Skip to main content
search

La Brique

Ouverte le 10 juin 1982 au 1419, rue Drummond, La Brique fut l'un des principaux points de ralliement de la communauté hard rock et heavy metal montréalaise des années 1980. Détruite par un incendie en avril 1990, elle renaît en mai 1991 au 32, rue Sainte-Catherine Ouest, où elle devient une importante salle de concerts accueillant groupes locaux et tournées internationales. Sa fermeture en janvier 1993 et son remplacement par la discothèque Le Dôme marquent la fin d'une institution intimement liée à l'âge d'or du metal montréalais.

1. Présentation

Pendant un peu plus d'une décennie, La Brique occupe une place particulière dans la vie nocturne montréalaise. Plus qu'un simple bar spécialisé, elle devient un lieu d'appartenance pour une génération qui voit le hard rock et le heavy metal passer progressivement de la marge à une véritable culture populaire.

Son histoire se divise en deux périodes très différentes. La première, sur la rue Drummond, correspond essentiellement aux années 1980 et à l'affirmation d'une communauté metal montréalaise. La seconde, au début des années 1990 sur la rue Sainte-Catherine Ouest, transforme davantage La Brique en véritable salle de concerts.

Entre les deux se trouve un événement brutal : l'incendie d'avril 1990, qui détruit la première adresse et interrompt l'histoire du club pendant environ un an.

2. Montréal découvre le heavy metal

Lorsque La Brique ouvre en 1982, le heavy metal connaît une période d'expansion considérable. Le hard rock des années 1970 a préparé le terrain, mais une nouvelle génération développe désormais ses propres groupes, ses codes vestimentaires, ses publications, ses disquaires et ses lieux de rencontre.

Montréal possède déjà une importante culture rock, mais les amateurs de metal cherchent des endroits où cette musique constitue non pas une exception dans la programmation, mais le centre même de l'identité du lieu.

La Brique arrive au bon moment. Son ouverture coïncide avec une décennie qui verra le heavy metal se fragmenter et se renouveler rapidement : hard rock, glam metal, speed metal, thrash puis death metal développent progressivement leurs propres publics.

Montréal deviendra elle-même un foyer particulièrement fertile de cette évolution, notamment grâce à une scène locale qui produira plusieurs groupes reconnus bien au-delà du Québec.

3. 1982 : La Brique de la rue Drummond

La Brique ouvre officiellement ses portes le 10 juin 1982 au 1419, rue Drummond, au centre-ville de Montréal.

Sa situation géographique est idéale. À quelques pas de Sainte-Catherine, elle se trouve au cœur d'un centre-ville où se croisent bars, salles de spectacles, commerces, disquaires et une importante population étudiante.

Dès ses premières années, La Brique s'identifie fortement au hard rock et au heavy metal. Le club devient progressivement l'un des endroits où les amateurs peuvent non seulement entendre cette musique, mais surtout rencontrer d'autres personnes qui partagent les mêmes goûts et les mêmes références.

Une publicité publiée dès novembre 1982 confirme la présence de La Brique au 1419 Drummond seulement quelques mois après son ouverture, témoignant de son implantation rapide dans la vie nocturne du secteur.

4. Un lieu d'appartenance

L'importance de La Brique ne peut être comprise uniquement à travers la liste des groupes qui s'y sont produits. Pour de nombreux habitués, sa fonction première est sociale.

Avant les réseaux sociaux et bien avant que l'information sur les concerts circule instantanément, les bars spécialisés jouent un rôle essentiel dans la formation des communautés musicales. On y apprend quels groupes arrivent en ville, on y échange disques, recommandations et nouvelles, et on y rencontre les personnes que l'on retrouvera ensuite aux concerts.

Les cheveux longs, les vestes de denim couvertes de patches, les chandails de groupes et les codes associés au metal transforment ces lieux en territoires immédiatement reconnaissables.

Un reportage de l'émission télévisée Caméra 88, tourné en 1988, offre d'ailleurs un rare témoignage visuel de cette époque et montre la clientèle de La Brique dans son environnement quotidien.

Une archive particulièrement précieuse

La Brique filmée en 1988

Les images de Caméra 88 permettent de dépasser les affiches et les souvenirs écrits : elles montrent directement les vêtements, les attitudes et la clientèle qui fréquentaient La Brique à la fin des années 1980. Elles constituent ainsi un document exceptionnel sur la culture metal montréalaise de cette période.

5. La Brique et le Backstreet

La Brique n'évolue pas seule. À la fin des années 1980, le Backstreet constitue lui aussi un important point de ralliement pour les amateurs de hard rock et de heavy metal montréalais.

Les deux établissements sont souvent comparés et une forme de rivalité amicale s'installe entre leurs clientèles. Il serait cependant réducteur de chercher à déterminer lequel des deux était « le » club metal de Montréal.

Les témoignages décrivent plutôt deux lieux d'importance comparable possédant chacun leurs habitués. Cette coexistence montre surtout à quel point la communauté metal montréalaise est devenue suffisamment importante pour soutenir plusieurs établissements spécialisés.

Après la disparition temporaire de La Brique en 1990, une partie de sa clientèle se tourne naturellement vers le Backstreet, renforçant encore davantage son importance.

6. 1990 : l'incendie

En avril 1990, l'histoire de la première Brique prend brutalement fin lorsqu'un incendie détruit l'immeuble du 1419, rue Drummond.

Après presque huit années d'activité, le club disparaît soudainement du paysage montréalais. Son avenir devient incertain et la communauté perd l'un de ses principaux points de rencontre.

La disparition du local aurait pu marquer la fin définitive de La Brique. Pourtant, environ un an plus tard, le nom réapparaît à une nouvelle adresse.

Une rupture dans l'histoire

Deux Brique, deux époques

L'incendie de 1990 ne provoque pas simplement un changement d'adresse. Il sépare deux périodes distinctes. La Brique de Drummond appartient essentiellement à la culture des bars metal des années 1980; celle de Sainte-Catherine deviendra beaucoup plus clairement une salle de concerts au début des années 1990.

7. 1991 : renaissance sur Sainte-Catherine

En mai 1991, La Brique renaît au 32, rue Sainte-Catherine Ouest.

Le nouvel emplacement se trouve au cœur d'un secteur déjà fortement associé à la vie nocturne et aux salles de spectacles. Mais cette deuxième incarnation n'est pas simplement une reproduction de l'ancien bar.

Le nouveau local permet à La Brique de prendre une dimension différente. Les concerts occupent désormais une place beaucoup plus importante et le club accueille en moins de deux ans une succession particulièrement dense d'artistes locaux et internationaux.

Les archives disponibles situent la réouverture à la fin du mois de mai 1991; certaines sources mentionnent le 24 mai, d'autres le 30. En l'absence d'une confirmation documentaire définitive, la date prudente demeure donc mai 1991.

8. Une véritable salle de concerts

La programmation conservée pour 1991 et 1992 montre clairement l'évolution du rôle de La Brique. Le lieu n'est plus seulement un bar où l'on écoute du metal : il devient une étape pour plusieurs tournées.

En 1991, les archives documentent notamment des passages de FireHouse, Metal Church, BulletBoys, Extreme, Doughboys et The Gruesomes.

L'année 1992 est encore plus révélatrice. La Brique accueille notamment Body Count avec Ice-T, Groovy Aardvark, Marillion, Joan Jett & The Blackhearts, Ramones, GWAR avec Melvins, Lynch Mob, Gorguts et Obliveon.

Le 7 janvier 1993, peu avant la fermeture, Bad Brains s'y produit avec Shades of Culture et Lizard, illustrant à quel point la programmation de la salle avait dépassé les frontières strictes du heavy metal.

9. Une programmation qui s'élargit

Cette diversité constitue l'une des caractéristiques les plus intéressantes de la deuxième Brique. Le heavy metal demeure au cœur de son identité, mais les frontières entre les scènes deviennent de plus en plus poreuses.

Le thrash et le death metal côtoient le hard rock, le glam, le punk, le hardcore et le rock alternatif. Des groupes montréalais partagent le calendrier avec des artistes internationaux qui évoluent parfois très loin du metal traditionnel.

La présence de groupes comme Ramones, Bad Brains, Doughboys, The Gruesomes ou Melvins montre ainsi que La Brique participe plus largement au bouillonnement des musiques lourdes et alternatives du début des années 1990.

Cette période correspond également à une transformation du metal lui-même. Le succès commercial du hard rock des années 1980 commence à s'essouffler tandis que le death metal, le hardcore, le grunge et les nouvelles formes de rock alternatif redessinent rapidement les frontières du public.

10. GWAR : un concert gravé sur disque

Parmi les concerts documentés à La Brique, celui de GWAR avec Melvins, présenté le 1er juillet 1992, possède une particularité remarquable.

Une partie de la prestation de GWAR est enregistrée sur place. Trois morceaux captés en direct à La Brique — Voodoo Summoning, Captain Crunch et Have You Seen Me? — paraissent sur l'EP The Road Behind.

La Brique se retrouve ainsi littéralement inscrite dans la discographie d'un groupe international : un rare témoignage sonore de la salle au sommet de sa seconde incarnation.

1er juillet 1992

La Brique sur disque

Le concert de GWAR constitue l'un des documents les plus tangibles laissés par La Brique. Alors que la majorité des petites salles disparues ne subsistent aujourd'hui que par les affiches, photographies et souvenirs, l'ambiance de La Brique de 1992 a également été conservée par l'enregistrement sonore.

11. 1993 : la fin de La Brique

Malgré l'intensité de sa programmation, la deuxième vie de La Brique est étonnamment courte.

En janvier 1993, moins de deux ans après sa réouverture sur Sainte-Catherine, l'établissement ferme ses portes. Avec cette disparition s'achève une histoire commencée plus de dix ans auparavant sur la rue Drummond.

Le contexte musical change rapidement. Le début des années 1990 voit les catégories traditionnelles du hard rock et du heavy metal se recomposer, tandis qu'une nouvelle culture de clubs et de musique électronique prend une importance considérable dans la vie nocturne montréalaise.

Le destin du 32 Sainte-Catherine Ouest en fournit une illustration particulièrement spectaculaire.

12. De La Brique au Dôme

Après la fermeture de La Brique, le local devient Le Dôme, une discothèque qui s'inscrit dans un univers musical presque opposé à celui de son prédécesseur.

Là où La Brique était associée aux guitares saturées, aux cheveux longs et au heavy metal, Le Dôme se tourne vers la dance, la techno et la culture rave qui connaissent alors une croissance spectaculaire.

Le Dôme deviendra lui-même l'un des grands clubs montréalais de son époque. Les archives MCPA documentent une capacité d'environ 2 000 personnes ainsi qu'un imposant système sonore et lumineux.

Peu d'adresses illustrent aussi clairement la transformation de la vie nocturne montréalaise au tournant des années 1990 : au même endroit, deux générations et deux cultures musicales radicalement différentes se succèdent en quelques mois.

13. Héritage

La Brique n'a existé qu'une dizaine d'années, interrompues par l'incendie et le déménagement, mais son souvenir demeure fortement associé à une période déterminante de l'histoire du metal montréalais.

Son importance tient autant aux concerts qu'à la communauté qu'elle a contribué à rassembler. Pour une génération d'amateurs, les bars comme La Brique et le Backstreet étaient des lieux où une identité musicale pouvait être vécue quotidiennement, bien au-delà des quelques heures d'un concert.

La deuxième incarnation laisse pour sa part une documentation particulièrement riche : affiches, calendriers, photographies, setlists et enregistrements permettent aujourd'hui de reconstruire une programmation étonnamment dense pour une période de moins de deux ans.

L'histoire de La Brique raconte ainsi deux choses à la fois : l'affirmation du heavy metal comme culture montréalaise dans les années 1980 et la transformation extrêmement rapide de cette culture au début de la décennie suivante.

Mémoire d'une scène

Plus qu'une salle

Les salles comme La Brique ne servaient pas uniquement à présenter des groupes. Elles permettaient à une communauté de se reconnaître, de se rencontrer et de construire sa propre culture. C'est précisément ce qui explique pourquoi, plusieurs décennies après sa fermeture, le nom de La Brique demeure aussi présent dans la mémoire du metal montréalais.

14. Chronologie

10 juin 1982 — Ouverture de La Brique au 1419, rue Drummond.

Années 1980 — Le club devient l'un des principaux points de rencontre de la communauté hard rock et heavy metal du centre-ville de Montréal.

1988 — La Brique apparaît dans un reportage de l'émission télévisée Caméra 88, qui offre un rare témoignage visuel de sa clientèle et de la culture metal montréalaise de l'époque.

Fin des années 1980 — La Brique et le Backstreet constituent deux importants pôles de la vie nocturne metal montréalaise.

Avril 1990 — Un incendie détruit l'immeuble abritant La Brique sur la rue Drummond.

Mai 1991 — La Brique renaît au 32, rue Sainte-Catherine Ouest.

1991 — La programmation documentée comprend notamment FireHouse, Metal Church, BulletBoys, Extreme, Doughboys et The Gruesomes.

20 février 1992 — Ice-T et Body Count se produisent à La Brique.

24 mars 1992 — Passage de Marillion.

18 avril 1992 — Concert de Joan Jett & The Blackhearts.

14 juin 1992 — Concert des Ramones.

1er juillet 1992 — GWAR et Melvins. Une partie du concert de GWAR est enregistrée et publiée.

1er novembre 1992 — Gorguts et Obliveon figurent à l'affiche avec Demortur et Exotic Hypnosis.

7 janvier 1993 — Bad Brains, Shades of Culture et Lizard.

Janvier 1993 — Fermeture de La Brique.

1993 — Le 32 Sainte-Catherine Ouest devient Le Dôme, discothèque orientée dance, techno et rave.

15. Notes & sources

  1. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, collection La Brique.
    Usage MCPA : chronologie, affiches, calendriers, artistes, ouverture de 1982, incendie de 1990, réouverture et fermeture.
  2. SETLIST.FM, La Brique, Montreal, QC, Canada — Concert Setlists.
    Usage MCPA : adresses, périodes d'activité, programmation de 1991–1993 et relation historique avec le Backstreet.
  3. THE LINK, 26 novembre 1982.
    Usage MCPA : publicité d'époque confirmant La Brique au 1419, rue Drummond dès 1982.
  4. BOULEVARD BRUTAL, « Le bar LA BRIQUE à Montréal. Une place métal vers la fin des années 80 », 30 mars 2011.
    Usage MCPA : conservation et contextualisation du reportage de Caméra 88 montrant La Brique et sa clientèle en 1988.
  5. ARCMTL, archives de l'exposition 77 MTL.
    Usage MCPA : documentation de l'affiche GWAR / The Melvins à La Brique en 1992 et contexte des scènes punk et metal montréalaises.
  6. GWAR — THE ROAD BEHIND, documentation discographique.
    Usage MCPA : trois pièces enregistrées en concert à La Brique, Montréal, le 1er juillet 1992.
  7. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, dossier Le Dôme.
    Usage MCPA : transformation du 32 Sainte-Catherine Ouest après la fermeture de La Brique.
  8. TÉMOIGNAGES ET ARCHIVES MCPA.
    Usage MCPA : souvenirs de fréquentation, documents imprimés, photographies et matériel lié aux deux incarnations de La Brique.

Loading