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USINE DE CRÉATION AKMÉ

L'Usine 77 était un lieu de travail et de rencontre unique en son genre. Maxine Cocotte, Diane Carrière, Alain Karon et une dizaine d'autres créateurs en manque de locaux pour leurs répétitions, s'unissaient durant l'été 1984 et fondaient leur propre laboratoire de recherche artistique; L'USINE DE CRÉATION AKMÉ, au 77 ave. Mont-Royal Ouest à Montréal, un organisme à but non-lucratif, offrant des espaces adaptés et adaptables aux disciplines les plus diverses.

L’Usine de création Akmé était un incubateur socio-culturel multidisciplinaire et multi-ethnique situé dans le Bancroft Building à Montréal de 1984 à 1988.1

Ce texte est assemblé à partir d’archives de journaux avec la participation d’Alain Karon
Alain Karon et Maxine Cocotte, 1987.
Crédit photo: Martin Roy

C’est en 1984 qu’une dizaine d’artistes et d’artisans menés par Alain Karon et Maxine Cocotte ont mis sur pied l’Usine de création Akmé, un lieu de travail et de rencontre unique en son genre.1

Il s’agissait d’un espace important dans la scène musicale underground, offrant une plateforme aux artistes émergents et établis pour se pratiquer, répéter, enregistrer, donner des spectacles, et cela dans des domaines aussi hétéroclites que la danse, le théâtre, les arts visuels et la musique.1,2,3

77 avenue Mont-Royal Ouest, Montréal.
Google Earth, 2024.

C’était aussi une maison de production de spectacles, de tournées, de développement et de promotion. L’Usine était une place pour donner la chance à tous les arts de créer et de se faire voir.1,2,3

L’Usine louait 6 des 9 locaux existant dans l’immeuble Bancroft. Les groupes Madame, Rock et belles oreilles, La Petite fanfare, le Théâtre sans fil et bien d’autres y ont fait leur tour et sont allés gagner leur vie honorablement.4

Source: Alain Karon

L’Usine avait 6 différents laboratoires:

LAB 102: 3 ateliers fermés, 1 salle de répétition avec scène de 100 pieds carrés

LAB 202: 1 grande salle; plancher de bois, pour danse, performance et théâtre

LAB 301: 1 chambre noire, 1 atelier fermé, 1 salle pour répétitions, danse, performance

LAB 302: 1 atelier de 800 pieds carrés

LAB 303: 1 salle pour répétitions, conférences, ateliers, théâtre

LAB 402: 1 salle de répétition pour danse, théâtre, performance

Le tarif de location était aussi bas que possible, l’ambiance de travail stimulante et la compétition cédait sa place à l’entraide. L’Usine pris rapidement de l’expansion, car elle répondait à un besoin évident chez les jeunes artistes.5

Cofondateur du groupe rock Les Taches (1982-2008) et ex-leader du groupe Modular (1979-1982), Alain Karon avait eu l’idée de créer un lieu multidisciplinaire mis à la disposition notamment de groupes de rock francophone, dont Vilain Pingouin et les Parfaits Salauds, mais a vu aussi s’y côtoyer des artistes anglophones et multi-ethniques.1,5,6

Les Taches, Une bonne raison, 1989

« L’Usine est un Twilight Zone de la stimulation. Les gens entrent là, se sentent bien, utile et tellement chez eux qu’ils ne veulent plus sortir. Ils sont toujours prêts à donner un coup de main pour aider les autres », explique Alain Karon.5

Les Taches dans leur local du 4e étage de l’Usine, en 1986.
Daniel Jacob, Alain Karon, Maxine Cocotte, Bernard Legrand.
Source: Daniel Jacob

« À l’Usine, on veut rester ouvert aux différentes disciplines et aux différents styles », affirme Maxine Cocotte, bassiste des Taches et l’une des deux personnes qui tient l’Usine un peu à bout de bras, qui planifie les événements, lave les planchers, veille à la publicité et tâche de faire connaître leur travail par les bailleurs de fonds. « Cette année, c’est ‘’stop ou encore’’, pour l’Usine, dit-elle. Après deux ans et demi, ou bien ça débloque, ou bien on s’arrête. » Le bénévolat était encore la règle de l’Usine.4

Les Taches dans la ruelle derrière l’Usine, en 1986.
Daniel Jacob, Maxine Cocotte, Alain Karon.
Source: Daniel Jacob

La vaste majorité des jeunes qui gravitent autour de cette boîte multidisciplinaire ont environ 20 ans et ne demandent pas mieux que de travailler à établir des réseaux de diffusion, d’échange avec la francophonie pour que la chanson rock francophone prenne la place qui lui revient.5

FIRM 1987 (Festival International de Rock Francophone de Montréal)
Source: Alain Karon

De l’Usine a été fondé par Alain Karon l’idée du festival de rock francophone « Because french is beautiful » (joli nom ironique) au parc Lafontaine en 1987, festival qui va lui-même donner lieu au Festival international rock de Montréal, le fameux FIRM, en 1988. Le FIRM connaîtra une première année de succès et de rentabilité avec 4 jours au Spectrum avant de mourir d’une pauvre petite mort deux ans après le congédiement de Karon en décembre 1988, suivi de l’éparpillement dans plusieurs sites de diffusion entraînant les tiraillements et les dettes.1,3,6

 Festival International Rock de Montréal, 1988.
Source: Alain Karon

De plus, le groupe d’Alain Karon, Les Taches, par le nombre impressionnant de musiciens qui y sont passés, a été une véritable école du rock « made in Québec ». Rudy Caya et Michel Vaillancourt, deux membres de Vilain Pingouin, ont fait partie de la formation originale et quelques membres de La Salle Affaire de Jean Leloup.8 « Les autres se sont retrouvés ici et là, chez Bündock, les Frères à Ch’val, Voïvod…»9 Les Taches a été l’un des premiers groupe de la nouvelle vague rock alternative francophone québécoise qui a déferlé sur la province vers la fin des années 1980.10

Les Taches aux Foufounes Électriques (Pierre Girard, Alain Karon, Rudy Caya, Michel Beaudry aka Bill Noise), en 1983.
Source: Alain Karon

Un des mythes du rock alternatif francophone au Québec est que l’intérêt pour le rock alternatif en français en né, en bonne partie, du succès de Bérurier Noir (célèbre groupe de punk-rock en provenance de la douce France) au Québec. Lorsque les Bérus sont venus pour la première fois aux Foufounes Électriques (7 novembre 1988) et au Spectrum de Montréal (8 & 15 novembre 1988 et 10 octobre 1989), ils ont rempli la place, il y a eu une émeute, bref, le phénomène est même passé aux nouvelles de 18 heures à Radio-Canada! Même chose pour la tournée du Québec qui a suivi.6

Bérurier Noir au Spectrum de Montréal, 1989

Mais bien avant la venue des Bérus à Montréal, il y a eu des groupes alternatifs francophones québécois et des évènements qui ont été à l’origine du Franco-alternatif au Québec; comme le groupe Les Taches (on parlait d’eux dans les médias dès 1986) et l’Usine de création Akmé. Tous les deux fondés par Alain Karon. Le concours pan-canadien de Radio-Canada et le concours Rock Envol sont aussi à l’origine de cette nouvelle vague de rock francophone alternative.1

Le concours Rock Envol, Club Soda, 1987
Source: Alain Karon

Plusieurs groupes français, belges et québécois attiraient déjà de bons publics en 1987 à Montréal et jouaient sur les ondes des radios alternatives, même anglophones: Zéro de Conduite, les Porte-Menteaux, Garçons Bouchers, Pigalle, Los Carayos, Les Infidèles, Hedgar Leroux, Amnésie, Les Parazit, Ralph & les Baronics, Vent du Mon Shärr, Les Nerfs et Camel Clutch, parmi autres. D’ailleurs, Les Taches, forts du succès radiophonique de leur 1er 45t « Shakatwist » en 1987, ont fait la première partie des Rita Mitsouko quatre soirs au Spectrum et un soir à Québec. En 1988, le FIRM (Festival International Rock de Montréal) a fait tourner au Québec des stars francophones telles que Gamine, Gilles Tandy, Sttellla, Noir Désir, La Souris Déglinguée, Young Gods, OTH, Vilain Pingouin, Pier Belmar (Danger).1

Bérurier Noir, aux Foufounes Électriques le 7 novembre 1988 et au Spectrum le 8 novembre, avec une supplémentaire ajoutée le 15 novembre.
Contribution: Sébastien Laroche

Les concerts des Bérus à Montréal en 1988-1989 ont été des évènements importants mais non pas l’élément déclencheur du rock francophone alternatif à Montréal. Ils ont surtout contribué à faire naître des vocations punk, skins et hardcore. Il existait déjà toute une scène alternative de styles très variés au Québec (voir le disque compilation Nome Noma Vol. 1 Québec Post-Punk et New Wave 1979-1987 et Vol.2 1979-1983 sur l’étiquette Trésor National).1

Les Taches: Alain Karon, Bernard LeGrand, Maxine Cocotte, Daniel Jacob, en 1986.
Source: Daniel Jacob

Alain Karon s’est démené comme le diable dans l’eau bénite pendant de nombreuses années pour vivre de sa passion avec Les Taches et pour donner le chance à tous les arts de créer et de se faire voir et entendre avec l’Usine 77.11

Le rock avait trouvé son héraut. Le cœur avait trouvé des oreilles. Le français avait trouvé son champion: Alain Karon.7 Le Journal de Montréal lui avait demandé ce qu’il visait en faisant de la musique: « Je veux changer le monde », avait-t-il déclaré.5

Au niveau financier, l’Usine de création Akmé a vivoté; au niveau créatif, elle a explosé.5

Sources
[1] Alain Karon, conversation avec JF Hayeur
[2] Pas tache tant que ça, La Presse, Patrice Duchesne, 1 avril 1990
[3] Français et rock font bon ménage, Le Quotidien, Christiane Laforge, 23 avril 1988
[4] À l’Usine on fabrique des artistes, Liaison St-Louis, Michel Venne, 26 novembre 1986
[5] Alain Karon, un rockeur d’usine, Le Journal de Montréal, 18 juillet 1987
[6] 1985-1995: la montée de l’underground, La Presse, Marie-Christine Blais, 17 juin 1995
[7] Alain Karon l’infatigable, Tête d’affiche, Jean Barbe, 1987
[8] Chansons l’école des Taches, Voir, Laurent Saulnier
[9] Les Taches, Voir, Jean-Christophe Laurence, 26 septembre 1996
[10] Taches tenaces, Voir, Patrick Baillargeon, 25 octobre 2007
[11] Pas tache tant que ça, La Presse, Patrice Duchesne, 1 avril 1990
Nous avons compilé ce texte en utilisant les sources mentionnées ci-dessus. Les extraits sont reproduits tels quels avec modifications mineures par souci de cohésion. 
Dernière mise à jour du texte: 20 mars 2024

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