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Bâtiment 7

Ancien bâtiment industriel ferroviaire de Pointe-Saint-Charles, le Bâtiment 7 est devenu, après plus d’une décennie de mobilisation citoyenne, une vaste fabrique d’autonomie collective. Propriété du Collectif 7 À NOUS depuis 2017 et ouvert au public depuis 2018, il réunit sous un même toit des projets alimentaires, artisanaux, artistiques, sociaux et culturels, ainsi qu’un espace de diffusion aujourd’hui connu sous le nom d’Espace Tapage.

1. Présentation

Le Bâtiment 7 occupe une place singulière dans le paysage culturel et communautaire montréalais. Contrairement à une salle de spectacles traditionnelle, il n’a pas été créé d’abord pour présenter des concerts. Son existence actuelle est le résultat d’une longue lutte menée par des citoyennes, citoyens et organismes de Pointe-Saint-Charles afin de soustraire une partie des anciens terrains ferroviaires du quartier à une logique exclusivement immobilière et de la remettre au service de la communauté.

Le résultat est un immense espace collectif d’environ 90 000 pieds carrés dans lequel cohabitent ateliers, projets alimentaires, initiatives artistiques, activités communautaires et lieux de rencontre. La musique et les spectacles s’inscrivent dans cet écosystème plutôt que d’en constituer l’unique raison d’être.

Pour comprendre le Bâtiment 7, il faut donc remonter bien avant son ouverture au public en 2018, jusqu’à l’histoire industrielle de Pointe-Saint-Charles et aux anciens ateliers ferroviaires qui ont profondément façonné le quartier.

2. Un héritage ferroviaire

Pointe-Saint-Charles est intimement liée à l’histoire ferroviaire de Montréal. Dès le XIXe siècle, le secteur devient l’un des grands pôles industriels de la ville avec le développement des ateliers du Grand Tronc, puis du Canadien National.

Le bâtiment aujourd’hui connu sous le nom de Bâtiment 7 appartient à une phase plus tardive de cette histoire. Ses différentes composantes sont construites à partir du milieu des années 1920, dans le contexte d’une importante réorganisation et expansion des installations ferroviaires sous le Canadien National.

L'ensemble se compose de plusieurs sections industrielles réunies au fil du temps. Il sert notamment aux activités d’entreposage et de soutien aux opérations ferroviaires. Des transformations et agrandissements ultérieurs témoignent de l’évolution du complexe au cours du XXe siècle.

Avec le déclin progressif des activités ferroviaires et la transformation de l’économie montréalaise, une grande partie des anciens terrains perd éventuellement sa fonction industrielle. Ces vastes espaces deviennent alors l’objet d’importants projets de redéveloppement.

3. La reconquête des terrains du CN

L’histoire contemporaine du Bâtiment 7 commence véritablement en 2003. Des résidents et organismes de Pointe-Saint-Charles se mobilisent afin que le réaménagement des anciens terrains du CN réponde aux besoins de la population du quartier.

Un drapeau citoyen est symboliquement planté sur les terrains. Le geste exprime une idée qui deviendra centrale au cours des années suivantes : ces espaces industriels ne doivent pas simplement être considérés comme des terrains disponibles pour le développement immobilier, mais comme une partie de l’histoire collective de Pointe-Saint-Charles.

Les revendications touchent plusieurs enjeux : logement social, espaces verts, équipements collectifs, circulation des camions, protection du patrimoine industriel et création d’espaces contrôlés par la communauté.

2003

Un drapeau sur les terrains du CN

Le geste symbolique de citoyens de Pointe-Saint-Charles marque le début d’une mobilisation qui durera près de quinze ans avant l’ouverture publique du Bâtiment 7.

4. Le projet du Casino

En 2005, le Canadien National vend les terrains à Groupe Mach pour la somme symbolique de 1 $. Au même moment, Pointe-Saint-Charles se retrouve au cœur d’un débat beaucoup plus vaste sur l’avenir du secteur.

Un projet prévoit notamment le déplacement du Casino de Montréal vers le secteur du bassin Peel, accompagné d’un vaste complexe de divertissement. Un centre de foires est également envisagé sur les anciens terrains du CN.

Ces projets provoquent une importante opposition dans le quartier. Pour plusieurs organismes et résidents, ils symbolisent un modèle de développement susceptible de transformer radicalement Pointe-Saint-Charles sans répondre aux besoins de sa population.

Le projet de déplacement du Casino est finalement abandonné, mais la mobilisation autour des terrains du CN se poursuit. Elle contribue à faire émerger une réflexion beaucoup plus ambitieuse : obtenir directement un bâtiment et le placer sous contrôle collectif.

5. La naissance du Collectif 7 À NOUS

Le 11 mars 2009, une nouvelle étape est franchie avec la création du Collectif 7 À NOUS. Sa formation survient notamment en réaction à la démolition non autorisée d’une partie du complexe connue sous le nom de Storage Shed.

Parmi les membres fondateurs figurent Action-Gardien, le Centre social autogéré, le Club populaire des consommateurs, l’architecte Mark Poddubiuk, la résidente Nathacha Alexandroff et Quartier Éphémère.

Le Collectif ne cherche pas simplement à préserver un vieux bâtiment. Son objectif est de transformer celui-ci en propriété collective et d’y développer un ensemble de projets répondant aux besoins du quartier.

Manifestations, actions directes, pétitions, assemblées, consultations et négociations se succèdent. Peu à peu, le Bâtiment 7 devient un symbole montréalais de la réappropriation citoyenne du territoire urbain.

6. Un bâtiment pour 1 $

Le tournant décisif survient le 21 octobre 2012, lors de la signature de l’accord de développement concernant les anciens terrains du CN entre la Ville de Montréal et Les Cours Pointe-Saint-Charles, une société liée au Groupe Mach.

L’entente prévoit la cession du Bâtiment 7 à la communauté pour la somme symbolique de 1 $. Elle comprend également une contribution d’environ 1 million de dollars destinée aux travaux urgents nécessaires à la sauvegarde et à la remise en état du bâtiment.

Cette victoire ne signifie cependant pas que la communauté reçoit immédiatement les clés. Les années suivantes sont consacrées aux négociations, aux démarches juridiques, à la recherche de financement, à la préparation des plans et au développement du modèle de gouvernance.

Entre 2013 et 2016, la mobilisation se poursuit donc afin de faire respecter l’engagement de cession et de préparer concrètement l’occupation du bâtiment.

7. 2017–2018 : le rêve devient réalité

Le 28 avril 2017, près de quatorze ans après les premières mobilisations sur les terrains du CN, les clés du Bâtiment 7 sont finalement remises au Collectif 7 À NOUS, qui devient propriétaire de l’immeuble.

Commence alors une première grande phase d’aménagement. Les travaux portent notamment sur environ le quart du bâtiment et doivent transformer un ancien espace industriel en lieu accessible à une multitude de projets communautaires.

Le 5 mai 2018, Bâtiment 7 célèbre sa grande ouverture. Le geste choisi pour marquer l’événement est symbolique : plutôt que de couper un traditionnel ruban, on coupe des chaînes, rappel des premières actions menées sur les terrains du CN.

Treize projets commencent alors officiellement leurs activités. Après des années de manifestations, de négociations et de travail bénévole, un ancien bâtiment ferroviaire devient réellement un espace appartenant à la communauté.

5 mai 2018

« Bâtiment 7 est ouvert »

L’ouverture publique marque l’aboutissement de près de quinze années de mobilisation citoyenne et le commencement d’une nouvelle histoire : celle d’un immense bâtiment industriel géré collectivement par ses usagers et sa communauté.

8. Une fabrique d’autonomie collective

Le Bâtiment 7 se définit lui-même comme une « fabrique d’autonomie collective ». Cette expression résume un projet qui dépasse largement la simple occupation d’un immeuble.

Le modèle repose sur l’autogestion, la propriété collective, le partage des ressources et une volonté de limiter autant que possible les structures hiérarchiques traditionnelles. Les différents projets qui habitent le bâtiment participent à sa gouvernance par l’intermédiaire de cercles, de comités et d’instances collectives.

Une première structure formelle d’autogestion est adoptée lors du premier Cercle général du Bâtiment 7, le 28 avril 2018, quelques jours avant l’ouverture officielle.

Le projet affirme également une volonté d’accessibilité, de justice sociale et de soutien aux personnes marginalisées ou économiquement vulnérables. L’autonomie recherchée n’est donc pas individuelle : elle est conçue comme une capacité collective à créer, réparer, produire, apprendre et organiser des services en commun.

9. Un écosystème sous un même toit

L’une des particularités du Bâtiment 7 est la diversité des activités qui cohabitent à l’intérieur du complexe. Le lieu n’est ni uniquement un centre communautaire, ni uniquement un espace culturel, ni uniquement un regroupement d’ateliers : il combine ces différentes fonctions.

On y retrouve notamment Le Détour, épicerie solidaire et autogérée, ainsi que Les Sans-Taverne, projet brassicole coopératif et lieu de rencontre. Des ateliers permettent également de travailler le bois et le métal, de réparer des vélos ou des automobiles, de pratiquer la sérigraphie, la céramique et différentes disciplines artistiques et artisanales.

Le développement du bâtiment s’effectue progressivement par phases. Cette approche permet de restaurer et d’occuper de nouvelles parties du complexe à mesure que les ressources financières et organisationnelles deviennent disponibles.

Le Bâtiment 7 fonctionne ainsi comme une petite infrastructure collective : un endroit où l’on peut réparer, fabriquer, apprendre, manger, créer, organiser et se rencontrer.

10. La musique au Bâtiment 7

La musique trouve naturellement sa place dans cet environnement. Le caractère autogéré du Bâtiment 7, son héritage militant et la présence de nombreux collectifs en font un terrain particulièrement compatible avec les cultures musicales DIY et underground.

Des concerts, fêtes bénéfice, lancements, performances, projections et événements multidisciplinaires sont organisés dans différents contextes. Une partie de cette programmation entretient des liens particulièrement étroits avec les scènes punk, hardcore, anarcho-punk et expérimentales montréalaises.

Mais la diffusion culturelle du Bâtiment 7 ne se limite pas à ces genres. Le principe demeure celui du lieu dans son ensemble : permettre à des communautés, collectifs et organisateurs de produire leurs propres événements dans un cadre indépendant.

C’est précisément cette activité qui fait du Bâtiment 7 un lieu pertinent dans l’histoire documentée par le Montréal Concert Poster Archive. Les affiches de spectacles témoignent d’une dimension particulière du projet : la transformation d’un ancien espace de travail ferroviaire en infrastructure culturelle utilisée par une nouvelle génération de communautés montréalaises.

11. Espace Tapage

Au sein du Bâtiment 7, Espace Tapage constitue aujourd’hui l’un des principaux espaces associés aux concerts et aux événements indépendants. Il dispose de sa propre implication collective dans la vie du bâtiment et accueille notamment des spectacles issus des scènes punk, hardcore et expérimentales.

Des événements documentés au Bâtiment 7 présentent explicitement Espace Tapage comme lieu de spectacle au 1900, rue Le Ber. Des concerts tout âge, événements-bénéfice, projections, performances et activités communautaires y sont organisés.

Dans certaines archives de concerts et certains calendriers indépendants, le lieu apparaît également sous l’appellation « The Rockus–Espace Tapage ». La documentation disponible ne permet toutefois pas d’établir avec suffisamment de certitude que « Rockus » constitue officiellement un ancien nom de la salle plutôt qu’une appellation utilisée par certains organisateurs, calendriers ou communautés. Pour cette raison, MCPA privilégie ici le nom actuellement documenté par Bâtiment 7 : Espace Tapage.

MCPA — précision archivistique

Rockus / Espace Tapage

Les deux appellations apparaissent dans la documentation événementielle. En l’absence d’une source établissant formellement une succession de noms, elles ne sont pas présentées ici comme deux périodes historiques distinctes.

12. Héritage

L’importance du Bâtiment 7 tient autant à son histoire qu’à ses activités. Le lieu constitue un rare exemple montréalais où un important vestige du patrimoine industriel a été transféré à une communauté organisée plutôt que simplement démoli ou converti en développement immobilier privé.

Son histoire relie ainsi plusieurs Montréal : celui des grands ateliers ferroviaires, celui du quartier ouvrier de Pointe-Saint-Charles, celui des luttes urbaines du début du XXIe siècle et celui des cultures indépendantes contemporaines.

La présence de concerts à l’intérieur du bâtiment prolonge cette histoire d’une manière particulièrement significative. Un espace autrefois consacré au fonctionnement d’une immense industrie ferroviaire sert désormais à produire des formes de culture organisées à petite échelle par les communautés qui l’occupent.

D’un bâtiment industriel voué au chemin de fer à une propriété collective vouée à l’autonomie : l’histoire du Bâtiment 7 raconte aussi la capacité d’un quartier à reprendre possession d’une partie de son territoire.

— Synthèse historique, Montréal Concert Poster Archive

13. Chronologie

1924–1926 — Construction des premières composantes de l’ensemble industriel aujourd’hui connu sous le nom de Bâtiment 7, dans le contexte du développement des ateliers ferroviaires du Canadien National.

XXe siècle — Le complexe connaît différentes transformations et agrandissements liés à l’évolution des activités ferroviaires.

2003 — Début de la mobilisation citoyenne pour que le redéveloppement des anciens terrains du CN réponde aux besoins de Pointe-Saint-Charles. Un drapeau citoyen est planté sur le site.

2005 — Le CN vend les terrains au Groupe Mach pour 1 $. Mobilisation contre le projet de Casino dans le secteur du bassin Peel et contre un projet de centre de foires sur les terrains du CN.

2007–2008 — Action-Gardien mène une opération populaire d’aménagement des terrains du CN et des propositions citoyennes sont élaborées.

11 mars 2009 — Création du Collectif 7 À NOUS à la suite notamment de la démolition non autorisée du Storage Shed.

2010–2012 — Actions directes, pétitions, manifestations, consultations et négociations pour obtenir la cession du Bâtiment 7.

21 octobre 2012 — Une entente prévoit la cession du Bâtiment 7 à la communauté pour 1 $, accompagnée d’une contribution d’un million de dollars pour des travaux urgents.

2013–2016 — Négociations pour concrétiser la cession, recherche de financement, mobilisation et préparation des premières phases d’aménagement.

28 avril 2017 — Les clés sont remises au Collectif 7 À NOUS, qui devient propriétaire du Bâtiment 7.

2017–2018 — Travaux d’aménagement de la première phase du projet.

28 avril 2018 — Adoption d’une structure d’autogestion lors du premier Cercle général.

5 mai 2018 — Grande ouverture publique du Bâtiment 7. Treize projets commencent leurs activités.

2019 — De nouveaux projets rejoignent le bâtiment et la réflexion sur une deuxième phase d’aménagement commence.

Années 2020 — Poursuite du développement des espaces, des ateliers et des activités sociales, culturelles et communautaires.

2020–2026 — La programmation musicale et événementielle se développe; Espace Tapage apparaît régulièrement comme lieu de concerts et d’événements indépendants au sein du Bâtiment 7.

Aujourd’hui — Bâtiment 7 demeure une propriété collective autogérée et un important lieu communautaire, artisanal, social et culturel de Pointe-Saint-Charles.

14. Notes & sources

  1. BÂTIMENT 7 / COLLECTIF 7 À NOUS, Historique.
    Usage MCPA : mobilisation de 2003, vente des terrains en 2005, création du Collectif en 2009, entente de 2012, cession de 2017, structure d’autogestion et ouverture du 5 mai 2018.
  2. BÂTIMENT 7 / COLLECTIF 7 À NOUS, rapports d’activités, 2015–2024.
    Usage MCPA : développement du projet, gouvernance, phases d’aménagement et activités du Collectif.
  3. HÉRITAGE MONTRÉAL — MEMENTO, Bâtiment 7.
    Usage MCPA : histoire architecturale et industrielle, construction par sections à partir de 1924–1926 et reconversion patrimoniale.
  4. BÂTIMENT 7, documentation officielle et calendrier d’événements.
    Usage MCPA : adresse actuelle, projets occupants, activités culturelles et événements présentés à Espace Tapage.
  5. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, archives d’affiches et documentation de spectacles.
    Usage MCPA : concerts et événements associés au Bâtiment 7, à Espace Tapage et aux appellations rencontrées dans la documentation événementielle.
  6. ARCHIVES ET CALENDRIERS DE CONCERTS MONTRÉALAIS, documentation événementielle.
    Usage MCPA : occurrences des appellations « Espace Tapage » et « The Rockus–Espace Tapage ».

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