Café Mocambo (Montréal)
Cabaret-show-bar majeur de l’Est de Montréal (1947–1966), célèbre pour ses spectacles de danse, vaudeville, humour et musique soul, revitalisé au début des années 1960 par le lutteur Johnny Rougeau.
1. Présentation
Le Café Mocambo est un cabaret-spectacle emblématique de l’Est de Montréal, actif de 1947 à 1966. Il est connu pour sa programmation énergique — danse, humour, vaudeville — et pour son âge d’or sous Johnny Rougeau.
2. Origines (1947–1950)
Le Mocambo ouvre le 18 octobre 1947, succédant au Café Yucca fermé quelques jours plus tôt. Les permis sont détenus par M. R. Thibault, figure influente du milieu des cabarets. La gestion revient à M. F. Roy.
3. Le Show-Bar de l’Est (années 1950)
Les années 1950 voient le Mocambo devenir un cabaret populaire. On y retrouve danse, comédie, orchestres et stars locales. Roland Montreuil, maître de cérémonie, y devient une légende avec un pianothon de 57 h et une série de spectacles marquants.
4. L’ère Johnny Rougeau (1961–1965)
En 1961, l’établissement traverse des difficultés. Roland Thibault propose à son ami Johnny Rougeau de le racheter. Rougeau accepte, séduit par l’idée de redonner vie au lieu :
« Je voulais en faire l’un des plus grands cabarets d’Amérique du Nord. »
Le 10 juillet 1961, le Mocambo rouvre après d’importantes rénovations. Rougeau accueille lui-même les clients sous la fameuse enseigne :
« JOHNNY VOUS REÇOIT »
Grâce à ses contacts aux États-Unis, il attire Frankie Lymon, Chubby Checker, Fats Domino, Little Stevie Wonder, LaVern Baker et d’autres vedettes soul. Il bannit la drogue, refuse les clients problématiques et impose une ambitieuse discipline interne.
5. Déclin et fermeture (1966)
Rougeau vend finalement le Mocambo le 29 janvier 1965, exténué par des journées de 14–16 heures et par la hausse des cachets provoquée par la télévision. En mars 1966, le cabaret ferme et est vandalisé dans la nuit précédant la remise des derniers chèques.
6. Héritage & témoignages de Johnny Rougeau
Rougeau laisse plusieurs témoignages importants sur son passage au Mocambo — ses ambitions, ses sacrifices, l’épuisement physique, ainsi que les raisons économiques qui l’ont poussé à quitter l’industrie du spectacle.
« Je n’arriverai jamais à nommer toutes les grandes vedettes qui sont passées chez moi, mais certaines ont marqué l’époque : Liberace, les Edward Brothers, Flo de Parker, Iris Robin… »
« Je voyais venir l’Expo 67, et je savais que ça allait nous rentrer dans le corps. »
« La télévision payait des salaires impossibles. Des artistes que je payais 500 ou 600 $ exigeaient tout à coup 2 500 à 3 000 $ par semaine. Ce n’était plus viable. »
« Je travaillais 14 à 16 heures par jour, 7 jours par semaine. J’avais négligé la lutte. J’étais épuisé. »
« J’ai vendu le Mocambo pour 150 000 $, et il était tout payé. Je me suis dit que je voulais retourner à mes véritables passions : la lutte, la politique et le hockey. »
(À propos de son dernier combat contre le cancer) « J’avais un message d’amour à livrer, un message de respect. Si je parviens à faire comprendre cela aux gens, j’aurai accompli beaucoup. »
7. Notes & sources
- Le Devoir, 15 novembre 1947 — Ouverture & permis.
- L’Autorité, 1 novembre 1947 — Café Yucca & gestion.
- Montréal-Matin, 1955–1959 — Spectacles & programmation.
- Comiques du Québec en 33 tours — Témoignages de Johnny Rougeau.
- La Presse, 30 janvier 1965 — Vente du cabaret.
- La Presse, 22 mars 1966 — Vandalisme lors de la fermeture.
- La Voix de l’Est, 1983 — Entrevue testamentaire de Rougeau.
- The Gazette, 10 juillet 1961 — Ouverture officielle.








