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Cabaret Lion d’Or

Fondé en 1930 au 1676, rue Ontario Est, le Lion d’Or est l’un des rares témoins encore existants de l’âge d’or des cabarets montréalais. Cabaret populaire, lieu de danse et de spectacles, puis salle culturelle restaurée dans le respect de son décor Art déco, il traverse près d’un siècle d’histoire montréalaise tout en conservant sa vocation artistique.

1. Présentation

Le Cabaret Lion d’Or occupe une place particulière dans l’histoire du spectacle montréalais. Contrairement à de nombreux cabarets qui ont disparu ou dont les salles ont été profondément transformées, le Lion d’Or a conservé une part remarquable de son caractère architectural et de son atmosphère d’origine.

Son histoire relie deux époques distinctes de la vie culturelle montréalaise. De 1930 à 1973, il fonctionne comme un véritable cabaret populaire de quartier, où se mêlent musique, danse, vaudeville, chanson et vie nocturne. À partir de 1987, une restauration progressive lui permet de renaître comme salle de spectacles tout en préservant son identité Art déco.

Cette continuité fait du Lion d’Or un rare pont entre le Montréal des cabarets du milieu du XXe siècle et la scène culturelle contemporaine.

2. 1923 : l’Hôtel Papineau

L’histoire du Lion d’Or commence avant même la construction du cabaret. En 1923, l’Hôtel Papineau ouvre ses portes dans le secteur de la rue Ontario. L’établissement est administré par Leda Duhamel, présence féminine particulièrement remarquable dans le monde hôtelier montréalais de cette époque.

L’hôtel accueille notamment des ouvriers employés à la construction du futur pont Jacques-Cartier. Lorsque celui-ci est achevé en 1930, cette clientèle temporaire disparaît en grande partie. Leda Duhamel cherche alors une nouvelle façon d’assurer l’activité de son établissement.

Elle choisit de miser sur le divertissement et fait construire un cabaret. L’Hôtel Papineau est parallèlement agrandi de deux étages, directement au-dessus de la nouvelle salle.

3. 1930 : naissance du Lion d’Or

Le Lion d’Or voit le jour en 1930, au moment où Montréal développe une importante culture de cabarets, de clubs et de salles de divertissement.

L’établissement n’est toutefois pas uniquement destiné aux touristes ou à une clientèle fortunée. Sa première identité est celle d’un cabaret de quartier, profondément intégré à la vie populaire de l’est de Montréal.

Leda Duhamel dirige fermement l’établissement, qui demeure dans le giron familial pendant plus de quatre décennies, jusqu’à la fermeture de cette première incarnation en 1973.

1930–1973

Un véritable cabaret montréalais

Orchestre maison, maître de cérémonie, chanson, danse, vaudeville, numéros satiriques et nouveaux talents : le Lion d’Or possède alors toutes les caractéristiques du cabaret populaire montréalais.

4. Un cabaret populaire de quartier

Durant ses décennies les plus animées, le Lion d’Or propose une formule de spectacle continue. Un orchestre maison assure la portion musicale tandis qu’un maître de cérémonie présente successivement les différents artistes.

Chanteurs, danseurs, magiciens, orchestres latins, numéros de vaudeville, effeuilleuses et artistes de variétés se succèdent sur scène. Certains numéros peuvent être présentés jusqu’à trois fois au cours d’une même soirée.

Le public vient également pour danser. La bière, réputée particulièrement abordable, contribue à l’ambiance animée du lieu. Le dimanche après-midi, le Lion d’Or offre sa scène aux nouveaux talents, donnant au cabaret une fonction de tremplin qui préfigure étonnamment son rôle contemporain.

La salle n’est pas exclusivement consacrée au spectacle. Mariages, fêtes et réceptions familiales s’y déroulent également, renforçant son caractère de lieu de rassemblement du quartier.

5. Artistes et spectacles

Plusieurs artistes marquants de la culture populaire québécoise sont associés à l’histoire du Lion d’Or. Alys Robi s’y produit notamment après la Seconde Guerre mondiale, tandis que Willie Lamothe et Fernand Gignac comptent parmi les figures liées à la salle.

Les souvenirs entourant le Lion d’Or ont également fait circuler les noms de grandes figures américaines. Duke Ellington et Cab Calloway auraient ainsi fréquenté l’établissement lors de passages à Montréal. En l’absence de documentation définitive, ces visites doivent cependant être considérées comme relevant de la mémoire orale du lieu plutôt que comme des apparitions formellement établies.

Cette combinaison d’artistes locaux, de spectacles populaires et de récits transmis au fil des générations participe largement à la mythologie du Lion d’Or.

6. L’autre visage de la nuit

Comme plusieurs établissements nocturnes montréalais de l’époque, le Lion d’Or possède également une histoire plus sombre. La présence de l’Hôtel Papineau directement au-dessus du cabaret favorise une activité nocturne qui dépasse largement le cadre du spectacle.

Des témoignages et récits publiés font état de prostitution, de trafic et de tensions avec le milieu criminel. Selon ces récits, des prostituées pouvaient rencontrer leurs clients au cabaret avant de les conduire dans les chambres de l’hôtel.

Le journaliste Jean-Christophe Laurence rapporte également l’existence de cigarette girls proposant, parallèlement aux cigarettes, ce qu’on appelait alors du « tabac d’orchestre », expression désignant la marijuana.

L’indépendance des propriétaires aurait par ailleurs suscité des tensions avec le crime organisé, qui aurait cherché à imposer sa « protection » à l’établissement. Plusieurs épisodes violents sont entrés dans la mémoire du Lion d’Or.

Entre histoire et mémoire orale

Une réputation parfois dangereuse

Jérôme Fèvre-Burdy a estimé qu’« au moins quatre meurtres » auraient eu lieu au Lion d’Or au cours de son histoire. Le musicien Vic Vogel a également raconté un épisode au cours duquel des coups de feu auraient été tirés au-dessus de la scène afin d’intimider un musicien. Ces récits appartiennent à la mémoire documentée du lieu, mais leurs circonstances précises restent difficiles à établir.

Le bassiste Fernand Poupart, qui fréquentait professionnellement l’établissement à la fin des années 1950, se souvenait lui aussi d’un endroit intimidant, associé aux fusillades, à la prostitution et à une clientèle parfois inquiétante.

7. Déclin et fermeture

À partir de la fin des années 1950, l’âge d’or des cabarets montréalais commence à s’essouffler. Les habitudes de divertissement changent, la télévision s’installe dans les foyers et les campagnes de moralisation transforment profondément la vie nocturne de la ville.

Déjà associé à une réputation difficile, le Lion d’Or entre progressivement dans une période de déclin. La première grande époque du cabaret prend fin en 1973.

Cette dernière année est marquée par un événement tragique : Jacques Riel, alors propriétaire du Lion d’Or, est assassiné. La disparition de son dernier propriétaire de cette période marque symboliquement la fin de plus de quarante ans d’exploitation familiale.

8. 1987 : la renaissance

Entre 1974 et 1987, le Lion d’Or change plusieurs fois de propriétaire et sombre progressivement dans l’oubli. Malgré ces années difficiles, l’essentiel de la salle demeure étonnamment intact.

Le tournant survient en 1987, lorsque Jean Filippi et Pierre Charron, propriétaires du restaurant voisin Au Petit Extra, font l’acquisition du cabaret.

Ils découvrent un lieu nécessitant d’importants travaux, mais dont la structure demeure solide et dont le caractère architectural a miraculeusement survécu. Plutôt que de moderniser la salle au point d’en effacer l’identité, ils choisissent de la restaurer dans le respect de son histoire.

Une nouvelle époque commence. Avec l’implication de Jérôme Fèvre-Burdy à la programmation, le Lion d’Or retrouve progressivement une véritable vocation artistique.

9. Une nouvelle vie culturelle

À partir de la fin des années 1980, le Lion d’Or redevient un lieu recherché par les artistes et les producteurs. Sa salle préservée, son caractère intime et son esthétique d’époque lui permettent de développer une identité différente de celle des salles modernes.

Le cinéma découvre rapidement son potentiel visuel. Des productions comme Les portes tournantes, Une histoire inventée et Bethune utilisent le Lion d’Or comme lieu de tournage.

Le Festival de théâtre des Amériques y établit également des activités entre 1989 et 1993, tandis que le groupe UZEB y enregistre un album en concert.

Une nouvelle génération d’artistes est ensuite associée à la salle. Jorane, Bïa, Marie-Jo Thério, Marc Déry et Natalie Choquette figurent parmi les artistes dont le parcours croise le Lion d’Or durant cette période de renouveau.

10. La restauration de 2002

Une nouvelle étape importante est franchie en 2002. Avec le soutien financier de la SODEC, le Lion d’Or fait l’objet d’une importante campagne de rénovation destinée à concilier préservation patrimoniale et exigences techniques contemporaines.

La salle reçoit un nouveau système de sonorisation et d’éclairage, tandis que la scène est agrandie. Une vaste loge est aménagée au sous-sol afin de mieux répondre aux besoins des artistes.

Le travail ne se limite toutefois pas aux équipements. Une ancienne photographie du Lion d’Or sert de référence afin de retrouver certains éléments de son apparence historique. Les colonnes et les vasques nichées dans les arcs sont remises en valeur et les détails architecturaux sont soulignés.

Des lustres inspirés de ceux d’origine viennent compléter l’intervention, renforçant l’impression d’entrer dans un cabaret montréalais des années 1930.

11. Un témoin Art déco

La valeur du Lion d’Or ne tient pas seulement aux artistes qui y sont passés. La salle elle-même constitue une partie essentielle de son histoire.

Alors que plusieurs cabarets montréalais historiques ont été démolis, convertis ou entièrement réaménagés, le Lion d’Or a conservé son caractère Art déco. Le foyer, le plancher, le bar, les fenêtres, les luminaires et plusieurs éléments décoratifs ont été restaurés avec le souci de respecter l’esprit de la salle originale.

Cette conservation fait aujourd’hui du Lion d’Or l’un des rares endroits de Montréal où l’atmosphère physique de l’époque des grands cabarets demeure encore perceptible.

12. Alys Robi et la mémoire des cabarets

Le lien entre le Lion d’Or et l’âge d’or des cabarets montréalais est désormais inscrit jusque sur les murs de l’établissement. En 2013, l’organisme MU réalise sur son mur extérieur une imposante murale consacrée à Alys Robi.

Intitulée Laissez-la toujours chanter, l’œuvre rend hommage à la chanteuse tout en célébrant plus largement l’âge d’or des cabarets montréalais. Le choix du Lion d’Or n’est pas fortuit : Alys Robi s’y est produite à plusieurs reprises au cours de sa carrière.

La murale transforme ainsi l’extérieur du bâtiment en monument à une histoire qui se poursuit à l’intérieur : celle du spectacle populaire montréalais et des artistes qui l’ont façonné.

13. Le Lion d’Or aujourd’hui

Le Lion d’Or demeure aujourd’hui une salle de spectacles active. Sa programmation englobe la chanson, le jazz, le blues, le théâtre, l’humour, le cabaret, les musiques du monde et différentes manifestations culturelles.

La salle continue également d’accueillir mariages, réceptions, lancements, événements corporatifs et activités privées, perpétuant ainsi une fonction qu’elle exerçait déjà au cours de sa première époque.

Sa capacité actuelle est annoncée à 255 personnes. Le Lion d’Or demeure étroitement associé au restaurant Au Petit Extra, installé sous le même toit.

Presque un siècle après son ouverture, le Lion d’Or constitue donc un cas exceptionnel de continuité. Il n’est pas simplement un ancien cabaret transformé en souvenir patrimonial : il demeure un lieu où l’on présente des artistes, où le public se rassemble et où de nouvelles pages de l’histoire culturelle montréalaise continuent de s’écrire.

Patrimoine vivant

Une salle historique qui remplit toujours sa fonction

La particularité du Lion d’Or réside dans cette continuité : construit pour divertir les Montréalais en 1930, il accueille toujours des spectacles près d’un siècle plus tard. Son décor historique n’est pas celui d’un musée, mais celui d’une salle demeurée vivante.

14. Chronologie

1923 — Ouverture de l’Hôtel Papineau, administré par Leda Duhamel.

1930 — Après l’achèvement du pont Jacques-Cartier, Leda Duhamel fait construire le Lion d’Or et agrandir l’hôtel au-dessus de la nouvelle salle.

Années 1930–1950 — Le Lion d’Or connaît sa grande époque comme cabaret populaire : danse, chanson, orchestres, vaudeville, variétés et nouveaux talents.

Années 1940Alys Robi se produit au Lion d’Or, où elle reviendra à plusieurs reprises.

Fin des années 1950 — L’établissement commence progressivement à perdre l’éclat de ses années fastes.

1973 — Assassinat du propriétaire Jacques Riel et fin de la première grande époque du Lion d’Or.

1974–1987 — La salle change plusieurs fois de propriétaire et traverse une longue période d’effacement.

1987Jean Filippi et Pierre Charron, propriétaires du Petit Extra, acquièrent le Lion d’Or et entreprennent sa restauration.

1989–1993 — Le Festival de théâtre des Amériques utilise le Lion d’Or dans le cadre de ses activités.

Années 1990 — Le Lion d’Or retrouve progressivement une place importante dans la vie artistique montréalaise.

1999 — Création du salon privé Le Lionceau.

2002 — Importante restauration soutenue par la SODEC : modernisation technique, agrandissement de la scène, nouvelle loge et restauration d’éléments décoratifs.

2013 — Réalisation de la murale Laissez-la toujours chanter, consacrée à Alys Robi et à l’âge d’or des cabarets montréalais.

Aujourd’hui — Le Cabaret Lion d’Or demeure actif au 1676, rue Ontario Est et poursuit une programmation artistique diversifiée.

15. Notes & sources

  1. LAURENCE, Jean-Christophe, « Les 80 ans du Lion d’Or : Rugir pendant quatre décennies », La Presse, 13 novembre 2010.
    Usage MCPA : histoire de la première époque du cabaret, artistes, vie nocturne, criminalité, témoignage de Fernand Poupart, récits concernant Duke Ellington, Cab Calloway et Vic Vogel, renaissance culturelle et activités artistiques après 1987.
  2. CABARET LION D’OR, « Notre histoire ».
    Usage MCPA : Hôtel Papineau en 1923, Leda Duhamel, construction du Lion d’Or en 1930, fonctionnement du cabaret, fermeture de 1973, acquisition par Jean Filippi et Pierre Charron en 1987 et restauration de 2002.
  3. VILLE DE MONTRÉAL, documentation relative à la murale hommage à Alys Robi et aux cabarets montréalais, 2013.
    Usage MCPA : fondation du Lion d’Or en 1930, lien historique avec Alys Robi et réalisation de la murale Laissez-la toujours chanter.
  4. CARREFOUR DES ARTS, fiche du Cabaret du Lion d’Or.
    Usage MCPA : adresse, capacité de 255 personnes, caractère Art déco et restauration des éléments historiques de la salle.
  5. CABARET LION D’OR, fiche technique, mise à jour 2026.
    Usage MCPA : confirmation de l’activité contemporaine et de l’adresse du 1676, rue Ontario Est.
  6. MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, affiches, documents et archives de spectacles.
    Usage MCPA : programmation, artistes et documentation iconographique liés au Lion d’Or.

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