Chroniques d’une scène — Montréal 1990–2020
Rockweiler — Un point d’ancrage local
Au milieu des années 1990, Musique Rockweiler devient l’un des lieux de rencontre de la scène punk émergente sur la Rive-Nord de Montréal. Pour Jean-François Hayeur, qui y travaille comme disquaire, la boutique est aussi un espace de découverte, de circulation musicale et d’initiatives locales.
C’est dans ce contexte qu’il organise un concert du groupe GOB à Saint-Eustache, amenant dans la région l’un des groupes importants de la scène skate-punk canadienne. Le spectacle a lieu dans une petite salle adjacente au magasin, une modeste bibliothèque dont les tables et les chaises sont déplacées pour accueillir le public.
Pour plusieurs jeunes de la région, l’événement marque l’une des premières occasions de voir un groupe punk d’envergure nationale se produire à Saint-Eustache.
Cette initiative témoigne de l’engagement de Jean-François envers la scène musicale locale, à une époque où ce type de concert demeure rare sur la Rive-Nord.
Punk Videos — Caméra en main
Au milieu des années 1990, alors que la scène punk et hardcore nord-américaine connaît une importante croissance, Montréal s’impose comme une étape prisée de nombreux groupes indépendants. Dans ce contexte, Jean-François Hayeur commence à documenter concerts, tournées et coulisses à l’aide d’une caméra vidéo portative, encore peu répandue à l’époque.
D’abord motivé par le désir de filmer ses amis planchistes, snowboarders et musiciens, il tourne rapidement sa caméra vers la scène locale, notamment les groupes Enough de Saint-Eustache et Foreground de Terrebonne. Le 14 juin 1994, il filme leur prestation en première partie de NO USE FOR A NAME à la salle Woodstock de Montréal, un concert qui marque la première apparition montréalaise connue d’un groupe associé au label Fat Wreck Chords.
Le promoteur Paget Williams de Greenland Productions remarque rapidement son intérêt pour la documentation de la scène et l’encourage à poursuivre ses captations. Jean-François filme alors plusieurs spectacles présentés à Montréal, dont LAGWAGON au Woodstock le 4 octobre 1994.
Quelques semaines plus tard, le 15 novembre 1994, il obtient l’autorisation de filmer le concert de NOFX au Spectrum, incluant certaines séquences tournées en coulisses. Ces images deviendront par la suite parmi les documents les plus connus de ses archives vidéo.
Au fil des tournées, plusieurs groupes lui permettent de poursuivre ce travail de documentation. Jean-François enregistre ainsi des prestations, des entrevues improvisées et des moments de la vie quotidienne des musiciens lors de leurs passages à Montréal.
Une particularité de cette démarche réside dans la circulation des enregistrements. Lorsqu’un groupe revient en ville, Jean-François lui remet souvent une copie VHS de son précédent passage, et parfois même une compilation regroupant plusieurs concerts filmés au cours des mois précédents.
Ces cassettes circulent ensuite entre musiciens, équipes techniques et amis, contribuant à documenter une scène qui demeure alors peu couverte par les médias traditionnels.
- Plusieurs groupes demandent à être filmés lors de leurs passages à Montréal.
- Des promoteurs comme Paget Williams encouragent la poursuite du projet.
- Les cassettes VHS voyagent régulièrement avec les groupes sur les tournées nord-américaines.
Cette activité se développe de manière entièrement indépendante. Les enregistrements ne sont ni vendus ni exploités commercialement; ils servent avant tout à préserver et à partager des souvenirs de tournée.
Aujourd’hui, ces archives vidéo constituent un témoignage direct de la scène punk et hardcore montréalaise des années 1990, ainsi que des liens qui unissaient alors les groupes, les promoteurs et le public.
Plusieurs musiciens ont par la suite souligné l’accueil particulièrement chaleureux qu’ils recevaient à Montréal. Les vidéos tournées par Jean-François contribuent à documenter cette réputation et à préserver la mémoire d’une période marquante de l’histoire musicale indépendante de la ville.
Cette expérience de vidéaste amateur représente également l’une des premières étapes d’un parcours qui l’amènera plus tard à travailler dans l’industrie musicale, puis à consacrer une part importante de son temps à la préservation du patrimoine culturel montréalais.
Punk Empire — Le vidéozine
À mesure que s’accumulent les images tournées dans les salles montréalaises — concerts, entrevues spontanées et moments de tournée —, l’idée d’un magazine vidéo consacré à la scène punk et hardcore prend forme. Inspiré par l’éthique DIY qui caractérise alors ce milieu, Jean-François lance PUNK EMPIRE, un vidéozine distribué sur cassette VHS.
Parallèlement à ses activités de vidéaste, il entretient une correspondance avec plusieurs musiciens qu’il admire. Parmi ces échanges figure notamment une relation épistolaire de longue date avec IAN MacKAYE (Fugazi, Minor Threat), amorcée en 1995 et poursuivie au fil des décennies.
Afin de réaliser le projet, Jean-François s’entoure de collaborateurs capables d’interviewer les groupes en français comme en anglais. Il recrute ainsi MATT PEARLMAN et ANDY MAK, qui participent à la préparation et à l’animation des entrevues.
Une première séance de montage permet d’assembler une cassette d’environ une heure regroupant captations de spectacles, entrevues et vidéoclips. Le contenu accorde également une place importante aux groupes montréalais et aux artistes associés au label indépendant 2112 RECORDS, fondé par Paget Williams de Greenland Productions.
On y retrouve notamment des extraits ou des vidéoclips de groupes tels que MEN O STEEL, RESET, TEN DAYS LATE et SHADES OF CULTURE, aux côtés d’autres formations émergentes de la scène locale.
À cette époque, les médias traditionnels accordent relativement peu d’espace aux scènes punk, hardcore, skatepunk ou rap alternatif. Dans ce contexte, PUNK EMPIRE offre un rare aperçu vidéo de ces communautés musicales en pleine croissance.
Au total, environ 500 copies VHS sont produites.
- Environ 450 cassettes sont distribuées gratuitement lors de concerts et d’événements;
- Une cinquantaine sont vendues à prix modique afin de récupérer une partie des coûts de production.
Malgré l'intérêt suscité par le projet, les coûts liés au montage et à la duplication des cassettes demeurent élevés. Bien qu'une quantité importante de matériel ait déjà été filmée pour une éventuelle suite, un second volume ne sera finalement jamais produit.
Malgré sa courte existence, PUNK EMPIRE constitue aujourd’hui un rare témoignage audiovisuel de la scène punk et hardcore montréalaise du milieu des années 1990. Le projet reflète également l’esprit d’initiative qui anime alors de nombreux acteurs de cette communauté musicale.
Durant cette période, Jean-François habite sur la rue Prud’homme, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à proximité de plusieurs musiciens, artistes et travailleurs culturels associés à la scène indépendante montréalaise. Cette proximité favorise les échanges et contribue à son immersion dans le milieu qu’il documente.
Le 27 octobre 1995, GREEN DAY se produit à guichets fermés au Forum de Montréal. Bien qu’il n’obtienne pas l’autorisation de filmer le concert, Jean-François accède aux coulisses grâce à des contacts liés à la radio étudiante du Collège Dawson. Il assiste ainsi à plusieurs moments précédant le spectacle et rencontre les membres du groupe dans leur loge.
Cette soirée demeure représentative de l’effervescence qui entoure alors la scène punk nord-américaine. Pour de nombreux amateurs de musique indépendante, la présence d’un groupe comme GREEN DAY dans un amphithéâtre de la taille du Forum témoigne de la popularité croissante du punk-rock au milieu des années 1990.
C’Dément — Le carrefour
Au cœur de la scène musicale montréalaise des années 1990, C’Dément s’impose comme l’un des disquaires dynamiques de la ville. L’entreprise est dirigée par Roger Beï, entrepreneur originaire de Lyon, qui possède aussi la Librairie La Bourse. Grâce à ce lien entre Montréal et la France, C’Dément devient un lieu d’échange entre les scènes musicales québécoise, française et internationale.
C’est dans ce contexte que Jean-François rejoint l’équipe. Il met en place un système de consignation pour les CDs, permettant aux groupes locaux de proposer leur musique en magasin sans frais d’inscription. Profitant des hauts plafonds de la boutique, il expose ces CDs en consignation tout en haut des murs, offrant une visibilité accrue aux artistes indépendants. Il instaure également la vente de billets de concerts en magasin, ce qui contribue à faire de C’Dément un point de relais pour plusieurs spectacles montréalais.
Passionné par la scène punk et alternative, il développe notamment cette section du magasin. Envoyé en France à trois reprises, il contribue à l’ouverture de CD Corner, à Paris, en 1999.
À Paris, il habite au-dessus de la boutique CD Corner, dans un petit appartement accessible par un escalier en colimaçon situé à l’arrière du magasin. Cette proximité avec la boutique illustre le caractère très concret et quotidien de cette expérience parisienne, entre travail, découverte de la ville et échanges musicaux.
Pendant ce séjour, Jean-François se lie d’amitié avec un jeune amateur de punk parisien qui fréquente régulièrement la boutique. Les deux discutent de musique, de fanzines et de concerts. Étudiant à la Sorbonne, ce dernier lui fait visiter l’université. Jean-François apprendra plus tard son décès prématuré, une nouvelle qui marquera durablement le souvenir de cette période.
Au tournant de l’an 2000, Jean-François célèbre le passage au nouveau millénaire au pied de la tour Eiffel, avec son collègue et colocataire Yan, son frère Lionel et leurs amis. La soirée, marquée par la foule, les lumières et l’atmosphère festive de Paris, demeure l’un des souvenirs les plus marquants de ce séjour.
Pendant son passage à Paris, Jean-François participe à la diffusion de catalogues québécois auprès de la clientèle française, notamment ceux des labels Stomp et Indica. Son expérience à C’Dément et à CD Corner s’inscrit ainsi dans une période de circulation active entre les scènes musicales montréalaise et française. Plusieurs collègues de cette époque poursuivront ensuite des carrières importantes dans les milieux de la musique, des arts et de l’édition, dont Philippe B, Chuck Comeau, Vincent Lemieux, Gary Tremblay et Jean-Sébastien Raymond.
Sam the Record Man — Entre deux mondes
Après C’Dément, Jean-François traverse la rue pour rejoindre Sam the Record Man. Polyvalent, il travaille dans plusieurs départements, dont le rock, le jazz, le classique, les musiques du monde et la musique francophone. La chaîne traverse alors une période difficile, marquée par la transformation de l’industrie du disque et la concurrence croissante des grandes surfaces.
C’est surtout au rayon jazz, durant les moments plus calmes, qu’il approfondit sa connaissance du genre. Il lit pratiquement l’intégralité du Penguin Guide to Jazz, ouvrage de référence qui lui permet de mieux comprendre l’histoire du jazz, ses grandes discographies et plusieurs de ses figures essentielles.
Cette période coïncide avec les premières difficultés majeures de l’industrie du disque. Plusieurs détaillants doivent composer avec la baisse des ventes, l’évolution des habitudes de consommation musicale et un climat de travail plus incertain.
Malgré ce contexte, Jean-François continue de s’intéresser à l’organisation des magasins et à l’amélioration de certaines procédures internes. Il propose notamment un mémo intitulé « Comment rénover un département au complet avec un seul tournevis », reflet de son intérêt pour l’efficacité du travail en magasin.
À mesure que le marché change, l’avenir de la chaîne apparaît de plus en plus incertain. Jean-François poursuit ensuite sa route musicale chez Musigo.
Musigo — La consignation comme réponse
Après Rockweiler, C’Dément et Sam the Record Man, Jean-François rejoint Musigo, nouvelle bannière issue du rebranding des anciens magasins Polyson. Historiquement ancrée en région, la chaîne propose surtout une offre grand public, mais sa succursale du centre-ville de Montréal doit composer avec une clientèle plus attentive aux nouveautés, aux artistes émergents et aux productions indépendantes.
L’un des enjeux concerne le catalogue de fond. Musigo achète de grandes quantités de titres grand public, une stratégie adaptée à certaines succursales régionales, mais moins efficace dans un environnement de centre-ville influencé par les hebdos alternatifs comme Voir, Ici, Mirror et Hour.
Constatant que plusieurs albums mis de l’avant dans la presse alternative ne se retrouvent pas sur les tablettes, Jean-François décide de mettre en place une solution parallèle.
À la succursale du Faubourg Sainte-Catherine, il développe un système de consignation de vinyles. Il approche plusieurs acteurs de la scène locale, dont Stomp Records, Soundcentral, Beatnick, Tabou et L’Oblique, afin de proposer un partenariat permettant de déposer des disques en magasin.
Les disques sont placés dans un présentoir dédié, accompagnés des cartes d’affaires des magasins participants. Les ventes démontrent l’intérêt d’une partie de la clientèle pour une offre complémentaire axée sur les productions indépendantes. Chaque semaine, Jean-François retourne voir les disquaires participants, remet les sommes dues, récupère de nouveaux stocks et regarnit les tablettes.
Cette initiative favorise de nouveaux liens entre la succursale montréalaise de Musigo et plusieurs disquaires indépendants de la région. Le modèle est ensuite proposé à Stomp afin d’être étendu à d’autres succursales de la chaîne Musigo au Québec.
Travaillant également à l’arrière-boutique se trouve Gregory Paquet, fils du propriétaire, qui joue régulièrement de la guitare. Il fondera plus tard The Stills, dont l’album Logic Will Break Your Heart deviendra l’un des disques marquants de l’indie montréalais du début des années 2000.
Un autre jeune employé passera lui aussi par Musigo avant de poursuivre une carrière musicale : Waahli, futur membre de Nomadic Massive.
Au début des années 2000, l’industrie du disque est profondément transformée par Napster, Audiogalaxy, KaZaA et la généralisation du mp3. Musigo finit par faire faillite.
Alors que la fermeture approche, Jean-François s’assure de retourner l’inventaire en consignation à ses propriétaires avant que celui-ci ne soit intégré aux actifs de l’entreprise.
La transition numérique transforme profondément l’industrie du disque et marque la fin d’une époque pour de nombreux détaillants spécialisés.
Beatnick — Le renouveau du vinyle
Chez Beatnick, Jean-François travaille aux côtés de Nick Catalano, figure bien connue du milieu des collectionneurs de disques montréalais. Il participe au développement des activités du magasin à une période où le disque vinyle connaît un regain d’intérêt.
À l’arrière-boutique, il participe au catalogage d’un important inventaire de disques destinés à la vente en ligne, notamment sur Gemm, eBay, puis Discogs. Pendant ce temps, l’avant de la boutique est notamment animé par Spike et Jimmy, qui accueillent les clients et assurent la vente en magasin.
Jean-François développe alors un intérêt particulier pour le jazz, dont il approfondit progressivement la connaissance. Il sélectionne certains titres affichés sur les murs du magasin et conseille régulièrement les clients à la recherche de nouvelles découvertes musicales.
Son travail chez Beatnick l’amène également à participer à divers Salons du Disque et événements destinés aux collectionneurs. Aux côtés de Nick Catalano, il se rend notamment à Ottawa avec des caisses de disques afin de vendre une partie du stock lors de foires spécialisées.
Porté par l’idée d’ouvrir un jour sa propre boutique, Jean-François retourne étudier la gestion à HEC Montréal. Le contexte général de l’industrie du disque, marqué par la montée du numérique, l’amène toutefois à réorienter son parcours après l’obtention de son diplôme, avant d’entreprendre une transition vers le secteur des technologies musicales.
TouchTunes — Programmer à grande échelle
Après plusieurs années dans le monde des disquaires, Jean-François rejoint TouchTunes, entreprise spécialisée dans les jukeboxes numériques installés dans les bars et restaurants à travers l’Amérique du Nord.
Il intègre l’équipe de programmation musicale à une période où les catalogues numériques connaissent une importante expansion. Son travail consiste notamment à sélectionner, organiser et mettre à jour le contenu musical destiné à des dizaines de milliers de jukeboxes répartis au Canada, aux États-Unis et au Mexique.
À cette époque, l’offre musicale demeure largement centrée sur les grands succès commerciaux. Jean-François participe à l’élargissement du catalogue en proposant l’intégration d’artistes et de répertoires couvrant divers genres, notamment le punk, le metal, le jazz, le blues, la soul et le rock progressif.
L’intégration de nouveaux titres exige un processus rigoureux comprenant la gestion des droits, le traitement technique des fichiers et plusieurs étapes de validation avant leur déploiement sur le réseau.
Dans le cadre de ses fonctions, il assure également une veille constante des palmarès et des nouvelles parutions afin d’adapter l’offre musicale aux tendances du marché.
Son travail consiste à évaluer quelles œuvres doivent être ajoutées, maintenues ou retirées du catalogue, en tenant compte à la fois des préférences du public et des objectifs de l’entreprise.
Au fil des années, TouchTunes traverse plusieurs transformations organisationnelles. Les priorités de l’entreprise évoluent progressivement vers le développement technologique et l’expansion de ses activités numériques.
En 2011, Jean-François retourne aux études en production film et télévision à l’Institut Grasset, amorçant ainsi une nouvelle étape de son parcours professionnel.
Son passage chez TouchTunes constitue une transition entre l’univers traditionnel du disque et celui des plateformes numériques, tout en lui permettant d’acquérir une expérience approfondie de la gestion de catalogues musicaux à grande échelle.
Institut Grasset — Retour à la vidéo
En 2011, Jean-François entreprend des études en production film et télévision à l’Institut Grasset. Ce retour à la vidéo lui permet de renouer avec un intérêt développé dès les années 1990 à travers ses captations de concerts et ses projets documentaires.
Durant sa formation, il participe à la création d’All Access Productions, un collectif réunissant plusieurs étudiants de sa cohorte autour de projets de captation et de réalisation.
Parmi les premières réalisations du groupe figure une captation multicaméra de SAM ROBERTS BAND au Métropolis. D’autres tournages suivent avec des artistes tels que VULGAIRES MACHINS, MARIE-PIERRE ARTHUR, THE JOY FORMIDABLE, MILO GREENE et TEENAGE BOTTLEROCKET.
Le collectif participe également à la production d’une série de contenus vidéo associés à SIMPLE PLAN, diffusés sur les plateformes numériques du groupe.
Parmi ses collaborateurs figure notamment Louka Boutin, avec qui il réalise plusieurs projets durant ses études.
Pour leur projet de fin d’études, l’équipe tourne un court métrage à New York inspiré de Rhapsody in Blue, incluant la participation de Peter Hale, ancien assistant d’Allen Ginsberg.
Malgré les expériences acquises et les nombreux tournages réalisés, Jean-François constate les défis liés à une carrière dans le secteur de la production vidéo et poursuit par la suite son parcours dans d’autres domaines de l’industrie culturelle.
Craig Morrison — Racines du rock et du R&B
Parallèlement à ses activités professionnelles, Jean-François suit pendant plusieurs années des cours consacrés aux origines du rock’n’roll et du rhythm and blues auprès de l’ethnomusicologue Craig Morrison.
Ces rencontres se déroulent au sein d’un petit groupe de passionnés réuni chez Steven Morris, réalisateur et producteur montréalais. Plusieurs participants poursuivront ensuite des carrières dans différents secteurs du milieu culturel.
Grâce aux recherches et au réseau de Craig Morrison, Jean-François a l’occasion de rencontrer diverses figures associées à l’histoire du rock, dont Robbie Krieger des Doors, Micky Dolenz des Monkees ainsi que plusieurs autres musiciens et artisans de cette période.
Il participe également à la documentation de plusieurs éditions de Roots of Rock & Roll, une série de conférences et de spectacles présentée à Montréal.
Cette période coïncide avec la redécouverte de Vann « Piano Man » Walls, pianiste américain associé à plusieurs enregistrements marquants du rhythm and blues et installé à Montréal depuis plusieurs décennies.
Sous l’impulsion de Steven Morris, un documentaire consacré à Walls est entrepris. Le projet s’échelonnera sur de nombreuses années et contribuera à faire connaître son parcours à une nouvelle génération d’auditeurs.
Jean-François accompagne Morris à différentes étapes du projet, notamment lors de projections présentées au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal et dans le cadre d’événements organisés aux États-Unis.
Cette expérience lui permet de se familiariser davantage avec les liens entre recherche historique, mémoire musicale, archivage et documentaire, des thèmes qui occuperont par la suite une place importante dans ses projets personnels.
SODRAC & Upstairs — Une immersion dans le jazz
Après ses études à l'Institut Grasset, Jean-François travaille à la SODRAC à titre d’agent de licences. Il participe au traitement des droits musicaux liés à diverses productions télévisuelles québécoises, acquérant une meilleure compréhension des mécanismes entourant la gestion et l’utilisation des œuvres musicales.
Cette période coïncide avec le décès de son père, un événement qui marque profondément sa vie personnelle. Au cours des mois qui suivent, il s’intéresse davantage au jazz, un univers musical qui occupera bientôt une place importante dans son parcours.
Il fréquente régulièrement l’Upstairs Jazz Bar & Grill, où il découvre plusieurs artistes de renom, dont Barry Harris, Jimmy Cobb et Harold Mabern. Le club devient rapidement l’un de ses principaux lieux d’apprentissage et de découverte musicale.
Parallèlement, il réalise divers projets vidéo, notamment avec Vânia Aguiar. Ces collaborations lui permettent de rencontrer plusieurs personnalités du milieu culturel et médiatique québécois.
À l’Upstairs, sa présence régulière amène progressivement le propriétaire Joël Giberovitch à lui confier différentes responsabilités liées aux médias sociaux, à la photographie, à la vidéo et au marketing du club.
Durant plusieurs années, Jean-François documente la programmation de l’établissement à travers des milliers de photographies et de vidéos. Il assiste notamment aux jam sessions du lundi soir dirigées par le batteur Jim Doxas, devenues un rendez-vous important pour plusieurs musiciens de la scène jazz montréalaise.
C’est dans ce contexte qu’il découvre plusieurs artistes de la relève, dont la pianiste Gentiane MG. Convaincu de son potentiel, il contribue à la réalisation de certains outils promotionnels liés à ses débuts professionnels.
L’Upstairs accueille également de nombreuses figures marquantes du jazz international. Jean-François y rencontre notamment Benny Golson, Azar Lawrence, Jimmy Heath, Albert « Tootie » Heath, Bob Cranshaw et Dr. Lonnie Smith.
Au fil des années, il participe à plusieurs projets liés à la promotion du club, tout en contribuant à documenter une période importante de son histoire. Une partie des disques vinyles utilisés dans le décor de l’établissement provient également de sa collection personnelle.
Sunwing — Changer d’horizon
Après plusieurs années consacrées à la musique, à la vidéo et au milieu culturel, Jean-François entreprend une réorientation professionnelle et rejoint Sunwing à titre d’agent de bord.
Cette période correspond également à une étape importante de sa vie personnelle. Une relation amorcée plusieurs années auparavant prend fin, ouvrant la voie à de nouveaux projets et à une réflexion plus large sur son avenir.
Au cours de ces années, Jean-François voyage dans plusieurs pays et développe un intérêt marqué pour différentes cultures. Ses déplacements l’amènent notamment à découvrir le Moyen-Orient, où il visite plusieurs sites historiques et culturels.
Parallèlement à son travail, il poursuit certains projets médiatiques indépendants. Avec Sarah, il participe à la réalisation de contenus vidéo et d’entrevues consacrés à la musique populaire, rencontrant au passage plusieurs artistes et personnalités du milieu.
Parmi ces rencontres figurent notamment CJ Ramone, James Lowe, ainsi que plusieurs membres associés à l’univers des Beach Boys, dont Brian Wilson, Mike Love et Al Jardine.
Cette période est marquée par les voyages, les découvertes culturelles et la poursuite de projets créatifs réalisés en marge de ses activités professionnelles.
L’expérience acquise dans le transport aérien lui fait également découvrir un environnement de travail axé sur le service à la clientèle, la sécurité et les déplacements à grande échelle.
Au fil du temps, un nouvel intérêt se développe pour le monde du transport terrestre. Cette réflexion mènera éventuellement à une transition vers l’industrie ferroviaire, où Jean-François poursuivra la prochaine étape de son parcours professionnel.
VIA Rail Canada — Trouver l’équilibre
En 2016, Jean-François entreprend une nouvelle étape de sa carrière en rejoignant VIA Rail Canada. Il y occupe d’abord des fonctions liées au service à bord avant d’accéder au poste de directeur des services, responsable du confort des passagers, de la coordination des équipes et de l’application des procédures de sécurité.
Le travail à bord des trains lui permet de découvrir un environnement où l’adaptation, la communication et la gestion de situations imprévues occupent une place importante. Au fil des années, il est appelé à intervenir dans une grande variété de circonstances, allant des urgences médicales aux interruptions de service et aux incidents opérationnels.
Cette expérience l’amène à développer une connaissance approfondie du transport ferroviaire de passagers et à côtoyer quotidiennement des voyageurs provenant d’horizons variés.
Les horaires particuliers du milieu ferroviaire lui offrent également du temps pour poursuivre ses recherches personnelles. Durant ses périodes de repos et ses séjours à l’extérieur de Montréal, il consacre une partie importante de son temps libre au développement du Montréal Concert Poster Archive (MCPA).
Au fil des années, le projet prend de l’ampleur et réunit des dizaines de milliers d’affiches, billets, photographies, programmes, coupures de presse et autres documents liés à l’histoire des spectacles présentés à Montréal.
Cette activité de recherche et de documentation s’inscrit dans la continuité de ses intérêts pour la musique, l’archivage, la photographie et l’histoire culturelle, développés au cours des décennies précédentes.
Marie-Claude — Maison et héritage
C’est durant ses années chez VIA Rail que Jean-François rencontre Marie-Claude Felton, Ph. D., historienne spécialisée dans l’histoire du livre. Leur rencontre a lieu dans un café du Vieux-Montréal, alors que tous deux poursuivent déjà des parcours professionnels et intellectuels bien établis.
Titulaire d’un doctorat en histoire et de deux stages postdoctoraux, Marie-Claude a étudié et mené des recherches dans plusieurs institutions, notamment à Paris, à Harvard, à McGill et à Oxford. Elle a également participé à diverses activités musicales comme choriste, entre autres au sein du Harvard Choir et du chœur de l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.
Au moment de leur rencontre, Marie-Claude revient d’un séjour à Seattle et s’apprête à partir pour Prague. Leurs échanges révèlent rapidement plusieurs intérêts communs, notamment pour l’histoire, la culture, les voyages et la musique.
Au fil du temps, ils construisent une vie de famille ensemble et deviennent les parents de deux enfants. Leurs intérêts respectifs les amènent à explorer différents univers culturels, allant du jazz à la musique classique, en passant par les musées, le théâtre, la littérature et le patrimoine.
Parmi leurs souvenirs communs figurent plusieurs voyages, notamment à Londres et à Paris, villes qui occupent une place particulière dans leur parcours respectif.
Marie-Claude joue également un rôle important dans le développement du Montréal Concert Poster Archive (MCPA). Elle participe à la révision de nombreux textes et contribue à leur rigueur historique, à leur structure éditoriale et à leur qualité rédactionnelle.
Avec le temps, le MCPA devient non seulement un projet de préservation du patrimoine culturel montréalais, mais aussi une façon de transmettre à leurs enfants un intérêt pour l’histoire, la mémoire et les récits qui façonnent les communautés.
La mémoire retrouvée
En 2026, plus de trente ans après avoir commencé à documenter la scène punk montréalaise à l’aide d’une caméra vidéo, Jean-François voit une partie de ses archives réapparaître dans une production destinée à un large public.
Cette année-là, le groupe SIMPLE PLAN lance un documentaire sur Amazon Prime Video consacré à son parcours, depuis ses origines dans la scène montréalaise jusqu’à sa carrière internationale. Plusieurs séquences filmées par Jean-François dans les années 1990 y sont utilisées afin d’illustrer les débuts de groupes tels que RESET et ROACH, formations qui précèdent la création de Simple Plan.
Invité par Chuck Comeau à assister à la première montréalaise du documentaire au Cinéma Banque Scotia, Jean-François retrouve plusieurs amis, musiciens et collaborateurs associés à cette période de sa vie.
La présence de ces images dans le film témoigne de la valeur documentaire d’archives réalisées à une époque où peu de personnes consacraient du temps à filmer systématiquement la scène punk locale.
Cet événement rappelle également l’importance de la préservation des documents culturels. Affiches, photographies, billets, enregistrements sonores ou bandes vidéo constituent souvent des sources essentielles pour comprendre et raconter l’histoire d’une communauté, d’une scène artistique ou d’une époque.
Cette expérience s’inscrit dans la continuité du travail de documentation et de préservation qui occupe une place importante dans le parcours de Jean-François depuis les années 1990 et qui se poursuit aujourd’hui à travers le Montréal Concert Poster Archive (MCPA).