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Backstreet

Ouvert en octobre 1990 au 382, rue Mayor, le Backstreet fut l'un des principaux lieux de rassemblement de la scène hard rock et heavy metal montréalaise des années 1990. Fondé par Nick, Roman, Louis, Jerry et Maurice, le club combinait bar, salle de concerts et lieu de rencontre pour une communauté particulièrement fidèle. Rebaptisé Cathouse en 1994 puis Backstreet Underground en 1996, il demeure associé à une période où le centre-ville de Montréal possédait une vie nocturne rock et metal exceptionnellement active.

1. Présentation

Pendant une grande partie des années 1990, le Backstreet constitue l'un des centres névralgiques de la culture heavy metal montréalaise. Installé au 382, rue Mayor, à quelques pas de Sainte-Catherine, le club rassemble une clientèle qui ne vient pas uniquement assister à des spectacles : elle vient y retrouver sa communauté.

Son histoire dépasse toutefois celle d'un simple bar metal. Le Backstreet accueille aussi bien des groupes locaux que des tournées internationales et voit défiler plusieurs générations de musiciens, de techniciens, de promoteurs et d'habitués. À travers ses différentes incarnations — Backstreet, Cathouse et Backstreet Underground — le 382 Mayor devient pendant près d'une décennie une adresse importante de l'underground montréalais.

Son évolution accompagne également celle des musiques alternatives des années 1990. Le heavy metal demeure au cœur de son identité, mais le death metal, le punk, le hardcore, le rock alternatif et même le hip-hop finissent par partager la même scène.

2. Le 382 Mayor avant le Backstreet

L'histoire musicale du 382, rue Mayor ne commence pas avec le Backstreet. Plusieurs établissements occupent les lieux auparavant, créant une continuité dans l'utilisation nocturne et musicale de cette adresse du centre-ville.

Les archives MCPA font remonter cette histoire au Tarot, présent en 1974. Plus tard, Le Garage occupe l'adresse entre 1986 et 1988, suivi du Mars à partir de 1988.

Lorsque les futurs propriétaires du Backstreet prennent possession des lieux, une partie des décors associés au Mars et au Garage est conservée. Le nouveau club naît donc dans un espace qui possède déjà sa propre histoire.

382, rue Mayor

Une adresse, plusieurs générations

Tarot, Le Garage, Mars, Backstreet, Cathouse, Backstreet Underground puis Amsterdam XXX No Limit : l'histoire du 382 Mayor permet d'observer l'évolution de plusieurs générations de la vie nocturne montréalaise, du rock et du metal jusqu'à la culture afterhours.

3. 1990 : naissance du Backstreet

Le Backstreet ouvre en octobre 1990. Le projet est fondé par Nick, Roman, Louis, Jerry et Maurice, cinq passionnés de heavy metal qui souhaitent créer un lieu correspondant à leur propre culture musicale.

Le moment est particulièrement favorable. Le metal connaît alors une période de transformation spectaculaire. Le hard rock domine encore une partie importante du marché, tandis que le thrash, le death metal et d'autres formes plus extrêmes développent leurs propres scènes.

Montréal possède déjà une communauté metal solidement établie. L'incendie qui a détruit La Brique sur la rue Drummond en avril 1990 a cependant temporairement privé une partie de cette communauté de l'un de ses principaux lieux de rencontre. Quelques mois plus tard, l'arrivée du Backstreet contribue à redessiner la géographie metal du centre-ville.

4. Un club en quatre salles

Le Backstreet se distingue notamment par sa configuration. L'établissement comprend quatre salles, chacune possédant sa propre vocation et contribuant à donner au club une personnalité inhabituelle.

Les témoignages décrivent l'entrée au Backstreet comme le passage vers un univers séparé du monde extérieur. Le décor, l'organisation des espaces, la musique et la clientèle contribuent à créer un environnement dans lequel les habitués peuvent pleinement afficher leur appartenance à la culture rock et metal.

Cette dimension est importante : l'expérience du Backstreet ne se résume pas à la scène. Le lieu fonctionne simultanément comme bar, salle de spectacles, espace social et point de rencontre.

5. Une communauté avant tout

Le succès du Backstreet repose largement sur une clientèle fidèle. Des habitués reviennent semaine après semaine, indépendamment de la présence d'un groupe particulier à l'affiche.

À une époque précédant les réseaux sociaux, les bars spécialisés remplissent une fonction aujourd'hui difficile à reproduire. Ils servent de réseau physique à une scène : on y apprend quels concerts auront lieu, on découvre de nouveaux groupes, on échange des disques et des informations, et surtout, on retrouve constamment les mêmes personnes.

Pour une partie de la communauté metal montréalaise, le Backstreet devient ainsi davantage qu'une destination nocturne. Il devient un lieu d'appartenance.

La force du Backstreet

Les habitués

Les groupes pouvaient attirer le public pour une soirée, mais ce sont les habitués qui faisaient vivre le Backstreet toute l'année. Cette fidélité explique en grande partie pourquoi le souvenir du club demeure aussi fort plusieurs décennies après sa disparition.

6. James Shaffer et les coulisses

Dès les débuts du Backstreet, James Shaffer rejoint l'équipe technique. Ingénieur du son ayant notamment travaillé avec Metallica en 1987 dans le contexte de la tournée Monsters of Rock, Shaffer devient ingénieur du son et directeur de production du Backstreet jusqu'en 1993.

Son témoignage recueilli par MCPA offre un rare aperçu du travail nécessaire au fonctionnement quotidien d'une petite salle de concerts.

Témoignage MCPA — James Shaffer

Faire fonctionner une salle

« J'étais ingénieur du son et directeur de production jusqu'en 1993. Je m'occupais du son et de l'éclairage, du déchargement et du chargement, et je veillais à ce que les groupes aient dîné et effectué leur soundcheck. »

Derrière chaque spectacle se trouvent ainsi des heures de préparation rarement visibles du public : arrivée des groupes, installation du matériel, balances de son, éclairage, logistique et démontage après le concert.

7. Louis Adams et la programmation

Parmi les figures les plus importantes de l'histoire du Backstreet se trouve Louis « Louie » Adams. Responsable de la programmation et impliqué dans la gestion du club, Adams contribue directement à façonner son identité musicale.

Selon James Shaffer, Adams réserve les groupes pour le Backstreet en collaboration avec DKD, un lien qui aide le club à attirer de nombreuses tournées de hard rock et de metal.

La programmation devient rapidement l'une des forces du lieu. Des artistes locaux côtoient des formations internationales, et le Backstreet s'impose progressivement comme une étape reconnue du circuit rock et metal montréalais.

8. Backstreet et La Brique

L'histoire du Backstreet est intimement liée à celle de La Brique. Les deux clubs deviennent les symboles d'une période où Montréal possède plusieurs lieux fortement associés au hard rock et au heavy metal.

Lorsque le Backstreet ouvre en octobre 1990, La Brique est temporairement fermée à la suite de l'incendie ayant détruit son local de la rue Drummond. Lorsque La Brique renaît sur Sainte-Catherine en 1991, les deux établissements coexistent.

Une rivalité amicale s'installe entre les deux endroits. Chacun possède ses habitués et sa personnalité, mais les deux participent au même écosystème musical.

Leur coexistence témoigne surtout de l'ampleur atteinte par la communauté metal montréalaise : elle est suffisamment importante pour faire vivre simultanément plusieurs établissements spécialisés.

9. Après les concerts du Forum

La réputation du Backstreet dépasse progressivement celle d'un simple bar local. Selon les témoignages recueillis autour du club, des musiciens de passage à Montréal s'y rendent après leurs concerts, notamment lorsque leurs groupes se produisent au Forum.

Parmi les visiteurs évoqués figurent Lemmy de Motörhead, Lars Ulrich de Metallica, Gene Simmons de Kiss, ainsi qu'Adrian Smith, Dave Murray et Steve Harris d'Iron Maiden. Des membres de Winger, Slaughter, Pantera, Anthrax et Skid Row auraient également fréquenté l'établissement.

Même “Weird Al” Yankovic figure parmi les visiteurs dont le passage est rapporté par les témoignages liés au club.

Lors d'un concert au Forum, Warrant aurait même mentionné le Backstreet devant le public comme l'une de ses destinations de choix après le spectacle.

Ces souvenirs, transmis principalement par les personnes ayant fréquenté ou travaillé au Backstreet, illustrent la réputation acquise par le club auprès de la communauté musicale.

10. Une salle de concerts

Avec une capacité rapportée de 870 personnes, le Backstreet accueille au fil des années une programmation particulièrement vaste.

Le metal sous différentes formes y occupe évidemment une place centrale. Cannibal Corpse, Obituary, Annihilator, Voivod, Suffocation, Vader, Dismember, Nuclear Assault, Sacrifice, Varga et plusieurs autres formations témoignent de l'importance accordée aux musiques lourdes et extrêmes.

Mais la programmation dépasse largement ce cadre. DRI, DOA, Dee Dee Ramone, Ice-T, Aldo Nova, Ugly Kid Joe, Blind Melon, The Legendary Pink Dots, I Mother Earth, The Stranglers, Steppenwolf, Our Lady Peace, FireHouse, Polvo, Monster Magnet, Superchunk, Voodoo Glow Skulls, GrimSkunk et Shades of Culture figurent également parmi les artistes documentés.

Cette diversité révèle un lieu dont l'identité demeure profondément metal, mais dont la scène s'ouvre progressivement à l'ensemble des cultures rock et underground du début des années 1990.

11. 1994 : Cathouse

En 1994, à la suite d'une entente entre les propriétaires, le Backstreet change de nom et devient Cathouse.

Le changement d'enseigne ne signifie toutefois pas la disparition de la vocation musicale du 382 Mayor. Le lieu continue d'accueillir une programmation fortement associée aux scènes metal, punk, hardcore et alternatives.

La période Cathouse accueille notamment Killing Joke, Stabbing Westward, Gilby Clarke, Cannibal Corpse, Six Feet Under, Suffocation, Kataklysm, Brutal Truth, Enslaved, Absu, Broken Hope, Cryptopsy, Pungent Stench, Malevolent Creation, Necronomicon, Quo Vadis, The Asexuals, Samiam, Down by Law et ALL.

La programmation s'étend également au hip-hop avec des artistes comme Das EFX et Onyx, tandis qu'Insane Clown Posse brouille encore davantage les frontières entre les différentes cultures underground.

1994–1996

Un changement de nom, pas une rupture

Cathouse doit être compris comme une nouvelle incarnation du même lieu plutôt que comme une salle entièrement distincte. Le 382 Mayor conserve son rôle de point de rencontre des scènes underground tout en élargissant progressivement son spectre musical.

12. 1996 : Backstreet Underground

En 1996, le nom Backstreet revient sous une nouvelle forme : Backstreet Underground.

Le choix du mot « Underground » résume assez bien l'évolution qu'a connue le lieu depuis son ouverture. Le heavy metal demeure une composante essentielle de son identité, mais l'établissement appartient désormais plus largement à une culture alternative où se croisent metal extrême, punk, hardcore et autres formes de musique marginale.

Cette dernière incarnation prolonge encore pendant près de deux ans l'histoire commencée en octobre 1990.

13. 1997 : l'affaire Rockbitch

En 1997, le Backstreet Underground se retrouve au centre d'une controverse entourant le groupe britannique Rockbitch, dont les spectacles mêlent musique et performances sexuellement explicites.

L'annonce de leur passage à Montréal provoque une importante couverture médiatique et attire l'attention des autorités. Les membres du groupe sont autorisés à entrer au Canada, mais ne possèdent pas les permis de travail nécessaires pour présenter leur spectacle.

Contrairement à ce qui a parfois été raconté par la suite, Rockbitch ne joue finalement pas au Backstreet Underground. Les musiciennes rencontrent néanmoins sur place les journalistes qui couvrent depuis plusieurs jours la controverse entourant leur venue.

L'épisode devient ainsi partie intégrante de la mémoire du Backstreet malgré l'absence du concert lui-même.

14. 1998 : le dernier soir

Après plusieurs incarnations et près de huit années sous l'identité Backstreet, l'histoire du club arrive à son terme le 28 février 1998.

Le dernier spectacle est assuré par Mr Hyde, mettant fin à une période durant laquelle le 382 Mayor aura accueilli des centaines de soirées et contribué à créer des souvenirs durables pour plusieurs générations d'habitués.

La fermeture marque également la disparition de l'un des derniers grands repères d'une certaine géographie metal du centre-ville montréalais des années 1990.

15. Du metal à l'afterhours

Le 382 Mayor ne demeure pas silencieux longtemps. À partir de 1999, les anciens locaux du Backstreet sont occupés par Amsterdam XXX No Limit, un afterhours qui cherche notamment à concurrencer des clubs montréalais comme le Sona et le Stéréo.

La transformation est révélatrice de l'évolution de la vie nocturne montréalaise à la fin des années 1990. Un espace autrefois identifié aux guitares, au heavy metal et au hardcore s'inscrit désormais dans la culture électronique et afterhours.

Le parcours rappelle d'ailleurs celui du 32 Sainte-Catherine Ouest, où La Brique avait laissé place au Dôme quelques années auparavant. Dans les deux cas, une adresse emblématique du rock et du metal est récupérée par une nouvelle génération de noctambules.

16. Héritage

Le Backstreet demeure l'un des lieux les plus évocateurs de l'âge d'or du heavy metal montréalais. Son importance ne repose pourtant pas uniquement sur les groupes célèbres qui sont montés sur sa scène ou sur les musiciens internationaux qui auraient fréquenté son bar après leurs concerts.

Son véritable héritage réside dans la communauté qui s'y est formée. Pendant les années 1990, le Backstreet permet à une scène de posséder un lieu physique où elle peut se retrouver, découvrir de nouveaux groupes et construire sa propre mémoire.

Le passage de Backstreet à Cathouse puis à Backstreet Underground témoigne également de la transformation rapide des cultures alternatives montréalaises. Le club commence principalement comme un repaire hard rock et heavy metal, puis devient progressivement un carrefour où metal extrême, punk, hardcore, rock alternatif et hip-hop peuvent coexister.

Avec La Brique, le Backstreet représente aujourd'hui l'un des principaux symboles d'une époque où les communautés musicales montréalaises se construisaient autour de bars et de petites salles qui étaient autant des lieux de socialisation que des lieux de spectacles.

Mémoire d'une communauté

Plus qu'un bar metal

Les affiches racontent qui jouait au Backstreet. Les témoignages racontent pourquoi les gens y retournaient. Réunis, ces deux types d'archives permettent de comprendre ce que représentait réellement le lieu : non seulement une salle de spectacles, mais le point de rencontre d'une communauté.

17. Louis Adams (1964–2014)

Figure indissociable de l'histoire du Backstreet, Louis « Louie » Adams participe à la gestion et surtout à la programmation du club. Son travail, notamment en collaboration avec DKD, contribue à attirer au 382 Mayor plusieurs groupes importants de la scène hard rock et metal.

Adams grandit à Montréal et fréquente l'école secondaire à Lachine au début des années 1980. D'origine noire et indienne de Saint-Vincent, il devient au fil des années une personnalité connue de la communauté metal montréalaise.

Après la disparition du Backstreet, son nom demeure étroitement associé aux années de gloire du club et aux nombreux artistes qu'il contribue à y faire venir.

Louis Adams meurt tragiquement à Lachine en novembre 2014, à l'âge de 49 ans. Père de trois enfants, il est décrit par ses proches comme un homme généreux, souriant et profondément attaché à ses amis et à sa famille.

1964–2014

Louis « Louie » Adams

Derrière la réputation du Backstreet se trouvaient des gens qui faisaient vivre la scène au quotidien. Par son travail de programmation, Louis Adams fut l'une de ces figures essentielles et demeure indissociable de la mémoire du club.

18. Chronologie

1974 — Le Tarot est associé au 382, rue Mayor.

1986–1988 — Le Garage occupe les lieux.

1988 — L'établissement devient le Mars.

Octobre 1990 — Ouverture du Backstreet, fondé par Nick, Roman, Louis, Jerry et Maurice.

1990–1993 — James Shaffer travaille comme ingénieur du son et directeur de production.

Début des années 1990 — Le Backstreet s'impose comme l'un des principaux lieux de la scène hard rock et heavy metal montréalaise et entretient une rivalité amicale avec La Brique.

1990–1994 — DRI, Cannibal Corpse, Obituary, Ice-T, Annihilator, Blind Melon, Voivod, Steppenwolf, Suffocation, Nuclear Assault, Monster Magnet et de nombreux autres artistes se produisent au club.

1994 — Le Backstreet devient Cathouse.

1994–1996 — Cathouse accueille notamment Killing Joke, Stabbing Westward, Gilby Clarke, Cannibal Corpse, Six Feet Under, Suffocation, Kataklysm, Brutal Truth, Enslaved, Cryptopsy, Down by Law, ALL, Das EFX et Onyx.

1996 — Le lieu est rebaptisé Backstreet Underground.

1997 — La venue controversée de Rockbitch attire une importante couverture médiatique. Le concert prévu n'a finalement pas lieu.

28 février 1998 — Dernier spectacle du Backstreet Underground avec Mr Hyde et fermeture définitive.

1999 — Les locaux sont repris par l'afterhours Amsterdam XXX No Limit.

Novembre 2014 — Décès de Louis Adams, figure importante de l'histoire du Backstreet.

19. Notes & sources

  1. INTERVIEW MCPA — JAMES SHAFFER.
    Témoignage concernant son rôle d'ingénieur du son et de directeur de production du Backstreet jusqu'en 1993, le fonctionnement quotidien de la salle, Louis Adams, la programmation et la collaboration avec DKD.
  2. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE.
    Affiches, flyers, calendriers, archives et témoignages concernant Backstreet, Cathouse et Backstreet Underground, ainsi que les différentes incarnations du 382, rue Mayor.
  3. COOLOPOLIS. « Longtime heavy metal bar manager killed », novembre 2014.
    Source biographique concernant Louis Adams et son décès à Lachine en 2014.
  4. ARCHIVES ET TÉMOIGNAGES MCPA.
    Documentation concernant Tarot, Le Garage, Mars, l'ouverture du Backstreet en octobre 1990, sa capacité rapportée de 870 personnes, les artistes de passage, la période Cathouse, Backstreet Underground, Rockbitch et le dernier spectacle de février 1998.

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