Upstairs Jazz Bar & Grill (Montréal)
Depuis son ouverture en 1986 — et après quatre déménagements — l’UPSTAIRS JAZZ BAR & GRILL, reconnaissable à son enseigne inversée, est aujourd’hui le club de jazz le plus ancien à Montréal en activité continue. Au fil des décennies, il a accueilli de nombreux artistes majeurs du jazz, tant locaux qu’internationaux, et a été régulièrement cité dans des sondages et palmarès médiatiques comme l’un des grands clubs de jazz au Canada. Longtemps considéré comme un refuge pour les musiciens, le lieu est passé d’un repaire nocturne informel à une véritable salle d’écoute, façonnée par son cadre intime, une programmation soignée et des liens durables avec la communauté jazz montréalaise.
1. Ouverture (1986) — Au-dessus du Charles Darwin
La première incarnation de l’UPSTAIRS a vu le jour au printemps 1986, au 1187 RUE BISHOP, au-dessus du pub Charles Darwin, d'où le nom « UPSTAIRS ». Le fondateur de l’UPSTAIRS est Christopher Gore. [1]
2. Les nuits de jeux et de jazz — le refuge des musiciens
Au départ, l’UPSTAIRS n’est qu’un petit bar paisible, presque secret, où l’on vient autant pour une partie de jeux de société que pour écouter du jazz. Puis la rumeur circule — comme un riff qui traverse la nuit — et le lieu devient rapidement prisé des musiciens. Les jam sessions se prolongent tard, très tard, jusqu’à faire de l’UPSTAIRS un rendez-vous régulier. [1], [2]
Le public de l’UPSTAIRS est composé d’un mélange singulier d’étudiants, de musiciens, d’habitués et de visiteurs de passage. Cette cohabitation contribue à l’atmosphère du lieu, où l’écoute attentive n’est pas imposée par la règle seule, mais entretenue par une culture partagée du respect de la musique et des artistes.
De nombreux jeunes artistes obtiennent leurs premiers concerts les vendredis et samedis soirs à l’UPSTAIRS. Les pianistes allument souvent des cigarettes dans un cendrier posé sur le piano, et la salle est toujours enfumée. La combinaison des jeux et du jazz — avec de la nourriture et des boissons abordables, et sans frais d’admission — en fait un palais des plaisirs pour les moins fortunés. [11]
Six mois après l'ouverture en 1986, un déménagement devient nécessaire.
« L’Upstairs, qui était initialement installé à l’étage, n’avait pas de toilettes », raconte le pianiste Al Paterson. « Il fallait descendre au Darwin’s, en dessous. Quand les clients allaient en bas et découvraient l’ambiance animée, ils y restaient plutôt que de remonter. » [3]
Le fondateur Chris Gore évoque une autre raison : « Nous avons éventuellement commencé à attirer plus de clients que le Darwin’s, alors ils ont annulé notre bail. Ensuite, j’ai déplacé l’Upstairs un peu plus loin, dans une charmante petite cave au 1429, rue Bishop. » [4]
3. Déménagements sur Bishop — et naissance de l’enseigne inversée
Cette deuxième incarnation de l’UPSTAIRS, au nord de Sainte-Catherine, devient à la fois un restaurant et un bar, mais peu de choses changent : les parties régulières d’échecs, de backgammon, de darts, de Scrabble et de Trivial Pursuit restent des rituels, au même titre que les spectacles de jazz. [1], [4]
Al Paterson raconte l’origine de l’enseigne inversée : « Lorsque Chris a déménagé l’Upstairs en bas, dans un sous-sol, les gens s’arrêtaient devant l’enseigne, regardaient en haut vers le deuxième étage et ne trouvaient pas l’escalier pour monter, puis ils repartaient. Un soir, alors que nous étions ensemble au bar, j’ai suggéré à Chris de retourner l’enseigne à l’envers pour signaler aux passants que l’Upstairs était en bas. Il m’a dit : “Es-tu fou, Al ?” Eh bien, quelques jours plus tard, il a essayé, et c’est resté comme ça depuis ce temps-là ! » [2]
En 1990, l’UPSTAIRS déménage à sa 3e adresse, à deux portes, au 1421 RUE BISHOP. [5]
Les affaires vont bien à l’UPSTAIRS #3, mais le propriétaire de l’immeuble demande un loyer exorbitant et le permis n'inclut pas une licence de bar. [2]
La raison pour laquelle cet endroit n'a probablement pas prospéré autant qu'il aurait pu est que Chris ne se considérait pas un homme d'affaires. Il ne pensait pas qu’à l'argent. Il voulait que tout le monde se sente le bienvenu, tant qu'ils achetaient un petit quelque chose à boire ou à manger. Il ne voulait pas non plus exiger un prix d’admission et il n'appliquait pas une politique de silence pendant les spectacles. Il envisageait un paradis bohème. Il a certainement attiré l'intelligentsia locale, ce qui a été formidable pendant plusieurs années, mais sa vision de liberté n'était pas viable à long terme. [11]
4. 1994–1995 — L’ère MacKay et la reprise par Joël Giberovitch
Finalement, la chance tourne pour Chris : il trouve un endroit sur la rue MacKay avec une licence de bar complète et un loyer raisonnable. C’est ainsi que la quatrième incarnation de l’UPSTAIRS naît, depuis 1994, au 1254 RUE MACKAY. [2]
Alors qu’il travaillait comme plongeur et serveur au EL COYOTE, le restaurant mexicain de son père sur la rue Bishop, Joël Giberovitch acquiert une première expérience dans le milieu de la restauration. Une opportunité d’affaires l’amène ensuite, à l’âge de 23 ans, à abandonner sa dernière année à l’Université Concordia pour, avec son père Sydney, reprendre le bail de l’UPSTAIRS à Chris Gore en 1995. [7], [8]
Joël Giberovitch, propriétaire de l'Upstairs Jazz Bar & Grill depuis 1995
Photo: JF Hayeur
Sous l’enseigne inversée de l’UPSTAIRS de la rue MacKay, c’est Joël Giberovitch qui façonne délibérément l’identité du lieu. S’inspirant des grands clubs de jazz des années 1940, il transforme l’espace en une salle où les murs de pierre, les boiseries et le long bar évoquent une tradition dans laquelle musique, repas et boissons se conjuguent pour former une soirée complète.
L’UPSTAIRS de la rue MacKay, situé dans un demi sous-sol, est une longue pièce chaleureuse en briques et bois teinté acajou. Les murs sont décorés de pochettes de disques classiques (Miles Davis, John Coltrane, Louis Armstrong) et d'adorables sculptures de ragtime. La scène, à l'extrémité de la salle, est clairement définie tout en restant intégrée à l'espace. Les artistes se mêlent au public et acceptent les compliments entre les représentations. Un aquarium lumineux remplace une ancienne cheminée. Les tables de café noires sont agrémentées de bougies élégantes et de chaises rétro confortables. Le bar de dix places offre une excellente vue sur la scène. [6]
Les bars de jazz enfumés vont et viennent à Montréal, mais l’UPSTAIRS prospère et devient le lieu pour écouter du jazz en ville. C'est aussi un endroit incontournable pour les musiciens qui y présentent leurs plus récent projets.
« L’Upstairs était un lieu de rencontre pour étudiants, une sorte de piano-bar servant des hamburgers et des sandwiches au fromage quand nous avons repris l’endroit en 1995. Au lieu d’utiliser mes économies pour un voyage en Europe, j’ai insisté pour acheter du stock afin de remplir le bar et les frigos. » [7]
5. Un club qui prend sa forme — New York, silence, programmation
C'est en écoutant les musiciens jouer live que Joël commence vraiment à apprécier le jazz. Pour transformer l’UPSTAIRS en véritable club de jazz, un an après en avoir pris possession, il visite New York, la Mecque mondiale du jazz. Il prend note de la programmation des clubs légendaires comme le Village Vanguard, le Blue Note, Iridium, Small's et Bradley's. « J'ai pris des brochures, des programmes, et je me suis dit : il est temps de relancer véritablement ce club à Montréal. Nous avons déplacé la scène vers l'avant, première de plusieurs rénovations à venir, et invité des musiciens tels que les guitaristes Nelson Symonds et Sonny Greenwich. » Le bassiste Brian Hurley contribue beaucoup à l'éducation de Joël en lui suggérant de bons musiciens à inviter. Le mot se répand rapidement dans la communauté du jazz. L’UPSTAIRS attire l'attention des médias et les musiciens commencent à proposer des projets. [9]
Joël améliore le système de son, embauche le chef chilien de son père, Juan Barros, qui propose un menu limité mais piquant, et rebaptise l’établissement « UPSTAIRS JAZZ BAR & GRILL » au lieu de « UPSTAIRS JAZZ CLUB ». Pour mettre en valeur la musique, il instaure une « politique de silence » pendant les spectacles. Bien que certains bavardent encore, le niveau de bruit est bien inférieur à ce qu'il était auparavant. L'Université McGill apprécie également la relation unique du club avec son département de musique, permettant aux étudiants de se produire à l’UPSTAIRS dans le cadre de leur cours, sous la supervision d'un professeur. [9]
Dès la fin des années 1990, l’UPSTAIRS devient une étape reconnue pour des musiciens de jazz américains et européens en tournée, attirés par la réputation d’écoute attentive de la salle, la proximité avec le public et la qualité de l’instrumentarium. Cette reconnaissance contribue à inscrire durablement le club dans le réseau nord-américain des lieux de jazz intimistes.
6. Len Dobbin — quartier général et héritage
Len Dobbin, figure incontournable du jazz et principal animateur de radio jazz de Montréal, fait de l’UPSTAIRS son quartier général. Il est toujours assis à sa chaise habituelle, au pied du bar, lorsqu'il subit l'accident vasculaire cérébral qui l'emporte en 2009. [10]
« L’héritage de Len sera toujours avec nous », explique Joël. « Len était une encyclopédie du jazz. Il tenait à soutenir les musiciens, et beaucoup d’entre eux sont venus à l’Upstairs spécifiquement grâce à lui. J’appelais des musiciens en me présentant comme un ami de Len, ce qui m’a instantanément ouvert des portes. » [10]
7. Un joyau en continuité — de Ranee Lee au Steinway modèle B
Au fil des ans, l’UPSTAIRS soutient les musiciens et présente les meilleurs spectacles de jazz en ville, de Ranee Lee à Jim et Chet Doxas, en passant par Guillaume Martineau et Oliver Jones, pour n'en nommer que quelques-uns.
En 2015, pour célébrer son 20e anniversaire, l’UPSTAIRS s’offre un nouveau piano : un STEINWAY MODÈLE B. Ce magnifique piano à queue de 6 PI 11 PO (211 cm), accordé chaque semaine, est souvent considéré par les pianistes comme « le piano parfait ». Depuis l’acquisition du Steinway modèle B en 2015, l’UPSTAIRS poursuit sa mission dans un esprit de continuité : offrir un cadre intime et exigeant au jazz vivant, tout en demeurant un lieu accessible, fidèle à l’idéal d’accueil et de transmission qui le caractérise depuis ses débuts.
L’UPSTAIRS JAZZ BAR & GRILL est actuellement le plus ancien club de jazz en opération à Montréal. Il est un joyau local présentant les spectacles de jazz les plus acclamés de Montréal.
C'était une progression naturelle pour la marque que Joël et son père Syd, avec leurs excellentes compétences commerciales, leurs connaissances et leurs ressources, amenèrent l’UPSTAIRS dans la stratosphère mondiale du jazz. Chris Gore est fier de savoir que son diamant brut a été soigné et qu'il a mûri à ce point. Il souhaite que l'on se souvienne toujours de la lutte acharnée menée par de nombreux individus pour créer l'UPSTAIRS. [11]
Dans un paysage montréalais marqué par la disparition cyclique de nombreuses salles de jazz, l’UPSTAIRS se distingue par une continuité exceptionnelle. Sa longévité en fait non seulement un club, mais un repère stable de la vie nocturne et musicale de la ville, traversant les modes et les générations sans rupture majeure.
SOURCES
- Jazz music and board games on menu downstairs at Upstairs, The Gazette, Helen Rochester, 20 décembre 1986
- Al Paterson, Facebook, Woodys, Bishop street and other great Montreal moments, 8 août 2022
- Entretien avec Al Paterson avec JF Hayeur, juin 2024
- Chris Gore, Facebook, Woodys, Bishop street and other great Montreal moments, 6 novembre 2021
- Jazz, The Gazette, 28 septembre 1990
- Straight ahead for jazz, The Gazette, Arthur Kaptainis, 13 septembre 2003
- Two decades at the top, The Gazette, Peter Hadekel, 10 novembre 2015
- Upstairs celebrates 10 years of jazz, The Gazette, Irwin Block, 14 septembre 2005
- It don’t mean a thing if it ain’t got that swing, The Gazette, Mike Boone, 13 juillet 2009
- Dobbin dedicated his life to music, jazz and musicians, The Gazette, Irwin Block, 10 juillet 2009
- Chris Gore commentaires avec JF Hayeur, 7 juillet 2024








































































