Bar Le Ritz PDB (Montréal)
Situé au 179, rue Jean-Talon Ouest, le Bar Le Ritz PDB est l’héritier direct d’Il Motore, salle indépendante ouverte en novembre 2008 dans les anciens locaux du Zebra Lounge. Né de la collaboration entre l’équipe de La Sala Rossa et l’agence Blue Skies Turn Black, Il Motore devient pendant près de six ans un point d’ancrage de la scène indépendante montréalaise. Après une transformation majeure menée par Meyer Billurcu, Thierry Amar et Efrim Menuck, la salle renaît en octobre 2014 sous le nom de Bar Le Ritz PDB — « Punks Don’t Bend » — et poursuit depuis cette tradition de concerts indépendants. [1], [3], [4]
1. Présentation
L’histoire du Bar Le Ritz PDB commence plusieurs années avant l’apparition de ce nom. Au même endroit, au 179, rue Jean-Talon Ouest, se trouvait auparavant le Zebra Lounge. En novembre 2008, le local est transformé en une nouvelle salle de spectacles baptisée Il Motore. [1]
Il Motore répond alors à un besoin très concret de la scène indépendante montréalaise : disposer d’une salle intermédiaire pouvant accueillir des artistes devenus trop importants pour les petits cafés et bars, mais dont le public ne justifie pas nécessairement les grandes salles de spectacles. À son ouverture, sa capacité est annoncée à 225 personnes. [1]
Le lieu s’inscrit dans un réseau déjà solidement implanté autour de La Sala Rossa, de la Casa del Popolo et de l’agence de promotion Blue Skies Turn Black. Cette dernière joue depuis 2000 un rôle important dans le développement du circuit indépendant montréalais. [2]
Six ans plus tard, Il Motore est entièrement repensé. La salle ferme sous son ancien nom le 16 août 2014 et renaît à l’automne sous celui de Bar Le Ritz PDB. Malgré la transformation physique et le changement d’identité, le nouveau lieu conserve l’une des caractéristiques essentielles d’Il Motore : son appartenance à la culture musicale indépendante montréalaise. [3]
2. Blue Skies Turn Black
Pour comprendre la naissance d’Il Motore, il faut remonter à 2000. Cette année-là, Meyer Billurcu et Brian Neuman fondent à Montréal l’agence de promotion Blue Skies Turn Black, généralement désignée par l’acronyme BSTB. [2]
À l’époque, les circuits de tournée canadiens demeurent difficiles pour de nombreux artistes indépendants. Certaines tournées américaines ne prévoient qu’une seule date au Canada, tandis que les groupes locaux évoluant hors des circuits commerciaux disposent de peu de structures capables de les accompagner.
Billurcu et Neuman commencent modestement. Leur premier événement est une projection d’Instrument, le documentaire de Jem Cohen consacré à Fugazi, présentée à l’Université Concordia en mars 2000. Environ six mois plus tard, ils organisent un concert de Sam Prekop, de The Sea and Cake, au North American Bar & Grill. [2]
Les premiers événements sont produits dans des cafés, des librairies et de petites salles. Les moyens sont limités : Neuman se souvenait qu’à certaines occasions, pratiquement tout l’argent recueilli était remis aux artistes, les promoteurs ne conservant qu’une petite somme pour payer les affiches. [2]
« Tout l’argent allait aux groupes, et on se gardait 30 $ pour payer les affiches. »
3. Construire une scène indépendante
Pendant ses premières années, Blue Skies Turn Black contribue à créer un réseau autour d’artistes et de publics qui trouvent encore peu de place dans les circuits traditionnels. Neuman décrira plus tard cette scène comme une communauté de musiciens, d’artistes et d’amateurs réunis autour d’une culture alternative négligée par l’industrie. [2]
BSTB participe notamment à l’organisation des premiers spectacles montréalais d’Arcade Fire, avant que le groupe ne connaisse une carrière internationale. Au fil des années, l’agence passe de petits événements artisanaux à des productions plus ambitieuses, tout en maintenant son identité indépendante. [2]
Au cours de ses premières années, BSTB agit également comme maison de disques. Cette activité prend fin en 2007, permettant à l’organisation de concentrer ses efforts sur la promotion et la production de spectacles.
Le musicien André Guérette, membre du groupe montréalais AIDS Wolf, rejoint l’organisation en 2006 comme troisième partenaire. Il quitte BSTB en 2009. Brian Neuman s’en retire à son tour en 2011, laissant Meyer Billurcu poursuivre le développement de l’agence et d’Il Motore.
Membres de la communauté
Blue Skies Turn Black
L’histoire de BSTB illustre la manière dont une scène musicale peut se construire en dehors des grandes structures de l’industrie : promoteurs, musiciens, petites salles, affiches et publics forment progressivement un réseau capable de soutenir ses propres artistes. Dix ans après sa fondation, BSTB produisait déjà entre 250 et 300 spectacles par année. [2]
4. Du Zebra Lounge à Il Motore
En 2008, le local du 179, rue Jean-Talon Ouest est occupé par le Zebra Lounge. La transformation du lieu en salle de spectacles donne naissance à Il Motore. [1]
Le projet associe alors deux réseaux importants de la scène indépendante. D’un côté se trouve l’équipe liée à La Sala Rossa et à la Casa del Popolo; de l’autre, Blue Skies Turn Black.
Pour Steve Guimond, de La Sala Rossa/Casa del Popolo, cette nouvelle salle répond à un problème de capacité et de disponibilité. Les autres espaces étaient tellement sollicités qu’une troisième salle devenait nécessaire. [1]
« Il y a tellement de choses qui se passent à Montréal, que tous nos espaces étaient réservés à la semaine longue. On avait vraiment besoin d’un endroit de cette dimension-là. »
Cette déclaration résume bien le contexte dans lequel naît Il Motore : la multiplication des concerts indépendants à Montréal crée elle-même le besoin de nouvelles infrastructures.
5. 21 novembre 2008 : ouverture d’Il Motore
Il Motore lance officiellement ses activités le 21 novembre 2008. Pour sa soirée inaugurale, la salle accueille les United Steel Workers of Montreal. [1]
Dès les semaines suivantes, la programmation annonce notamment Sebastien Grainger, associé à Death from Above, ainsi que les groupes locaux The Witches, Broadcast Radio et Human Highway. [1]
La nouvelle salle possède alors une capacité annoncée de 225 personnes. Sa taille la place entre les très petits lieux indépendants et les salles montréalaises de plus grande capacité, ce qui en fait rapidement un outil utile pour les promoteurs.
Contrairement au Ritz qui lui succédera, Il Motore n’est pas conçu comme un bar ouvert quotidiennement. Le local ouvre essentiellement lorsqu’un spectacle ou un événement y est présenté. [3]
6. Les années Il Motore
De 2008 à 2014, Il Motore accueille une succession de concerts indépendants et devient l’une des petites salles familières du circuit montréalais. Sa programmation bénéficie directement du réseau développé par Blue Skies Turn Black et les autres promoteurs actifs dans la ville.
Mais le lieu possède aussi des défauts physiques importants. La scène est installée près de l’entrée, de lourds rideaux couvrent les murs et les fenêtres, et une différence de niveau dans le plancher divise étrangement la pièce en deux. [3]
Meyer Billurcu reconnaîtra lui-même qu’il n’a jamais été entièrement satisfait de l’aménagement. Des désaccords entre les copropriétaires empêchent toutefois pendant un certain temps d’entreprendre les transformations qu’il souhaite.
À un moment, la possibilité de vendre Il Motore est même sérieusement envisagée et un agent immobilier est impliqué. Billurcu demeure cependant convaincu que la salle possède un potentiel qui n’a pas encore été pleinement exploité. [3]
« There was always an awkward vibe here. It never felt proper. »
7. 2014 : un lieu à la croisée des chemins
Au printemps 2014, l’avenir d’Il Motore est incertain. Meyer Billurcu vient finalement de racheter les parts des autres propriétaires et peut envisager une transformation plus profonde du lieu. [3]
Au même moment, deux musiciens montréalais cherchent un local dans le quartier : Thierry Amar et Efrim Menuck, membres de Godspeed You! Black Emperor.
Ils envisagent d’abord l’achat d’un autre établissement situé à environ un coin de rue. Celui-ci étant à la fois restaurant et bar, Amar hésite à se lancer dans la restauration. Après avoir étudié d’autres possibilités, les deux musiciens prennent contact avec Billurcu. [3]
La rencontre transforme complètement l’avenir d’Il Motore.
9. La transformation de la salle
La dernière soirée sous le nom Il Motore a lieu le 16 août 2014. Dès le lendemain matin, les travaux commencent. [3]
Des murs sont démolis, la différence de niveau du plancher est éliminée et les lourds rideaux disparaissent. Le plafond de couleur crème est peint en noir. Surtout, la scène est déplacée au fond de la salle, à l’emplacement de l’ancien bar.
Le nouvel espace scénique est plus serré que l’ancien. Cette proximité convient particulièrement bien aux spectacles punk et aux concerts où la séparation entre artistes et public devient minimale. Des bandes de vinyle colorées sont installées sur les murs autour de la scène. [3]
La pièce maîtresse de la rénovation est toutefois le nouveau bar : un arrière-bar centenaire d’environ 22 pieds, importé de Chicago. Cet élément ancien donne immédiatement au nouveau lieu une identité visuelle très différente de celle d’Il Motore. [3]
Transformation
Il Motore → Bar Le Ritz PDB
La transformation de 2014 ne consiste pas à poser une nouvelle enseigne sur Il Motore. Le plancher est refait, la scène déplacée, les murs transformés, le plafond repeint et un arrière-bar historique importé de Chicago est installé. Le Ritz constitue donc une véritable réinvention du même espace.
10. « Punks Don’t Bend »
La transformation entraîne également l’abandon du nom Il Motore. Le nouvel établissement devient le Bar Le Ritz PDB.
L’idée d’accompagner le nom principal d’un acronyme s’inspire notamment du célèbre club new-yorkais CBGB, dont le nom complet comprenait également l’acronyme OMFUG. [3]
Dans le cas du Ritz, PDB signifie « Punks Don’t Bend » — littéralement, « les punks ne plient pas ».
Thierry Amar rapproche l’esprit de cette expression du titre de l’album de Godspeed You! Black Emperor, Allelujah! Don’t Bend! Ascend!. Il ne s’agit pas d’une explication littérale du titre de l’album, mais plutôt d’une attitude commune : poursuivre un projet artistique avec conviction et indépendance. [3]
« What PDB means to us — any art project we’ve undertaken has been done with pure abandon and love. »
11. Naissance du Bar Le Ritz PDB
Après quelques événements permettant de tester le nouvel aménagement, notamment pendant POP Montréal, le Bar Le Ritz PDB est officiellement lancé le jeudi 9 octobre 2014. [3], [4]
Le nouveau lieu est alors présenté comme une salle d’environ 300 personnes. Cette capacité diffère des 225 places annoncées lors de l’ouverture d’Il Motore en 2008; elle reflète la configuration et les descriptions du lieu à l’époque de sa transformation. [1], [3]
L’objectif initial est d’ouvrir le bar tous les jours à partir de 15 h jusqu’à la fermeture, alors qu’Il Motore n’ouvrait essentiellement que lorsqu’un spectacle était prévu. [3]
La continuité demeure néanmoins évidente. Meyer Billurcu reste au cœur du projet, Blue Skies Turn Black continue d’y présenter des spectacles et le lieu conserve sa vocation de plateforme pour la musique indépendante.
12. Programmation et identité
Le Bar Le Ritz PDB s’inscrit dans une tradition montréalaise de salles où la programmation est définie moins par un genre unique que par une culture musicale indépendante. Au fil des années, sa scène accueille du rock indépendant, du punk, du hardcore, de la musique expérimentale, de l’électronique et de nombreux projets difficiles à classer.
Cette diversité prolonge en grande partie l’approche développée par Blue Skies Turn Black depuis 2000 : faire circuler à Montréal des artistes internationaux tout en offrant une scène aux groupes locaux et émergents.
La taille du Ritz contribue à cette fonction. Suffisamment petit pour préserver une grande proximité entre artistes et spectateurs, il peut également accueillir des groupes dont la popularité dépasse celle des micro-salles montréalaises.
La salle devient ainsi l’un des maillons du réseau indépendant qui relie petites salles, promoteurs, festivals, artistes locaux et tournées internationales.
13. Une salle dans un quartier en transformation
L’histoire du Ritz PDB est également liée aux transformations du secteur de Jean-Talon Ouest. Lorsque le Zebra Lounge puis Il Motore occupent l’adresse, l’environnement immédiat présente encore un caractère commercial et industriel marqué.
Au cours des années 2010, le développement résidentiel modifie progressivement la relation entre les salles de spectacles du secteur et leur voisinage. Le Ritz doit notamment composer avec des plaintes liées au bruit et entreprendre des améliorations d’insonorisation.
Cette situation illustre un problème récurrent dans l’histoire récente des salles montréalaises : des lieux culturels contribuent à rendre un secteur attrayant, puis doivent s’adapter lorsque de nouveaux usages résidentiels apparaissent autour d’eux.
Enjeu urbain
Musique, voisinage et transformation des quartiers
Comme plusieurs salles montréalaises, le Ritz PDB se trouve au croisement de deux réalités : la nécessité de préserver des espaces accessibles à la musique en direct et celle de cohabiter avec un quartier dont les usages et la population évoluent.
14. Importance historique
L’importance du Bar Le Ritz PDB ne repose pas uniquement sur les artistes qui se sont succédé sur sa scène. Son histoire permet de suivre plus de deux décennies d’évolution de la culture musicale indépendante montréalaise.
Blue Skies Turn Black naît en 2000 sans certitude de devenir une entreprise durable. Ses fondateurs organisent d’abord des événements dans des cafés, des librairies et de petites salles, souvent avec des moyens extrêmement limités. Quelques années plus tard, l’agence participe à la création d’un lieu qui répond directement aux besoins de la scène qu’elle a contribué à développer.
Il Motore représente cette étape. À partir de 2008, les promoteurs ne se contentent plus d’utiliser les salles disponibles : ils participent à la création de leur propre infrastructure.
La transformation de 2014 marque une nouvelle étape. Plutôt que d’abandonner un espace imparfait, Meyer Billurcu choisit de le réinventer avec Thierry Amar et Efrim Menuck. Le changement de nom, l’aménagement du bar et la reconstruction de la salle donnent naissance au Ritz PDB sans effacer complètement l’histoire d’Il Motore.
Cette continuité explique la place particulière du lieu dans l’histoire récente des salles montréalaises. Derrière les noms Zebra Lounge, Il Motore et Bar Le Ritz PDB se trouve la même adresse, mais surtout une histoire de réseaux indépendants, de promoteurs, de musiciens et de publics ayant construit leurs propres espaces.
Dans l’histoire musicale de Montréal
De promoteur à bâtisseur de salle
L’histoire du Ritz PDB raconte quelque chose de plus vaste que celle d’un seul bar. Elle montre comment une petite agence indépendante née en 2000 a participé à la création d’une communauté musicale suffisamment active pour avoir besoin de ses propres salles. Le passage de Blue Skies Turn Black à Il Motore, puis au Ritz PDB, constitue ainsi un chapitre de l’histoire de l’infrastructure culturelle indépendante montréalaise.
Évolution du 179, rue Jean-Talon Ouest
16. Notes et sources
-
J.-C. LAURENCE,
« Place au Il Motore ! »,
La Presse,
21 novembre 2008.
Source contemporaine annonçant l’ouverture d’Il Motore au 179, rue Jean-Talon Ouest dans les anciens locaux du Zebra Lounge. L’article donne une capacité de 225 places, décrit la collaboration entre l’équipe de La Sala Rossa et Blue Skies Turn Black et identifie les United Steel Workers of Montreal comme spectacle d’ouverture. -
PHILIPPE RENAUD,
« Indépendant depuis 10 ans »,
La Presse,
25 février 2010.
Portrait de Blue Skies Turn Black à l’occasion de son dixième anniversaire. L’article documente la fondation de l’agence par Meyer Billurcu et Brian Neuman, la projection d’Instrument à Concordia en mars 2000, les premiers événements de BSTB, son rôle dans le développement de la scène indépendante montréalaise, les premiers concerts montréalais d’Arcade Fire et une production annuelle atteignant alors environ 250 à 300 spectacles. -
ERIK LEIJON,
« Il Motore gets a fresh start »,
The Gazette,
9 octobre 2014.
Source centrale sur la transformation d’Il Motore en Bar Le Ritz PDB. L’article documente l’état de l’ancienne salle, les difficultés entre copropriétaires, le rachat des parts par Meyer Billurcu, l’arrivée de Thierry Amar et Efrim Menuck, la dernière soirée d’Il Motore le 16 août 2014, les travaux, le déplacement de la scène, l’arrière-bar centenaire importé de Chicago et la signification de « PDB ». -
ERIK LEIJON,
« Bar Le Ritz PDB rises from Il Motore’s ashes »,
The Gazette,
8 octobre 2014.
Article consacré à la transition entre Il Motore et le nouveau Bar Le Ritz PDB et au lancement de la salle réaménagée. -
MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE,
« Membres de la communauté — Blue Skies Turn Black ».
Archives et recherches de MCPA concernant Meyer Billurcu, Brian Neuman, André Guérette, l’évolution de Blue Skies Turn Black et ses liens avec Il Motore et le Bar Le Ritz PDB. -
BLUE SKIES TURN BLACK,
archives et historique de l’organisation.
Documentation concernant l’évolution de l’agence montréalaise de promotion de spectacles, ses productions et son rôle dans la scène indépendante locale.
Cette fiche repose principalement sur des sources journalistiques contemporaines de l’ouverture d’Il Motore et de sa transformation en Bar Le Ritz PDB, complétées par les archives du Montréal Concert Poster Archive et de Blue Skies Turn Black. Les capacités indiquées correspondent aux chiffres publiés à différentes étapes de l’histoire du lieu et reflètent l’évolution de son aménagement.































































































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