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HISTOIRE DES SALLES DE MONTRÉAL

Maples Inn

Ouvert en 1897 sur les rives du lac Saint-Louis, à Pointe-Claire, le Maples Inn traverse près de neuf décennies d’histoire sociale et musicale du West Island. D’abord hôtel de villégiature, il devient progressivement un lieu de loisirs familiaux et de soirées dansantes, exploitant notamment ce qui est présenté comme le premier terrain de mini-golf au Canada. Après l’époque des big bands, les années 1960 et 1970 transforment le vieux Maples, désormais surnommé le « Mapes », en important lieu de rencontre de la jeunesse, de la contre-culture et du rock montréalais. Devenu véritable club rock à la fin des années 1970, il accueille notamment The Haunted, The Rabble, Big City Band et Offenbach. Fermé le 5 février 1985, le légendaire établissement est détruit par un incendie deux jours plus tard, mettant fin à près d’un siècle d’histoire.

1. Présentation

Pendant près de neuf décennies, le Maples Inn occupe une place singulière dans la vie sociale et culturelle de Pointe-Claire. Créé en 1897, alors que les rives du lac Saint-Louis deviennent une destination de villégiature recherchée par les Montréalais, l’établissement change radicalement de vocation au fil des générations. [1]

D’abord associé aux vacances estivales et à une clientèle privilégiée, le Maples s’ouvre progressivement aux familles et développe une offre de loisirs comprenant plage, quai, tennis, restauration, mini-golf et danse. Plus tard, lorsque l’ancien monde des hôtels de villégiature décline, la musique permet au lieu de se réinventer.

Dans les années 1960 et 1970, le vieil hôtel devient le « Mapes », un lieu emblématique de la jeunesse du West Island, de la contre-culture et du rock. Cette transformation fait du Maples un exemple remarquable d’un même bâtiment ayant accompagné plusieurs époques complètement différentes de l’histoire des loisirs montréalais.

1897–1985

Un même lieu, plusieurs générations

Peu de lieux de spectacles montréalais illustrent aussi clairement l’évolution des loisirs au XXe siècle : villégiature → danse → contre-culture → club rock. Le Maples change avec son public plutôt que de conserver une vocation unique.

2. Un hôtel de villégiature au bord du lac

À la fin du XIXe siècle, Pointe-Claire est encore pour beaucoup de Montréalais une destination de campagne. Des familles quittent la ville pendant l’été pour séjourner dans des maisons, pensions et hôtels établis le long du lac Saint-Louis.

C’est dans ce contexte que le Maples Inn apparaît en 1897. Installé directement sur la route du Bord-du-Lac, l’établissement profite d’un paysage alors très différent du West Island urbanisé d’aujourd’hui. [1]

La propriété comprend notamment une plage et un quai. Les vacanciers peuvent se baigner dans le lac, tandis que le rivage offre un point d’observation privilégié pour les régates et les courses d’hydroglisseurs de Pointe-Claire. Le quai finit par être endommagé par les glaces et les crues printanières et disparaît à la fin des années 1930. [1]

3. Du club privé aux loisirs familiaux

À ses débuts, le Maples possède un caractère beaucoup plus exclusif que celui qu’on lui connaîtra plus tard. Les sources historiques indiquent qu’il est réservé aux « distinguished gentlemen » jusqu’en 1902, avant de s’ouvrir progressivement à une clientèle familiale. [1]

L’automobile contribue à transformer les habitudes. Le chemin du Bord-du-Lac devient une route panoramique appréciée et le Maples constitue une étape naturelle : on peut s’y arrêter pour manger, profiter du lac ou passer une partie de la journée.

L’établissement développe ainsi une véritable offre de loisirs. Un terrain de tennis, un snack-bar et d’autres installations complètent progressivement l’hôtel.

Au début des années 1930, le Maples se dote également d’un terrain présenté par les sources patrimoniales montréalaises comme le premier mini-golf au Canada. [1]

Une curiosité historique

Le premier mini-golf au Canada

Le mini-golf connaît une explosion de popularité en Amérique du Nord à la fin des années 1920. Le Maples Inn adopte rapidement cette nouvelle forme de loisir familial et exploite, selon le MEM, le premier terrain de mini-golf au Canada.

4. La musique et les soirées dansantes

Bien avant de devenir une salle rock, le Maples possède déjà une importante dimension musicale. Les soirées dansantes deviennent l’une des attractions de l’établissement et contribuent à transformer l’ancien hôtel de villégiature en lieu de sociabilité.

Cette tradition se poursuit particulièrement durant les années d’après-guerre. La fiche historique du Maples associe notamment le big band de Charlie Legault à l’établissement entre 1945 et 1963. [2]

Pour une génération de clients, le Maples demeure alors un endroit où l’on vient manger et danser au bord du lac. Mais l’arrivée du rock & roll et l’évolution rapide des goûts de la jeunesse allaient bientôt modifier profondément son identité.

5. Du rock à la contre-culture

Au cours des années 1960, le modèle traditionnel de l’hôtel de villégiature est déjà en déclin. Dans le même temps, une nouvelle génération de jeunes du West Island cherche ses propres lieux de rassemblement.

Le Maples trouve alors une seconde vie inattendue. Le vieil hôtel, loin du prestige de ses premières décennies, devient un lieu informel où se rencontrent musique rock, jeunesse et contre-culture.

Des groupes locaux associés à la scène garage et psychédélique montréalaise y jouent, notamment The Power of Beckett, The Rabble et The Haunted. [2]

Cette période transforme définitivement la réputation du lieu. Pour les autorités et une partie du voisinage, le Maples devient un établissement problématique. Pour une partie de la jeunesse, il représente au contraire un espace de liberté, de musique et de camaraderie.

6. L’âge du « Mapes »

Dans les années 1970, le surnom « Mapes » résume à lui seul l’identité nouvelle de l’établissement. Le bâtiment conserve l’apparence d’un ancien hôtel du Lakeshore, mais son intérieur appartient désormais à la culture des bars et des clubs rock.

Les souvenirs de cette période décrivent une grande salle avec scène, tables et tables de billard, ainsi qu’un long espace surnommé le Caboose. [3]

Le Big City Band, formation blues-rock, devient particulièrement associé au Maples et est décrit dans les récits consacrés au lieu comme une sorte de groupe maison. [2]

L’atmosphère du Mapes fait partie intégrante de sa légende. La salle n’est pas simplement un endroit où voir un groupe : elle devient un point de rencontre pour une communauté de jeunes du West Island.

Le « Mapes »

Un lieu de contre-culture du West Island

À partir des années 1960, l’ancien hôtel chic acquiert une réputation presque exactement opposée à celle de ses débuts. Ce contraste constitue l’un des aspects les plus fascinants de son histoire : le même bâtiment qui accueillait autrefois les villégiateurs montréalais devient un symbole de la jeunesse rock du West Island.

7. La transformation en club rock

Une nouvelle étape commence en 1977, lorsque l’établissement change de propriétaire et qu’Arthur Dalfen est chargé de repositionner le Maples comme véritable club rock. [2]

Des rénovations importantes sont entreprises et la direction tente de rompre avec certains aspects les plus problématiques de la réputation acquise durant les années précédentes. La programmation musicale devient plus ambitieuse.

Des groupes reconnus, dont Offenbach, se produisent au Maples. À la fin des années 1970, les spectacles peuvent être présentés plusieurs soirs par semaine, faisant de l’établissement une véritable salle de diffusion rock dans l’ouest de l’île. [2]

Vers 1980, une nouvelle administration prend le relais. Mais la coexistence entre un club rock très fréquenté et un secteur résidentiel devient de plus en plus difficile. Le bruit, la circulation, les problèmes liés au permis d’alcool et l’opposition d’une partie du voisinage pèsent sur l’avenir du Maples.

Chronologie du Maples Inn

1897
Ouverture
Le Maples Inn devient une destination de villégiature sur les rives du lac Saint-Louis.
1902
Familles
Après une période réservée aux « distinguished gentlemen », le Maples s’ouvre à une clientèle familiale.
1930s
Mini-golf
Le Maples exploite ce qui est présenté comme le premier mini-golf du Canada.
1945–1963
Danse
Le big band de Charlie Legault est associé aux soirées dansantes du Maples.
1960s–70s
Le « Mapes »
Le lieu devient un important point de rencontre de la contre-culture et de la scène rock du West Island.
1985
Fin
Fermeture le 5 février; le bâtiment est détruit par un incendie le 7 février.

8. Fermeture et incendie

Au début des années 1980, l’avenir du Maples devient incertain. Les problèmes entourant son permis d’alcool et l’opposition d’une partie du voisinage fragilisent un établissement dont l’existence est de plus en plus difficile à concilier avec l’évolution résidentielle du secteur.

Le Maples cesse finalement ses activités au début de février 1985. La chronologie conservée par MCPA situe son dernier jour d’exploitation au 5 février. [2]

Deux jours plus tard, le 7 février 1985, l’ancien hôtel est ravagé par un incendie. Les circonstances de l’incendie ont donné naissance à différents récits et soupçons; en l’absence d’une source officielle suffisamment claire établissant une cause criminelle, il est plus prudent de retenir simplement que le bâtiment a été détruit par le feu. [1]

Le terrain sera par la suite réaménagé et des condominiums occuperont l’ancien emplacement du Maples.

7 février 1985

La disparition d’un monument du West Island

L’incendie met fin non seulement à l’histoire d’un club rock, mais à celle d’un lieu fréquenté depuis la fin du XIXe siècle. Le Maples avait survécu en changeant continuellement avec les générations qui l’adoptaient.

9. Héritage

L’importance historique du Maples Inn dépasse largement sa période comme salle de spectacles. Son parcours raconte près d’un siècle d’évolution des loisirs dans l’ouest de l’île de Montréal.

À la fin du XIXe siècle, le Maples appartient au monde des hôtels de villégiature du lac Saint-Louis. Au début du XXe, il accompagne l’essor de l’automobile et des loisirs familiaux. Après la guerre, il appartient à la culture des big bands et des soirées dansantes. Puis les années 1960 et 1970 le transforment en lieu de contre-culture et de rock.

Cette capacité à se réinventer explique en grande partie la place du « Mapes » dans la mémoire du West Island. Plusieurs générations ont connu le même bâtiment, mais pas nécessairement le même Maples Inn.

Pour l’histoire musicale montréalaise, sa période rock est particulièrement importante. Alors qu’une grande partie des salles de spectacles se concentre au centre-ville, le Maples offre aux groupes et au public de l’ouest de l’île un lieu qui leur appartient géographiquement et culturellement.

Perspective MCPA

Plusieurs Maples dans un seul bâtiment

Le Maples Inn illustre parfaitement la manière dont un lieu peut changer de sens sans changer d’adresse. Hôtel de villégiature, lieu de danse, repaire hippie puis club rock : chaque génération du West Island semble avoir possédé son propre « Mapes ».

10. Notes & sources

  1. MEM — CENTRE DES MÉMOIRES MONTRÉALAISES, « Plaisir garanti au Maples Inn! », 5 décembre 2018, réalisé en collaboration avec la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe-Claire.
    Usage MCPA : période 1897–1985, villégiature, clientèle, plage, quai, tennis, restauration, premier mini-golf du Canada et incendie du 7 février 1985.
  2. MARJORIE SIM, « Fate of landmark hinges on liquor license », The Gazette, 20 octobre 1983, texte reproduit dans les archives d’Alan Rhodes, complété par les souvenirs et documents consacrés au « Mapes ».
    Usage MCPA : évolution historique de l’établissement, vie sociale, transformations du lieu, période rock, gestion et dernières années.
  3. ALAN RHODES, The Journals of Alan Rhodes, souvenirs et documentation sur le Maples Inn.
    Usage MCPA : description intérieure du Mapes, grande salle, scène, billard, « Caboose » et mémoire de la contre-culture du West Island. Les souvenirs personnels sont utilisés comme témoignages plutôt que comme sources institutionnelles.
  4. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, archives et documentation du Maples Inn.
    Usage MCPA : programmation musicale et histoire du lieu comme salle de spectacles.

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