Upstairs Jazz Bar & Grill
Fondé au printemps 1986 par Christopher « Chris » Gore, l'Upstairs est passé d'un petit bar bohème où se côtoyaient jazz, jeux de société et jam sessions nocturnes à l'une des institutions durables du jazz montréalais. Après trois déménagements et quatre incarnations, le club s'établit en 1994 au 1254, rue MacKay. Repris l'année suivante par Joël et Sydney Giberovitch, il se transforme progressivement en véritable salle d'écoute, reconnaissable à son enseigne inversée et profondément enracinée dans la communauté jazz de Montréal.
1. Présentation
Dans une ville dont l'histoire du jazz a été façonnée par une succession de cabarets, bars, hôtels et petites salles souvent disparus, l'Upstairs Jazz Bar & Grill représente une remarquable continuité. Depuis 1986, le nom traverse quatre adresses, plusieurs générations de musiciens et une profonde transformation de la vie nocturne montréalaise.
L'histoire du club se divise en deux grandes périodes. La première est celle de Chris Gore, qui imagine un lieu décontracté et bohème où jazz, nourriture, boissons, jeux et rencontres se mélangent librement. La seconde commence en 1995 avec Joël et Sydney Giberovitch, qui reprennent l'établissement et le transforment progressivement en club consacré à l'écoute attentive de la musique.
Entre ces deux visions existe pourtant une continuité fondamentale : depuis ses premières jam sessions de la rue Bishop jusqu'aux concerts de la rue MacKay, l'Upstairs demeure avant tout un lieu de musiciens.
2. 1986 : au-dessus du Charles Darwin
La première incarnation de l'Upstairs ouvre au printemps 1986, au 1187, rue Bishop. Son fondateur est Christopher « Chris » Gore.
Le petit établissement se trouve littéralement au-dessus du pub Charles Darwin. Son nom s'impose donc presque naturellement : Upstairs.
L'endroit est modeste. Il ne cherche pas encore à reproduire le modèle des grands clubs de jazz. C'est plutôt un petit bar tranquille où l'on peut boire, manger à peu de frais, jouer à des jeux de société et entendre des musiciens.
Cette simplicité contribue rapidement à son charme. Des musiciens commencent à s'y retrouver et les jam sessions se prolongent tard dans la nuit. En quelques mois, ce qui n'était qu'un petit bar devient un rendez-vous régulier pour une partie de la communauté jazz montréalaise.
3. Jeux, jazz et nuits enfumées
Le premier Upstairs appartient pleinement à son époque. Les parties d'échecs, de backgammon, de Scrabble et de Trivial Pursuit font partie de la vie du lieu autant que les spectacles.
De jeunes musiciens obtiennent leurs premiers engagements les vendredis et samedis. Les pianistes peuvent jouer avec un cendrier posé directement sur le piano et la fumée de cigarette remplit régulièrement la petite salle.
La nourriture et les boissons sont abordables et, surtout, Chris Gore ne tient pas à imposer un prix d'entrée. Pour les étudiants, musiciens, artistes et habitués disposant de peu d'argent, l'Upstairs devient un endroit où l'on peut passer une grande partie de la soirée sans se ruiner.
Un refuge pour les musiciens
Avant de devenir une salle d'écoute reconnue, l'Upstairs est d'abord un lieu de rencontre. On y joue aux échecs, on mange, on discute, on écoute du jazz et, lorsque la soirée s'y prête, les musiciens continuent à jouer bien après la fin du programme prévu.
4. Un premier déménagement
À peine six mois après l'ouverture, l'Upstairs doit déjà chercher une nouvelle adresse.
Le pianiste montréalais Al Paterson se souvient d'un problème aussi banal que déterminant : l'Upstairs ne possède pas ses propres toilettes. Les clients doivent descendre au Charles Darwin.
Descendre... et ne plus remonter
« L'Upstairs n'avait pas de toilettes. Il fallait descendre au Darwin's. Quand les clients allaient en bas et découvraient l'ambiance animée, ils y restaient plutôt que de remonter. »
Chris Gore en conserve un souvenir légèrement différent. Selon lui, l'Upstairs finit par attirer suffisamment de clientèle pour déranger le commerce situé en dessous.
La version du fondateur
« Nous avons éventuellement commencé à attirer plus de clients que le Darwin's, alors ils ont annulé notre bail. Ensuite, j'ai déplacé l'Upstairs un peu plus loin, dans une charmante petite cave au 1429 rue Bishop. »
5. L'histoire de l'enseigne inversée
La deuxième incarnation s'installe au 1429, rue Bishop, au nord de Sainte-Catherine. L'Upstairs devient alors à la fois restaurant et bar, sans perdre l'esprit informel de ses débuts.
Mais un problème apparaît immédiatement : le nouvel Upstairs est désormais installé au sous-sol. Son nom indique donc exactement le contraire de sa position.
Selon Al Paterson, les passants aperçoivent l'enseigne « Upstairs », regardent instinctivement vers les étages, cherchent l'escalier et finissent parfois par repartir.
Pourquoi l'enseigne est-elle à l'envers?
Al Paterson suggère un soir à Chris Gore de retourner simplement l'enseigne afin de faire comprendre que l'« Upstairs » se trouve maintenant en bas. Gore trouve d'abord l'idée folle. Quelques jours plus tard, il essaie. L'enseigne inversée restera et deviendra l'un des symboles les plus reconnaissables du club.
6. 1990 : le troisième Upstairs
En 1990, l'Upstairs déménage encore une fois, mais seulement de quelques portes, pour s'installer au 1421, rue Bishop.
Cette troisième incarnation poursuit essentiellement la même formule. Le jazz et les rencontres demeurent au centre de l'expérience et l'établissement possède désormais une clientèle régulière.
Les affaires fonctionnent, mais les conditions d'exploitation deviennent difficiles. Selon les témoignages recueillis, le propriétaire de l'immeuble demande un loyer devenu trop élevé et le permis du local ne comprend pas de véritable licence de bar.
7. Chris Gore et le paradis bohème
Pour comprendre le premier Upstairs, il faut comprendre la philosophie de Chris Gore. Gore ne se considère pas d'abord comme un homme d'affaires. Il souhaite créer un endroit où les gens se sentent bienvenus, qu'ils dépensent beaucoup ou qu'ils se contentent d'une consommation.
Il refuse également de faire du prix d'admission une condition essentielle et n'impose pas de politique stricte de silence pendant les spectacles.
Son idéal ressemble davantage à un « paradis bohème » qu'à une entreprise structurée autour de la rentabilité. Cette liberté attire étudiants, musiciens et membres de l'intelligentsia locale.
Elle possède cependant ses limites. Avec le temps, la vision généreuse et informelle de Gore devient difficile à soutenir financièrement. Mais elle laisse au club quelque chose de plus durable : une culture d'accueil et une proximité avec les musiciens qui survivront aux changements de propriétaires.
8. 1994 : l'arrivée sur MacKay
En 1994, Chris Gore trouve finalement un local offrant deux avantages essentiels : un loyer raisonnable et une licence de bar complète.
La quatrième incarnation de l'Upstairs ouvre au 1254, rue MacKay. Ce sera la bonne adresse.
Situé dans un demi sous-sol, le local possède déjà plusieurs caractéristiques qui contribueront à son identité : murs de pierre et de brique, boiseries, longue pièce étroite et bar donnant directement sur l'espace de spectacle.
Au fil des transformations, des pochettes de disques de Miles Davis, John Coltrane et Louis Armstrong apparaissent sur les murs. Des sculptures inspirées du ragtime, des photographies et souvenirs de musiciens complètent progressivement le décor.
La scène demeure suffisamment petite pour que la séparation entre artistes et public soit presque inexistante. Entre les sets, les musiciens circulent dans la salle et discutent naturellement avec les spectateurs.
9. 1995 : Joël et Sydney Giberovitch
À quelques pas de l'Upstairs, le jeune Joël Giberovitch travaille comme plongeur puis serveur au El Coyote, restaurant mexicain de son père Sydney sur la rue Bishop.
En 1995, une occasion d'affaires se présente. Joël a 23 ans et étudie les sciences politiques à l'Université Concordia. Avec son père Sydney Giberovitch, il reprend le bail de l'Upstairs de Chris Gore.
Joël abandonne sa dernière année universitaire et investit dans l'établissement l'argent qu'il avait économisé. Plutôt que de partir en voyage, il achète les stocks nécessaires pour remplir le bar et les réfrigérateurs.
L'endroit qu'il reprend est encore relativement modeste. Joël le décrira comme une sorte de piano-bar pour étudiants, servant notamment hamburgers et sandwiches au fromage.
1986 n'est pas 1995
Chris Gore fonde l'Upstairs en 1986. Joël et Sydney Giberovitch reprennent le club en 1995. Cette distinction est essentielle : 1995 marque le début d'une nouvelle période de l'Upstairs, et non la naissance du lieu.
10. New York et la transformation du club
Joël Giberovitch n'a pas grandi comme spécialiste du jazz. C'est en écoutant soir après soir les musiciens qui jouent dans son propre établissement qu'il développe progressivement une véritable passion pour cette musique.
En cherchant à définir ce que pourrait devenir l'Upstairs, il se rend à New York et visite plusieurs clubs qui représentent alors des modèles incontournables : le Village Vanguard, le Blue Note, l'Iridium, Smalls et Bradley's.
Il revient à Montréal avec une vision beaucoup plus précise : faire de l'Upstairs un véritable club de jazz où la musique, la nourriture, le service et l'atmosphère constituent les différentes parties d'une même expérience.
La scène est déplacée vers l'avant et une série de rénovations commence. Des musiciens comme les guitaristes Nelson Symonds et Sonny Greenwich sont invités à jouer.
Le bassiste Brian Hurley contribue également à l'éducation jazz de Joël en lui recommandant des musiciens à programmer. Le bouche-à-oreille fait ensuite son travail : la communauté comprend progressivement que quelque chose est en train de changer à l'Upstairs.
11. Une véritable salle d'écoute
La transformation ne concerne pas uniquement la programmation. Joël améliore le système de son et modifie progressivement la manière dont le public vit les spectacles.
L'une des décisions les plus importantes est l'instauration d'une politique de silence pendant les prestations. L'idée est simple : lorsqu'un musicien monte sur scène, la musique cesse d'être un accompagnement sonore à une conversation. Elle devient la raison principale d'être dans la salle.
Cette philosophie contribue à distinguer l'Upstairs d'un restaurant où l'on entend du jazz. Il devient véritablement un club d'écoute.
L'établissement adopte également le nom Upstairs Jazz Bar & Grill, plutôt que simplement Upstairs Jazz Club, afin de mieux représenter l'équilibre recherché entre musique, nourriture et vie sociale.
12. Juan Barros : la cuisine autour de la musique
La nourriture devient elle aussi une composante importante de cette transformation. Joël fait appel au chef chilien Juan Barros, qui avait travaillé avec son père Sydney.
Barros développe une cuisine permettant au public de transformer un concert en véritable soirée, sans que le restaurant prenne le dessus sur la raison d'être du lieu.
La musique au centre
À l'Upstairs, la nourriture, le vin, le service et le décor complètent l'expérience. Mais l'organisation du lieu repose sur un principe simple : tout tourne autour de la musique.
13. Une école en dehors de l'école
L'Upstairs développe également une relation particulière avec la communauté universitaire montréalaise, notamment avec le département de musique de l'Université McGill.
Des étudiants peuvent s'y produire dans le cadre de leur formation, sous la supervision de professeurs. Ils quittent ainsi temporairement la salle de classe pour se retrouver devant un véritable public, dans les conditions d'un club professionnel.
Cette relation contribue à l'une des fonctions les plus importantes de l'Upstairs : créer un pont entre les générations. Des étudiants y côtoient des musiciens établis, des vétérans de la scène locale et des artistes internationaux de passage.
14. Len Dobbin : le quartier général
Peu de personnes incarnent autant le lien entre l'Upstairs et la communauté jazz montréalaise que Len Dobbin.
Chroniqueur, animateur et passionné de jazz, Dobbin fait pratiquement de l'Upstairs son quartier général. Il occupe régulièrement la même place au pied du bar, assiste aux soundchecks, rencontre les musiciens et partage avec Joël Giberovitch son immense connaissance de la scène.
Son influence dépasse largement celle d'un habitué. Son réseau et sa réputation permettent à Joël d'entrer en contact avec des musiciens qu'il n'aurait autrement pas nécessairement pu rejoindre.
Une encyclopédie vivante du jazz
Joël se souvient qu'il lui suffisait parfois de dire à un musicien qu'il était un ami de Len pour obtenir immédiatement respect et crédibilité. Dobbin ne cherchait pas à tirer profit de la scène : sa mission était simplement de soutenir la musique et ceux qui la faisaient.
En 2009, Len Dobbin est assis à sa place habituelle à l'Upstairs lorsqu'il subit l'accident vasculaire cérébral qui l'emportera.
Sa mémoire demeure profondément attachée au lieu. Photographies, coupures de presse et souvenirs rappellent encore son rôle dans l'histoire du club et du jazz montréalais.
15. Une maison pour les musiciens
Au fil des décennies, l'Upstairs devient une scène importante pour les musiciens montréalais, autant pour les artistes établis que pour ceux qui commencent leur carrière.
Ranee Lee, Oliver Jones, François Bourassa, Lorraine Desmarais, Christine Jensen, Jim Doxas, Chet Doxas, Jean Derome, Joel Miller et Guillaume Martineau comptent parmi les nombreux artistes associés à son histoire.
Des musiciens internationaux comme Sheila Jordan, Kurt Rosenwinkel, Mark Turner, Larry Grenadier, David Liebman, Houston Person, Mark Murphy, Jim Black, Greg Osby, Nate Smith, Bill Stewart et Antonio Sanchez contribuent également à donner au club une réputation dépassant Montréal.
L'Upstairs accueille des lancements d'albums, des enregistrements live, des rencontres improvisées et des jam sessions. Il devient ainsi non seulement un endroit où l'on présente le jazz, mais un endroit où la scène elle-même continue de se construire.
16. 2015 : le Steinway modèle B
En 2015, vingt ans après la reprise du club par Joël et Sydney Giberovitch, l'Upstairs souligne cette étape en se dotant d'un instrument à la hauteur de ses ambitions musicales : un Steinway modèle B.
Ce piano à queue de 6 pieds 11 pouces (211 centimètres) est un instrument particulièrement apprécié des pianistes professionnels et devient rapidement une pièce centrale de la salle.
Son acquisition symbolise bien le chemin parcouru depuis l'époque où les pianistes jouaient dans une salle enfumée, avec un cendrier posé sur le piano du premier Upstairs.
17. Héritage
L'histoire de l'Upstairs est celle d'une transformation sans effacement. Le club de Joël Giberovitch n'est plus exactement le petit refuge bohème imaginé par Chris Gore en 1986, mais quelque chose de cette première vision demeure.
L'Upstairs reste un endroit où les musiciens se connaissent, où les artistes discutent avec le public entre les sets et où différentes générations de la communauté jazz peuvent se rencontrer dans une même pièce.
Chris Gore a lui-même décrit le club qu'il avait créé comme un « diamant brut » qui, grâce au travail de nombreuses personnes, a fini par être poli et développé. Cette image résume particulièrement bien son évolution.
Dans une ville où tant de clubs historiques ont disparu, la longévité de l'Upstairs lui donne aujourd'hui une valeur particulière. Il constitue un lien vivant entre la scène jazz montréalaise des années 1980 et celle d'aujourd'hui.
Une mémoire encore vivante
L'histoire de l'Upstairs ne se résume pas aux artistes qui sont montés sur sa scène. Elle appartient aussi aux musiciens qui y ont appris leur métier, aux habitués qui y ont passé leurs soirées, aux employés qui l'ont fait fonctionner et aux personnes qui, de Chris Gore à Joël Giberovitch, ont permis au lieu de traverser les décennies.
18. Chronologie
Printemps 1986 — Christopher « Chris » Gore ouvre le premier Upstairs au 1187, rue Bishop, au-dessus du pub Charles Darwin.
1986 — L'Upstairs devient rapidement un lieu fréquenté par les musiciens; jeux de société, concerts et jam sessions nocturnes caractérisent les premières années.
Fin 1986 — Le club quitte son premier local et s'installe au 1429, rue Bishop, dans un sous-sol.
Fin des années 1980 — L'enseigne est retournée afin d'indiquer que l'« Upstairs » se trouve désormais en bas. L'enseigne inversée devient l'emblème du club.
1990 — Troisième incarnation au 1421, rue Bishop.
1994 — L'Upstairs s'installe à sa quatrième et actuelle adresse, au 1254, rue MacKay.
1995 — Joël Giberovitch, alors âgé de 23 ans, et son père Sydney reprennent le bail de Chris Gore.
Années 1990 — Après avoir étudié les grands clubs new-yorkais, Joël transforme progressivement l'Upstairs en véritable club de jazz et salle d'écoute.
Années 1990 — Juan Barros rejoint l'établissement et contribue à développer l'identité gastronomique du Jazz Bar & Grill.
2009 — Décès de Len Dobbin, figure majeure de la communauté jazz montréalaise et habitué emblématique de l'Upstairs.
2015 — Pour souligner vingt ans de l'ère Giberovitch, l'Upstairs acquiert un Steinway modèle B.
Aujourd'hui — L'Upstairs poursuit sa programmation au 1254, rue MacKay et demeure l'un des lieux emblématiques du jazz montréalais.
19. Notes & sources
- THE GAZETTE — HELEN ROCHESTER. « Jazz music and board games on menu downstairs at Upstairs », 20 décembre 1986.
- AL PATERSON. Commentaires publiés dans le groupe Facebook Woodys, Bishop street and other great Montreal moments, 8 août 2022.
- ENTRETIEN MCPA — AL PATERSON. Entretien avec JF Hayeur, juin 2024.
- CHRIS GORE. Commentaires publiés dans le groupe Facebook Woodys, Bishop street and other great Montreal moments, 6 novembre 2021.
- THE GAZETTE. « Jazz », 28 septembre 1990.
- THE GAZETTE — ARTHUR KAPTAINIS. « Straight ahead for jazz », 13 septembre 2003.
- THE GAZETTE — PETER HADEKEL. « Two decades at the top », 10 novembre 2015.
- THE GAZETTE — IRWIN BLOCK. « Upstairs celebrates 10 years of jazz », 14 septembre 2005.
- THE GAZETTE — MIKE BOONE. « It don't mean a thing if it ain't got that swing », 13 juillet 2009.
- THE GAZETTE — IRWIN BLOCK. « Dobbin dedicated his life to music, jazz and musicians », 10 juillet 2009.
- ENTRETIEN / COMMENTAIRES MCPA — CHRIS GORE. Échanges avec JF Hayeur, 7 juillet 2024.




















































































