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Le Café Chaos

Qui se souvient du Café Chaos?

Texte entièrement composé par Éric Faucher pour Urbania | 24 mai 2019

1995-2014

Café Chaos, 2031 rue St-Denis, Montréal

L’histoire de ce que les habitués surnommaient le Chaos a commencé le 27 août 1995 dans un local à deux étages de la rue Saint-Denis, au sud de la rue Ontario. Dès son ouverture, ce café qui se voulait une coopérative de travail a accueilli la scène underground montréalaise. Des soirées DJ ainsi que de nombreux concerts attiraient une foule hétéroclite composée de punks de la rue, de métalleux, de skinheads, de hippies et de fuckés de tous les styles.

La difficulté de payer un loyer sur une artère commerciale comme Saint-Denis a ponctué de façon récurrente le parcours du bar. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Café Chaos a dû déménager avant de s’établir, en 2003, au 2031 rue Saint-Denis, au nord de la rue Ontario cette fois-ci.

Au début, le lieu avait une identité étroitement liée au punk et à la scène alternative québécoise. De nombreux artistes aujourd’hui établis ont foulé les planches du Chaos : Grimskunk, Groovy Aardvark, The Sainte Catherines, Arseniq33, Les Cowboys Fringants, Mononc’ Serge et même Dobacaracol ! Xavier Cafeine y a également été DJ sur une base régulière dans les premières années, sans compter les habituelles soirées du Nouvel An avec Ripcordz. On raconte que la salle de spectacle accueillait en moyenne 250 shows par année, pas surprenant que l’endroit était considéré comme un lieu important pour la scène underground.

La situation géographique du Café Chaos a contribué à la notoriété de l’endroit. En effet, situé à un jet de pierres des stations de métro Berri-UQAM et Sherbrooke, l’établissement jouissait d’une belle visibilité en ayant également pignon sur rue Saint-Denis. C’est aussi la façon dont était divisé le dernier local qui en a assuré la relative popularité. On pourrait considérer que l’endroit comptait trois espaces distincts : le bar, la salle de concert… et la ruelle.

Le bar était situé au premier étage, on y trouvait une table de babyfoot, un classique comptoir de service avec quelques tabourets ainsi qu’une dizaine de tables dispersées ici et là. C’est à cet endroit qu’avaient lieu les soirées DJ. « Plus qu’une salle de spectacle, c’était un bar aussi. Tu pouvais sortir là, show, pas show, c’était ouvert 7 jours sur 7. Il y avait une communauté, des habitués, le staff », affirme Mathieu Stakh, client de longue date, mais également portier le temps d’une année.

Au deuxième étage, on retrouvait la salle de spectacles. D’une capacité d’environ 150 personnes, elle était d’une grandeur parfaite pour la scène underground : ni trop grosse, ni trop petite. « Ce qu’on a perdu avec la fermeture du Chaos, c’est une salle accessible, downtown et pas chère. T’avais un show local avec 50 personnes, pis ça donnait de quoi d’intéressant, ça n’avait pas l’air vide ! », raconte Jennifer Bobette,

des fameuses soirées Maniks Mondays, organisées chaque semaine de 2010 à 2014. Le concept de ces soirées autour desquelles s’était formée toute une communauté de passionnés était simple : 3 bands punk pour 3 $ tous les lundis, beau temps, mauvais temps.

Finalement, la ruelle jouait un rôle très important dans l’ambiance du spot, particulièrement en été. En effet, il n’était pas rare d’y croiser plusieurs dizaines de punks y caler une canette de bière ou y fumer un joint entre deux bands. C’est que la célèbre ruelle s’étendait sur tout le côté et l’arrière du bar. Un endroit douillet qui permettait à ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter de l’alcool au bar de siroter leur breuvage à l’abri des regards, même si la police s’y aventurait parfois pour chasser les badauds. Pas très rentable pour la business du Chaos, mais commode pour les clients !

Le Café Chaos a traversé plusieurs crises qui ont également façonné son identité publique. D’abord dédié au punk, il flirtait parfois avec le métal, prenait un accent vaguement pop ou même hip-hop, sans parler de l’époque « pirate ». En fin de vie, c’était parfois difficile de comprendre quelle clientèle était visée par le Chaos.

C’est que l’administration subissait beaucoup de pression. En effet, les punks qui buvaient dans la ruelle attiraient l’attention policière, les skinheads avaient la fâcheuse tendance à se battre un peu trop régulièrement, certains groupes de métal aux idées douteuses amenaient leur lot de critiques politiques de la part de militants antiracistes. À force de changer d’identité au gré des problèmes, le Café Chaos s’est mis un peu tout le monde à dos.

C’était sans compter l’essoufflement et le roulement infernal du staff. Sur papier, le Café Chaos était une coopérative de travail, mais dans les faits les employés étaient généralement payés avec le pourboire de la soirée et vers la fin de l’aventure, ils ont obtenu une garantie de salaire de… 4 $ de l’heure. Si la plupart étaient d’abord des passionnés du milieu underground, il devenait difficile d’y travailler à long terme, surtout avec un loyer à payer.

La fermeture du Café Chaos en 2014 a tout de même laissé un grand trou dans la scène underground. Les salles de cette dimension et à prix modiques se font de plus en plus rares, particulièrement dans le centre de la ville.

Éric Lapointe a bien tenté de reprendre le lieu après la fermeture du Chaos, mais force est de constater que le succès n’a pas été au rendez-vous pour son projet de bar-spectacle, « L’Exit ». Les nostalgiques de l’époque ne peuvent s’empêcher d’avoir un pincement au cœur en passant devant le local, aujourd’hui occupé par Arcade MTL. La ruelle, quant à elle, n’a plus jamais été aussi animée depuis le départ de l’enfant terrible de la rue Saint-Denis.

Source
Texte entièrement d’Éric Faucher, Urbania, 24 mai 2019
Cet exercice n’a aucun but lucratif.
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