Underworld / Cabaret Underworld (Montréal)
Fondé en 1995 par Alex Bastide, Underworld fut à la fois un magasin de disques, une boutique de skateboard, un lieu de rencontre et une petite salle de spectacles qui participa activement à l'essor des scènes punk, hardcore et skate montréalaises des années 1990. Après la disparition de cette première salle d'Ahuntsic, Bastide poursuivit la production de spectacles sous la bannière Underworld Musik, avant de renouer avec l'exploitation d'une salle au centre-ville avec le Cabaret Underworld, au 1403, rue Sainte-Élisabeth. Pendant près de vingt ans, le nom Underworld relia ainsi à Montréal le skateboard, la musique underground, le commerce indépendant et la production de concerts. [1], [2], [3]
1. Présentation
L'histoire d'Underworld ne se résume pas à celle d'une salle de spectacles. Le projet créé par Alex Bastide en 1995 se situe à la rencontre de plusieurs cultures qui se chevauchaient alors à Montréal : le skateboard, le punk, le hardcore, les disques, les vêtements et l'organisation indépendante de concerts. [1]
Cette combinaison donna à Underworld une identité particulière. On pouvait s'y procurer des disques ou du matériel de skateboard, venir y rouler et assister à un concert. Le magasin devint ainsi un lieu de sociabilité autant qu'un commerce.
L'histoire comprend toutefois deux salles distinctes. La première se trouvait dans la boutique originale d'Ahuntsic dans les années 1990. Plusieurs années plus tard, le nom réapparut au centre-ville avec le Cabaret Underworld de la rue Sainte-Élisabeth.
Précision historique
Underworld n'est pas une seule salle ayant simplement déménagé
Il est préférable de distinguer la première salle d'Ahuntsic, liée directement au magasin original, du Cabaret Underworld exploité plus tard au centre-ville. Entre ces deux périodes, Alex Bastide poursuivit notamment ses activités de promoteur sous le nom Underworld Musik.
2. Alex Bastide et la naissance d’Underworld
Alex Bastide n'a que 19 ans lorsqu'il lance Underworld en 1995. Passionné de skateboard et de musique underground, il cherche à créer le type d'endroit qui lui semble manquer à Montréal : un espace où ces cultures peuvent cohabiter.
Le concept dépasse donc dès le départ celui d'un simple magasin. Underworld vend des disques, du matériel et des vêtements associés au skateboard, mais cherche également à créer une communauté autour de ces intérêts.
Cette dimension communautaire deviendra essentielle à l'identité d'Underworld. Les liens établis avec les groupes en tournée, les skateurs et les jeunes amateurs de musique contribueront à transformer une petite entreprise d'Ahuntsic en un nom familier de la culture alternative montréalaise.
« Je me suis toujours vu auprès d’eux comme un ambassadeur de Montréal. »
3. Le 10338, rue Millen
Le premier Underworld ouvre dans Ahuntsic, près de l'intersection de la rue Millen et du boulevard Henri-Bourassa. Une source rétrospective de Cult MTL situe précisément l'établissement au 10338, rue Millen. [1]
L'adresse mérite néanmoins une certaine prudence documentaire : certaines archives plus récentes d'Underworld ont également fait circuler le numéro 10738. Dans l'état actuel des sources, 10338 est retenu puisqu'il apparaît dans une rétrospective consacrée à la fermeture du Cabaret Underworld.
L'emplacement est éloigné du principal circuit de salles du centre-ville. Cette situation contribue paradoxalement à son identité : Underworld n'est pas simplement une autre salle de la rue Sainte-Catherine ou du boulevard Saint-Laurent, mais un lieu vers lequel un public doit volontairement se déplacer.
4. Skateboard, disques et culture DIY
L'originalité du premier Underworld tient à la coexistence de plusieurs fonctions sous un même toit. Le lieu est à la fois un magasin de musique, un skateshop et un espace associé à la pratique du skateboard.
Une rampe intérieure permet aux skateurs de rouler sur place. À cela s'ajoute une salle aménagée pour les spectacles. Le commerce devient ainsi un véritable espace culturel hybride.
Cette formule correspond parfaitement à l'esprit DIY qui traverse une partie importante des scènes punk et skateboard des années 1990 : plutôt que d'attendre qu'une infrastructure existe, on la crée soi-même.
La frontière entre magasin, lieu de rencontre et salle de spectacles devient volontairement floue. C'est précisément cette proximité qui fera du premier Underworld un endroit mémorable pour une génération de musiciens, de skateurs et de spectateurs.
5. La première salle de spectacles
Entre 1995 et 1998, la salle d'Underworld accueille environ 300 spectacles, selon le bilan publié au moment de la fermeture du Cabaret Underworld. [1]
Pour une petite salle située derrière un commerce d'Ahuntsic, l'activité est considérable. Elle témoigne de l'intensité du réseau punk et hardcore de l'époque et du besoin de lieux capables d'accueillir des groupes qui ne correspondaient pas nécessairement aux circuits traditionnels.
La proximité physique entre le magasin, la rampe de skateboard et l'espace de concert favorise également les échanges. Les groupes ne font pas qu'arriver pour jouer puis repartir : ils entrent dans un environnement déjà imprégné de la culture à laquelle appartient leur public.
1995–1998
Environ 300 spectacles en trois ans
Ce chiffre permet de mesurer l'importance de la première salle Underworld. Malgré son caractère artisanal et son emplacement hors du centre-ville, elle maintient pendant quelques années une activité de spectacles particulièrement soutenue.
6. Une escale du punk international
Underworld devient rapidement une adresse connue des groupes punk et hardcore en tournée. Plusieurs formations qui deviendront ensuite beaucoup plus importantes passent par le petit espace montréalais.
Les rétrospectives consacrées à Underworld mentionnent notamment Strung Out, blink-182, Anti-Flag et MxPx. Les archives de concerts associées au lieu témoignent également d'une programmation plus vaste, mêlant groupes locaux, canadiens et internationaux.
L'importance historique de ces concerts tient en partie au moment où ils ont lieu. Certains artistes qui rempliront plus tard des salles beaucoup plus importantes évoluent encore dans le circuit des petites salles punk et DIY.
Underworld participe ainsi à un phénomène caractéristique du Montréal des années 1990 : une ville où plusieurs groupes internationaux développent une relation particulièrement forte avec leur public québécois grâce à un réseau de petites salles, de promoteurs et d'organisateurs locaux.
7. La fin de la première salle
La première période de concerts ne dure toutefois que quelques années. Les quelque 300 spectacles généralement associés à cette salle sont concentrés entre 1995 et 1998.
La salle cesse alors ses activités comme espace de concerts. Des récits ultérieurs indiquent que des questions de sécurité et de conformité ont joué un rôle dans l'abandon de cette fonction.
L'histoire commerciale d'Underworld se poursuit néanmoins au-delà de 1998. Le projet continue de se développer autour du skateboard, des disques et de la production musicale, tandis que Bastide demeure actif dans l'organisation de spectacles.
Attention aux dates
1998 n'est pas la disparition d'Underworld
La date de 1998 correspond à la fin de la principale période de spectacles dans la salle originale. Elle ne doit pas être confondue avec la fin de la boutique ou des activités d'Underworld, qui se poursuivent sous différentes formes.
8. Underworld Musik
Après la première salle, Alex Bastide poursuit la production de spectacles sous la bannière Underworld Musik. Le nom Underworld n'est donc plus uniquement lié à une adresse : il devient également celui d'un promoteur actif dans différentes salles montréalaises.
Cette étape constitue le lien essentiel entre les deux incarnations physiques d'Underworld. L'expérience acquise dans la petite salle d'Ahuntsic peut désormais être transposée à des concerts organisés ailleurs dans la ville.
Underworld conserve ainsi sa relation avec les scènes punk, hardcore, métal et alternatives même lorsqu'il ne dispose plus de la salle originale.
9. L’expansion d’Underworld
Parallèlement à ses activités musicales, Underworld prend de l'expansion dans le monde du skateboard. Une deuxième boutique ouvre sur la rue Sainte-Catherine en 2000.
La marque développe une équipe de skateurs, organise des démonstrations, des compétitions et différentes activités liées à cette culture. Underworld sera notamment associé à AM Getting Paid et aux tournées Under Attack.
Ces activités acquièrent une visibilité dépassant le milieu local. Les tournées donnent notamment naissance à du contenu télévisuel diffusé à MusiquePlus, ainsi que sur des réseaux spécialisés tels que Global Extreme et Fuel TV.
À son apogée, Underworld exploite plusieurs commerces et possède également une présence à Vancouver. Ce qui avait commencé comme une petite boutique d'Ahuntsic est devenu une marque reconnue dans la culture canadienne du skateboard.
10. Le Cabaret Underworld
La musique retrouve finalement une adresse permanente au centre-ville avec le Cabaret Underworld, situé au 1403, rue Sainte-Élisabeth, près de la rue Sainte-Catherine Est et du Quartier des spectacles.
La chronologie de cette deuxième incarnation a parfois été présentée de façon contradictoire. Des rétrospectives publiées en 2021 font remonter la naissance du Cabaret à 2004. Cependant, des archives de concerts permettent de confirmer sans ambiguïté que le Cabaret Underworld est en activité à l'adresse Sainte-Élisabeth au moins dès décembre 2008. [4]
Cette seconde salle est d'une autre nature que l'espace artisanal d'Ahuntsic. Il s'agit désormais d'une véritable salle de spectacles du centre-ville, conçue pour recevoir des concerts, des soirées et différents événements.
Malgré ce changement d'échelle, le nom conserve son lien avec les cultures alternatives qui avaient défini le premier Underworld.
Précision historique
2004 ou 2008 ?
Certaines rétrospectives situent la création du Cabaret Underworld en 2004, mais les sources contemporaines actuellement retrouvées permettent surtout d'attester son exploitation au 1403, rue Sainte-Élisabeth à partir de 2008. En l'absence d'une source contemporaine établissant précisément l'ouverture de cette salle en 2004, il est préférable de conserver cette distinction.
11. Une programmation élargie
Si le punk, le hardcore et le métal demeurent intimement associés au nom Underworld, le Cabaret développe progressivement une programmation beaucoup plus large.
On y présente des concerts de punk, hardcore, métal, ska et rock, mais également du hip-hop, de la musique électronique, des soirées avec DJ et différents événements communautaires ou thématiques.
Cette diversité apparaît clairement dans les programmations des années 2010. Le Cabaret accueille autant des groupes issus de l'underground punk que des artistes hip-hop et des événements associés à la vie nocturne montréalaise.
La salle est également utilisée pour d'autres formes d'événements : soirées privées, projections, événements de mode, humour et rassemblements communautaires.
Underworld passe ainsi d'un lieu principalement associé au skate-punk des années 1990 à une salle underground beaucoup plus éclectique, sans complètement abandonner ses racines.
12. La fermeture du Cabaret
À la fin de 2014, Alex Bastide décide de mettre fin à l'aventure du Cabaret Underworld. La fermeture est annoncée publiquement le 28 décembre 2014. [1]
Bastide explique alors que l'exploitation d'une salle demande une quantité considérable de travail et que le contexte de la promotion de spectacles est devenu plus difficile. Selon lui, les grands promoteurs bénéficient souvent d'un accès prioritaire aux tournées, rendant le booking plus complexe pour les petites salles indépendantes.
« The power of music is incredible and I’m proud that I was able to promote, host and support many artists and bring them to Montreal. »
L'annonce de décembre ne correspond toutefois pas exactement au dernier soir d'activité. Des événements sont encore prévus au tournant de l'année, notamment le réveillon du Nouvel An et un spectacle des Anticipateurs le 3 janvier 2015.
La chronologie la plus prudente consiste donc à parler d'une fermeture annoncée en décembre 2014 et complétée au début de janvier 2015, plutôt que de simplement dater la fermeture de 2014.
13. Après Underworld
La disparition du Cabaret ne signifie pas la disparition de la salle du 1403 Sainte-Élisabeth. L'espace est repris et devient par la suite le Newspeak.
Le changement illustre un phénomène fréquent dans l'histoire des salles montréalaises : les lieux survivent parfois à leur identité originale, une nouvelle génération de promoteurs ou d'exploitants réutilisant la même infrastructure pour une autre scène musicale.
Dans le cas du Newspeak, l'orientation se déplace principalement vers les musiques électroniques, mais la continuité physique avec l'ancien Cabaret Underworld demeure.
14. Le musée Pop-Up Underworld
Plusieurs années après la fin du Cabaret, Alex Bastide revient sur l'histoire d'Underworld avec une exposition consacrée aux différentes cultures qui avaient façonné le projet.
Du 15 octobre au 6 novembre 2021, un Musée Pop-Up Underworld est présenté gratuitement à Ahuntsic. L'exposition rassemble des objets provenant de la collection privée de Bastide : affiches, vêtements, photographies, planches de skateboard et autres artéfacts accumulés au fil des années.
Le projet souligne les quelque 25 années écoulées depuis la naissance d'Underworld et permet de mesurer à quel point son histoire dépasse celle d'un commerce disparu. Les objets conservés témoignent des relations entre skateboard, punk, hip-hop et culture underground montréalaise.
« J'ai créé Underworld parce que je suis passionné par le skateboard et la musique underground. À Montréal, au milieu des années 90, nous avions un grand vide à combler. »
15. Importance historique
Underworld occupe une place particulière dans l'histoire récente de la musique montréalaise parce que son influence ne repose pas uniquement sur une salle ou sur une liste d'artistes.
Le projet relia pendant près de deux décennies plusieurs communautés qui partageaient une culture commune : skateurs, punks, musiciens, collectionneurs de disques, promoteurs et spectateurs. Le magasin constituait un lieu de rencontre; la salle permettait aux groupes de jouer; Underworld Musik leur offrait un promoteur; les activités de skateboard étendaient encore ce réseau.
La première salle d'Ahuntsic illustre particulièrement bien la culture DIY montréalaise des années 1990. Un commerce situé loin du principal circuit des salles pouvait accueillir des centaines de concerts et devenir une étape reconnue par des groupes internationaux.
Le Cabaret Underworld représente une deuxième phase de cette histoire. Le projet quitte le cadre artisanal de l'arrière-boutique et s'installe au cœur du centre-ville, tout en conservant une identité associée aux musiques et aux communautés alternatives.
C'est cette continuité qui donne à Underworld son importance : le magasin, le skateboard, les affiches, les concerts et la production de spectacles faisaient partie du même écosystème.
Dans l'histoire musicale de Montréal
Bien plus qu'un skateshop
Underworld démontre comment un commerce indépendant peut devenir une véritable infrastructure culturelle. À partir d'une boutique créée par un entrepreneur de 19 ans en 1995 se développe un réseau mêlant skateboard, musique, tournées, salles de spectacles et promotion. Pour une génération de la scène alternative montréalaise, Underworld fut autant un lieu d'appartenance qu'un commerce.
Chronologie d’Underworld
17. Notes et sources
-
CULT MTL,
« Cabaret Underworld is closing down »,
29 décembre 2014.
Source importante pour la chronologie générale d'Underworld. L'article situe la boutique originale au 10338, rue Millen, indique qu'environ 300 spectacles y furent produits entre 1995 et 1998 et décrit la poursuite des activités de Bastide sous la bannière Underworld Musik. Il documente également les raisons invoquées par Bastide pour mettre fin au Cabaret Underworld. -
LA PRESSE,
« Quand Blink-182 jouait… à Drummondville »,
9 mai 2023.
Retour sur l'activité de promotion indépendante au Québec et sur l'expérience d'Alex Bastide avec les groupes punk internationaux. -
MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE,
« Underworld (Montréal) ».
Archives, affiches et documentation relatives aux différentes périodes d'Underworld, à Alex Bastide, à Underworld Musik et au Cabaret Underworld. -
QUEBEC PUNK SCENE,
« Lancement d'album : La Gachette @ Cabaret Underworld »,
13 décembre 2008.
Archive contemporaine attestant l'exploitation du Cabaret Underworld au 1403, rue Sainte-Élisabeth en décembre 2008. -
CULT MTL,
documentation sur la fermeture du Cabaret Underworld,
décembre 2014.
La fermeture est annoncée à la fin de décembre 2014 alors que quelques derniers événements sont encore prévus au tournant de l'année 2015. -
TIME OUT MONTRÉAL,
« Un musée pop-up gratuit dédié au skateboard, au hip-hop et au punk
rock a été ouvert à Montréal »,
octobre 2021.
Entretien et rétrospective publiés à l'occasion du Musée Pop-Up Underworld. La source documente la fondation du projet, l'expansion des boutiques, les activités liées au skateboard et l'exposition anniversaire. Elle situe cependant la création du Cabaret Underworld en 2004, une date qui doit être distinguée de l'exploitation documentée du local de Sainte-Élisabeth à partir de 2008. -
JOURNAL MÉTRO,
« Underworld : un musée sur la culture punk des années 1990 gratuit! »,
2021.
Présentation du Musée Pop-Up Underworld et de la collection privée d'Alex Bastide, comprenant affiches, vêtements, planches de skateboard et autres artéfacts associés à l'histoire du projet. -
SALLES INDÉPENDANTES DU QUÉBEC,
« Newspeak ».
La fiche du Newspeak confirme son installation au 1403, rue Sainte-Élisabeth dans l'ancien Cabaret Underworld.
Cette fiche distingue volontairement la salle originale d'Underworld à Ahuntsic du Cabaret Underworld du centre-ville. Certaines sources rétrospectives présentent des dates différentes pour l'ouverture du Cabaret et pour la fin générale des activités d'Underworld. Lorsque les sources contemporaines permettent d'établir une date précise, elles ont été privilégiées; les divergences significatives sont signalées plutôt qu'effacées.





































































































