Théâtre St-Denis (Montréal)
Le Théâtre St-Denis / Espace St-Denis est un grand complexe culturel du Quartier latin inauguré le 4 mars 1916, d’abord pensé pour le vaudeville et le cinéma muet, puis devenu un pilier majeur du spectacle montréalais. Au fil du XXe siècle, il alterne entre cinéma (notamment le cinéma français parlant, structuré dès 1933 sous Joseph-Alexandre De Sève et le réseau France-Film) et spectacle vivant, accueillant aussi bien de grands concerts que des vedettes populaires. Aujourd’hui, avec sa grande salle de spectacle et ses nouveaux espaces (Studio-Cabaret, les restaurants Le Molière et La Trattoria Del Teatro, ainsi que la terrasse sur le toit Le Marie-Louise), il demeure une adresse centrale pour l’humour, la chanson, les comédies musicales et les grands événements à Montréal.
1. Présentation
Construit en 1915 et inauguré le 4 mars 1916, le Théâtre St-Denis devient rapidement l’une des grandes salles de spectacle de Montréal. D’une capacité d’environ 2380 places, l’établissement est d’abord consacré au cinéma français, à la comédie de boulevard et à l’opérette. Dès les années 1920, la scène accueille plusieurs artistes et ensembles de renommée internationale, dont le ténor Hipólito Lázaro, le violoniste Jascha Heifetz et l’orchestre de la Scala de Milan dirigé par Arturo Toscanini. [33]
2. 1914 : construction
En 1914, la presse montréalaise annonce la construction d’un nouveau théâtre moderne sur la rue Saint-Denis, entre les rues Ontario et Sainte-Catherine. Estimé à près de 350 000 $ à l’époque — soit environ 6,3 millions de dollars canadiens en valeur de 2026 — le futur Théâtre St-Denis est présenté comme l’un des projets culturels les plus ambitieux de Montréal. La salle doit être consacrée principalement au théâtre français et au grand opéra, tout en pouvant accueillir également des spectacles de vaudeville et des projections cinématographiques [40].
Les plans du Théâtre St-Denis sont attribués à l’architecte Ernest Isbell Barott (1884-1966), figure importante de l’architecture montréalaise du début du XXe siècle. Né à Canastota, dans l’État de New York, Barott étudie l’architecture à l’Université de Syracuse avant de travailler au sein du prestigieux cabinet new-yorkais McKim, Mead & White, l’une des firmes les plus influentes d’Amérique du Nord à cette époque. Il s’établit à Montréal en 1911 et participe à la conception de plusieurs édifices majeurs qui marquent le développement du centre-ville. Son œuvre, inspirée à la fois du style Beaux-Arts et des innovations architecturales nord-américaines, combine un certain traditionalisme classique à l’intégration de techniques modernes. Parmi ses réalisations les plus connues figurent l’édifice Aldred sur la place d’Armes, l’immeuble Canada Cement au square Phillips et le siège social de Bell Canada, témoignant du rôle qu’il joue dans la transformation du paysage urbain montréalais au début du XXe siècle. [32] [34]
À la veille de son ouverture, le Théâtre St-Denis est présenté dans la presse montréalaise comme « le plus beau et le plus vaste théâtre au Canada ». Une publicité publiée dans La Patrie annonce la grande ouverture du samedi après-midi avec un programme continu de 13 h à 23 h. L’établissement, situé rue St-Denis au nord de la rue Sainte-Catherine, peut accueillir environ 3 000 spectateurs et est équipé d’un orgue-orchestre combiné de 67 instruments. Le programme inaugural comprend notamment les acteurs Orrin Johnson et Irene Fenwick dans Satan Sanderson, ainsi que Charles Kent et Antonio Moreno dans Kennedy Square. [31]
3. Fondation & vocation initiale (1916)
Rarement un théâtre montréalais aura connu un succès d’ouverture comparable à celui du Théâtre St-Denis, dont les portes furent ouvertes au public le 4 mars 1916. Selon la presse de l’époque, la foule prit littéralement d’assaut ce nouvel établissement de la rue Saint-Denis. Durant les premières représentations du week-end, près de 20 000 personnes se seraient présentées pour assister aux projections et découvrir ce cinéma moderne installé dans l’Est de la ville. [1]
Le théâtre devient la plus grande salle au Canada et se consacre à la présentation de vaudeville et de cinéma muet [24].
L’ouverture du théâtre venait combler un manque important dans ce secteur de Montréal. Jusqu’alors, les spectateurs désirant voir des vues cinématographiques de premier ordre dans une grande salle devaient généralement se rendre dans l’Ouest de la ville. Le Théâtre St-Denis corrigeait ainsi cette anomalie en offrant aux habitants de l’Est un établissement moderne et facilement accessible à proximité de la rue Sainte-Catherine. [1]
La direction du théâtre annonça également une innovation qui fut largement remarquée par la presse montréalaise : les programmes des représentations ainsi que les titres des films seraient présentés en français. On soulignait aussi que le personnel de l’établissement parlait français, un détail qui contribuait à rendre ce nouveau lieu de divertissement particulièrement attrayant pour le public francophone de la ville. [1]
À l’occasion de son ouverture en mars 1916, la presse anglophone de Montréal présente le Théâtre St-Denis comme l’un des nouveaux théâtres les plus impressionnants de la ville. The Montreal Star décrit l’édifice comme une « fine structure » et l’un des théâtres les plus remarquables du Canada, soulignant ses vastes dimensions et sa capacité d’environ 2 800 places. L’article insiste également sur la richesse de ses décorations intérieures et sur les innovations techniques qui en font alors l’un des établissements cinématographiques les plus modernes de Montréal. [25]
La construction du Théâtre St-Denis mobilise également plusieurs entreprises spécialisées dans les matériaux et la décoration architecturale. Une publicité publiée dans The Montreal Star en mars 1916 indique que le marbre utilisé dans l’édifice a été fourni principalement par la compagnie Missisquoi Marbles, Limited, dont les carrières se trouvent au Québec. Une partie du matériau, désignée sous le nom de « Alps Green », provenait toutefois d’Italie. L’annonce souligne notamment l’utilisation de marbre dans certains éléments architecturaux du bâtiment, dont les escaliers circulaires menant à l’auditorium. [26]
Lors de sa construction en 1916, le Théâtre St-Denis est conçu selon les normes de sécurité modernes alors en vigueur pour les grands théâtres. Une publicité publiée dans The Montreal Star souligne notamment l’installation de portes et fenêtres coupe-feu de type Kalamein, fabriquées et installées par la compagnie McFarlane-Douglas Co. de Montréal. L’annonce insiste sur le caractère « fireproof » du bâtiment, la prévention des incendies constituant alors une priorité dans l’architecture des salles de spectacle après les nombreuses catastrophes survenues dans les théâtres nord-américains au tournant du XXe siècle. [27]
Plusieurs entreprises montréalaises participent à la construction et à l’ornementation du Théâtre St-Denis en 1916. Une publicité publiée dans The Montreal Star indique que la compagnie Esty Bros. Co. obtient le contrat pour les travaux en bronze architectural, laiton et fer du bâtiment. L’annonce présente notamment des photographies du guichet de billetterie et d’un escalier intérieur décoratif, témoignant du soin apporté aux éléments ornementaux et aux détails métalliques du théâtre lors de sa construction. [28]
Une publicité publiée dans The Montreal Star en mars 1916 indique que la Durand Hardware Company, établie sur la rue St. James au centre-ville de Montréal, fournit la quincaillerie de finition utilisée dans le bâtiment, incluant serrures, charnières et autres pièces métalliques nécessaires à l’aménagement du théâtre. [29]
À son ouverture en 1916, le Théâtre St-Denis s’inscrit dans un ensemble commercial plus vaste. Une publicité publiée dans The Montreal Star indique qu’un magasin de la D’Allaird Manufacturing Company est installé dans le St. Denis Theatre Building, où l’on vend notamment des blouses féminines appelées « D’Allaird Waists ». L’annonce présente cette boutique comme l’une des attractions quotidiennes de l’édifice, illustrant la présence de commerces intégrés autour du théâtre à l’époque de son ouverture. [30]
4. Années 1920 : place aux grands concerts
Durant les années 1920, le théâtre est fréquenté par une foule nombreuse. On y accueille des noms et des troupes célèbres comme le ténor Hipolito Lazaro, l’orchestre de la Scala de Milan sous la direction de Toscanini, l’orchestre de Boston avec Vincent d’Indy comme soliste. Maurice Ravel s’arrête au Théâtre Saint-Denis en 1928 et y exécute ses propres œuvres lors d’une tournée nord-américaine [24].
5. Toscanini (1921) & Rachmaninoff (1922)
En mars 1921, le Théâtre St-Denis accueille l’une des figures les plus prestigieuses de la musique classique du XXe siècle. Le chef italien Arturo Toscanini y dirige l’orchestre de la Scala de Milan dans le cadre de sa grande tournée nord-américaine. Les concerts montréalais des 22 et 24 mars 1921 marquent la fin d’une série d’environ soixante représentations données à travers le continent. Réputé pour sa mémoire exceptionnelle et son perfectionnisme, Toscanini dirige l’ensemble du programme entièrement de mémoire, sans partition, une prouesse qui contribue à sa réputation de chef d’orchestre légendaire. Selon The Gazette, la dernière soirée attire près de 1 500 spectateurs. À l’issue de la tournée, les musiciens offrent à Toscanini une montre en or afin de souligner le dixième anniversaire de sa direction de l’orchestre[3][4].
Le 28 novembre 1922, le célèbre pianiste et compositeur russe Sergei Rachmaninoff se produit au Théâtre St-Denis lors d’un récital de piano très attendu. La presse montréalaise souligne la virtuosité exceptionnelle du musicien et la perfection de son jeu, décrivant un pianisme d’une grande clarté et d’une puissance expressive remarquable. La salle est presque pleine pour entendre l’artiste, dont l’interprétation de la Sonate « Appassionata » de Beethoven impressionne particulièrement les critiques par la profondeur et l’intensité de son interprétation. Le programme comprend également plusieurs œuvres de Chopin ainsi que des compositions du pianiste lui-même. La soirée se termine par une spectaculaire paraphrase de The Blue Danube, interprétée avec une brillante virtuosité et accueillie avec enthousiasme par le public montréalais [47][48].
6. Ravel (1928)
Le 19 avril 1928, le Théâtre St-Denis accueille l’un des compositeurs les plus importants du XXe siècle : Maurice Ravel. En tournée nord-américaine, le musicien français présente à Montréal un récital consacré en grande partie à ses propres œuvres, offrant au public le privilège rare d’entendre un compositeur interpréter lui-même sa musique. La soirée réunit également la soprano Greta Torpadie, le pianiste montréalais Léo-Pol Morin — qui avait étudié avec Ravel — et le Quatuor Dubois. Le programme comprend notamment le Quatuor en fa majeur, les Histoires naturelles, la Sonatine, ainsi que plusieurs pages de Ma mère l’Oye et de Shéhérazade. La presse montréalaise souligne la finesse et l’intelligence de cette interprétation, décrivant un Ravel au regard fascinant et au sourire ironique, longuement applaudi par l’auditoire et rappelé à plusieurs reprises sur scène. Certains chroniqueurs notent toutefois que la vaste salle du Saint-Denis n’était pas entièrement remplie — une situation attribuée en partie au mauvais temps — et qu’un cadre plus intime aurait permis de mieux apprécier les subtilités de cette musique délicate. Malgré ces réserves, les critiques s’entendent pour considérer la venue du compositeur comme un événement artistique majeur pour la vie musicale montréalaise et l’un des concerts marquants présentés au Théâtre St-Denis durant l’entre-deux-guerres [5][6][7][8].
7. Début 1929 : retour au cinéma
Après un intermède d’opéra et d’opéra-comique, on en revient à la présentation de deux films par semaine au début de 1929. C’étaient les beaux jours avant le krach à la Bourse de New York, le théâtre est fréquenté par une foule nombreuse et les coffres étaient bien garnis [2].
Le directeur du Théâtre St-Denis, Joseph Cardinal, introduit une nouvelle formule de programmation combinant cinéma et théâtre. À partir du mois de novembre, les représentations dramatiques de la troupe Barry-Duquesne sont accompagnées de projections des grands films de l’année, présentés avant et après les pièces. Les films sont projetés avec titres français et anglais, permettant au public canadien-français de suivre plus facilement les productions étrangères. Cette initiative, rendue possible par un contrat d’environ 50 000 $ avec les principales compagnies de cinéma, transforme la salle en un véritable espace hybride mêlant spectacle vivant et cinéma [38].
8. Années 1930 : naissance du film parlant
Au moment de la débâcle financière, la troupe de théâtre Barry-Duquesne, alors très populaire, vient s’installer au Théâtre St-Denis pour une période d’environ huit mois. Cette présence marque l’une des dernières grandes périodes de théâtre dramatique dans la salle avant l’arrivée du cinéma parlant. L’apparition en Amérique des premiers films sonores d’expression française transforme rapidement la vocation de l’établissement. Ainsi, en 1930, quatorze ans après l’ouverture du théâtre, le cinéma français s’y impose progressivement. Cette transition se manifeste notamment lorsque le directeur et propriétaire Joseph Cardinal présente en exclusivité la première projection en Amérique du film sonore français La Route est Belle, interprété notamment par le baryton de l’Opéra-Comique de Paris André Baugé. L’événement confirme le rôle du St-Denis comme lieu privilégié de diffusion des nouvelles productions cinématographiques françaises à Montréal [2] [39].
9. 1933 : Joseph-Alexandre DeSève
Le 5 août 1933, l’homme d’affaires et distributeur de films Joseph-Alexandre De Sève devient directeur du Théâtre St-Denis, marquant un tournant important dans l’histoire de la salle. Ambitieux et déjà influent dans le milieu du cinéma, il entreprend rapidement des travaux d’aménagement et modernise à la fois l’extérieur et l’intérieur du théâtre afin d’en faire une vitrine prestigieuse pour les grandes productions cinématographiques [24]. Sous sa direction, le St-Denis s’impose progressivement comme l’un des principaux lieux de diffusion du cinéma français à Montréal, une orientation qui annonce la création de sa compagnie de distribution France-Film, appelée à dominer ce marché pendant plusieurs décennies. Certaines annonces publicitaires de l’époque présentent d’ailleurs De Sève comme directeur du théâtre et témoignent du succès populaire de films français tels que Le Maître de Forges, dont la projection doit être prolongée en raison des nombreuses demandes du public [44]. Dans le contexte du strict Bureau de censure du Québec, De Sève développe également des stratégies ingénieuses pour adapter certains films importés d’Europe, allant parfois jusqu’à faire tourner à Montréal des scènes additionnelles jugées plus acceptables afin de permettre leur diffusion locale [43]. Par son influence et son sens des affaires, il contribue ainsi à faire du Théâtre St-Denis l’un des piliers du réseau de diffusion du cinéma francophone en Amérique du Nord [42].
10. Deuxième Guerre mondiale : retour aux spectacles
En 1942, alors que la production cinématographique est interrompue, le Théâtre St-Denis doit diversifier sa programmation. Le Metropolitan Opera de New York (qui reviendra annuellement jusqu’en 1945) vient se produire sur scène, ainsi que le ballet Bolchoï, la Comédie française et le Théâtre national de Paris. On invite aussi des orchestres symphoniques et leur chef, tels Wilfrid Pelletier et Stravinsky [2].
11. Stravinsky (1945)
Le passage d’Igor Stravinsky au Théâtre St-Denis en 1945 suscite un enthousiasme remarquable dans la presse montréalaise et particulièrement chez les jeunes musiciens et mélomanes de la ville. Le critique Jean Vallerand note qu’une génération entière vient entendre le compositeur diriger lui-même ses œuvres, attirée par l’occasion rare de découvrir l’un des grands créateurs de la musique moderne à la tête de l’orchestre. À la direction de l’Orchestre Philharmonique de Montréal, Stravinsky présente notamment L’Oiseau de feu, les Scènes de ballet et la Circus Polka. Les critiques soulignent à la fois la précision et la sobriété de sa direction, ainsi que l’effet de confiance qu’inspire la présence du compositeur lui-même à la tête de l’ensemble. L’accueil du public est particulièrement chaleureux : l’ovation finale est telle que plusieurs admirateurs accompagnent Stravinsky jusqu’à la voiture qui le ramène chez lui. Pour de nombreux jeunes auditeurs, ce concert constitue une véritable révélation artistique et confirme la place du compositeur parmi les figures dominantes de la musique contemporaine [9][45][46].
12. Vedettes de music-hall
Les plus grandes vedettes françaises et internationales défilent aussi sur la scène du Théâtre St-Denis : Maurice Chevalier, Fernandel, Tino Rossi, Luis Mariano, Yves Montand, Gilbert Bécaud, etc [2].
13. Le cinéma durant la guerre
Le cinéma n’est pas délaissé pour autant durant la 2e guerre. Faute de nouveautés, le théâtre présente des reprises de films des années 1930 [2].
14. Orgue Wurlitzer
La firme Wurlitzer y installe un orgue de cinéma de 3 claviers (sans doute un Style 35 de 15 rangs), son opus 80 [24].
15. 1948 : Compagnie France Film
En 1948, J.A. DeSève prend la direction de Compagnie France Film à la suite de la mort de son président Albert Janin. Au cours de la même année, Compagnie France Film se porte acquéreur du Théâtre Saint-Denis et demeure encore jusqu’à aujourd’hui l’unique propriétaire du théâtre [24].
16. Années 1950 : la salle la plus somptueuse
En 1950, le Théâtre St-Denis subit une reconstruction totale au coût de 500 000 $ à l’époque — soit environ 6,8 millions de dollars canadiens en valeur de 2026 —pour devenir la salle la plus somptueuse et moderne de Montréal. Plusieurs innovations sont mises de l’avant et la capacité de la salle est de 2500 sièges. Encore une fois, le Théâtre St-Denis assume son rôle de chef de file dans le domaine du divertissement [2]. On prend soin cependant de conserver la partie arrière de la façade, construite en 1916 [10].
17. 25 avril 1952 : Aurore l’enfant martyre
Le 25 avril 1952, on assiste à la première du film Aurore l’enfant martyre, qui devient le plus grand succès du cinéma québécois de l’époque [2].
18. Jusqu’à 1963 : spectacles & Place des Arts
On continue d’y présenter des spectacles de théâtre lyrique et de danse, des concerts symphoniques et du music-hall jusqu’à l’inauguration de la Place des Arts en 1963 [2].
19. Changements de vocation (1970–1977)
Au tournant des années 1970, le Théâtre St-Denis, qui avait longtemps été l’un des principaux lieux de concerts et de récitals à Montréal, sert alors surtout à la projection de films. Certains observateurs de l’époque évoquent toutefois la possibilité de voir la salle retrouver sa vocation de théâtre et de salle de spectacles. Situé au carrefour du métro et doté d’installations techniques adéquates, l’établissement pourrait à nouveau accueillir les grandes vedettes du spectacle canadien et international [41].
En 1971, la Compagnie France Film inaugure le Centre St-Denis, formé du Théâtre St-Denis et de de deux nouvelles salles de cinéma, le Chevalier et le Pierrot, renommées par la suite le St-Denis 2 et le St-Denis 3 [2].
En 1977, la direction décide de diversifier ses opérations. Constatant que Montréal avait besoin d’un grand théâtre de plus de 2000 places, elle ramène à sa première vocation la grande salle du Théâtre St-Denis. L’espace est complètement réaménagé en salle de spectacles pour mieux répondre aux besoins de la colonie artistique et du public québécois [2].
20. Beau Dommage (1977)
Le groupe Beau Dommage, que nous n’avions pas vu sur scène depuis quelque temps, refait une solide percée du 8 au 14 décembre 1977 au Théâtre St-Denis, entièrement rénové. Il retrouvait son public québécois qu’il avait énormément manqué depuis un an et demi. Beau Dommage avait pour habitude de ne pas s’en faire avec la demande pour se concentrer uniquement sur ce qu’il avait à offrir. Mais c’était une erreur. Le groupe rencontrait, pour la première fois, un Waterloo au Théâtre St-Denis. Les concerts furent de belle qualité, mais présentés devant trop peu de spectateurs. L’année 1977 marque ainsi pour le groupe une certaine érosion dans ses rapports avec son public, l’effritement d’un mythe qui n’avait pourtant pas besoin d’être restauré ni rénové [11].
21. Diane Dufresne (1978)
Au cours de l’automne 1978, le Théâtre St-Denis accueille la chanteuse québécoise Diane Dufresne, alors au sommet de sa popularité. Dans un article publié le 5 octobre 1978, Montréal-Matin décrit une première particulièrement animée, où une foule nombreuse se presse devant le théâtre dans une atmosphère festive rappelant les grandes soirées de la scène montréalaise. Le reportage souligne l’originalité et la démesure du spectacle, marqué par des costumes spectaculaires, un décor élaboré et une mise en scène flamboyante fidèle à l’univers théâtral de la chanteuse.
Dès son apparition sur scène, vêtue d’un costume spectaculaire, Dufresne déclenche une standing ovation spontanée du public, réaction qui se répétera à plusieurs reprises au cours de la soirée. Si l’artiste présente quelques nouvelles chansons, le spectacle repose surtout sur les pièces qui ont forgé sa réputation, interprétées dans un environnement scénique mêlant musique, théâtre et imagerie visuelle audacieuse. Le journal évoque également l’effervescence qui entoure la première représentation, attirant dans la salle et autour du théâtre un public varié composé d’admirateurs, de curieux et de personnalités du milieu artistique montréalais.
L’événement illustre l’importance du Théâtre St-Denis comme scène majeure de la chanson québécoise à la fin des années 1970. La présence de Diane Dufresne, figure emblématique de la culture populaire de l’époque, confirme le rôle du théâtre comme lieu privilégié pour les grandes productions musicales et les spectacles marquants de la vie culturelle montréalaise [12].
22. Paul Piché (1978)
Le 28 novembre 1978, le chanteur et auteur-compositeur Paul Piché se produit au Théâtre St-Denis devant une salle largement remplie d’un public jeune, composé en grande partie d’étudiants et de spectateurs issus des milieux collégiaux et universitaires. Dans Le Devoir, la critique Nathalie Petrowski décrit une atmosphère chaleureuse et attentive, où la simplicité de l’artiste contraste avec les productions spectaculaires alors en vogue sur certaines grandes scènes. Barbe épaisse, chemise à carreaux et allure décontractée, Piché apparaît comme une figure proche de son public, presque familière.
La journaliste insiste sur le caractère profondément naturel de sa présence scénique : sans effets inutiles ni mise en scène élaborée, le chanteur s’adresse au public avec une franchise qui crée un lien immédiat dans la salle. Ce « naturel contagieux », selon Petrowski, constitue la véritable force de l’artiste. Même lorsque l’interprétation se prolonge entre les chansons par quelques anecdotes ou commentaires, le contact avec l’auditoire demeure constant et sincère.
Musicalement, le spectacle met en valeur un répertoire inspiré des réalités quotidiennes et des préoccupations sociales de la jeunesse québécoise de la fin des années 1970. Les arrangements restent sobres et privilégient la clarté des textes, permettant aux chansons de s’imposer par leur authenticité plutôt que par la démonstration technique. Pour Petrowski, cette approche confère à Piché une dimension particulière : celle d’un artiste capable de refléter les préoccupations de sa génération tout en conservant une grande simplicité de ton.
La critique conclut que ce mélange d’honnêteté, de proximité et d’absence de prétention explique l’accueil enthousiaste réservé au spectacle et confirme la place grandissante de Paul Piché parmi les figures importantes de la nouvelle chanson québécoise de l’époque [13].
23. The Clash (1979)
À la fin des années 1970, la vague punk et new wave venue de Grande-Bretagne commence à atteindre Montréal. Le 26 septembre 1979, le Théâtre St-Denis accueille une affiche représentative de cette nouvelle scène réunissant The Clash, l’un des groupes les plus influents du punk britannique, accompagnés des Undertones et du groupe féminin The B-Girls. Selon The Gazette, le concert attire un public relativement restreint mais extrêmement enthousiaste, composé en grande partie de jeunes adeptes de cette culture musicale encore marginale dans les grandes salles montréalaises [14].
La soirée débute avec les B-Girls, quatre musiciennes vêtues de bottes blanches, de pantalons noirs et de chemises à carreaux rouges, dont la prestation est accueillie avec curiosité. Les Undertones prennent ensuite la scène avec leur style énergique et direct, incarnant une forme plus accessible du punk et de la new wave britannique. Le concert se conclut avec The Clash, mené par le chanteur Joe Strummer, dont les chansons mêlent colère urbaine, conscience sociale et arrangements légèrement plus élaborés que ceux du punk le plus rudimentaire.
Dans Le Devoir, la critique Nathalie Petrowski décrit un spectacle marqué par une intensité sonore remarquable et par une musique où la colère punk devient presque « industrielle », expression d’une révolte générationnelle et sociale. Sur scène, les guitares rapides et le rythme soutenu traduisent une énergie brute qui contraste avec les productions plus traditionnelles présentées dans les grandes salles de la ville [48].
Le véritable spectacle se déroule toutefois aussi dans le hall du théâtre, où défile une foule de jeunes adeptes vêtus de cuir, de chaînes et de colliers à clous, arborant des coiffures extravagantes parfois teintées de couleurs vives. Cette esthétique provocatrice, indissociable de la musique, témoigne de l’émergence d’une nouvelle identité culturelle où l’apparence et l’attitude rebelle comptent presque autant que les performances sur scène. Même si la salle n’est pas complètement remplie, l’énergie du public et l’enthousiasme suscité par le concert illustrent l’arrivée à Montréal d’un mouvement musical qui transformera rapidement la scène rock des années suivantes.
24. Tom Waits (1979)
Il y avait un je-ne-sais-quoi de particulier dans l’air ce soir-là, un parfum d’Halloween et de fête païenne flottant sous les capes, les plumes et les chapeaux qui se pressaient au Théâtre St-Denis le 31 octobre 1979 pour voir, entendre et vivre Tom Waits, celui qu’on attendait depuis longtemps et qui allait se révéler à la hauteur — et même au-delà — de toutes les attentes.
Le rideau s’ouvre sur un vieux thème de jazz légèrement usé. La scène est presque entièrement plongée dans l’obscurité, sauf pour un faisceau lumineux qui découpe un coin du plateau. Dans cette lumière apparaît une silhouette mince et sombre, immobile, coiffée d’un chapeau qui cache son visage. La figure allume une cigarette, laisse flotter un instant la fumée dans l’air, puis s’avance lentement vers le micro. Le geste est simple, presque banal, mais il suffit à plonger la salle entière dans une atmosphère trouble digne des vieux films d’Humphrey Bogart.
De profil, les mains agitées comme pour fendre l’air opaque, Tom Waits commence à raconter l’échec américain. Il le raconte en chansons et en monologues, en longues histoires qui sentent le whisky, la fumée et les bars de nuit. Il parle des motels fatigués, des rêves brisés, des errants et des insomniaques qui peuplent l’imaginaire de ses chansons. Sa voix rauque semble surgir des profondeurs d’un club de jazz enfumé. Chaque intonation est juste et généreuse, chaque geste précis, et les transitions entre les chansons sont si naturelles qu’elles deviennent presque invisibles.
Tour à tour clown mélancolique, conteur ironique et poète des trottoirs nocturnes, Waits transforme la scène en un véritable théâtre de la nuit. Jazz, blues et chanson narrative se mêlent dans une performance où la musique devient presque un décor pour ses histoires d’hommes perdus, de villes fatiguées et de vies cabossées.
La soirée se termine finalement en douceur sur l’air d’une valse. Tom Waits nous rassure et nous envoie nous coucher, lui qui reste debout toute la nuit [15].
À la fin des années 1970, le Théâtre St-Denis demeure l’une des grandes salles de spectacles commerciales du centre-ville de Montréal. Un article de The Gazette souligne qu’un spectacle y coûte environ 4 000 $ de location, soit près de la moitié du prix demandé à la Place des Arts, ce qui en fait une salle particulièrement attractive pour les promoteurs de tournées et les impresarios [36].
25. Roy Orbison (1980)
Le 28 juillet 1980, le légendaire chanteur américain Roy Orbison se produit devant une salle comble au Théâtre St-Denis. Pour toute une génération ayant grandi avec le rock ’n’ roll, la musique d’Orbison est indissociable de leurs souvenirs, et ce concert représente pour plusieurs l’occasion de voir si l’artiste est toujours à la hauteur de sa réputation. Selon The Gazette, la réponse ne fait aucun doute : la légende demeure intacte [16].
Vêtu d’une combinaison noire et de ses célèbres lunettes fumées, Orbison apparaît presque immobile au centre de la scène, une guitare Fender blanche attachée à la taille. Contrairement à plusieurs artistes rock de l’époque, il ne cherche pas à impressionner par des gestes spectaculaires ou des improvisations flamboyantes : il laisse plutôt les chansons parler d’elles-mêmes. Dès les premières notes de Only the Lonely, la salle est conquise. Sa voix unique, capable de franchir avec aisance plusieurs octaves, demeure aussi puissante et émotive que sur ses enregistrements originaux.
Au fil de la soirée, Orbison enchaîne les classiques qui ont marqué l’histoire du rock : Crying, interprétée avec une intensité qui pousse certains spectateurs à sortir leurs mouchoirs, Mean Woman Blues, Candy Man et Running Scared, dont les crescendos spectaculaires rappellent l’ampleur sonore qui a fait sa renommée. Il rend également hommage à Elvis Presley avant de livrer une interprétation remarquée de Blue Bayou, popularisée par Linda Ronstadt.
La soirée atteint son apogée lorsque l’artiste conclut avec Pretty Woman, déclenchant une ovation enthousiaste. Rappelé sur scène par un public en délire, Orbison reprend la chanson une seconde fois, accompagné d’un solo de guitare plus vigoureux. Lorsque les lumières se rallument finalement, il ne reste aucun doute : Roy Orbison a prouvé, une fois de plus, qu’il mérite pleinement son statut de légende du rock [16].
26. Miles Davis (1982)
Au début des années 1980, le Théâtre St-Denis demeure l’une des principales salles de spectacles du centre-ville. Lors des premières éditions du Festival International de Jazz de Montréal, plusieurs concerts majeurs y sont présentés, tandis que le quartier général de l’événement s’installe à proximité, au coin des rues Ontario et Saint-Denis [35].
Le 11 juillet 1982, le légendaire trompettiste Miles Davis se produit au Théâtre St-Denis dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, où il assure le concert de clôture d’une édition particulièrement réussie de l’événement. Sa présence constitue l’un des moments les plus attendus du festival, tant l’aura entourant Davis demeure immense dans le monde du jazz. Selon The Gazette, son nom à lui seul suffit à conférer une légitimité particulière au festival et à attirer une foule considérable pour cette soirée finale [17]. De son côté, Le Devoir souligne que l’événement couronne un festival ayant attiré plus de 55 000 spectateurs aux concerts payants et près de 80 000 personnes dans l’ensemble des lieux de diffusion montréalais [49].
Après plusieurs années d’absence de la scène musicale, Miles Davis revient alors à la performance publique avec une nouvelle formation. Sur scène, le trompettiste adopte une attitude caractéristique, arpentant lentement la scène avant de lancer les phrases incisives et reconnaissables de sa trompette. Son jeu conserve ce phrasé singulier et cette sonorité immédiatement identifiable qui ont marqué l’histoire du jazz moderne.
Le concert met également en lumière l’évolution stylistique du musicien, qui poursuit l’exploration des sonorités électriques amorcée dans les années 1970. Claviers, guitares amplifiées et rythmes inspirés du jazz-rock accompagnent la trompette de Davis dans un univers musical où le jazz se mêle aux influences contemporaines. Le groupe, où figure notamment le jeune trompettiste Wynton Marsalis, impressionne par la cohésion de son jeu et par la virtuosité de ses solistes.
Si certains critiques demeurent partagés quant à la direction musicale empruntée par Davis au début des années 1980, son apparition au Théâtre St-Denis demeure l’un des moments marquants du festival. En clôturant ainsi l’événement, Miles Davis confirme une fois de plus la place centrale qu’il occupe dans l’histoire du jazz et dans la mémoire du Festival International de Jazz de Montréal [17] [49].
27. Chet Baker (1986)
Un épisode particulièrement chaotique marque le passage du trompettiste Chet Baker au Théâtre St-Denis lors du Festival International de Jazz de Montréal en 1986. Selon The Gazette, la soirée tourne rapidement au malaise lorsque Baker, visiblement affaibli, ne parvient à jouer que quelques notes mal articulées avant d’abandonner la scène. Le pianiste montréalais Paul Bley, qui devait l’accompagner, termine finalement la prestation seul au piano devant un public partagé entre stupéfaction et sympathie pour le musicien [50].
Le cofondateur du Festival International de Jazz, André Ménard, raconte une anecdote par rapport au concert de Chet Baker présenté au Théâtre St-Denis en 1986: « Chet Baker était censé se présenter la veille du spectacle à Montréal car il arrivait d'Europe. Il ne l’a pas fait. J'ai demandé au pianiste montréalais Paul Bley, qui devait l’accompagner sur la scène du Théâtre St-Denis, s'il avait un contact. Il connaissait quelqu'un à Paris qui savait où vivait Chet. Il est minuit la veille du spectacle. Alors Paul appelle l’ami de Chet, il est 6h du matin, heure de Paris. Son ami dit que Chet vit dans une pharmacie en Belgique. Une pharmacie? Merde. J'appelle et demande si Chet est là. Ils disent oui. Je dis qu’il est censé être sur un train pour Paris parce qu’il a un vol pour Montréal. Ils garantissent qu’ils le feront monter sur un train dans l’heure. D'accord. J’engage un journaliste que je connais à Paris pour escorter Chet du train à l’avion – je ne voulais pas qu’il soit en liberté à Paris. Chet se présente à Montréal avec les vêtements qu'il porte sur le dos, un sac en papier brun rempli de pilules et sa trompette – aucune valise. Au moment où Chet est censé jouer, il n’est pas en état de faire quoi que ce soit. Il essaye de souffler — bbblllggghhh ! Il était mal foutu. Il a fallu rembourser les gens et Paul Bley a joué seul au piano. Puis, à 3 heures du matin, Chet traînait dans le hall de l’hôtel avec sa trompette à la main et il voulait jouer avec les musiciens de l’hôtel. Je lui ai dit: Si tu montes sur scène, t’es foutus. J'ai raconté l'histoire à Paul. Il a ri jusqu’à en pleurer et a dit: Eh b’en, ça, c’est Chet, man. » [18]
28. James Brown (1986)
Selon The Gazette, le spectacle de James Brown présenté au Théâtre St-Denis le 4 juillet 1986 marque un retour triomphal du « Godfather of Soul » à Montréal. Le critique John Griffin rappelle que Brown avait laissé une impression plus mitigée lors de certains passages précédents, mais que le succès international de Living in America, popularisé par le film Rocky IV, relance alors puissamment sa carrière [19].
Devant une salle électrisée, Brown livre une performance d’environ 140 minutes accompagné d’un orchestre d’une douzaine de musiciens. Le spectacle s’ouvre sur un groove funk puissant, bientôt amplifié par l’entrée du saxophoniste Maceo Parker, qui parcourt les allées du théâtre au milieu du public pendant un solo frénétique. L’atmosphère devient rapidement survoltée, confirmant que la soirée prend des allures de célébration collective [19].
Apparu dans un costume turquoise très ajusté, coiffé dans son style caractéristique, James Brown enchaîne ensuite plusieurs de ses grands succès, dont Living in America, Cold Sweat, Sex Machine et It’s a Man’s Man’s Man’s World. Même si Griffin note que le chanteur se déplace un peu moins qu’à l’époque de ses années les plus explosives, il souligne que son sens du spectacle, son autorité scénique et sa capacité à soulever une foule demeurent intacts. Brown invite même des spectateurs à monter sur scène pour danser, transformant le concert en une véritable fête populaire [19].
Pour le critique, cette soirée confirme que James Brown demeure l’un des artistes américains les plus influents de son époque. Le concert du Théâtre St-Denis apparaît ainsi comme un moment fort du Festival International de Jazz de Montréal, et comme une démonstration éclatante de la vitalité retrouvée du maître incontesté de la soul [19].
29. Leonard Cohen (1988)
Le 13 novembre 1988, le chanteur, poète et auteur-compositeur montréalais Leonard Cohen se produit au Théâtre St-Denis lors d’un retour très attendu dans sa ville natale après de longues tournées en Europe et aux États-Unis. Selon The Gazette, le spectacle attire une salle comble et crée une véritable atmosphère d’enthousiasme, certains observateurs parlant même d’une forme de « Cohen-mania » dans le hall du théâtre avant le début du concert [20]. De son côté, La Presse souligne l’ascendant particulier qu’exerce Cohen sur ses admirateurs, attentifs à ses paroles et à ses traits d’esprit, dans une salle où l’on vient autant écouter ses chansons que savourer la poésie et l’humour qui ponctuent ses interventions [21].
Accompagné d’un groupe discret mais précis, Cohen livre une performance à la fois intime et intense, où l’accent est mis davantage sur la présence scénique et la profondeur des textes que sur la puissance vocale. Toujours vêtu de noir et entouré de ses musiciens et choristes, le chanteur domine la scène par sa présence calme et sa voix grave, riche en caractère plutôt qu’en amplitude. La musique, soutenue par claviers et batterie électronique, modernise subtilement plusieurs pièces de son répertoire [21].
Le programme comprend notamment Dance Me to the End of Love, I’m Your Man, Sisters of Mercy, First We Take Manhattan, Tower of Song et Everybody Knows. Plusieurs chansons plus anciennes sont également revisitées avec de nouveaux arrangements, notamment Bird on the Wire et Suzanne. Les choristes Julie Christensen et Perla Batalla apportent des harmonies marquantes, tandis que le multi-instrumentiste John Bilezikjian enrichit l’ensemble de l’oud, du violon et de la guitare [20] [21].
Au fil de la soirée, Cohen alterne chansons, anecdotes et commentaires ironiques, évoquant notamment ses débuts à New York et certains souvenirs liés au Chelsea Hotel. Ces interventions, livrées avec son humour discret et son sens de l’autodérision, provoquent régulièrement les rires et les applaudissements du public. L’ensemble crée une ambiance à la fois intime et réfléchie, confirmant la place unique qu’occupe Cohen dans la musique populaire : celle d’un artiste dont la force réside moins dans le spectacle traditionnel que dans l’intensité poétique et la tension émotionnelle qu’il parvient à créer sur scène [20] [21].
À la fin des années 1980, le secteur de la rue Saint-Denis demeure étroitement associé au Festival International de Jazz de Montréal. Un article de The Gazette publié en 1990 rappelle que la rue Saint-Denis constitue depuis plusieurs années le « heart and soul » du festival, où se concentrent concerts, bars et activités parallèles autour du Théâtre St-Denis. Le texte souligne toutefois qu’en raison des coûts élevés d’organisation — les concerts présentés sur la rue Saint-Denis l’année précédente ayant nécessité un budget d’environ 200 000 $ — la rue ne sera pas fermée à la circulation cette année-là et qu’aucun spectacle principal ne sera présenté au Théâtre St-Denis. Cette décision illustre la réorganisation progressive du festival vers d’autres espaces du centre-ville, notamment autour du Complexe Desjardins et de la Place des Arts [37].
30. Céline Dion (1990)
Au début des années 1990, le nom de Céline Dion domine de plus en plus l’actualité musicale québécoise. Le 22 octobre 1990, lors du gala annuel de l’ADISQ, la chanteuse provoque un moment marquant en refusant publiquement le Félix qui lui est attribué pour son album anglophone Unison. Dion explique alors qu’elle ne souhaite pas être considérée comme une « artiste anglophone », affirmant demeurer avant tout une chanteuse québécoise et francophone malgré le succès international de ce disque [23].
« Le public, lui, a très bien compris que je reste Québécoise et francophone même si je chante en anglais. »
Le lendemain, le 23 octobre 1990, La Presse rapporte la controverse entourant cet épisode, alors que la chanteuse et son gérant René Angélil expriment ouvertement leur mécontentement face à certaines décisions de classification du gala, notamment la catégorie dans laquelle Dion avait été placée. L’article témoigne du climat tendu qui entoure alors l’ascension internationale de la chanteuse et des débats qu’elle suscite dans l’industrie musicale québécoise. Le texte mentionne également les réactions de plusieurs acteurs du milieu, dont André Ménard, figure importante de la scène montréalaise et associé à Spectra-Scène, illustrant l’ampleur médiatique de la discussion autour de la place de Dion dans la musique populaire au tournant des années 1990 [22].
31. 1990 : rénovation & reconfiguration des salles
En 1990, toujours sous l’égide de Compagnie France Film, l’édifice se refait une beauté pour honorer le spectacle vivant et redevient le Théâtre St-Denis. La conception intérieure est complètement refaite. Les deux cinémas du Centre St-Denis sont unifiés en une seule salle de spectacle –la salle 2- pouvant accueillir 933 personnes [2].
32. 26 janvier 1990 : inauguration de la salle 2
Le 26 janvier 1990, on inaugure la salle 2 avec le spectacle de Jean Lapointe [2].
33. 4 avril 1990 : reprise officielle de la salle 1
Et le 4 avril 1990, la salle 1, après d’importants travaux de rénovation, reprend officiellement du service avec le spectacle d’André-Philippe Gagnon. Elle comprend désormais 2218 sièges [2].
34. Nouvelle aventure depuis 2022
Depuis l’été 2020, la salle 2 a subi une transformation complète qui a complètement changé l’intérieur de la salle. Le lobby et la façade ont entièrement été démolis pour faire place au nouveau Studio-Cabaret qui a ouvert ses portes au mois de septembre 2022. Aménagé sur le toit du lobby du Studio-Cabaret, Le Marie-Louise est un lieu de rendez-vous prisé pour les visiteurs du Quartier latin et les spectateurs de l’Espace St-Denis. Ce nouveau bar-terrasse est d’ailleurs accessible via le complexe, avant ou après une représentation, sans avoir à mettre le pied dehors [2].
35. Rénovation annoncée (2026)
Dans le cadre d’une refonte de son image de marque et de son expérience numérique, l’Espace St-Denis a confié un mandat à l’agence créative AKUFEN. Cette démarche vise à moderniser l’identité visuelle du complexe et à harmoniser ses actions de communication afin de mieux refléter son orientation artistique et culturelle. [25]
Le projet de repositionnement marketing cherche également à consolider la place de l’Espace St-Denis comme destination culturelle et gastronomique majeure du Quartier latin, tout en proposant une expérience numérique renouvelée pour les spectateurs et visiteurs du complexe. [25]
Selon Alexandre Seers Provencher, directeur de la programmation et de la commercialisation de l’Espace St-Denis, ce partenariat marque une étape importante dans l’évolution récente de l’institution, qui souhaite moderniser son image et développer des outils numériques plus innovants pour rejoindre ses publics. De son côté, la firme AKUFEN souligne que ce mandat s’inscrit dans son engagement auprès des institutions culturelles et vise à accompagner l’Espace St-Denis dans l’atteinte de ses objectifs de développement et de rayonnement. Les résultats de cette collaboration doivent être dévoilés au cours de l’hiver 2026. [25]



























































































