Terminal Bar-Spectacle (Montréal)
Ouvert en 1990 au 1635, rue Sainte-Catherine Ouest, le Terminal Bar-Spectacle fut une salle de concerts dirigée par Casey Faria, déjà associé à la Station 10. Pendant sa brève existence au début des années 1990, le Terminal chercha à établir une nouvelle scène rock dans l'ouest du centre-ville et accueillit une programmation particulièrement éclectique : punk, rock alternatif, blues, ska, hip-hop et groupes locaux. Son histoire témoigne de l'effervescence mais aussi de la fragilité du réseau des petites salles indépendantes montréalaises de cette période. [1], [2]
1. Présentation
Le Terminal Bar-Spectacle apparaît au tournant des années 1990 dans un paysage musical montréalais en pleine transformation. Situé au 1635, rue Sainte-Catherine Ouest, à l'ouest du centre-ville traditionnel des spectacles, l'établissement est exploité sous la direction de Casey Faria, une figure déjà active dans le milieu des bars et des petites salles montréalaises. [1]
Le Terminal se distingue par sa volonté d'offrir une véritable scène de concert dans un secteur situé à proximité immédiate de l'Université Concordia et de la population étudiante de l'ouest du centre-ville. Il s'inscrit dans un réseau de salles indépendantes qui comprend alors, entre autres, les Foufounes Électriques, la Station 10, le Jailhouse Rock Café, La Brique et plusieurs autres lieux qui donnent une place importante aux formations locales et aux musiques alternatives.
Son existence sera courte. Ouvert en 1990, le Terminal cesse ses activités en 1992. Malgré cette durée limitée, les affiches, calendriers, témoignages de musiciens et articles de presse conservés permettent de replacer la salle dans l'histoire particulièrement dense de la scène montréalaise du début des années 1990. [1], [2]
Une salle de courte durée
Deux années au cœur d'une période particulièrement active
Le Terminal appartient à une génération de salles dont l'existence fut parfois brève, mais dont la programmation constitue aujourd'hui un précieux témoignage de la circulation des groupes locaux et internationaux à Montréal au début des années 1990.
2. Le Montréal musical du début des années 1990
Lorsque le Terminal ouvre ses portes, Montréal possède déjà une scène rock indépendante particulièrement vivante. Les années 1980 ont vu se développer une culture de clubs et de bars-spectacles où se croisent punk, hardcore, métal, rock alternatif, blues, ska et diverses formes de musique underground.
Au tournant de 1990, la géographie de cette scène est éclatée. Les Foufounes Électriques constituent un important point de rencontre de la culture alternative, tandis que des salles comme la Station 10, le Jailhouse Rock Café et d'autres établissements permettent aux groupes locaux de jouer régulièrement devant de petits publics.
Le Terminal cherche à prendre place dans ce réseau en s'installant plus à l'ouest sur Sainte-Catherine. Son emplacement lui donne accès à une clientèle différente de celle des clubs concentrés autour du boulevard Saint-Laurent et de l'est du centre-ville, notamment les étudiants fréquentant le secteur Concordia. [1]
Cette période correspond également à un moment où la frontière entre les scènes dites « underground » et les circuits commerciaux devient de plus en plus poreuse. Des groupes encore associés aux clubs indépendants peuvent rapidement passer à des salles plus importantes, tandis que des artistes internationaux en tournée continuent de se produire dans de petits établissements.
3. Casey Faria et Station 10
L'histoire du Terminal est indissociable de celle de Casey Faria. Avant l'ouverture du nouvel établissement, Faria est déjà associé depuis plusieurs années à la Station 10, située au 2071, rue Sainte-Catherine Ouest. [3]
Un article consacré en 1991 au concours annuel d'imitateurs d'Elvis de la Station 10 affirme que Faria possède alors l'établissement depuis environ huit ans. Si cette durée journalistique est approximative, elle situe son implication dans l'établissement vers le début des années 1980. [3]
La Station 10 fonctionne comme bar et salle de spectacles et accueille pendant cette période de nombreux groupes montréalais. Le Terminal ne doit donc pas être compris comme son successeur : les sources montrent au contraire que les deux établissements ont coexisté. Faria exploite le Terminal tout en demeurant associé à la Station 10.
Précision historique
Le Terminal ne remplace pas Station 10
La chronologie des sources permet d'écarter l'idée d'une simple succession Station 10 → Terminal. La Station 10 demeure active pendant et après l'existence du Terminal. Le nouvel établissement constitue plutôt une seconde aventure de Casey Faria dans le milieu des salles de spectacles montréalaises.
Cette continuité devient particulièrement visible après la fermeture du Terminal : dès septembre 1992, la presse indique que Faria continue de présenter de nouveaux groupes à la Station 10. L'établissement demeure actif jusqu'en 1994. [4]
4. La création du Terminal
Le Terminal ouvre en 1990 au 1635, rue Sainte-Catherine Ouest. Le choix de cette adresse est significatif : il place la salle dans la partie occidentale du centre-ville, non loin de l'Université Concordia et dans un secteur fréquenté par une importante population étudiante. [1]
Le projet vise à créer une salle rock capable de s'inscrire dans le même écosystème que des établissements déjà reconnus comme le Club Soda et les Foufounes Électriques, mais dans un secteur différent du centre-ville. [1]
Le nom même de Terminal, souvent présenté dans les documents sous les formes Terminal Bar-Spectacle ou Terminal Show-Bar, évoque un lieu de passage. Cette image correspond assez bien, rétrospectivement, au rôle des petites salles de cette époque : artistes locaux, groupes en tournée et publics issus de différentes scènes s'y rencontrent avant de poursuivre leur parcours ailleurs.
Les documents d'époque conservés par Montréal Concert Poster Archive montrent également que le Terminal utilise le format du calendrier de programmation, document aujourd'hui particulièrement utile pour reconstruire la succession des groupes ayant occupé sa scène. [5]
5. Une programmation éclectique
La caractéristique la plus frappante du Terminal est la diversité de sa programmation. Contrairement à une salle consacrée exclusivement à un style précis, l'établissement accueille des artistes provenant de plusieurs courants : rock, punk, blues, ska, musique alternative et hip-hop.
Les archives associées à la salle témoignent d'une programmation où des formations montréalaises côtoient des artistes en tournée. Parmi les noms associés au Terminal figurent notamment RUN-DMC, BARENAKED LADIES et CRASH TEST DUMMIES. [1]
Cette diversité correspond bien au fonctionnement des petites salles montréalaises de l'époque. Plutôt que de s'enfermer dans une identité musicale unique, plusieurs établissements construisent leur calendrier soirée par soirée, en fonction des groupes disponibles, des promoteurs, des tournées de passage et des différentes communautés musicales de la ville.
Dans les archives MCPA
Un calendrier du Terminal conservé
Montréal Concert Poster Archive conserve notamment un calendrier du Terminal Bar-Spectacle daté du 5 mai 1991. Ce type de document permet de restituer une programmation beaucoup plus large que celle qui apparaît dans les grands comptes rendus de presse. [5]
Les archives montréalaises de 1991 montrent à quel point les scènes étaient interconnectées. Des groupes comme RIPCORDZ, ME MOM & MORGENTALER, HAZY AZURE, THE STAND, MY DOG POPPER et plusieurs autres circulent alors entre différentes petites salles de Montréal. [5]
6. Une scène pour les groupes locaux
Au-delà des artistes plus connus qui apparaissent dans son histoire, l'intérêt du Terminal réside surtout dans sa participation au circuit quotidien des groupes montréalais. Ces salles de quelques centaines ou dizaines de places constituent alors une infrastructure essentielle pour les musiciens qui ne disposent ni des moyens ni du public nécessaires pour occuper les grandes salles.
Les formations locales peuvent partager l'affiche, ouvrir pour un artiste de passage, organiser une soirée avec plusieurs groupes ou simplement jouer devant le public régulier de l'établissement. Les affiches et calendriers deviennent ainsi les traces d'un réseau culturel beaucoup plus vaste que ce que les grands médias de l'époque documentent habituellement.
Cette fonction explique également pourquoi la mémoire de lieux comme le Terminal demeure importante malgré leur courte existence. Une salle n'a pas besoin d'exister pendant plusieurs décennies pour influencer le parcours d'une scène musicale : quelques années de programmation régulière peuvent représenter des centaines de prestations, de rencontres et de collaborations.
Le Terminal appartient donc à cette histoire des lieux intermédiaires : plus structuré qu'un local de répétition ou qu'un concert improvisé, mais beaucoup plus proche des musiciens et de leur public que les grandes salles institutionnelles.
7. Plaintes de bruit et fermeture
L'aventure du Terminal prend fin en 1992. Les documents de presse retrouvés permettent d'associer directement sa disparition à des plaintes concernant le bruit. [2]
Un article du Westmount Examiner publié le 17 septembre 1992 évoque la fermeture du Terminal en raison de plaintes liées au bruit. Le journaliste souligne néanmoins que Casey Faria poursuit ses activités à la Station 10, où il continue de présenter de nouveaux groupes. [2]
La disparition du Terminal survient dans une période difficile pour plusieurs salles montréalaises. Les problèmes de bruit, de permis, de voisinage et de rentabilité constituent des obstacles récurrents pour les petits lieux consacrés à la musique amplifiée.
La fermeture est d'autant plus significative qu'elle se produit dans un contexte de bouleversements du circuit local. Un article publié au début de 1993, après les difficultés touchant notamment les Foufounes Électriques et La Brique, décrit une scène de spectacles cherchant à se redéfinir. [6]
La disparition du Terminal ne met toutefois pas fin aux activités de Casey Faria : les sources le montrent immédiatement de retour à la Station 10 et impliqué dans d'autres établissements.
8. Casey Faria après le Terminal
La fermeture du Terminal permet de mieux comprendre le rôle de Casey Faria dans le réseau des bars et salles de spectacles montréalais de cette période. Il ne disparaît nullement du milieu après 1992.
Le Westmount Examiner du 17 septembre 1992 indique qu'il continue de présenter de nouveaux groupes à la Station 10. Le même article annonce également la réouverture par Faria du Bar Le Legend, situé au 27, route 132 à Delson. La programmation prévue doit alors comprendre principalement des groupes de Top 40 et de la comédie. [2]
Quelques mois plus tard, la presse rapporte qu'un travail de rénovation à la Station 10 a permis d'agrandir l'espace au sol et d'améliorer l'acoustique de l'établissement. La salle continue donc de jouer un rôle dans la scène locale après la disparition du Terminal. [6]
En 1994, une autre mention de presse présente Faria comme le nouveau gérant de PJ's Pub, au 6910, rue Saint-Jacques Ouest. Le document invite le public à découvrir les changements qu'il vient d'apporter à l'établissement. [7]
Casey Faria
Une trajectoire dans les petites salles montréalaises
Début des années 1980–1994 — Station 10
1990–1992 — Terminal Bar-Spectacle
1992 — Bar Le Legend, Delson
1994 — PJ's Pub, 6910 Saint-Jacques Ouest
Cette trajectoire révèle un exploitant qui passe d'un établissement à l'autre et adapte sa programmation à différents publics. Elle permet aussi de replacer le Terminal non comme une expérience isolée, mais comme l'un des chapitres d'une activité beaucoup plus longue dans le milieu des bars-spectacles.
9. Mémoire du Terminal
Plus de vingt ans après sa disparition, le Terminal demeure présent dans les souvenirs des musiciens qui ont fréquenté la scène montréalaise du début des années 1990. Cette mémoire apparaît notamment dans une entrevue publiée par The Gazette le 10 avril 2013 à l'occasion du retour de Three O'Clock Train. [9]
Dans cet article, Mack MacKenzie se remémore une époque où les groupes montréalais possédaient selon lui des identités très distinctes. En évoquant les premières années de Three O'Clock Train, il fait directement référence aux concerts donnés au Terminal sur Sainte-Catherine. [9]
Ce témoignage est particulièrement intéressant parce qu'il ne provient pas d'un document promotionnel contemporain du club, mais d'un musicien qui revient sur cette période plus de deux décennies plus tard. Le Terminal apparaît ainsi comme l'un des lieux associés à la mémoire collective d'une génération de groupes montréalais.
Aujourd'hui, le 1635, rue Sainte-Catherine Ouest demeure une adresse consacrée à la vie nocturne. Le local est associé au Billards Fats Pub, ce qui constitue une continuité d'usage remarquable, même si l'établissement actuel n'a pas de lien direct documenté avec l'ancien Terminal. [8]














































