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HISTOIRE DES SALLES DE MONTRÉAL

Blue Bird Café

Ouvert le 12 mai 1920 au 323, rue de Bleury — plus tard le 1435 — au rez-de-chaussée de l’édifice Wilder, le Blue Bird Café compte parmi les premiers grands cabarets montréalais explicitement conçus comme des établissements de luxe. Inspiré des cabarets de New York, Londres et Paris, il réunit sous un même toit restauration, musique, danse, spectacle et service haut de gamme. Sa salle principale peut accueillir environ 600 personnes et, le 27 mai 1920, une vaste terrasse sur le toit — roof garden vient compléter l’établissement. Malgré son ambition exceptionnelle, le Blue Bird connaît des difficultés financières et disparaît dès 1921. Sa courte existence annonce néanmoins plusieurs caractéristiques qui définiront les grands cabarets montréalais des décennies suivantes.

1. Présentation

Le Blue Bird Café occupe une place singulière dans l’histoire de la vie nocturne montréalaise. Son existence ne couvre qu’une courte période, de 1920 à 1921, mais son concept annonce plusieurs caractéristiques qui deviendront associées aux grands cabarets montréalais des décennies suivantes : restauration, musique en direct, danse, spectacle et décor recherché réunis dans un même établissement.

Dès son ouverture, la presse anglophone le présente comme un établissement exceptionnellement ambitieux pour Montréal. Le Blue Bird cherche manifestement à s’inscrire dans une culture internationale du divertissement nocturne inspirée des grandes métropoles européennes et américaines.

Clarification historique

L’expression « premier cabaret de luxe de Montréal » doit être comprise comme une formulation employée dans la presse et la publicité de 1920. Montréal possédait déjà des cafés-concerts, restaurants musicaux, salles de danse et autres lieux de divertissement. Le Blue Bird se distingue surtout par la manière dont il se présente : un établissement moderne et haut de gamme réunissant plusieurs fonctions sous un même toit.

2. L’édifice Wilder et la rue de Bleury

Le Blue Bird s’installe au 323 rue de Bleury, adresse qui sera ultérieurement renumérotée 1435 de Bleury. L’établissement occupe le rez-de-chaussée de l’édifice Wilder, vaste bâtiment industriel de dix étages construit en 1918.

Situé à proximité immédiate du Théâtre Impérial, le Wilder se trouve dans un secteur du centre-ville où se concentrent déjà plusieurs formes de divertissement, de commerce et de spectacle.

L’installation d’un cabaret ambitieux dans un immeuble récent témoigne également d’une transformation de la vie nocturne montréalaise : les nouveaux établissements ne sont plus nécessairement liés aux anciens hôtels ou aux salles de théâtre traditionnelles, mais peuvent s’intégrer à de nouveaux bâtiments commerciaux du centre-ville.

3. La naissance du Blue Bird

Le projet est annoncé dans la presse dès le 9 mars 1920, lorsqu’un nouveau « café cabaret and roof garden » est annoncé pour l’édifice Wilder. Quelques semaines plus tard, une publicité du Montreal Star fixe l’ouverture au 12 mai 1920.

Le Blue Bird ouvre donc officiellement ses portes le 12 mai avec un cabaret de minuit. Le concept est suffisamment ambitieux pour que la direction poursuive immédiatement le développement de l’établissement : deux semaines plus tard, une vaste terrasse sur le toit est inaugurée.

Annonce du Blue Bird Café à Montréal en mai 1920
Publicité du Blue Bird Café, Montréal, 1920.

4. Un « cabaret de luxe »

Le positionnement du Blue Bird est clairement haut de gamme. Dans les annonces de 1920, l’établissement affirme réunir les meilleures caractéristiques des grands cabarets de New York, Londres et Paris.

Ce vocabulaire publicitaire est révélateur. Montréal cherche alors à affirmer son statut de métropole moderne et cosmopolite, et le Blue Bird adopte précisément les codes associés aux grandes capitales du divertissement : service élaboré, restauration, orchestre, danse, décor recherché et fréquentation mondaine.

Le Blue Bird était présenté comme réunissant les « meilleures et les plus exclusives caractéristiques » des grands cabarets de New York, Londres et Paris.

— Publicité du Blue Bird Café, The Gazette, mai 1920

5. Le cabaret et son roof garden

L’une des caractéristiques les plus spectaculaires du Blue Bird est son roof garden. La terrasse est inaugurée le 27 mai 1920, deux semaines après l’ouverture du cabaret.

La salle principale pouvait accueillir environ 600 personnes. La terrasse sur le toit ajoutait une capacité de plusieurs centaines de clients, ce qui faisait du Blue Bird un établissement d’une ampleur considérable pour un cabaret montréalais de cette époque.

Le concept du roof garden, déjà populaire dans certaines grandes villes américaines, permettait d’associer restauration, musique, danse et vie nocturne à une expérience estivale en plein air. Il renforçait ainsi l’image de modernité et de sophistication recherchée par l’établissement.

6. Musique, danse et restauration

Le Blue Bird ne correspond pas à une salle de concert au sens moderne du terme. Il appartient plutôt à la tradition du café-cabaret : la musique, la danse et le spectacle accompagnent une expérience sociale centrée sur la restauration et la fréquentation nocturne.

Cette combinaison constitue une caractéristique fondamentale du cabaret moderne. La clientèle ne vient pas nécessairement assister à un concert unique présenté sur une scène, mais passer une partie de la soirée dans un établissement où plusieurs formes de divertissement se succèdent.

Le Blue Bird participe ainsi à l’émergence d’une nouvelle manière de sortir à Montréal, qui connaîtra un développement considérable au cours des décennies 1920, 1930, 1940 et 1950.

7. Une ambition internationale

La référence explicite aux cabarets de New York, Londres et Paris n’est pas anodine. Elle témoigne de l’ambition de la direction de présenter le Blue Bird comme un établissement comparable aux lieux nocturnes des grandes métropoles internationales.

Cette stratégie s’inscrit dans un Montréal qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, connaît une accélération de sa vie urbaine. Les nouveaux loisirs, la danse, le jazz, les restaurants nocturnes et les spectacles populaires transforment progressivement les habitudes de sortie.

Le Blue Bird apparaît ainsi au tout début d’une période au cours de laquelle Montréal développera une réputation particulièrement importante pour sa vie nocturne.

8. Organisation et personnel

La supervision du personnel est confiée à Albert Bouche, un Américain de Chicago. Les annonces de l’époque insistent sur son origine et son expérience, probablement afin de renforcer l’image d’un établissement administré selon les standards des grands cabarets américains.

La mise en avant de cette supervision professionnelle illustre la volonté de la direction de différencier le Blue Bird des restaurants et cafés ordinaires. Le service lui-même devient une composante du spectacle et du prestige du lieu.

9. Une existence éphémère

Malgré l’ampleur de son lancement, le Blue Bird connaît rapidement des difficultés. En 1921, la presse rapporte des problèmes financiers et l’établissement fait faillite.

Sa disparition après moins d’une année d’exploitation rappelle la fragilité économique des grands établissements de divertissement. Décor, personnel, musiciens, restauration et vastes espaces nécessitent des dépenses importantes, alors que la fréquentation demeure incertaine.

L’échec financier du Blue Bird ne diminue toutefois pas son intérêt historique. Au contraire, sa courte existence permet d’observer une période d’expérimentation durant laquelle les entrepreneurs montréalais cherchent encore la formule qui permettra au cabaret moderne de devenir durablement rentable.

10. Du Blue Bird au Claridge

Le 12 février 1921, l’établissement est repris sous une nouvelle administration et rouvre sous le nom de Claridge.

Cette transformation intervient très rapidement après les difficultés du Blue Bird et démontre que l’échec du premier établissement n’entraîne pas l’abandon de l’adresse comme lieu de divertissement.

Le Claridge connaît toutefois lui aussi une existence brève. Après la perte de sa licence d’alcool, l’établissement doit fermer ses portes le 2 juillet 1921.

Un même lieu, plusieurs établissements

Il est préférable de parler d’une succession d’établissements à la même adresse plutôt que d’une continuité institutionnelle. Le Blue Bird, le Claridge, Rector’s et Piccadilly possèdent des noms et des administrations distincts, même s’ils occupent successivement le même secteur de l’édifice Wilder.

11. Rector’s et Piccadilly

L’adresse continue d’être utilisée pour la restauration et le divertissement au cours des années suivantes. Le 31 juillet 1922, un établissement nommé Rector’s ouvre ses portes.

Quelques mois plus tard, le Piccadilly est annoncé à son tour. Une publicité publiée en décembre 1922 présente la nouvelle rôtisserie, confirmant la succession rapide des concepts exploités à cette adresse.

Cette rotation d’établissements illustre à la fois l’activité économique du secteur et la difficulté de maintenir durablement de grandes entreprises de restauration et de divertissement dans le Montréal du début des années 1920.

12. Une adresse consacrée au divertissement

L’histoire culturelle de l’édifice Wilder ne s’arrête pas avec les établissements des années 1920. Plusieurs décennies plus tard, le secteur retrouve une importante vocation nocturne.

Dans les années 1990, l’adresse est notamment associée au SONA, club fondé en 1996 par le DJ montréalais Tiga et devenu l’un des lieux marquants de la scène électronique montréalaise.

L’édifice Wilder lui-même est ensuite entièrement rénové et intégré au Quartier des spectacles. Il accueille aujourd’hui plusieurs organismes consacrés à la danse, dont les Grands Ballets Canadiens de Montréal et l’École de danse contemporaine de Montréal.

Plus d’un siècle après le Blue Bird, l’immeuble conserve donc une forte vocation culturelle, même si la nature des activités qui y sont présentées a profondément changé.

13. Importance historique

L’importance du Blue Bird Café ne repose ni sur sa longévité ni sur une liste exceptionnelle d’artistes célèbres. Elle réside plutôt dans son positionnement et dans le modèle de divertissement qu’il cherche à implanter à Montréal.

Le Blue Bird associe dans un même établissement restauration, musique, danse, spectacle, service haut de gamme et terrasse sur le toit. Cette formule annonce plusieurs caractéristiques qui deviendront familières dans l’univers des cabarets montréalais des décennies suivantes.

Son histoire permet également de rappeler que l’essor du cabaret montréalais ne commence pas soudainement avec l’âge d’or des années 1940 et 1950. Dès le début des années 1920, des entrepreneurs cherchent déjà à importer et adapter à Montréal les modèles de la vie nocturne internationale.

MCPA — Mise en perspective

Un précurseur du cabaret montréalais moderne

Le Blue Bird ne doit pas nécessairement être considéré comme le « premier cabaret » de Montréal. Des cafés-concerts, salles de danse et établissements de divertissement existaient auparavant. Il constitue cependant un exemple particulièrement précoce d’un cabaret montréalais explicitement conçu et publicisé comme un établissement de luxe inspiré des grandes métropoles internationales.

14. Chronologie

1918
Construction de l’édifice Wilder sur la rue de Bleury.
9 mars 1920
La presse annonce l’aménagement d’un nouveau café-cabaret et d’un roof garden dans l’édifice Wilder.
14 avril 1920
Une publicité annonce officiellement l’ouverture prochaine du Blue Bird Café.
12 mai 1920
Ouverture du Blue Bird Café au 323 rue de Bleury.
27 mai 1920
Inauguration du roof garden du Blue Bird.
1921
Le Blue Bird connaît des difficultés financières et cesse ses activités.
12 février 1921
Réouverture de l’établissement sous le nom Claridge.
2 juillet 1921
Fermeture du Claridge après la perte de sa licence d’alcool.
31 juillet 1922
Ouverture de Rector’s à la même adresse.
Décembre 1922
Le Piccadilly est annoncé dans la presse.
1996
Ouverture du club électronique SONA dans l’édifice Wilder.
XXIe siècle
Rénovation de l’édifice Wilder et intégration au Quartier des spectacles.

15. Notes et sources

  1. « Blue Bird Cafe Will Open May 12 with a Midnight Cabaret », The Montreal Star, 14 avril 1920.
  2. « The Blue Bird Cafe Opens Tonight at 11:00pm », The Gazette, 27 mai 1920.
  3. « New cafe cabaret and roof garden », The Montreal Star, 9 mars 1920.
  4. « Cafe’s Trouble », The Gazette, 5 juillet 1921.
  5. « Stop! Think of it! Grand inauguration of the Dansant Today Formerly Blue Bird », The Montreal Star, 12 février 1921.
  6. « Cafe’s Trouble », The Gazette, 5 juillet 1921.
  7. « Rector’s will open July 31st », The Gazette, 31 juillet 1922.
  8. « Piccadilly restaurant », The Gazette, 3 décembre 1922.
  9. « À chaque époque sa discothèque mythique », Urbania, 17 décembre 2019.
  10. Quartier des spectacles, « Édifice Wilder – Espace danse ».
OUVERTURE DU CAFÉ BLUE BIRD
OUVERTURE DU CAFÉ BLUE BIRD

Source: The Gazette, 26 mai 1920, division Postmedia Network Inc,

YERKES ORCHESTRA
YERKES ORCHESTRA

Source: The Gazette, 2 juin 1920, division Postmedia Network Inc.

BLUE BIRD SOCIETY ORCHESTRA
BLUE BIRD SOCIETY ORCHESTRA

Source: The Gazette, 25 septembre 1920, division Postmedia Network Inc.

GORHAM’S FOLIES
GORHAM’S FOLIES

Source: The Gazette, 2 octobre 1920, division Postmedia Network Inc.

THE ARABIAN NIGHT
THE ARABIAN NIGHT

Source: The Gazette, 30 novembre 1920, division Postmedia Network Inc.

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