Gésu
Inauguré le 10 juillet 1865 au sein du Collège Sainte-Marie, le Gésu est d’abord conçu comme un vaste amphithéâtre académique destiné à l’enseignement, au théâtre scolaire et aux manifestations culturelles des Jésuites. Comptant à l’origine environ 1 200 places, une fosse d’orchestre et un plateau tournant, la salle possède un équipement exceptionnel pour son époque. Davantage ouverte au grand public à partir de 1923, elle devient au XXe siècle une scène importante du théâtre québécois et accueille en 1970 la première Nuit de la poésie. Toujours actif aujourd’hui, le Gésu constitue l’une des plus anciennes salles de spectacle montréalaises encore existantes et un témoin exceptionnel de plus de 160 ans de vie culturelle.
1. Présentation
La salle du Gésu occupe une place exceptionnelle dans l’histoire culturelle de Montréal. Inaugurée le 10 juillet 1865, elle fait partie du vaste ensemble religieux et éducatif formé par l’église du Gésu et le Collège Sainte-Marie.
Contrairement aux grands théâtres commerciaux du XIXe siècle, le Gésu n’est pas conçu à l’origine comme un théâtre public professionnel. Il constitue d’abord une salle d’académie destinée aux élèves du collège, aux exercices oratoires, aux représentations scolaires et aux manifestations culturelles liées à l’enseignement jésuite.
Cette origine institutionnelle n’empêche toutefois pas la salle de posséder des caractéristiques techniques remarquables. Son amphithéâtre pouvait accueillir environ 1 200 personnes et disposait notamment d’une fosse d’orchestre et d’un plateau tournant.
Au fil du temps, la vocation du Gésu évolue. Le théâtre scolaire laisse progressivement place à une programmation professionnelle et à des compagnies qui participeront directement au développement du théâtre québécois moderne.
2. Le Collège Sainte-Marie et les origines du Gésu
L’histoire du Gésu est indissociable de celle du Collège Sainte-Marie, institution fondée par les Jésuites à Montréal au XIXe siècle. L’enseignement jésuite accorde alors une place importante à la rhétorique, à l’expression orale et aux exercices dramatiques.
Dans les collèges religieux européens comme nord-américains, le théâtre sert depuis longtemps d’outil pédagogique. Les élèves peuvent y apprendre à parler devant un public, développer leur mémoire, travailler leur diction et mettre en pratique les enseignements littéraires et moraux reçus en classe.
La création d’une véritable salle d’académie permanente au sein du Collège Sainte-Marie répond donc autant à un objectif éducatif qu’à une volonté culturelle.
Une autre conception du théâtre
Une salle destinée d’abord à l’éducation
Lors de son ouverture en 1865, le Gésu n’est pas un théâtre commercial comparable au Théâtre Royal ou aux grandes salles professionnelles de Montréal.
Il s’agit avant tout d’un amphithéâtre académique où le théâtre fait partie de la formation des étudiants du Collège Sainte-Marie.
3. La construction de l’amphithéâtre
La construction de l’ensemble du Gésu débute en 1864. Plusieurs architectes sont associés à son développement, dont Félix Martin, Pierre-Louis Morin, Patrick C. Keely et Thomas Lamontagne.
Le projet s’inscrit dans l’expansion du Collège Sainte-Marie et dans la volonté des Jésuites de créer un complexe capable de réunir enseignement, religion, culture et activités publiques.
L’église et les espaces adjacents témoignent de plusieurs influences architecturales européennes. Le décor intérieur fait notamment appel aux effets de marbre peint, au trompe-l’œil et à une conception décorative qui distingue nettement l’ensemble dans le paysage montréalais du XIXe siècle.
L’amphithéâtre est officiellement inauguré le 10 juillet 1865.
4. Une salle exceptionnellement moderne pour 1865
La salle originale du Gésu impressionne par ses dimensions. Elle peut accueillir près de 1 200 spectateurs, ce qui la rapproche davantage d’une véritable grande salle que d’un simple auditorium scolaire.
Son équipement est également remarquable. La scène comprend notamment une fosse d’orchestre ainsi qu’un plateau tournant, permettant de modifier plus facilement les configurations scéniques.
Ces installations donnent au Gésu une polyvalence inhabituelle pour une salle académique. Théâtre, musique, exercices scolaires, conférences, démonstrations et manifestations culturelles peuvent ainsi se succéder dans un même espace.
1865
Près de 1 200 places
L’amphithéâtre original du Gésu compte environ 1 200 places et possède une fosse d’orchestre ainsi qu’un plateau tournant.
Cette infrastructure contribue à expliquer pourquoi une salle conçue initialement pour un collège peut ensuite évoluer vers une véritable activité théâtrale professionnelle.
5. Le théâtre scolaire et les premières décennies
Durant ses premières décennies, le Gésu demeure essentiellement associé aux activités du Collège Sainte-Marie. La salle sert aux exercices académiques, représentations dramatiques, démonstrations et événements organisés par l’institution.
Cette pratique contribue à former plusieurs générations d’étudiants à l’art dramatique et à l’expression publique. Le théâtre est ainsi intégré à un environnement où se croisent enseignement littéraire, éloquence, musique et culture générale.
La salle participe également à une tradition d’expérimentation éducative. Les activités du collège comprennent notamment des projections lumineuses, des démonstrations scientifiques et différentes formes de présentations publiques.
Pendant plusieurs décennies, le Gésu demeure donc une salle importante sans fonctionner encore comme un théâtre public professionnel au sens moderne.
6. L’ouverture au grand public en 1923
Un changement important survient en 1923, lorsque l’amphithéâtre du Gésu s’ouvre davantage au grand public.
Cette période est notamment associée à la troupe des Anciens du Gesù, dirigée par le père Joseph Paré. Le développement des activités théâtrales permet à de jeunes interprètes de se faire connaître et contribue à rapprocher progressivement la salle du milieu professionnel.
Parmi les artistes associés à cette période figurent notamment Hector Charland et Paul Langlais, qui feront ensuite carrière dans le théâtre québécois.
Le passage d’une salle principalement scolaire à une salle plus largement ouverte au public marque une étape déterminante dans l’évolution du Gésu.
7. Les grandes compagnies théâtrales
Au cours du XXe siècle, le Gésu devient progressivement l’une des scènes importantes de Montréal. Plusieurs compagnies et troupes appelées à jouer un rôle majeur dans l’histoire du théâtre québécois y présentent des productions.
Parmi celles-ci figurent notamment Les Compagnons de Saint-Laurent, L’Équipe, le Rideau Vert, le Théâtre d’Essai, le Théâtre du Nouveau-Monde, le Théâtre Club et la Nouvelle Compagnie Théâtrale.
Le Gésu devient ainsi un lieu de passage et de développement pour des comédiens, metteurs en scène, auteurs et compagnies qui contribuent à l’émergence d’un théâtre québécois professionnel et moderne.
Des œuvres d’auteurs tels que Marcel Dubé, Gratien Gélinas, Robert Gurik et Claude Jasmin sont également associées à l’histoire artistique de la salle.
8. Les transformations de 1945 et 1992
En 1945, d’importants travaux permettent de moderniser les installations techniques du Gésu. Les équipements de scène, la régie et l’éclairage sont adaptés aux exigences du théâtre contemporain.
Le plateau tournant est également repensé, permettant à la salle de mieux répondre aux besoins des compagnies professionnelles qui l’utilisent désormais régulièrement.
Une nouvelle transformation majeure survient en 1992. Le Gésu devient alors un complexe culturel organisé autour de plusieurs espaces complémentaires.
L’amphithéâtre principal est réaménagé pour accueillir 425 spectateurs, tandis que la Salle d’Auteuil, beaucoup plus intime, offre 83 places.
Des espaces d’exposition, une salle de conférence et des lieux multidisciplinaires destinés aux rencontres, lancements et événements culturels complètent le complexe.
9. De la Nuit de la poésie au Vivier
L’histoire du Gésu dépasse largement le cadre du théâtre traditionnel. La salle devient également un lieu d’expression pour la poésie, la musique, les débats publics et différentes formes de création contemporaine.
En 1970, le Gésu accueille notamment la première Nuit de la poésie, événement majeur de la culture québécoise auquel participent plusieurs poètes et artistes importants, dont Gaston Miron, Michèle Lalonde et Raôul Duguay.
Au début du XXIe siècle, la vocation multidisciplinaire de la salle se poursuit. En 2015, Le Vivier — Carrefour des musiques nouvelles annonce son installation permanente au Gésu.
Cette présence renforce le rôle du bâtiment comme lieu consacré aux musiques de création, aux pratiques sonores contemporaines et aux expérimentations artistiques.
Le Gésu devient ainsi un espace où patrimoine architectural et création contemporaine peuvent cohabiter.
10. Importance historique
Le Gésu occupe une position particulière dans l’histoire des salles de spectacle montréalaises. Son importance ne repose pas sur le fait d’avoir été le premier théâtre de Montréal, mais sur la continuité exceptionnelle de son existence.
Lorsque l’amphithéâtre ouvre en 1865, Montréal possède déjà une longue tradition théâtrale. Des salles comme le Théâtre Royal ont existé plusieurs décennies auparavant. Ces théâtres ont toutefois disparu, été démolis ou transformés.
Le Gésu, lui, demeure toujours présent dans le paysage montréalais plus de 160 ans après son inauguration.
Cette longévité en fait un témoin exceptionnel de plusieurs périodes successives de l’histoire culturelle de Montréal : théâtre scolaire jésuite, formation dramatique, émergence des compagnies professionnelles, poésie, musique et création contemporaine.
Précision historique
Le Gésu est-il le plus ancien théâtre de Montréal?
Le Gésu est l’une des plus anciennes salles de spectacle montréalaises toujours existantes, mais il ne faut pas le confondre avec le premier théâtre construit à Montréal.
Le Théâtre Royal de 1825 était déjà un édifice conçu spécifiquement pour le théâtre. Le Gésu, inauguré quarante ans plus tard, était initialement une salle d’académie du Collège Sainte-Marie.
Sa véritable singularité réside donc dans sa survie et sa continuité culturelle depuis 1865.
Évolution des salles montréalaises
Du théâtre adapté à la salle patrimoniale
1774 — Maison Foucher / futur Café Dillon
1804 — Salle de James Ormsby
1824 — New Market Theatre
1825 — Théâtre Royal, premier édifice montréalais conçu spécifiquement pour le théâtre
1865 — Inauguration de l’amphithéâtre du Gésu
1893 — Ouverture du Monument-National
11. Chronologie
- 1864 — Début de la construction de l’ensemble du Gésu.
- 10 juillet 1865 — Inauguration de l’amphithéâtre du Collège Sainte-Marie.
- 1865 — La salle compte environ 1 200 places et possède une fosse d’orchestre ainsi qu’un plateau tournant.
- 1923 — Ouverture accrue de la salle au grand public et activités de la troupe des Anciens du Gesù.
- 1945 — Importante modernisation de la scène, de la régie et des équipements techniques.
- Milieu du XXe siècle — Plusieurs compagnies importantes du théâtre québécois se produisent au Gésu.
- 1970 — Première Nuit de la poésie.
- 1975 — Reconnaissance patrimoniale de l’ensemble.
- 1992 — Reconfiguration majeure du complexe culturel : amphithéâtre de 425 places et Salle d’Auteuil de 83 places.
- 2015 — Le Vivier — Carrefour des musiques nouvelles annonce son installation permanente au Gésu.
- 2015–2016 — Célébration du 150e anniversaire.
- Aujourd’hui — Le Gésu demeure un lieu actif de spectacle, de création et de diffusion culturelle.
12. Notes & sources
Études historiques
-
BOURASSA, ANDRÉ-G.
La salle du Gesù, 1865-1995 : une pièce d’archives, L’Annuaire théâtral, Société québécoise d’études théâtrales. Étude consacrée à l’histoire de l’amphithéâtre du Gésu et à son rôle dans l’évolution du théâtre montréalais. -
L’ANNUAIRE THÉÂTRAL.
Études consacrées à l’évolution des salles de théâtre montréalaises et à l’histoire de la pratique théâtrale au Québec. -
DESJARDINS, PAUL.
Le Collège Sainte-Marie de Montréal.
Travaux historiques consacrés au collège jésuite auquel appartenait la salle du Gésu. -
MARSAN, JEAN-CLAUDE.
Montréal : historique du développement de l’architecture, Montréal, Fides, 1974.
Sources institutionnelles
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GESÙ — CENTRE DE CRÉATIVITÉ.
Historique institutionnel de l’église et de l’amphithéâtre du Gésu. La documentation du Gésu fournit notamment les informations concernant la capacité originale de la salle, le plateau tournant, la fosse d’orchestre, les rénovations de 1945, la reconfiguration de 1992 et les célébrations du 150e anniversaire.
Sources journalistiques
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LETARTE, MARTINE.
« Le Vivier s’installe au Gesù », Le Devoir, 24 janvier 2015. -
MONT PETIT, CAROLINE.
« Le vénérable Gesù pourrait changer de mains », Le Devoir, 9 décembre 2015.
Événements documentés
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1970 — NUIT DE LA POÉSIE.
Événement culturel majeur tenu au Gésu et associé notamment à Gaston Miron, Michèle Lalonde et Raôul Duguay. -
1975 — RECONNAISSANCE PATRIMONIALE.
Reconnaissance de l’importance patrimoniale du complexe du Gésu par les autorités culturelles québécoises.





































