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HISTOIRE DES SALLES DE MONTRÉAL

Normandie Roof

Inauguré le 17 juin 1937 au sommet de l’Hôtel Mont-Royal, au 1455, rue Peel, le Normandie Roof — aussi appelé Terrasse Normandie — devient l’un des grands cabarets d’hôtel du Montréal mondain. Inspiré des prestigieux supper clubs et roof gardens nord-américains, il propose une expérience complète réunissant souper, danse, orchestres et spectacles dans un élégant décor évoquant les paysages et les traditions de la Normandie française. Pendant plus de vingt ans, chanteurs, danseurs, artistes de variétés et orchestres de danse s’y succèdent, leurs prestations étant également diffusées à la radio sur CKAC. Le pianiste Liberace s’y produit avant d’accéder à la célébrité internationale, tandis que le chanteur français Jean Sablon y connaît un important succès en 1946. Actif jusqu’en 1958, le Normandie Roof demeure un remarquable témoin de l’âge d’or des grands supper clubs d’hôtel montréalais.

1. Présentation

Le Normandie Roof occupe une place singulière dans l’histoire de la vie nocturne montréalaise. Inauguré en 1937 dans l’Hôtel Mont-Royal de la rue Peel, il appartient à une tradition différente de celle des cabarets du boulevard Saint-Laurent : celle des grands supper clubs d’hôtel, destinés à une clientèle recherchant à la fois repas, danse et spectacle dans un cadre raffiné.

Aussi connu sous le nom de Terrasse Normandie, l’établissement reçoit pendant plus de deux décennies des orchestres de danse, chanteurs, danseurs et artistes de variétés. Les clients peuvent prendre leur repas devant la scène, danser au son de l’orchestre et assister aux spectacles au cours d’une même soirée.

Le Normandie Roof devient ainsi l’une des vitrines du Montréal mondain des années 1930, 1940 et 1950, à une époque où les grands hôtels jouent un rôle majeur dans la vie sociale et musicale de la métropole.

2. L’Hôtel Mont-Royal

Le Normandie Roof est aménagé dans l’un des établissements hôteliers les plus imposants de Montréal. Ouvert au début des années 1920, l’Hôtel Mont-Royal, au 1455 rue Peel, compte plus de mille chambres et appartient au paysage monumental du centre-ville.

Son architecture et son emplacement, au pied du mont Royal et à proximité du secteur commercial de la rue Sainte-Catherine, en font un hôtel prestigieux fréquenté autant par les Montréalais que par les voyageurs.

L’ouverture d’une grande salle de danse et de spectacle au sommet de l’hôtel permet à l’établissement d’offrir une expérience complète : hébergement, restauration, musique, danse et divertissement sous un même toit.

MCPA — Mise en contexte

Le cabaret d’hôtel

Le Normandie Roof appartient à une tradition distincte de celle des clubs de la Main. Le cabaret d’hôtel combine restauration, orchestre et spectacle dans un environnement plus formel. Il s’inscrit dans une culture internationale des grandes salles de danse et des roof gardens associés aux hôtels de prestige.

3. L’inauguration de 1937

Le Normandie Roof est officiellement inauguré le 17 juin 1937. Des articles et publicités publiés au moment de l’ouverture présentent une nouvelle salle de danse spectaculaire, aménagée dans les hauteurs de l’Hôtel Mont-Royal.

Le choix du nom renvoie à la Normandie française, thème qui détermine une grande partie de la décoration et de l’identité visuelle de l’établissement.

Dès ses débuts, la salle propose une formule combinant repas, musique, danse et spectacle, cherchant à offrir aux clients une expérience comparable à celles des grands établissements de New York et d’autres métropoles nord-américaines.

4. Décor et aménagement

Le décor constitue l’une des caractéristiques distinctives du Normandie Roof. La salle est conçue autour d’un univers inspiré des paysages, costumes traditionnels et scènes rurales de Normandie.

Les sources d’époque décrivent notamment une série de dix-huit grands tableaux évoquant la province française. Cette iconographie donne au cabaret une identité immédiatement reconnaissable et participe à l’atmosphère européenne recherchée par la direction.

Les tables sont aménagées en demi-cercle devant la scène, permettant aux clients de prendre leur repas tout en observant les artistes. La piste de danse et la scène deviennent les deux pôles autour desquels s’organise la soirée.

L’ensemble vise moins l’exubérance d’un cabaret de la Main que l’élégance d’un supper club intégré à un grand hôtel.

5. Souper, danse et vie mondaine

Une soirée au Normandie Roof ne se résume pas à assister à un spectacle. Les clients viennent d’abord pour une expérience sociale complète : souper, conversation, musique, danse et divertissement se succèdent tout au long de la soirée.

La clientèle peut dîner devant la scène avant de rejoindre la piste de danse lorsque l’orchestre reprend son programme. Valses, fox-trots et autres danses populaires rythment les soirées.

À certaines occasions, des danseurs expérimentés proposent également des démonstrations ou des leçons de danses latines, témoignant de l’évolution constante des modes chorégraphiques de l’époque.

Cette combinaison de restauration et de spectacle rapproche le Normandie Roof davantage du supper club que de la salle de concert traditionnelle.

6. Orchestres et radio

Les orchestres de danse constituent le cœur de la programmation régulière du Normandie Roof. Parmi les chefs d’orchestre associés à la salle figure Lloyd Huntley, dont l’ensemble accompagne les soirées, les danses et plusieurs artistes invités.

La musique du Normandie Roof dépasse également les murs de l’hôtel. Des prestations d’orchestres sont régulièrement retransmises sur les ondes de la station montréalaise CKAC.

La radio joue alors un rôle déterminant dans la diffusion des orchestres de danse. Une soirée donnée dans une salle d’hôtel peut ainsi rejoindre des milliers d’auditeurs qui ne fréquentent pas directement le cabaret.

CKAC plutôt que CFCF

Les sources historiques consacrées au Normandie Roof mentionnent régulièrement la diffusion de ses orchestres sur CKAC. Une association particulière entre Liberace et CFCF a parfois été rapportée, mais elle demande une documentation distincte. Pour l’histoire générale du cabaret, CKAC constitue actuellement l’affirmation la mieux étayée.

7. Revues et artistes

La programmation du Normandie Roof combine artistes de variétés, chanteurs, danseurs et orchestres. La direction cherche notamment à attirer des talents provenant de New York et du circuit américain du spectacle.

Contrairement à un club consacré principalement au jazz ou à une salle de théâtre traditionnelle, le Normandie Roof propose une programmation adaptée au modèle du supper club : les numéros doivent pouvoir s’intégrer à une soirée de repas et de danse.

Au fil des années, la scène accueille ainsi aussi bien des chanteurs internationaux que des pianistes, danseurs, humoristes et artistes de music-hall.

8. Liberace

Parmi les artistes associés au Normandie Roof, aucun n’est devenu aussi célèbre que le pianiste américain Liberace. Sa présence à Montréal précède de plusieurs années l’immense popularité qu’il connaîtra ensuite à la télévision et à Las Vegas.

Une publicité publiée dans The Gazette le 12 avril 1945 documente clairement sa présence au Normandie Roof. Des témoignages ultérieurs situent le début de son engagement montréalais dès 1944.

À cette époque, Liberace construit encore son personnage de scène : un mélange de virtuosité pianistique, de répertoire populaire et classique, d’humour et de théâtralité qui deviendra bientôt sa marque de commerce.

Un récit fréquemment repris affirme que son passage à l’Hôtel Mont-Royal joua également un rôle dans la transformation de son nom de scène, Walter Liberace devenant simplement Liberace. L’anecdote apparaît dans des témoignages rétrospectifs et doit être présentée comme telle plutôt que comme une certitude établie par une source contemporaine.

1943, 1944 ou 1945 ?

L’ancienne version de cette fiche situait les débuts montréalais de Liberace en 1943. La documentation actuellement disponible à MCPA fournit toutefois une preuve directe de sa présence au Normandie Roof le 12 avril 1945, tandis qu’un témoignage ultérieur situe son engagement dès 1944. En l’absence d’une source primaire de 1943, cette année n’est plus retenue ici.

9. Jean Sablon

En 1946, le chanteur français Jean Sablon se produit au Normandie Roof. Déjà célèbre des deux côtés de l’Atlantique, Sablon appartient à une génération d’artistes français ayant adopté le microphone et une manière plus intime de chanter.

La presse montréalaise décrit son passage comme un important succès public, avec une salle enthousiaste et de nombreuses ovations.

Sa présence illustre la capacité du Normandie Roof à attirer des artistes internationaux et à servir de lien entre les circuits du spectacle nord-américain et européen.

10. Autres artistes documentés

Les archives de presse permettent de reconstituer progressivement la programmation du Normandie Roof au-delà de ses deux figures les plus célèbres. Plusieurs artistes sont aujourd’hui documentés dans les archives MCPA.

12 avril 1945
Liberace
1946
Jean Sablon
2 mai 1947
Luis Gomez and Beatrice
27 mars 1948
Benny Fields
30 juillet 1948
Carl Brisson
11 août 1949
Frank Gallagher

Cette liste demeure nécessairement incomplète. Comme pour plusieurs cabarets montréalais, les journaux permettent encore de découvrir de nouveaux engagements et de reconstruire peu à peu la programmation de la salle.

11. Déclin et fermeture

Au cours des années 1950, l’environnement du divertissement montréalais se transforme. La télévision, la modification des habitudes de sortie, l’évolution de la musique populaire et les changements dans l’industrie hôtelière affectent progressivement le modèle traditionnel du grand cabaret.

Le Normandie Roof demeure toutefois actif jusque vers la fin de la décennie. Les sources utilisées par MCPA situent la fin de son activité comme cabaret en 1958.

Plutôt que d’attribuer cette disparition à une seule cause, il est préférable de la replacer dans une transformation plus générale du monde des cabarets et des grands supper clubs montréalais.

La télévision : un facteur parmi d’autres

La télévision est souvent présentée comme l’une des causes du déclin des cabarets dans les années 1950. Elle contribue effectivement à modifier les habitudes de divertissement, mais elle n’explique pas à elle seule la disparition du Normandie Roof. Les changements musicaux, économiques et sociaux de l’après-guerre doivent également être pris en compte.

12. De l’Hôtel Mont-Royal aux Cours Mont-Royal

L’histoire du bâtiment se poursuit longtemps après la disparition du Normandie Roof. L’Hôtel Mont-Royal demeure en activité sous différentes formes et est associé pendant plusieurs années à la bannière Sheraton.

Après le départ de Sheraton en 1982, l’ancien hôtel fait l’objet d’un important projet de restauration et de transformation.

En 1988, le complexe rouvre sous le nom de Les Cours Mont-Royal, galerie commerciale haut de gamme intégrée à l’ancien édifice hôtelier.

Le bâtiment est donc toujours présent dans le paysage du centre-ville, même si les espaces qui accueillaient autrefois la vie nocturne de l’hôtel ont changé de fonction.

13. Importance historique

Le Normandie Roof représente une facette essentielle de l’âge d’or des cabarets montréalais : celle du grand cabaret d’hôtel. Son histoire complète celle des établissements plus directement associés à la Main, au Red Light ou aux quartiers de divertissement populaires.

Ici, le spectacle s’inscrit dans l’univers du grand hôtel : repas servis aux tables, orchestre de danse, tenue élégante, scène, piste de danse et artistes invités composent une même expérience.

La salle participe également aux réseaux internationaux du spectacle. Les artistes engagés à Montréal circulent entre New York, les grandes villes canadiennes et, dans certains cas, l’Europe.

La présence de Liberace avant son accession à la célébrité internationale, celle de Jean Sablon et les nombreux engagements documentés dans la presse font du Normandie Roof un témoin privilégié de cette circulation artistique.

MCPA — Mise en perspective

Une autre histoire des cabarets montréalais

Le Frolics raconte l’histoire de la Main. Le Rockhead’s Paradise raconte notamment celle de la communauté noire montréalaise et du nightlife du secteur Saint-Antoine. Le Normandie Roof raconte une troisième histoire : celle des grands hôtels, des soupers dansants et du Montréal mondain. Ensemble, ces établissements révèlent la diversité exceptionnelle de la vie nocturne montréalaise au milieu du XXe siècle.

14. Chronologie

17 juin 1937
Inauguration officielle du Normandie Roof à l’Hôtel Mont-Royal.
1937
La salle adopte un décor inspiré de la Normandie et propose repas, danse, orchestre et spectacle.
31 décembre 1941
Réveillon du Nouvel An documenté au Normandie Roof.
12 avril 1945
Liberace est documenté au Normandie Roof dans The Gazette.
1946
Passage remarqué de Jean Sablon.
2 mai 1947
Luis Gomez and Beatrice.
31 décembre 1947
Soirée du Nouvel An documentée dans The Gazette.
27 mars 1948
Benny Fields.
30 juillet 1948
Carl Brisson.
11 août 1949
Frank Gallagher.
Années 1950
Les orchestres du Normandie Roof continuent notamment d’être diffusés à la radio sur CKAC.
1958
Fin de l’activité du Normandie Roof comme cabaret.
1982
Départ de Sheraton de l’ancien Hôtel Mont-Royal.
1988
Réouverture du complexe restauré sous le nom de Les Cours Mont-Royal.

15. Notes et sources

  1. L’Illustration Nouvelle, 15 juin 1937. Annonce et présentation du nouveau Normandie Roof avant son inauguration.
  2. L’Illustration Nouvelle, 17 juin 1937. Documentation contemporaine sur l’ouverture, le décor et l’aménagement du Normandie Roof.
  3. The Montreal Star, 23 juin 1939. Documentation sur le Normandie Roof et l’Hôtel Mont-Royal.
  4. Encyclopédie du MEM, Ville de Montréal, « Aller au restaurant à Montréal (1940–1960) ». Description du Normandie Roof, des tables en demi-cercle, des orchestres, des valses, fox-trots, danses latines et diffusions sur CKAC.
  5. The Gazette, 12 avril 1945. Publicité documentant Liberace au Normandie Roof.
  6. Le Canada, 28 août 1946. Compte rendu du passage de Jean Sablon.
  7. The Montreal Daily Star, 2 mai 1947. Engagement de Luis Gomez and Beatrice.
  8. The Gazette, 29 décembre 1947. Soirée du Nouvel An au Normandie Roof.
  9. The Gazette, 27 mars 1948. Engagement de Benny Fields.
  10. The Gazette, 30 juillet 1948. Engagement de Carl Brisson.
  11. The Montreal Star, 11 août 1949. Engagement de Frank Gallagher.
  12. Radiomonde, 17 mai 1958. Documentation utilisée pour situer la fin de la période d’activité du Normandie Roof.
  13. The Gazette, 4 février 1987. Rétrospective évoquant notamment Liberace et l’histoire du Normandie Roof.
  14. La Presse, 9 février 1988. Documentation sur la transformation de l’ancien Hôtel Mont-Royal.
  15. Le Devoir, 12 février 1988. Documentation sur l’ouverture des Cours Mont-Royal.

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