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PENTHOUSE

Le Penthouse du Windsor Steak House de Montréal était un espace de divertissement situé au sommet du Windsor Steak House, offrant une vue panoramique sur la ville. Il s'agissait d'un restaurant haut de gamme proposant des steaks et des fruits de mer de qualité, ainsi qu'une atmosphère élégante et raffinée. C'est un endroit était prisé pour des dîners d'affaires, des célébrations spéciales et des occasions spéciales.

Le Windsor Steak House (1946-1967) était situé au 1194 rue Peel à Montréal. Le restaurant opérait une boîte de nuit au 3e étage: le Penthouse (1950-1973).

Texte assemblé à partir d’archives de journaux
1194 rue Peel, Montréal (Google Earth 2024)

« Penthouse atop Montreal’s famous Windsor Steak House — The place for steaks! »

C’est en 1946 que le Windsor Steak House ouvra ses portes pour la première fois dans un immeuble de trois étages qui était autrefois occupé par un « blind pig », un bar clandestin.1

Le Windsor Steak House était un restaurant où il faisait bon souper dans une atmosphère détendue.2 Le menu comprenait du poulet BBQ, du steak, des côtelettes, des fruits de mer, mais il proposait également une bonne sélection de mets chinois et des sandwichs.3,4

Le restaurant était fréquenté par des célébrités du monde du sport et du show-business.5,6

Windsor Steak House, 2e étage, 1194 rue Peel, Montréal 

La salle du Penthouse au 3e étage, qui servait de boîte de nuit au Windsor Steak House, avait ouvert initialement en 1950 et avait été transformée en 1961 en un lieu deux fois plus grand avec l’ajout d’une scène et de musiciens.7 Pour s’y rendre, il fallait monter un escalier en colimaçon.8 Le groupe maison était le Charlie Biddle Trio.7

Promoteur de jazz tout autant que musicien, Charlie Biddle a été à l’origine de quelques-uns des hauts-lieux du jazz de Montréal: le Black Bottom, le Quartier Latin, La Bohème, Lindy’s, le Black Orchid, le Penthouse et le Biddle’s qui portait son nom. « Quand personne ne voulait m’engager, je louais un club et je m’engageais moi-même », expliquait-t-il en souriant.9

Penthouse, 3e étage, 1194 rue Peel, Montréal 

Le journaliste montréalais Len Dobbin avait déclaré que « si Charlie Biddle n’avait pas été là, je ne crois pas que Montréal aurait eu autant l’appétit pour le jazz. »10

Les propriétaires du Windsor Steak House étaient Harry Labe, autrefois un boxeur, et son frère Sam Labe. Leur soeur, Ida, était marié à Harry Ship, le « roi du gambling » de Montréal et l’une des têtes dirigeantes de la pègre juive montréalaise.11,12,13

Le chanteur Billy Daniels avec Harry Labe et Sam Labe au Windsor Steak House
17 juin 1952, The Gazette, newspapers.com 

Les frères Labe étaient aussi les propriétaires du Café La Roma (2017 rue Peel) et du Café Forsom (1 Place du Canada). Pendant un certains temps ils ont eu des parts dans le cabaret El Morocco (1445 rue Lambert-Closse).14,15,28

Des musiciens invités des États-Unis et de Toronto ont fait des apparitions au Penthouse. Dans l’ensemble, le Penthouse était un véritable lieu de divertissement. Des grands artistes du jazz tels que Bill Evans, Art Blakey & The Jazz Messengers, Pepper Adams, Roland Kirk et Sonny Stitt y ont offert des spectacles. En 1961, le chanteur et auteur-compositeur québécois Claude Gauthier y chantait entre les représentations de jazz.16,17

En 1964, le Penthouse passa sous une nouvelle administration avec différents noms au courant de la même année: le Eddy’s Poodle Penthouse, le Penthouse Bunny Club, le Penthouse Club ou le Penthouse Lounge. Vous étiez servie par les Poodle Girls.18,19

Eddy’s Poodle Penthouse, Penthouse Lounge, Penthouse Bunny Club, 1194 rue Peel, Montréal

En 1965, le Windsor Steak House fait faillite et devient le buffet chinois House of Chan des restaurateurs Roger Wong et Raymond Young.20,21 L’endroit n’avait pas vraiment changé, d’agréables murs en noyer, du parquet, des chaises en cuir noir, des nappes rouges et quelques lanternes chinoises pour éclairer. Ce qu’il y avait de plus agréable au restaurant était la vue splendide sur la magnifique et animée Dominion Square (Square Dorchester). En plus de son menu chinois, le House of Chan offrait encore toutes les spécialités de l’ancien Windsor Steak House.22

Vers la fin des années 1960, la salle du 3e étage, qui autrefois présentait des spectacles de jazz, avait été transformée en discothèque.23

Au début des années 1970, la discothèque était opérée par le jeune promoteur montréalais Sheldon Kagan, une figure dominante du divertissement à Montréal.24

Sheldon Kagan

« Je suppose que j’avais 16 ou 17 ans et que l’âge pour boire à Montréal était de 20 ou 21 ans », raconte Kagan. « J’avais rencontré un individu du nom de Jerry Kravitz qui était impliqué dans un restaurant de la rue Peel appelé le House of Chan. Il y avait un 3e étage et le propriétaire y présentait des spectacles et il s’en sortait bien mais ce n’était pas phénoménal. Il m’a dit : « Écoute, si tu veux, nous pouvons devenir partenaires et tu pourras fournir la musique. » Je suis donc allé voir le restaurant et j’ai beaucoup aimé le fait qu’il était situé de l’autre côté de Dominion Square. L’emplacement était incroyable et je savais qu’en été il y aurait des tonnes de touristes. J’ai donc eu une idée et nous avons nommé l’endroit Zonk. C’était une discothèque. Il y avait une entrée qui, si vous poursuiviez votre route depuis le restaurant au 2e étage, vous mènerait au 3e. »24

Discothèque Zonk, 3e étage, 1194 rue Peel
28 mars 1970, The Gazette, newspapers.com 

« Ce que j’ai fait pour le Zonk, c’était d’y mettre des projecteurs et toutes sortes de lumières disco-psychédéliques. Quand les gens dansaient, on pouvait voir leurs ombres refléter sur les fenêtres à partir du trottoir sur la rue Peel. J’avais aussi l’habitude d’ouvrir un peu la fenêtre pour faire entendre le son de la musique. Dès que j’ai commencé à faire ça, des tonnes de touristes sont arrivés. Et tout allait bien jusqu’à ce que le maire Jean Drapeau, qui opérait le restaurant voisin, Le Vaisseau d’Or de l’Hôtel Windsor, ait entendu la musique disco et rock sur le trottoir. Il détestait ça. Alors il a fait en sorte que la police effectue une descente dans ma discothèque. Lorsque la police est arrivée, ils m’ont demandé qui était le gérant et j’ai répondu que c’était moi. Ils m’ont demandé d’allumer les lumières et ont voulu vérifier l’identité de tout le monde. Ils n’ont jamais pensé à vérifier ma carte d’identité. Et j’étais mineur ! S’ils m’avaient demandé ma carte d’identité, vous savez, ça aurait été fini pour moi. J’ai opéré le Zonk cinq jours par semaine. Les deux premiers jours étaient calmes donc j’étais le DJ, le barman et le portier. J’ai tout fait. Ensuite, le week-end, j’avais un staff complet. Je crois que j’y suis resté 2 ans et ce fut une expérience incroyable. Nous avons fait ce que nous pouvions pour que la musique soit tout de même entendue de l’extérieur sans trop déranger le maire car son restaurant présentait de la musique de chambre. Il avait des musiciens classiques. Il voulait que tout fonctionne à sa façon et j’étais une épine. J’ai tout de même passé un très bon moment. J’ai rencontré des gens du monde entier. Le Zonk a connu beaucoup de succès. »24

Zonk, 3e étage, 1194 rue Peel, Montréal

À partir de 1973, l’immeuble était occupé par les restaurants Solmar et Cappuccino et par le restaurant l’Actuel durant les années 1980. Il était tout récemment occupé par le restaurant Jimmy Guaco’s jusqu’à sa fermeture en 2023.25,26,27

Harry Labe est décédé le 11 juin 1995.14 Sam Labe est décédé le 18 octobre 2005.28

La biographie de Sheldon Kagan « Not in a shy way — The Sheldon Kagan Story » (2022) est disponible sur Amazon.29

Sources
[1] Evidence ruled sufficient, Montreal Daily Star, 9 mai 1946
[2] Harry Labe’s Penthouse presents, The Gazette, 26 février 1960
[3] Now open Penthouse, The Gazette, 26 janvier 1950
[4] Back tonight at the Penthouse, The Gazette, 3 octobre 1955
[5] Harry Labe’s Windsor Steak House, The Gazette, 2 décembre 1958
[6] Windsor’s Steak House, The Gazette, 29 novembre 1961
[7] Penthouse featuring jazz stars, The Gazette, 20 août 1963
[8] Penthouse, Billy Rueben, The Gazette, 26 février 1960
[9] Un parfum de jazz, Québec-Rock, Jacques Larue-Langlois, juillet 1986
[10] Biddle in his prime, The Gazette, Alan Hustak, 28 juillet 1998
[11] Harry Leibowitz, La Patrie, 8 septembre 1943
[12] Geni: Ida Fritzie Ship
[13] Harry Ship, un roi du jeu sans crainte, Encyclopédie du MEM, Maryse Bédard, 9 septembre 2019
[14] Obituaries: Harry Labe, The Gazette, 17 juin 1995
[15] Person to person, The Gazette, 16 octobre 1956
[16] Penthouse, La Presse, 15 septembre 1961
[17] Robert Charlebois en entrevue, La Presse, 21 janvier 1971
[18] Eddy’s Poodle Penthouse official opening, The Gazette, 17 mars 1964
[19] Penthouse Bunny Club under new management, The Gazette, 5 juin 1964
[20] Bailiff sale Windsor Steak House, The Gazette, 15 avril 1967
[21] Eddy’s Poodle Penthouse, The Gazette, 14 mars 1964
[22] Dining out? The Montreal Star, Helen Rochester, 29 janvier 1966
[23] Ben E. King appearing at Penthouse 2, The Montreal Star, 6 novembre 1971
[24] Discussion téléphonique avec Sheldon Kagan par JF Hayeur, 31 janvier 2024
[25] BAnQ Lovell: 1194 rue Peel 1972-1974
[26] BAnQ Lovell: 1194 rue Peel 1974-1981
[27] BAnQ Lovell: 1194 rue Peel 1983
[28] Montreal Gazette obituaries: Samuel Labe, 20 octobre 2005
[29] The Sheldon Kagan Story — Not in a shy way, Amazon
Nous avons compilé ce texte en utilisant les sources mentionnées ci-dessus. Les extraits sont reproduits tels quels avec modifications mineures par souci de cohésion. Nous avons traduit en français les sources provenant d’articles de journaux en anglais.
Dernière mise à jour du texte: 7 février 2024
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