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HISTOIRE DES SALLES DE MONTRÉAL

Her Majesty’s Theatre

Inauguré le 7 novembre 1898 à l’angle des rues Guy et Sainte-Catherine, le Her Majesty’s Theatre devient l’une des grandes scènes montréalaises de la première moitié du XXe siècle. Pouvant accueillir environ 2 000 spectateurs, il présente théâtre, opéra, concerts symphoniques, récitals, ballet, jazz et musique populaire. Renommé His Majesty’s Theatre en 1901 après l’accession d’Édouard VII, il reprend son nom original en 1952 sous Elizabeth II. Pendant près de soixante-cinq ans, sa scène accueille des figures majeures telles que Sarah Bernhardt, Sergei Rachmaninoff, Oscar Peterson, Louis Armstrong, Édith Piaf et Glenn Gould. Le théâtre est finalement démoli en 1963, faisant disparaître l’une des grandes salles historiques du centre-ville de Montréal.

1. Présentation générale

À la fin du XIXe siècle, Montréal connaît une importante expansion démographique, économique et culturelle. Le développement de la rue Sainte-Catherine vers l’ouest accompagne progressivement le déplacement d’une partie des activités commerciales et culturelles de la métropole.

C’est dans ce contexte qu’est inauguré, le 7 novembre 1898, le Her Majesty’s Theatre, au coin des rues Guy et Sainte-Catherine. La salle s’impose rapidement comme l’une des principales scènes anglophones montréalaises et comme une étape importante pour les compagnies théâtrales, chanteurs, musiciens et ensembles en tournée.

Pendant près de soixante-cinq ans, son histoire accompagne les grandes transformations du spectacle vivant à Montréal. Initialement associé au théâtre dramatique et à l’opéra, le lieu accueille ensuite concerts symphoniques, récitals, ballet, jazz, chanson et spectacles populaires.

2. Fondation et inauguration

La construction du Her Majesty’s Theatre répond à la volonté d’offrir à Montréal une salle moderne capable d’accueillir les grandes productions dramatiques et musicales circulant alors entre les principales villes nord-américaines.

Le théâtre ouvre officiellement ses portes le 7 novembre 1898, alors que la reine Victoria règne encore sur l’Empire britannique. Son nom reflète directement cette appartenance symbolique au monde britannique et la place importante qu’occupe alors la communauté anglophone dans la vie économique et culturelle de Montréal.

La nouvelle salle devient rapidement un élément marquant du paysage culturel du secteur Guy–Sainte-Catherine, à une époque où plusieurs grandes institutions et lieux de divertissement se déplacent vers l’ouest du centre-ville.

3. Architecture et aménagements

Le Her Majesty’s Theatre est conçu comme une salle élégante et moderne, adaptée aux exigences des grandes productions de la fin du XIXe siècle. Son architecture intérieure privilégie l’ornementation, le confort du public et la visibilité de la scène.

Les descriptions anciennes évoquent notamment un vaste hall d’entrée, un sol en mosaïque décorative, un foyer aménagé avec soin, une fontaine, des fumoirs distincts, une billetterie et les bureaux de la direction. La circulation intérieure et les espaces d’accueil témoignent de l’importance accordée à l’expérience du spectateur.

La salle aurait accueilli environ 2 000 spectateurs, ce qui la plaçait parmi les grands théâtres montréalais de son époque. Le bâtiment était détaché et entouré d’espaces de circulation latéraux et arrière, caractéristique importante pour un édifice destiné à accueillir un public nombreux.

Une salle de prestige

Le spectacle commence dès l’entrée

Comme plusieurs grands théâtres construits à la fin du XIXe siècle, le Her Majesty’s n’était pas conçu uniquement comme une salle où regarder un spectacle. Hall, foyer, décorations, tapis, mosaïques et espaces sociaux participaient eux aussi à une expérience culturelle associée au prestige et à la sociabilité urbaine.

4. Her Majesty’s / His Majesty’s

L’un des traits les plus caractéristiques de l’histoire du théâtre est le changement de son nom suivant le sexe du souverain britannique. Lors de son ouverture sous le règne de la reine Victoria en 1898, l’établissement porte naturellement le nom de Her Majesty’s Theatre.

Après la mort de Victoria et l’accession d’Édouard VII au trône en 1901, le théâtre devient His Majesty’s Theatre. Ce nom demeure en usage pendant les règnes d’Édouard VII, George V, Édouard VIII et George VI.

Avec l’accession d’Elizabeth II en 1952, la salle reprend son nom original de Her Majesty’s Theatre, qu’elle conserve jusqu’à sa disparition en 1963.

Un même théâtre, deux noms

1898–1901 · 1901–1952 · 1952–1963

Her Majesty’s Theatre et His Majesty’s Theatre ne désignent donc pas deux salles différentes. Il s’agit du même établissement, dont le nom s’adapte au souverain britannique régnant.

5. Une grande scène théâtrale

Durant ses premières décennies d’activité, le Her Majesty’s s’inscrit pleinement dans le réseau nord-américain des grandes tournées théâtrales. Les productions circulant entre New York, Boston, Toronto et d’autres grandes villes peuvent également faire étape à Montréal.

La salle accueille théâtre dramatique, comédie, productions musicales et tournées de vedettes internationales. Sa taille, sa réputation et sa localisation contribuent à en faire l’une des principales portes d’entrée montréalaises pour le spectacle professionnel anglophone.

Parmi les figures qui s’y produisent se trouve notamment Sarah Bernhardt, dont la présence en 1911 illustre le prestige international acquis par la salle au début du XXe siècle.

6. Opéra et institutions résidentes

L’opéra occupe une place particulièrement importante dans l’histoire du Her Majesty’s Theatre. Plusieurs institutions montréalaises utilisent la salle comme lieu principal ou régulier de leurs activités.

La Montreal Opera Company y présente des productions entre 1910 et 1913, suivie en 1914 par la Canadian National Opera Company. Ces initiatives témoignent des efforts entrepris à Montréal pour établir une tradition lyrique professionnelle durable.

À partir de 1942, l’ Opera Guild of Montreal fait également du théâtre l’un de ses principaux lieux de représentation. L’organisation demeure étroitement associée à la salle jusqu’à sa fermeture.

Principales institutions associées

  • Montreal Opera Company — 1910–1913
  • Canadian National Opera Company — 1914
  • Montreal Orchestra — 1930–1941
  • Montreal Festivals — principalement 1940–1946
  • Opera Guild of Montreal — 1942–1963

7. Concerts et récitals

Au-delà du théâtre et de l’opéra, His Majesty’s devient une importante salle de concerts. Sa scène accueille plusieurs des grands solistes et musiciens internationaux du XXe siècle.

En 1919, le public montréalais peut notamment y entendre Sergei Rachmaninoff et Arthur Rubinstein. Plus tard, Vladimir Horowitz s’y produit en 1935.

Cette tradition du récital se poursuit pendant plusieurs décennies. En 1958, le pianiste canadien Glenn Gould apparaît également au Her Majesty’s, illustrant la continuité de la vocation classique de la salle jusque dans ses dernières années.

8. Jazz et musique populaire

À partir des années 1940, la programmation du théâtre reflète de plus en plus la diversification des goûts du public montréalais. Aux côtés de l’opéra, du théâtre et de la musique classique apparaissent jazz, chanson, folk, blues et variétés internationales.

Cette évolution fait du Her Majesty’s un lieu particulièrement intéressant dans l’histoire musicale de Montréal. Sa scène accueille des artistes représentant plusieurs générations de la musique populaire, du jazz orchestral de l’après-guerre au folk du début des années 1960.

Des musiciens comme Coleman Hawkins, Buddy Rich, Oscar Peterson, Nat King Cole, Louis Armstrong, Dave Brubeck, Gerry Mulligan et Stan Getz côtoient des artistes comme Édith Piaf, Josephine Baker, Marlene Dietrich, Mahalia Jackson, Miriam Makeba et Joan Baez.

Une salle en transformation

Du théâtre victorien au jazz moderne

L’histoire du Her Majesty’s résume à elle seule une partie de l’évolution du spectacle montréalais au XXe siècle : une salle inaugurée sous Victoria pour le théâtre et l’opéra accueille, plus de soixante ans plus tard, jazz moderne, folk, chanson et grandes vedettes internationales.

9. Artistes marquants

Au fil de ses décennies d’activité, le Her Majesty’s Theatre accueille une impressionnante succession de figures majeures du théâtre, de la musique classique, du jazz et de la chanson.

  • 1911 — Sarah Bernhardt
  • 1919 — Sergei Rachmaninoff, Arthur Rubinstein
  • 1935 — Vladimir Horowitz
  • 1938 — Tino Rossi
  • 1942 — Paul Robeson
  • 1947 — Coleman Hawkins, Buddy Rich, The Ink Spots
  • 1948 — Oscar Peterson, Louis Metcalf, Carlos Montoya
  • 1949 — Nat King Cole, Woody Herman
  • 1951 — Louis Armstrong, Josephine Baker, Maurice Chevalier
  • 1955 — Édith Piaf, Yma Sumac
  • 1958 — Glenn Gould
  • 1960 — Mahalia Jackson, Marlene Dietrich, Johnny Mathis
  • 1961 — Lena Horne
  • 1962 — Dave Brubeck, Modern Jazz Quartet, Gerry Mulligan, Miriam Makeba, Joan Baez
  • 1963 — Stan Getz, Flatt & Scruggs

10. Dernières années et démolition

Au cours des années 1950 et 1960, le paysage culturel montréalais se transforme profondément. L’essor de la télévision, la concurrence des cinémas, l’évolution des habitudes de divertissement et la construction de nouvelles salles modifient progressivement la place des grands théâtres traditionnels.

Le Her Majesty’s demeure néanmoins actif jusqu’au début des années 1960 et continue d’accueillir des spectacles importants au cours de ses dernières saisons.

En 1963, après près de soixante-cinq années d’existence, le théâtre est démoli. Sa disparition survient pendant une période de transformation rapide du centre-ville montréalais, marquée par la construction d’immeubles modernes et le remplacement de nombreux bâtiments plus anciens.

1963

La disparition d’une grande salle montréalaise

La démolition du Her Majesty’s clôt une histoire commencée sous le règne de Victoria. Entre son ouverture en 1898 et sa disparition en 1963, la salle aura accompagné plusieurs générations de spectateurs et presque toute l’évolution du spectacle vivant montréalais de la première moitié du XXe siècle.

11. Héritage culturel

Bien que disparu du paysage urbain, le Her Majesty’s Theatre demeure un repère important dans l’histoire culturelle montréalaise. Son exceptionnel éventail de programmation témoigne de la fonction qu’exerçaient autrefois les grandes salles polyvalentes : théâtre, opéra, musique classique, ballet et musique populaire pouvaient cohabiter sous un même toit.

Son histoire permet également de suivre le déplacement progressif du centre culturel montréalais vers la rue Sainte-Catherine et l’ouest du centre-ville à la fin du XIXe siècle, puis les transformations de ce secteur au cours du siècle suivant.

Les programmes, photographies, affiches, billets et comptes rendus conservés aujourd’hui constituent les principaux témoins d’un établissement qui fut pendant plusieurs décennies l’une des grandes scènes de Montréal.

Chronologie du Her Majesty’s Theatre

1898
Her Majesty’s Theatre
Ouverture officielle le 7 novembre.
1901
His Majesty’s Theatre
Changement de nom après l’accession d’Édouard VII.
1910–1913
Montreal Opera Company
Importante période d’activité lyrique.
1930–1941
Montreal Orchestra
La salle accueille régulièrement l’orchestre.
1940–1946
Montreal Festivals
Le théâtre devient un lieu important des festivals montréalais.
1942–1963
Opera Guild of Montreal
Longue association avec la scène lyrique montréalaise.
1952
Her Majesty’s Theatre
Retour au nom original sous Elizabeth II.
1963
Fin du théâtre
Dernières représentations et démolition de l’édifice.

12. Notes et sources

  1. THE MONTREAL DAILY STAR, 29 juillet 1898.
    Documentation contemporaine sur la construction et les aménagements du nouveau Her Majesty’s Theatre.
  2. THE MONTREAL DAILY STAR, novembre 1898.
    Comptes rendus entourant l’ouverture du théâtre le 7 novembre 1898.
  3. JEAN-MARC LARRUE, travaux consacrés à l’histoire du théâtre montréalais et aux réseaux théâtraux nord-américains de la fin du XIXe siècle.
  4. GILLIANDR’S BLOG, « Her Majesty’s Theatre ».
    Compilation historique et iconographique consacrée à la salle.
  5. MONTREAL CONCERT POSTER ARCHIVE.
    Documentation de concerts, spectacles, artistes et événements présentés au Her Majesty’s / His Majesty’s Theatre.
  6. WIKIPEDIA, « Her Majesty’s Theatre, Montreal ».
    Source secondaire utilisée principalement comme point de repère chronologique et bibliographique.
1961
LENA HORNE
LENA HORNE

Source: The Gazette, 9 octobre 1961, Postmedia Network Inc.

MAHALIA JACKSON
MAHALIA JACKSON

Source: The Gazette, 9 octobre 1961, Postmedia Network Inc.

1960
JOSÉ GRECO
JOSÉ GRECO

Source: Sandy Stone

Au Théâtre Her Majesty

1958
GLENN GOULD
GLENN GOULD

Source: The Montreal Star, 25 janvier 1958

1949
WOODY HERMAN NAT KING COLE
WOODY HERMAN NAT KING COLE

Source: The Gazette, 29 octobre 1949, Postmedia Network Inc.

1948
OSCAR PETERSON LOUIS METCALF
OSCAR PETERSON LOUIS METCALF

Source: The Gazette, 3 mai 1948, Postmedia Network Inc.

1947
THE INK SPOTS
THE INK SPOTS

Source: The Montreal Star, 22 mars 1947

COLEMAN HAWKINS BUDDY RICH
COLEMAN HAWKINS BUDDY RICH

Source: The Montreal Star, 1 mars 1947

1946
OSCAR PETERSON
OSCAR PETERSON

Source: The Montreal Star, 8 février 1946

1941
FAY WRAY
FAY WRAY

Source: The Gazette, 16 juin 1941, division Postmedia Network Inc.

LOUIS H BOURDON ORIGINAL BALLET RUSSE
LOUIS H BOURDON ORIGINAL BALLET RUSSE

Source: The Gazette, 18 janvier 1941, division Postmedia Network Inc.

BRONISLAW HUBERMAN
BRONISLAW HUBERMAN

Source: The Gazette, 17 janvier 1941, division Postmedia Network Inc.

1916
SARAH BERNHARDT
SARAH BERNHARDT

Le théâtre Her Majesty’s, inauguré en 1898 à Montréal, était un haut lieu de la culture, accueillant concerts, opéras, ballets et pièces de théâtre pendant près de 65 ans. Son architecture, inspirée de la Renaissance italienne et du style rococo, en faisait un véritable joyau, avec un hall majestueux et des espaces raffinés. Il a été le foyer de plusieurs compagnies d’opéra et d’orchestre, tout en accueillant des artistes de renom comme Louis Armstrong, Édith Piaf et Glenn Gould. Démoli en 1963, son emplacement est aujourd’hui occupé par le Pavillon EV de l’Université Concordia.

 

Image: The Gazette, 30 septembre 1916, division Postmedia Network Inc.

1912
THE MONTREAL OPERA COMPANY
THE MONTREAL OPERA COMPANY

Le théâtre Her Majesty’s, inauguré en 1898 à Montréal, était un haut lieu de la culture, accueillant concerts, opéras, ballets et pièces de théâtre pendant près de 65 ans. Son architecture, inspirée de la Renaissance italienne et du style rococo, en faisait un véritable joyau, avec un hall majestueux et des espaces raffinés. Il a été le foyer de plusieurs compagnies d’opéra et d’orchestre, tout en accueillant des artistes de renom comme Louis Armstrong, Édith Piaf et Glenn Gould. Démoli en 1963, son emplacement est aujourd’hui occupé par le Pavillon EV de l’Université Concordia.

 

Image: Archives de la ville de Montréal, Montreal Opera Company, dossier D17, programmes de spectacles

1898
OUVERTURE DU HER MAJESTY’S THEATRE
OUVERTURE DU HER MAJESTY’S THEATRE

Le théâtre Her Majesty’s, inauguré en 1898 à Montréal, était un haut lieu de la culture, accueillant concerts, opéras, ballets et pièces de théâtre pendant près de 65 ans. Son architecture, inspirée de la Renaissance italienne et du style rococo, en faisait un véritable joyau, avec un hall majestueux et des espaces raffinés. Il a été le foyer de plusieurs compagnies d’opéra et d’orchestre, tout en accueillant des artistes de renom comme Louis Armstrong, Édith Piaf et Glenn Gould. Démoli en 1963, son emplacement est aujourd’hui occupé par le Pavillon EV de l’Université Concordia.

 

Image: La Patrie, 13 octobre 1898, BAnQ

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