs.
11. Héritage & représentation historique
L’héritage de Harry Davis est profondément ambigu. Pour l’historiographie du crime organisé, il demeure le dernier grand « roi du vice » de l’ère pré-italienne, à la charnière entre les syndicats juifs et l’emprise croissante de la mafia d’origine calabraise.
Pour les historiens de la vie nocturne, son empire de jeu forme la pré-histoire des réseaux qui contrôleront plus tard les cabarets et night-clubs des années 1950–1960. Pour la mémoire civique, enfin, sa mort est indissociable de l’émergence de Pax Plante, de l’Enquête Caron et de la carrière de Jean Drapeau, qui transformeront durablement l’image de Montréal.
Aujourd’hui, le nom de Davis réapparaît régulièrement dans les études spécialisées sur le crime organisé au Québec, dans les récits consacrés à la « mafia juive » de Montréal, ainsi que dans les ouvrages de mémoire sur l’époque des cabarets, du Red Light et des « nuits sans fin » de la métropole.
12. Notes & sources
-
The Montreal Gazette, 1920–1946.
Principal quotidien anglophone utilisé pour reconstituer la trajectoire de Harry Davis : chroniques sur le gambling, les salons de paris et le Red Light ; reportages du 9 avril 1933 sur la saisie d’héroïne et de cocaïne au port de Montréal (affaire Feigenbaum / Davis) ; articles des 26–31 juillet 1946 décrivant le meurtre d’Harry Davis au 1244, rue Stanley, les plans du local (card room, lounge, bookie room), les témoignages de clients et policiers ; texte du 30 octobre 1946 sur le verdict de Louis Bercovitch et sa condamnation pour homicide involontaire. -
The Montreal Star, 1933–1946.
Série d’articles et d’éditoriaux sur les réseaux de jeux illégaux et la corruption policière à Montréal. Les éditions de 1933–1934 documentent en détail le trafic de stupéfiants via le port (importations dissimulées dans des ballots de soie, rôle de Davis et de ses complices). En juillet 1946, le journal consacre plusieurs pages au meurtre de Davis et au climat de « guerre du jeu ». L’éditorial Well-Merited Penalties for Crime commente ensuite la sévérité de la peine infligée à Bercovitch et discute de la responsabilité morale des « rois du vice » dans l’escalade de la violence. -
The Montreal Herald & The Standard, 1933–1946.
Le Herald fournit plusieurs éléments de couleur et de contexte, en particulier grâce aux reportages de Ted McCormick, qui relate l’appel téléphonique de Louis Bercovitch avant sa reddition et publie des versions détaillées de sa confession. L’hebdomadaire The Standard complète ce tableau par des portraits biographiques de bookmakers, des pages magazine sur le Red Light montréalais, des photos de cabarets et de salons de jeux, contribuant à situer l’univers social de Davis dans la vie nocturne de l’époque. -
Journaux d’Ottawa et de la région (1933–1934).
Ottawa Evening Citizen, Ottawa Journal et autres quotidiens régionaux reprennent abondamment l’affaire du port de Montréal. Ils détaillent le rôle de Charles “Charlie” Feigenbaum, les méthodes d’importation de drogues, les liens avec New York et commentent la peine exceptionnelle imposée à Davis (14 ans de pénitencier et 10 coups de fouet), soulignant le caractère inédit d’un tel châtiment pour un criminel « en col blanc ». -
Presse francophone montréalaise : La Patrie, Montréal-Matin, Le Petit Journal, 1933–1946.
Ces quotidiens sont essentiels pour la perspective francophone sur l’affaire. La Patrie publie la série « Un roi de la pègre assassiné », suit de près le procès Bercovitch, rapporte les déclarations de Joe Fusco sur l’habitude de Davis de porter un revolver et décrit minutieusement la scène du crime. Montréal-Matin met en une les photos du 1244, rue Stanley et titre sur les 5 000 personnes présentes aux funérailles, décrivant la foule massée devant Paperman & Sons. Le Petit Journal insiste sur les menaces de mort visant Bercovitch et Jack Sheppard, ainsi que sur la présence d’un « gunman solitaire » parcourant les maisons de jeu pour exiger que l’on « respecte la mémoire de Davis ». -
Le Devoir & autres journaux de l’après-guerre (1946–1952).
Les chroniques judiciaires et politiques du Devoir et d’autres quotidiens (notamment durant l’Enquête Caron) reviennent régulièrement sur le cas Davis pour illustrer la collusion entre police, politiciens et monde interlope. Les interrogatoires de tenanciers comme Harry Ship mettent en lumière les liens entre les bookmakers montréalais, des figures américaines telles que FRANK ERICKSON, et le système de protection toléré par les autorités municipales. Ces articles aident à situer le meurtre de Davis comme moment charnière précédant la croisade de Pax Plante et l’ascension politique de Jean Drapeau. -
Archives judiciaires : procès de 1933–1934 et de 1946.
Dossiers du King’s Bench Court et archives des tribunaux québécois : actes d’accusation, transcriptions de procès, plaidoiries et jugements. Ces documents confirment la condamnation de Davis pour importation de stupéfiants et corruption de douaniers (peine de pénitencier + fouet) ainsi que le verdict d’homicide involontaire rendu contre Bercovitch en 1946. Ils permettent aussi de préciser la nature exacte des chefs d’accusation et les dates officielles des décisions. -
Archives municipales et policières de la Ville de Montréal.
Fonds de la police municipale et de l’escouade de la moralité : rapports de descentes dans les maisons de jeux, listes de salons de paris et de cabarets tolérés ou fermés, correspondances internes sur le Red Light, notes relatives à la surveillance des établissements du centre-ville (rue Stanley, rue Mansfield, boulevard Saint-Laurent). Ces documents complètent les articles de journaux en éclairant la stratégie policière et la place particulière qu’occupait Davis comme « edge man ». -
Magaly Brodeur, Vice et corruption à Montréal, 1892–1970, Presses de l’Université du Québec.
Ouvrage de référence sur l’évolution du vice urbain et des structures de corruption. Brodeur situe le cas Davis dans une continuité de régimes de tolérance, de systèmes de protection municipale et de scandales publics qui culmineront avec l’Enquête Caron. Ses analyses fournissent le cadre général dans lequel s’inscrivent les activités de Davis comme roi du jeu et pivot entre milieux criminels, policiers et politiciens. -
Pierre de Champlain, Le crime organisé à Montréal, 1940–1980, Éditions Asticou.
Champlain consacre plusieurs passages à la pègre juive montréalaise (Davis, Feigenbaum, Ship, etc.) et à la transition vers l’ère de la mafia italienne (famille Cotroni puis Rizzuto). L’ouvrage permet de replacer Davis dans une chronologie élargie, en montrant comment son rôle d’edge man préfigure des structures de contrôle du jeu qui seront progressivement reprises par les clans italiens. -
William Weintraub, City Unique: Montréal days and nights in the 1940s and ’50s, McClelland & Stewart.
Récit mémoriel et journalistique sur Montréal pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Weintraub décrit la vie nocturne, les cabarets, les maisons de jeu, la corruption policière et l’atmosphère d’une « ville ouverte ». Les pages consacrées au centre-ville, à la rue Sainte-Catherine et au Red Light constituent un arrière-plan précieux pour comprendre l’environnement dans lequel évoluait Davis et l’ampleur de son influence. -
Al Palmer, Montreal Confidential: The Low Down on the Big Town, Véhicule Press (rééd.) et articles pour le Montreal Herald.
Palmer apporte un témoignage de journaliste plongé au cœur du milieu interlope montréalais. Ses descriptions des cabarets, salles de jeux, « edge men » et policiers corrompus complètent les sources plus strictement factuelles. Si certaines anecdotes doivent être maniées avec prudence, elles contribuent à reconstituer le climat de crainte et de fascination entourant des figures comme Davis. -
Suzanne Morton, At Odds: Gambling and Canadians, 1919–1969, University of Toronto Press.
Étude sur l’histoire du jeu au Canada, abordant les cadres légaux, les pratiques de paris et les réactions des autorités. L’ouvrage offre un contexte comparatif pour comprendre ce qui rend le cas montréalais (et la figure de Davis) particulier : importance du port, poids des réseaux transfrontaliers et rôle de Montréal comme destination de jeu pour une clientèle canadienne et américaine. -
Histoire juive montréalaise et mémoire communautaire.
Études historiques (notamment celles de Ben Haber, Joseph Kage et divers travaux disponibles via l’IMJM) sur les communautés juives du Québec, ainsi que le dossier « Gangsters juifs de Montréal » du projet Juifs d’ici. Ces sources aident à distinguer la minorité criminelle à laquelle appartenait Davis de l’ensemble de la communauté juive montréalaise, majoritairement composée de commerçants, d’ouvriers et de professionnels, et à situer son parcours dans les trajectoires migratoires en provenance d’Europe de l’Est (Russie, Roumanie). -
Ville de Montréal – « Mémoires des Montréalais : Harry Davis, roi de la pègre montréalaise ».
Synthèse contemporaine qui reprend et vulgarise une partie des travaux précédents (presse d’époque, études historiques sur le vice, ouvrages sur le crime organisé). Utile pour vérifier certaines dates, la localisation des principaux lieux associés à Davis (1244 Stanley, Frolics Café / Val d’Or, Paperman & Sons, cimetière juif de Cartierville) et mesurer la place qu’occupe désormais son nom dans la mémoire publique montréalaise. -
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) & autres archives iconographiques.
Consultation des collections numériques de BAnQ pour les journaux francophones (microfilms et versions numérisées), les photos de la rue Stanley, de la Main et du Red Light, ainsi que les annuaires Lovell’s et les plans d’assurance-incendie Goad. Ces derniers permettent de localiser précisément le bâtiment du 1244, rue Stanley, les cabarets Frolics / Val d’Or sur le boulevard Saint-Laurent, et de reconstituer la géographie du vice au centre-ville de Montréal pendant la période d’activité de Davis.