Purple Haze (Montréal)
Actif dès 1992 au 3699, boulevard Saint-Laurent, le Purple Haze fut une petite salle importante de la scène musicale montréalaise des années 1990. Sa programmation faisait se côtoyer punk, rock alternatif, ska, hip-hop, métal, jazz-rock et théâtre indépendant. Le local possédait déjà une histoire musicale : il avait auparavant abrité le club éclectique Poodles, puis le Quasimodo. Après une première période documentée sous les noms Purple Haze et Bar Purple Haze Plus, l’établissement réapparut en 1996–1997 comme Le Nouveau Purple Haze, avant de devenir le Club Saphir, puis beaucoup plus tard le TRH-Bar. Les avis de permis révèlent une continuité administrative remarquable entre ces trois derniers établissements. [1], [13], [19], [26]
1. Présentation
Le Purple Haze appartient à une génération de petites salles qui animèrent le boulevard Saint-Laurent au début et au milieu des années 1990. Moins vaste et moins célèbre que les Foufounes Électriques, le club joua néanmoins un rôle concret dans la circulation des groupes, des promoteurs et des publics de la scène indépendante montréalaise.
Les sources contemporaines ne décrivent pas un établissement limité au grunge ou au hard rock. Elles révèlent plutôt un lieu polyvalent où se succédaient des groupes punk, ska, hip-hop, rock alternatif et métal, mais aussi des spectacles de théâtre et des soirées cabaret. Le Purple Haze servait autant de scène de lancement à des formations locales que de solution de rechange lorsqu’un autre club fermait ou perdait son permis.
Précision historique
Une ouverture en 1992, mais une date exacte inconnue
Des histoires secondaires attribuent l’ouverture du Purple Haze en 1992 à Frank William. Les documents primaires rassemblés jusqu’ici permettent d’affirmer que le club est déjà actif en juin 1992, mais ils ne donnent ni la date exacte de son inauguration ni, de façon indépendante, le nom de son premier fondateur. La présente fiche distingue donc l’existence documentée du lieu des renseignements encore à confirmer.
2. Avant le Purple Haze : Poodles, Kilimandjaro, Quasimodo, Garage et Zoulou
Poodles : un club éclectique
Le Purple Haze n’est pas le premier club musical documenté au 3699 Saint-Laurent. Le Poodles y est actif dès la fin de 1986. Un article publié à l’occasion de son premier anniversaire situe celui-ci au 27 décembre 1987, ce qui permet de placer son ouverture vers le 27 décembre 1986. Dirigé par Paul Raymer, qui cumulait les fonctions de propriétaire, programmateur et DJ, le club pouvait accueillir environ 125 personnes.[19]
Le Poodles se définissait comme un « disco-showbar » recherchant des artistes et une clientèle sortant de l’ordinaire. Sa programmation associait psychédélisme, folk, rock des années 1950, funk, punk, théâtre et vaudeville. La salle accueillit notamment les GRUESOMES, TAV FALCO, AMERICAN DEVICES, CAMEL CLUTCH, JUST FOR MOM, les WASHINGTON SQUARES et une réunion des JAGUARS.[19], [20]
Raymer décrivait le Poodles comme une sorte de « centre communautaire » davantage voué au plaisir et à la diversité qu’à l’enrichissement. Cette philosophie préfigure, à plusieurs égards, la fonction que remplira plus tard le Purple Haze : offrir une petite scène souple à des musiques et à des publics qui trouvaient difficilement leur place dans les établissements plus conventionnels.
Le Poodles est encore annoncé au 3699 Saint-Laurent le 24 décembre 1988, ce qui prolonge d’au moins une année la période d’activité initialement documentée.[26]
Le Kilimandjaro : reggae et musiques africaines au 3699-B
Pendant que Poodles occupe une partie de l’immeuble, le Kilimandjaro Bar-Dance est officiellement documenté au 3699-B. Un avis de la Régie des permis d’alcool publié le 5 juin 1987 identifie son exploitant comme 2523-8767 Québec inc. et fait état d’une demande d’autorisation pour présenter des spectacles dans un bar avec danse déjà existant.[31]
Les annonces de 1988 situent le Kilimandjaro au deuxième étage. Le jeudi et le dimanche, la salle présente notamment SOCIAL ROOTS LIVE, ce qui confirme sa vocation musicale et son association précoce avec le reggae et les musiques afro-caribéennes.[32]
Cette première exploitation connaît toutefois des difficultés financières. Un avis de vente par huissier annonce que, le 21 juillet 1988, l’équipement de bar et le système de son de 2523-8767 Québec inc. seront vendus aux enchères au 3699-B pour non-paiement de taxes d’eau, de service, d’affaires et d’une taxe spéciale.[33]
La vente du matériel ne marque pas nécessairement la disparition définitive du nom. En mars 1990, The Gazette mentionne de nouveau Le Kilimandjaro au 3699-B, avec une programmation de reggae et de musiques africaines. Les documents disponibles ne permettent pas encore d’établir s’il s’agit d’une reprise par un nouvel exploitant ou d’une continuité sous une autre structure juridique.
Quasimodo : rock, rap et danse
En 1989, le local porte désormais le nom de Quasimodo. Une affiche annonce le retour du groupe montréalais HUGE GROOVE EXPERIENCE, accompagné de LOST PATROL, le mardi 12 décembre au Quasimodo, avec l’adresse clairement imprimée : 3699 Saint-Laurent. La concordance du jour et de la date situe l’événement en 1989.[27]
Le Quasimodo ne semble pas avoir possédé une identité musicale unique. En septembre 1989, il accueille une soirée politique destinée aux jeunes, avec musique, vidéos, humoristes de Juste pour rire et un DJ spécialisé en nouvelle musique francophone. En mars 1990, The Gazette le décrit comme un club très sombre diffusant beaucoup de rap; en juin, le journal recommande l’endroit pour danser gratuitement sur du reggae, du rap et d’autres musiques.[28], [29]
Les annuaires Lovell prolongent son histoire jusqu’à la transition vers le Purple Haze. L’édition de 1992 inscrit encore QUASIMODO au 3699-A, avec le numéro 285-4551. Dans l’édition de 1993, la même adresse porte désormais l’inscription PURPLE HAZE BAR, suivie de QUASIMODO; les deux appellations sont associées au même numéro de téléphone. Cette présentation suggère moins une rupture immédiate qu’un changement progressif de nom ou une courte période durant laquelle les deux identités ont coexisté.[34], [35]
Garage St. Laurent : une nouvelle salle en 1990
Une autre identité apparaît à la même adresse à la fin de 1990. Le 23 novembre, The Gazette annonce l’ouverture cette semaine-là d’une nouvelle salle appelée Garage St. Laurent, au 3699, boulevard Saint-Laurent. HUGE GROOVE EXPERIENCE inaugure l’endroit avec un spectacle gratuit. Une liste publiée trois jours plus tard donne le numéro 847-0504, identique à celui que l’annuaire Lovell associera ensuite au Zoulou Bar Danse du 3699-B.[38]
Le Garage est encore actif le 20 septembre 1991, alors que les MINSTRELS y présentent une soirée « Manchester Night » avec le DJ Golly. Les articles n’indiquent aucun suffixe à l’adresse; le numéro de téléphone constitue toutefois un indice solide que la salle occupait la partie 3699-B et qu’elle précéda le Zoulou. En l’absence d’un document donnant explicitement « 3699-B », cette filiation demeure probable plutôt que certaine.[38]
Zoulou Bar Danse au 3699-B
La même édition Lovell de 1992 identifie un autre établissement dans l’immeuble : le ZOULOU BAR DANSE, situé au 3699-B et joignable au 847-0504. Le Zoulou occupe donc la partie B pendant que le Quasimodo exploite la partie A. Cette donnée confirme que les deux adresses fonctionnent alors comme des lieux nocturnes distincts.[36]
Le Zoulou constitue un maillon important de la succession du 3699-B. Il apparaît après la première exploitation connue du Kilimandjaro et avant l’immatriculation du Nouveau Purple Haze de Stéphane Fania et Luis Monte en 1996. Les documents disponibles ne permettent pas encore de préciser sa date d’ouverture, sa date de fermeture ni l’existence d’une filiation commerciale directe avec ces établissements.
Un bâtiment déjà subdivisé
Plusieurs clubs sous une même adresse
La coexistence de Poodles et du Kilimandjaro est documentée dès 1987–1988. En 1990, le Quasimodo et Le Kilimandjaro semblent à leur tour occuper des espaces distincts du même immeuble. Cette succession et ces chevauchements montrent que la division du 3699 en plusieurs locaux ou étages précède de plusieurs années les adresses Purple Haze Plus au 3699-A et Nouveau Purple Haze au 3699-B. L’article du 4 mars 1990 imprime toutefois « 3599 » pour le Quasimodo, une adresse contredite par l’affiche de 1989 et les annuaires Lovell.[29], [30], [31]
3. La Main au début des années 1990
Le Purple Haze apparaît au moment où le boulevard Saint-Laurent s’impose de nouveau comme un axe majeur de la vie nocturne montréalaise. Dans The Gazette du 20 juin 1992, le chroniqueur Josh Freed décrit la Main comme un espace où se rencontrent davantage les jeunes francophones et anglophones. Il cite le Purple Haze parmi une série de clubs qui participent à cette transformation, aux côtés du Swimming, du Q-Stix, du Zoo, du Deli Deluxe et du Gypsy Club.[1]
Cette mention est importante : elle situe le Purple Haze dans une histoire urbaine plus vaste que celle d’un seul courant musical. Le club faisait partie d’un boulevard où se croisaient langues, styles et sous-cultures, à une époque où plusieurs salles de spectacle apparaissaient, disparaissaient ou changeaient rapidement de vocation.
4. Premières traces documentées
À la fin de 1992, le Purple Haze est déjà suffisamment implanté pour accueillir les ASEXUALS. Le groupe y donne, le 29 décembre, un concert précédant une tournée européenne. L’article du Gazette confirme l’activité de la salle et son association précoce avec le réseau punk et indépendant montréalais.[2]
La première mention journalistique actuellement connue du Purple Haze remonte toutefois au 20 juin 1992, tandis que l’annuaire Lovell de cette même période conserve encore le nom Quasimodo au 3699-A. L’édition suivante réunit les deux appellations sous la même adresse et le même numéro de téléphone. Le Purple Haze semble donc être né d’une transformation directe du Quasimodo au cours de l’année 1992, plutôt que de l’arrivée dans un local entièrement vacant.[1], [34], [35]
En janvier 1993, la fermeture de La Brique et des Foufounes Électriques bouleverse momentanément la scène locale. Un concert de FEAR, initialement prévu aux Foufounes, est déplacé au Purple Haze. Le club apparaît alors, avec le Hell’s Kitchen et La Nausée, parmi les salles capables d’absorber une partie de la programmation alternative montréalaise.[3]
Quelques mois plus tard, en septembre 1993, SHADES OF CULTURE y présente un spectacle promotionnel pour MuchMusic. La présence de cette formation majeure du hip-hop montréalais montre déjà que l’identité du Purple Haze dépassait les seules scènes rock et grunge.[4]
Chronologie du Purple Haze et du 3699 Saint-Laurent
5. Une programmation sans frontières étroites
Les annonces et chroniques de 1993 à 1996 dessinent le portrait d’une programmation particulièrement large. SLAVES ON DOPE y joue en septembre 1993. En 1994, le club reçoit notamment BOB SNIDER, PLANET SMASHERS, POUPÉES GONFLABLES, MUSTARD, HOWLING MINDGLIDE, BLOOM, SHADES OF CULTURE, R-KADE, SOLO SHOT, THRILL OF IT ALL, DEAD RECKONING, SPIRIT PUSHERS et BLINKER THE STAR.[5], [6], [7]
Le lieu ne se limite pas aux concerts. En juin 1994, Goliath Productions y présente Reefer Madness, une adaptation théâtrale parodique du film de propagande de 1936. La production, d’abord associée à la mouvance du Festival Fringe, se poursuit au Purple Haze du jeudi au samedi. Une « Cabaret Night » réunissant les Planet Smashers et les Poupées Gonflables confirme également cette ouverture à des formules scéniques hybrides.[6], [8]
En avril 1995, la salle accueille successivement BLOOD SAUSAGE, SHADES OF CULTURE, puis BLINKER THE STAR et THE UMBRELLAS. En décembre 1996, AMERICAN DEVICES, annoncé sous le nom francisé DEVISE$ AMÉRICAINE$, y joue encore avec le guitariste Chris Burns. Ces exemples témoignent d’une continuité de programmation au-delà de la première moitié de la décennie.[9], [15]
Artistes et spectacles documentés
Une scène éclectique
ASEXUALS · FEAR · SHADES OF CULTURE · SLAVES ON DOPE · PLANET SMASHERS · KINGPINS · THE NILS · TINKER · STELLAR DWELLER · BLINKER THE STAR · BLOOD SAUSAGE · THRILL OF IT ALL · AMERICAN DEVICES
Reefer Madness — théâtre, juin 1994
6. Un lieu de développement pour la scène locale
Le rôle du Purple Haze apparaît avec une netteté particulière au début de 1995. Le 20 janvier, un concert réunissant les KINGPINS et les PLANET SMASHERS attire une foule telle qu’environ cent personnes doivent être refusées à la porte. Pour compenser, les groupes annoncent un spectacle gratuit au même endroit. Le lendemain, un concert-bénéfice réunissant THE NILS, TINKER, GOLDFISH, RHINOLIFT et STELLAR DWELLER remplit de nouveau la salle.[10]
Dans son article du 2 février 1995, Mark Lepage ne présente donc pas le Purple Haze comme un club en déclin. Il l’inscrit plutôt dans une scène qui semble sortir d’une période d’hibernation, portée par des formations locales plus actives et mieux préparées. Le succès du concert ska illustre aussi la manière dont une petite salle pouvait devenir le point de rassemblement d’un public en formation.
Le Purple Haze offrait ainsi une étape intermédiaire essentielle : assez accessible pour recevoir des groupes encore émergents, mais capable, certaines soirées, de créer un véritable événement. Cette fonction explique sa place dans les souvenirs de nombreux musiciens montréalais, même si la salle n’a jamais possédé la notoriété institutionnelle des grandes scènes de la ville.
7. L’économie fragile des petits clubs
La relation entre les petites salles et les groupes locaux était souvent traversée par le débat du pay-to-play. Dans un article de novembre 1994, Will Richards, du groupe SAWTOOTH, distingue le Jailhouse et le Purple Haze de plusieurs établissements où les musiciens devaient, selon lui, payer pour jouer. Son témoignage suggère que le Purple Haze pouvait offrir des conditions plus favorables à certains artistes.[11]
Un article du 10 juin 1995 montre cependant une réalité plus nuancée. Patrick Mercier, propriétaire du Soundgarden et lui-même musicien, affirme avoir dû payer l’utilisation de la sonorisation lors d’un passage au Purple Haze. Les pratiques semblent donc avoir varié selon les soirées, les ententes ou la capacité d’un groupe à attirer un public.[12]
Correction documentaire
Stéphane Fania n’est pas identifié comme gérant du Purple Haze en 1995
Dans ce même article de 1995, Stéphane Fania explique pourquoi il retient parfois les premiers 75 dollars de la porte afin de payer le personnel. Le passage concerne toutefois le Club Rage de l’avenue du Parc, dont il est alors le gérant, et non le Purple Haze. Son association directe avec Le Nouveau Purple Haze est documentée plus tard par l’avis de permis publié en 1997.
Ces témoignages contradictoires sont révélateurs. Ils rappellent que l’histoire des clubs indépendants ne se réduit ni à un modèle généreux ni à une exploitation systématique des groupes. Les salles devaient payer la sonorisation, l’éclairage, la sécurité et le personnel, tandis que les musiciens tentaient de bâtir leur public avec des moyens limités.
8. Purple Haze Plus et Le Nouveau Purple Haze
Les avis de la Régie des alcools, des courses et des jeux permettent de suivre l’évolution administrative du lieu. Le 21 avril 1995, une demande est publiée au nom de 139105 Canada inc. pour le Bar Purple Haze Plus, au 3699-A, boulevard Saint-Laurent. Elle vise l’ajout d’un permis de bar sur terrasse.[13]
Le Black Hole au deuxième étage
Selon le témoignage direct de son propriétaire, le Black Hole est actif dès 1994 au deuxième étage du 3699 Saint-Laurent. L’établissement appartient à Luc L’Heureux et Nicole Couturier. Les propriétaires de l’immeuble sont alors connus sous les prénoms Rachid et Mohammed; leurs noms de famille restent à confirmer.[40]
Une affiche confirme que le Black Hole fonctionne encore le 23 décembre 1995. La salle accueille ce soir-là le troisième Fuck Christmas Extravaganza, avec BLOOD SAUSAGE, RHINOLIFT et SLOWLY GOING DEAF. L’entrée est fixée à cinq dollars et le spectacle commence à 21 h.[39]
Ces renseignements montrent que le Black Hole et le Purple Haze Plus coexistent dans le même immeuble. Comme le Purple Haze Plus est officiellement situé au 3699-A et que plusieurs établissements du deuxième étage sont associés au 3699-B, le Black Hole occupait vraisemblablement la partie B. Aucun document actuellement réuni ne donne toutefois explicitement le suffixe « B » pour le Black Hole; cette identification demeure donc probable plutôt que certaine.
Le 8 août 1997, un autre avis identifie Stéphane Fania et Luis Monte comme requérants pour Le Nouveau Purple Haze, cette fois au 3699-B. La demande porte sur un « bar avec danse et spectacles sans nudité », dans le cadre d’une suite et cession de permis.[14]
Le Registraire des entreprises permet maintenant de préciser cette relance. La société en nom collectif Le Nouveau Purple Haze S.L., également déclarée sous le nom anglais The New Purple Haze, est immatriculée le 12 novembre 1996 sous le numéro d’entreprise du Québec 3346302006. Son domicile est le 3699-B, boulevard Saint-Laurent; son activité et son objet sont tous deux déclarés comme étant l’exploitation d’un bar. Les associés inscrits sont Stéphane Fania et Luis Monte.[25]
Cette immatriculation constitue la première date officielle actuellement connue pour l’entreprise, mais elle ne doit pas être confondue automatiquement avec la journée d’ouverture du bar. Une histoire secondaire situe la relance à l’automne 1996, après une interruption de quelques mois, et associe sa programmation au rock alternatif, au métal, au gothique et à la musique électronique. Le registre confirme désormais la structure juridique, les associés et l’adresse, sans permettre à lui seul de déterminer la configuration exacte des étages.
La société dépose sa déclaration annuelle de 1997 le 3 février 1998. Elle reçoit ensuite des avis de défaut en octobre 1998 et est finalement radiée d’office le 2 octobre 1999 pour défaut de produire deux déclarations annuelles consécutives. Cette radiation administrative ne correspond pas nécessairement à la fermeture du Purple Haze : le lieu avait déjà été remplacé par le Saphir, tandis que la société pouvait demeurer inscrite au registre jusqu’à sa radiation.[25]
9. Du Purple Haze au Saphir et au TRH-Bar
Selon l’histoire secondaire du lieu, la première incarnation du Purple Haze cesse ses activités en mars 1996. Le Velvet ouvre ensuite au 3699-A, tandis que le Nouveau Purple Haze occupe le 3699-B à partir de l’automne. Cette chronologie demeure plausible et concorde avec les changements de nom et d’adresse relevés dans les permis, mais ses détails reposent principalement sur une reconstitution publiée après les faits.
Le Purple Haze disparaît au printemps 1998. En juillet, le Club Saphir ouvre dans les anciens locaux après l’agrandissement du Velvet. Le Saphir reprend une partie de l’héritage alternatif du lieu et devient à son tour un point de rencontre associé aux scènes gothique et électronique.
Un avis de la Régie publié le 5 février 1999 apporte une preuve directe de cette transition. La société 9061-6822 Québec inc. y demande un permis pour le Saphir Bar Danse, au 3699-B, boulevard Saint-Laurent, à la suite d’une cession. Surtout, l’avis conserve le numéro de dossier 1443-894, exactement le même que celui du Nouveau Purple Haze en 1997. Il ne s’agit donc pas seulement de deux clubs ayant occupé successivement la même adresse : les documents établissent une continuité dans le dossier administratif du permis.[21]
Le Registraire des entreprises précise l’identité de cette société. 9061-6822 Québec inc. est constituée le 26 mars 1998 et immatriculée le lendemain. Son domicile est déclaré au 3699-A, boulevard Saint-Laurent, tandis que Saphir Bar Danse devient son autre nom officiel le 1er juin 1998. Stéphane Verdon en est le président et l’actionnaire majoritaire. L’entreprise déclare exercer dans le secteur des tavernes, bars et boîtes de nuit et compter de 11 à 25 salariés.[37]
La différence entre le domicile corporatif au 3699-A et le permis de bar au 3699-B concorde avec l’histoire d’un établissement réparti entre plusieurs parties de l’immeuble. Elle ne constitue cependant pas, à elle seule, une preuve de la disposition précise des salles. La société demeure inscrite jusqu’à sa dissolution volontaire le 28 mai 2013. Cette longévité juridique ne prouve pas que le Club Saphir a fonctionné sans interruption jusqu’à cette date; elle établit seulement que la personne morale a continué d’exister.
Le Devoir du 8 décembre 2001 cite le Purple Haze parmi les salles montréalaises disparues, aux côtés du Terminal, du Backstreet, de La Nausée, du Station 10 et de La Brique. Le passage replace sa fermeture dans le cycle rapide d’ouverture et de disparition qui caractérise les petites salles de musique émergente.[16]
En 2013, la continuité devient encore plus remarquable. Un avis de la Régie identifie Asfalte Sports Extrêmes inc. comme exploitant du TRH-Bar au 3699-B. La demande concerne un bar avec danse et spectacles sans nudité, à la suite d’une cession, et porte encore le numéro de dossier 1443-894. Ce numéro relie administrativement le Nouveau Purple Haze, le Saphir et le TRH-Bar sur une période de seize ans.[22]
Le TRH-Bar ouvre au printemps 2013 sous la direction de Fred Vitu et Joe Valina. Installé au deuxième étage, il se distingue par un grand bol de skateboard intérieur, accessible gratuitement. Le bar se présente comme un lieu de rassemblement pour la communauté skate montréalaise, avec musique, concerts, graffiti et consommations à prix abordables.[23]
En mars 2021, pendant la fermeture prolongée des lieux nocturnes causée par la pandémie, Joe Valina décrit encore le TRH comme son « bébé » et comme une place destinée aux jeunes marginaux. Il souligne l’importance du bruit des planches et du retour de la culture skate dans son lieu de rassemblement.[24]
10. Importance et héritage
L’importance du Purple Haze tient moins à une esthétique unique qu’à sa fonction dans l’écosystème musical montréalais. La salle offrait un espace à des groupes locaux en développement, permettait la rencontre de publics issus de plusieurs sous-cultures et pouvait accueillir rapidement des concerts déplacés depuis d’autres établissements.
Son histoire révèle aussi la fragilité de ce réseau : permis d’alcool, changements d’exploitants, faibles recettes au bar, coûts techniques, conflits autour des frais imposés aux groupes et transformations rapides des locaux. Pourtant, c’est précisément dans ces conditions modestes que se sont développés plusieurs groupes marquants du punk, du ska, du hip-hop et du rock alternatif montréalais.
Le Purple Haze mérite donc d’être retenu non comme un simple « club grunge », mais comme une salle polyvalente de la Main où une partie de la scène locale des années 1990 a pu se former, se produire et trouver son public. Replacé entre Poodles, Le Kilimandjaro, Quasimodo, le Garage St. Laurent, le Zoulou, le Black Hole, le Saphir et le TRH-Bar, il apparaît aussi comme un maillon d’une histoire culturelle beaucoup plus longue du 3699 Saint-Laurent.
En résumé
Une adresse culturelle sur plusieurs décennies
1986–1988 — Poodles, club éclectique de Paul Raymer
1987–1988 — première exploitation documentée du Kilimandjaro au 3699-B
1989–1992 — Quasimodo au 3699-A; le nom Kilimandjaro réapparaît au 3699-B en 1990
1990–1991 — Garage St. Laurent au 3699; son numéro de téléphone le rattache probablement au 3699-B
1992 — Zoulou Bar Danse documenté au 3699-B
1992–1993 — transition documentée de Quasimodo vers le Purple Haze au 3699-A
1993–1995 — forte présence des scènes punk, hip-hop, ska et rock indépendant
1994–1995 — Purple Haze Plus au 3699-A et Black Hole au deuxième étage
1996–1998 — Velvet au 3699-A et Nouveau Purple Haze au 3699-B
12 novembre 1996 — immatriculation du Nouveau Purple Haze de Fania et Monte au 3699-B
26–27 mars 1998 — constitution et immatriculation de 9061-6822 Québec inc., future exploitante du Saphir Bar Danse
2013 — ouverture du TRH-Bar et dissolution volontaire de 9061-6822 Québec inc.
11. Notes & sources
- JOSH FREED, « Politicians should visit the Main to see what Canada could be », The Gazette, 20 juin 1992. Le Purple Haze est cité parmi les clubs participant au renouveau nocturne du boulevard Saint-Laurent.
- MARK LEPAGE, « First they took Slovenia, now Asexuals plot musical conquest of all Europe », The Gazette, 28 décembre 1992. Annonce du concert des Asexuals au Purple Haze avant leur tournée européenne.
- MARK LEPAGE, article consacré à la fermeture de La Brique et des Foufounes Électriques, The Gazette, 16 janvier 1993. Le concert de Fear est déplacé des Foufounes au Purple Haze.
- MARK LEPAGE, chronique musicale, The Gazette, 17 septembre 1993. Annonce d’un spectacle promotionnel de Shades of Culture pour MuchMusic au Purple Haze.
- THE GAZETTE, 24 septembre 1993 et 25 mars 1994. Annonces de Slaves on Dope et de Bob Snider au Purple Haze.
- MARK LEPAGE, chronique musicale, The Gazette, 3 juin 1994. Annonces de la Cabaret Night, de Planet Smashers, Poupées Gonflables, Mustard, Howling Mindglide, Bloom, Shades of Culture, R-Kade et Solo Shot.
- MARK LEPAGE, chronique musicale, The Gazette, 30 juin 1994. Annonces de Thrill of It All avec Charles Papasoff, puis de Dead Reckoning, Spirit Pushers et Slaves on Dope.
- PAT DONNELLY, « Reefer Madness is still a hoot », The Gazette, 21 juin 1994. Compte rendu de la production de Goliath Productions présentée au Purple Haze.
- THE GAZETTE, 17 novembre et 8 décembre 1994; 13 avril 1995. Mentions de Blinker the Star, Blood Sausage, Shades of Culture et The Umbrellas, ainsi que d’autres activités du club.
- MARK LEPAGE, « Club scene coming out of hibernation », The Gazette, 2 février 1995. L’article décrit les concerts complets de Kingpins, Planet Smashers, The Nils, Tinker, Goldfish, Rhinolift et Stellar Dweller.
- MARK LEPAGE, « Sawtooth skronks on », The Gazette, 10 novembre 1994. Témoignage de Will Richards sur les clubs montréalais et les pratiques de paiement imposées aux groupes.
- MARK LEPAGE, article sur le pay-to-play, The Gazette, 10 juin 1995. Témoignages de musiciens, promoteurs et propriétaires, dont Patrick Mercier; les propos de Stéphane Fania concernent le Club Rage.
- RÉGIE DES ALCOOLS, DES COURSES ET DES JEUX, avis de demandes relatives à un permis ou à une licence, Le Devoir, 21 avril 1995. 139105 Canada inc., Bar Purple Haze Plus, 3699-A boulevard Saint-Laurent : demande d’un permis additionnel pour un bar sur terrasse.
- RÉGIE DES ALCOOLS, DES COURSES ET DES JEUX, avis de demandes relatives à un permis ou à une licence, Le Devoir, 8 août 1997. Stéphane Fania et Luis Monte, Le Nouveau Purple Haze, 3699-B boulevard Saint-Laurent : bar avec danse et spectacles sans nudité.
- MARK LEPAGE, chronique musicale, The Gazette, 13 décembre 1996. Annonce de Devise$ Américaine$ — American Devices — au Purple Haze.
- BERNARD LAMARCHE, article sur la musique alternative et émergente, Le Devoir, 8 décembre 2001. Le Purple Haze est cité parmi plusieurs salles de la scène locale ayant fermé leurs portes.
- ABRIDGED PAUSE RECORDINGS, « Emissary & Breaking Violet Official Biography »; et historique du Purple Haze repris par Setlist.fm. Sources secondaires utilisées avec prudence pour la chronologie de Frank William, du Velvet, de la relance de 1996 et de l’ouverture du Club Saphir en 1998.
- MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE, affiches, billets, coupures de presse et recherches consacrés au Purple Haze et aux salles du boulevard Saint-Laurent.
- BILL BROWNSTEIN, « Poodles puts on the dog: club celebrates first birthday », The Gazette, 12 décembre 1987. L’article décrit le Poodles, sa capacité de 125 personnes, son propriétaire Paul Raymer, sa programmation éclectique et son premier anniversaire prévu le 27 décembre.
- THE GAZETTE, 3 janvier, 12 et 19 septembre, 14 novembre et 24 décembre 1987. Annonces et chroniques documentant le Poodles au 3699 Saint-Laurent ainsi que les prestations des Gruesomes, de Tav Falco, American Devices, Camel Clutch et Just for Mom.
- RÉGIE DES ALCOOLS, DES COURSES ET DES JEUX, avis de demandes relatives à un permis ou à une licence, Le Devoir, 5 février 1999. 9061-6822 Québec inc., Saphir Bar Danse, 3699-B boulevard Saint-Laurent; bar avec danse et spectacles sans nudité, à la suite d’une cession; dossier 1443-894.
- RÉGIE DES ALCOOLS, DES COURSES ET DES JEUX, avis de demandes relatives à un permis ou à une licence, Le Devoir, 29 mars 2013. Asfalte Sports Extrêmes inc., TRH-Bar; bar avec danse et spectacles sans nudité, à la suite d’une cession; dossier 1443-894. L’avis comporte une coquille apparente dans le numéro civique, tandis que les autres sources situent le TRH au 3699 Saint-Laurent.
- PATRICK LEJTENYI, « Cheap beer, music and skateboarding », The Gazette, 14 juin 2013. Portrait du TRH-Bar, ouvert depuis un peu plus d’un mois par Fred Vitu et Joe Valina au deuxième étage du 3699 Saint-Laurent.
- CAROLINE MONTPETIT, « Montréal, ville fermée », Le Devoir, 18 mars 2021. Article sur la campagne de Montréal 24/24 et témoignage de Joe Valina au sujet du TRH-Bar et de la communauté skate.
- REGISTRAIRE DES ENTREPRISES DU QUÉBEC, état de renseignements de la société de personnes Le Nouveau Purple Haze S.L., NEQ 3346302006, renseignements consultés le 16 septembre 2026. Société en nom collectif immatriculée le 12 novembre 1996 au 3699-B boulevard Saint-Laurent; associés : Stéphane Fania et Luis Monte; autre nom déclaré : The New Purple Haze; radiation d’office le 2 octobre 1999.
- THE GAZETTE, 24 décembre 1988. Annonce du Poodles et des Poodle All Stars au 3699 Saint-Laurent.
- AFFICHE DE CONCERT, collection Montreal Concert Poster Archive, 1989. Huge Groove Experience et Lost Patrol au Quasimodo, 3699 Saint-Laurent, le mardi 12 décembre.
- JAMES MENNIE, chronique politique, The Gazette, 18 septembre 1989. Soirée de musique, vidéos et humour au Quasimodo pendant la campagne électorale québécoise.
- THE GAZETTE, « Dancers put their best feet forward at variety of clubs », 4 mars 1990; et chronique urbaine, 16 juin 1990. Le Quasimodo est associé au rap, au reggae et à la danse sans frais d’entrée; Le Kilimandjaro est situé au 3699-B.
- ANNUAIRES LOVELL DE MONTRÉAL, éditions 1989–1990 et 1990–1991, liste des occupants du boulevard Saint-Laurent. Les entrées permettent de vérifier les établissements associés à l’immeuble durant cette période.
- RÉGIE DES PERMIS D’ALCOOL DU QUÉBEC, avis de demande d’un permis d’alcool, Le Devoir, 5 juin 1987. 2523-8767 Québec inc., Kilimandjaro Bar-Dance, 3699-B boulevard Saint-Laurent : demande d’autorisation de spectacles dans un bar avec danse existant.
- THE GAZETTE, 16 avril 1988. Annonce du Kilimandjaro au 3699-B Saint-Laurent, deuxième étage, avec Social Roots Live les jeudis et dimanches.
- VILLE DE MONTRÉAL, avis de vente par huissier, The Gazette, 20 juillet 1988. Vente aux enchères de l’équipement de bar et du système de son de Kilimandjaro Bar-Dance / 2523-8767 Québec inc. au 3699-B, à la suite du non-paiement de diverses taxes municipales.
- ANNUAIRE LOVELL DE MONTRÉAL, édition 1992, liste des occupants du boulevard Saint-Laurent. Le Quasimodo est inscrit au 3699-A avec le numéro de téléphone 285-4551.
- ANNUAIRE LOVELL DE MONTRÉAL, édition 1993, liste des occupants du boulevard Saint-Laurent. Le Purple Haze Bar et Quasimodo apparaissent ensemble au 3699-A et partagent le numéro 285-4551, documentant directement la transition entre les deux identités.
- ANNUAIRE LOVELL DE MONTRÉAL, édition 1992, liste des occupants du boulevard Saint-Laurent. Le Zoulou Bar Danse est inscrit au 3699-B avec le numéro de téléphone 847-0504, parallèlement au Quasimodo inscrit au 3699-A.
- REGISTRAIRE DES ENTREPRISES DU QUÉBEC, état de renseignements de 9061-6822 Québec inc., NEQ 1147564885, renseignements consultés le 16 septembre 2026. Société constituée le 26 mars 1998 et immatriculée le 27 mars au 3699-A boulevard Saint-Laurent; autre nom déclaré : Saphir Bar Danse; président et actionnaire majoritaire : Stéphane Verdon; dissolution volontaire le 28 mai 2013.
- THE GAZETTE, 23 et 26 novembre 1990, et 20 septembre 1991. Annonce de l’ouverture du Garage St. Laurent au 3699 boulevard Saint-Laurent avec Huge Groove Experience; liste des clubs donnant le numéro 847-0504; annonce des Minstrels et du DJ Golly au Garage.
- AFFICHE DE CONCERT, collection Montréal Concert Poster Archive, 1995. Troisième Fuck Christmas Extravaganza avec Blood Sausage, Rhinolift et Slowly Going Deaf, au Black Hole, 3699 Saint-Laurent, le samedi 23 décembre 1995. Le lieu occupait le deuxième étage.
- TÉMOIGNAGE DIRECT DE LUC L’HEUREUX, recueilli par Jean-François Hayeur pour le MCPA. Le Black Hole était actif dès 1994 au deuxième étage du 3699 Saint-Laurent; ses propriétaires étaient Luc L’Heureux et Nicole Couturier. Les propriétaires de l’immeuble étaient connus sous les prénoms Rachid et Mohammed.





















































