Venus de Milo Room (Montréal)
Lounge emblématique situé à l’étage du restaurant Venus au 970, rue Sainte-Catherine Ouest, le Venus de Milo Room s’est imposé à partir de 1949 comme l’un des lounges les plus élégants du centre-ville montréalais. Réputé pour son décor raffiné, sa statue de la Vénus de Milo et sa programmation de jazz et de musique folk, il reflète l’âge d’or des night spots de Sainte-Catherine avant de se transformer, dans les années 1970, en Venus de Milo Mexican Lounge et de fermer définitivement ses portes en 1986.
1. Présentation
Le Venus de Milo Room est l’un de ces lounges de la rue Sainte-Catherine qui ont marqué la vie nocturne de Montréal après la Seconde Guerre mondiale. Niché à l’étage supérieur du restaurant Venus, il propose dès 1949 un environnement chic, climatisé et soigneusement décoré, pensé pour une clientèle recherchant confort, musique live et atmosphère feutrée plutôt que le tumulte des cabarets plus bruyants. [1], [3]
2. Origines & contexte
Le lounge prend place au-dessus du restaurant Venus, propriété de M. Smith, au 970 rue Sainte-Catherine Ouest. Dans le Montréal de la fin des années 1940, la rue Sainte-Catherine est déjà le principal axe commercial et nocturne de la ville. En ouvrant un lounge distinct à l’étage, le propriétaire capitalise sur cette effervescence tout en visant une clientèle légèrement plus huppée. [1], [2]
En 1959, le restaurant du rez-de-chaussée change de nom pour devenir le restaurant Ville Marie, mais le lounge conserve l’appellation Venus de Milo Room, signe de la force de ce branding nocturne sur Sainte-Catherine Ouest. [1]
3. Inauguration de 1949
Le Venus de Milo Room ouvre officiellement le 28 juin 1949. La presse anglophone et francophone souligne l’événement : le Gazette y consacre un texte enthousiaste sur ce « latest night spot », tandis que Le Canada détaille le programme d’inauguration. [1], [3]
Pour cette ouverture, on fait appel à une petite troupe triée sur le volet : la chanteuse Mary Osborne, la diseuse Josie Couture et le pianiste Len Berger, qui posent d’emblée l’orientation musicale du lieu, entre chanson, numéro parlé et accompagnement au piano. [3]
4. Décor, ambiance & confort
En 1949, plusieurs chroniques décrivent le Venus de Milo Room comme « le plus joli lounge de la rue Sainte-Catherine ». Les couleurs y sont dites « fraîches et reposantes » et des muraux contribuent à créer une ambiance singulière, à mi-chemin entre raffinement classique et modernité. [3]
Le lounge est parfaitement air-climatisé, un argument commercial de poids à la fin des années 1940, et somptueusement meublé. Tout y est calculé pour assurer « le maximum de confort » : fauteuils, disposition des tables, éclairage tamisé. Au fond de la salle, une statue de la Vénus de Milo domine l’espace, donnant au lieu sa signature visuelle et symbolique. [3]
5. Programmation & styles musicaux
Au fil des années 1950 et 1960, le Venus de Milo Room oriente sa programmation vers la musique folk et le jazz, s’inscrivant dans le réseau de lounges et de clubs montréalais qui promeuvent des formations à échelle plus intime, avec repas ou cocktails. La salle devient un rendez-vous pour un public urbain à la recherche d’une atmosphère feutrée plutôt que d’une grande salle de cabaret. [1]
La combinaison de petites formations, de numéros vocaux et d’un décor très travaillé renforce l’image d’un établissement où l’on vient autant pour l’ambiance que pour la musique, dans l’esprit des lounges nord-américains de l’époque.
6. Venus de Milo Mexican Lounge (années 1970)
Dans les années 1970, le lieu adopte une nouvelle identité sous le nom de « Venus de Milo Mexican Lounge ». Ce repositionnement suit une tendance plus large où plusieurs établissements montréalais introduisent des thématiques « exotiques » pour se distinguer dans un paysage nocturne en transformation : décor revisité, cocktails inspirés, influences musicales variées.
Si la documentation détaillée sur cette phase reste fragmentaire, le changement de nom laisse entendre un effort pour rajeunir l’image du lounge et attirer une nouvelle clientèle dans un contexte où discothèques, cabarets et bars plus modernes se multiplient.
7. Déclin & fermeture
Après près de quatre décennies d’activité, le bar Venus de Milo ferme ses portes en 1986. La fin du lieu est documentée par un avis de vente par soumissions des actifs de Autosquil inc. (Bar Venus de Milo), publié dans The Gazette le 23 août 1986. [4]
Cette fermeture s’inscrit dans une période de recomposition du centre-ville, marquée par la transformation des habitudes de sortie, la montée de nouvelles formes de divertissement et la pression immobilière croissante sur les commerces indépendants de la rue Sainte-Catherine.
8. Chronologie rapide
- 28 juin 1949 — Ouverture du Venus de Milo Room à l’étage du restaurant Venus [1], [3]
- Fin des années 1940 — Le lounge est décrit comme le plus joli de la rue Sainte-Catherine, doté d’une statue de la Vénus de Milo et d’un décor luxueux [3]
- Années 1950–1960 — Programmation dominée par le jazz et le folk, clientèle de lounge urbain [1]
- 1959 — Le restaurant Venus devient le restaurant Ville Marie, le lounge garde le nom Venus de Milo Room [1]
- Années 1970 — Le lieu adopte le nom de Venus de Milo Mexican Lounge
- 23 août 1986 — Avis de vente des actifs du Bar Venus de Milo (Autosquil inc.) dans The Gazette : fermeture définitive du lieu [4]
9. Notes & sources
- « Latest night spot off to a good start », The Gazette, 29 juin 1949.
- « Spectacle du Venus de Milo », Le Canada, 18 août 1949.
- « Ouverture du Venus de Milo Lounge », Le Canada, 30 juin 1949.
- « Sale by tender assets of Autosquil inc (Bar Venus de Milo) », The Gazette, 23 août 1986.

