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CASINO FRANÇAIS

CASINO FRANÇAIS

CASINO FRANÇAIS

CASINO FRANÇAIS

CASINO FRANÇAIS

1951-1967

1951-1967

1951-1967

1951-1967

1951-1967

Le Casino Français était un cabaret du Red Light District durant les années 1950 et 1960.

Le Casino Français (1951-1967), anciennement le cabaret des Folies Bergères (1950-1951) et le cabaret El Patio (1948-1950), était situé au 1222-1224 boulevard Saint-Laurent, angle Ste-Catherine, à Montréal. 1,2,3

Casino Français. Photo: 1222-1228 boulevard Saint-Laurent. – Avril 1959. Photo du service de l’urbanisme. VM097-Y-02-D003B-159-35. Archives de la Ville de Montréal.

Les propriétaires et fondateurs étaient Jack Rogers et Lou Wyman que l’on connaissait sous les surnoms de Slitkin & Slotkin, deux fameux promoteurs de boxes qui se sont lancés aussi en restauration.1

Le 14 juin 1951 la métropole connait, par l’ouverture officielle du Casino Français, un cabaret entièrement nouveau et entièrement différent de tout ce qui existait à l’époque. Tout d’abord, comme politique spéciale de ce cabaret, il n’y avait aucun frais d’admission. Tout le monde était admis gratuitement. On pouvait danser autant qu’on le voulait. Les rafraîchissements étaient servis à prix modiques car une autre politique de l’établissement était de combattre l’inflation. C’était la guerre aux prix. 1 Le Casino Français est devenu très populaire grâce à cette politique.4

Le Casino Français est victime d’un incident dans la nuit du 16 août 1951, le premier d’une longue série d’incidents qui marquera son histoire. Un bandit armé fait déshabiller sa victime, le gérant de l’établissement, Pete Wyman, pour ensuite lui voler la somme de $600. En prenant la fuite, le bandit décharge toute son arme en direction du gérant. Personne n’est blessé, mais plusieurs échappent miraculeusement à la mort. Six policiers sont chaudement félicités pour avoir arrêté le dangereux suspect sans se servir de leurs armes. Pour leur donner une preuve tangible de son appréciation, le directeur de police accorde le maximum de récompense aux six constables, soit trois jours de congé.5,6

En décembre 1951, le Casino Français passe entre les mains d’un nouveau propriétaire.7 Le spectacle d’inauguration met en vedette la chanteuse Lilah Levac, l’animateur Roméo Pérusse et l’artiste travestie Lana St-Cyr, une drag queen active à Montréal depuis les années 1940 et personnifiée par Raymond Dubé.8 Fernand Hénault et son ensemble interprétaient les airs les plus connus et fournissaient une entraînante musique de danse.9

Le Casino Français est victime d’un deuxième hold-up en janvier 1953. Deux bandits armés et masqués ont ligoté le gardien de nuit et y ont volé une somme de $800.10

En 1954, le Casino Français fait l’acquisition du restaurant situé au rez-de-chaussée et le convertit en lounge pour y présenter des spectacles fanfarons et extravagants.11

En 1955, plusieurs représentants des clubs de nuit de Montréal rencontrent le maire Jean Drapeau pour le prier de suspendre la mise en vigueur de la nouvelle loi sur les heures de fermeture. Les clubs de nuit font valoir que l’application de cette loi obligeant la fermeture à minuit les samedis et à 2h les jours de semaine les conduira à la faillite. Jean Drapeau déclare qu’il ne peut nullement la suspendre: « Votre clientèle est principalement locale. Ce n’est généralement pas le tourisme qui fait vivre les clubs de nuit. De nombreuses personnes — épouses et mères — m’ont félicité dans l’application rigoureuse de la loi des liqueurs à Montréal. Ainsi, leurs maris et leurs enfants rentrent plus tôt au foyer. »12

Vingt-cinq cabarets de la métropole reçoivent, en juin 1955, un avis des autorités municipales les informant qu’ils perdent leurs permis de place d’affaires. On compte parmi la liste le Casino Français, le Café Vic, la Casa Loma, le Café Minuit, le Café La Bohème, l’Alberta Lounge, le Bellevue Casino et plusieurs autres. Cette procédure est demeurée sans effet puisque les clubs en question n’ont pas fermé leurs portes.13

La semaine suivante, un agent de l’escouade de la moralité de Montréal est blessé d’un coup de feu au Casino Français, dont le permis n’a pas été renouvelé. L’agresseur, Roger Lévesque, est arrêté et battu par la police pendant près d’une demi-heure.14,15 Lévesque voulait pénétrer à l’intérieur du club avec son fusil pour régler le compte d’un ‘’ami’’. C’était une coincidence si un agent de la moralité, habillé en civil, fut atteint d’une balle. Cet incident n’avait aucun lien avec la campagne qui venait d’être déclenchée contre les cabarets.16 Le tireur s’en est tiré avec 5 ans de pénitencier.17

Toujours en 1955, le Casino Français change la formule de son lounge au rez-de-chaussée. La salle est renommée le Aloha Lounge et offre une atmosphère hawaiienne. Fernand Héneault, le populaire pianiste et chef d’orchestre, devient le nouvel administrateur de ce lounge et en est la vedette tous les soirs.18 De la comédie, des chansons, de l’acrobatie, il y avait un peu de tout au Aloha Lounge du Casino Français.19

L’Aloha Lounge passe sous la nouvelle administration des comédiens Claude (Blanchard) & Armande en 1956.20

Image: Montréal-Matin, 29 septembre 1958 (BAnQ)

Le Casino Français se relance à nouveau dans une nouvelle direction et présente une douzaine des danseuses exotiques en spectacle continuel, de 21h à la fermeture, à partir de 1957. La plus petite danseuse exotique, Venus De Mar, haute de ses 36 pouces (3 pieds), en est la grande vedette.21

En 1958, le directeur de la police Albert Langlois convoque en cour municipale plus d’une centaine de propriétaires et gérants de clubs de nuit de Montréal. Il veut que les spectacles dans les clubs et cabarets redeviennent décents et honnêtes: « Je vous préviens officiellement que les spectacles répréhensibles doivent cesser. Au lieu d’en surprendre un, deux, trois ou quatre en sournois, j’aime mieux laver l’affaire en public. Je ne vous dis pas de prendre telle ou telle fille, mais je veux des spectacles qui demeurent décents. Votre personnel doit entrer sur la scène décemment vêtu, et le rester. »22

Le 22 novembre 1958, un homme de 37 ans est battu à mort au Casino Français. Mme Florence Bourgeois Lauzon allègue que son mari a été mortellement blessé alors qu’il était en état d’ébriété et qu’il a ensuite été traîné sur le trottoir pour y mourir.23

Dans la nuit du 4 décembre 1958, deux individus se sont introduits au Casino Français et, après avoir malmené le gardien, ont entrepris de fracasser tout ce qu’il leur tombait sous la main. Le gérant du club, Raoûl St-Jean, a annoncé à la police que les deux hommes ont brisé trois miroirs, 300 verres, une distributrice à arachides, ainsi que toutes les tables et chaises. Les dommages sont évalués à $1,500. Le gérant dit ignorer les raisons de cet acte de vandalisme. Au cours des dernières semaines, un certain nombre d’individus ont été accusés d’avoir voulu vendre leur ‘’protection’’ à des clubs de nuits moyennant une rémunération en argent. Pour faire tomber la résistance des propriétaires, ils menaçaient de piller leurs établissements s’ils n’acceptaient pas leur offre.24

En novembre 1959, le journaliste Pierre Dufresne du Petit Journal fait la visite des boîtes de nuit avec deux amies. Le premier endroit visité: le Casino Français. « Évidemment, c’est une question de goût mais les spectacles nous ont paru lamentables. Il est difficile de voir quel intérêt un adulte peut trouver aux évolutions de ‘’danseuses’’ qui ne savent que se trémousser de manière équivoque (on veut dire plutôt: très suggestive). Mais on comprend facilement, par contre, que des adolescents boutonneux trouvent cela très excitant. »25

Toujours en novembre 1959, le Comité Exécutif de Montréal refuse une fois de plus l’émission du permis du Casino Français, opéré par le propriétaire Camille Laurin, en raison de son refus de se conformer aux exigences des règlements municipaux. Des spectacles immoraux ont été signalés à la police et le Casino Français serait également fréquenté par un grand nombre de prostituées. Le chef de la police rappelle que les demandes de permis furent faites en 1955 et 1956 par le même Camille Laurin, mais qu’elles furent refusées pour les années 1957 et 1958. Camille Laurin a enregistré des nouvelles demandes qui sont restées en suspens. Le Casino Français opère donc sans permis depuis 1957.26

En 1960, une ordonnance de la Cour supérieure bloque le projet du Casino Français de remplacer son orchestre de variétés par de la musique enregistrée. L’injonction a été émise par l’American Guild of Variety Artists. La guilde soutient que l’introduction de musique enregistrée en remplacement de musiciens en direct pour les spectacles de variétés était en violation du contrat entre les deux parties.27

En mars 1962, Montréal combat le vice. On épure la « Main ». C’est la fin du règne de la pègre. Tout pouvait se passer sur le boulevard St-Laurent au cours des années 1950. « Vous pouviez acheter ici tout ce que vous vouliez, des diamants, des narcotiques, des fourrures, des filles, n’importe quoi » rappelle un employé du Casino Français. Vous pouviez vous faire battre par les voyous ou être entraîné par les prostitués tout aussi facilement. L’argent roulait sur la Main mais en sortait tout aussi rapidement. Une partie de cet argent allait dans les poches des policiers ou d’employés de la ville ou de la province. Plusieurs clubs étaient exploités sans permis. Les spectacles dépassaient les limites de la décence et les heures de fermeture étaient loins d’être respectées. Qualifiant l’ancienne escouade de la moralité de ‘’troisième bande de la Main’’, un type qui a bien connu la situation laissait entendre que les propriétaires des clubs devaient payer la police pour s’assurer qu’elle arriverait vite sur les lieux en cas de bagarre. Un comptable de club dit qu’un ancien inspecteur se présentait toutes les semaines pour recevoir son cadeau de $100. Les prostituées constituaient la meilleure source de revenus. Leurs gérants et ‘’protecteurs’’ les plaçaient dans les clubs, leur fixaient un montant d’argent à gagner et les battaient si elles ne rapportaient pas assez. On lit que « les déchets de la société et les dégénérés » aimaient la Main.28

Les clubs de la Main étaient devenus presque déserts. La bande de Roger Poirier (célèbre famille de fiers à bras) était écrasée, et Donat Hunter, chef d’une autre bande puissante, était derrière les barreaux. Il ne restait plus que quelques rares prostituées et proxénètes que l’on voyait si nombreux autrefois. Avec les prostituées parties et les danseuses de clubs obligées de se limiter à des bikinis pas trop suggestifs, la Main était moins attirante. « Chaque fois que les filles de joie disparaissaient de la place, les affaires baissaient. Regardez-ici, ça ressemble à une taverne », expliquait Arno, le gérant du Café St-Jean. Au Main Café du millionnaire Jack Horn, les affaires n’étaient pas très bonnes. « Vous ne pouvez pas faire beaucoup d’argent à vendre de la bière à $0.35 », disait M. Horn. Aux Café Rodéo et au Canasta, où des bandes rivales se sont battus à coups de feu l’année précédente, et au Café Pal’s, scène d’un meurtre non-résolu, la clientèle régulière était encore là mais ne se renouvelait pas. « Les gens regardaient par la porte, et quand ils voyaient qu’il n’y avait pas de femmes à l’intérieur, ils ne prenaient pas la peine d’entrer », disait l’un des gérants. Est-ce que la Main était devenu une rue ordinaire? « Je ne pense pas qu’on pourra jamais nettoyer la Main. La Main est la Main et chaque ville a sa Main », disait Arno.35

Au printemps 1963, les cabaretiers de la Main et leurs employés sont pris d’une belle frayeur. Neuf cabaretiers, dont le Casino Français, se voient refuser leur permis municipaux. On donne comme raisons de la gigantesque offensive: le site, le caractère anti-social des établissements et leurs facteurs criminogènes qui en découlent. Cette nouvelle tentative d’épuration de l’administration Drapeau-Saulnier remet en question tout le problème difficile et perpétuel du boulevard St-Laurent. Est-ce une artère répugnante où la fermeture d’une dizaine de boîtes de nuit laverait la métropole des gangs de tueurs, des organisations ambulantes, de récidivistes, des rassemblements de racoleuses? Ou est-ce un mal nécessaire, le fait social d’une grande ville? Camille Laurin, propriétaire du Casino Français, n’a visiblement pas le goût de parler aux journalistes: « J’ai déjà mon lot de problèmes. Pour tenir les batailleurs loin de mon établissement, j’ai fait tout ce qui était humainement possible de faire. Depuis les trois dernières années, je n’ai pas eu connaissance d’un incident grave. Ce qui nous arrive aujourd’hui, c’est très dommageable. »29

Le 11 octobre 1963, un juge de la Cour supérieure condamne le Casino Français et un garçon de table de l’établissement, Yvon Lalonde, à verser la somme de $40,500 à titre de dommages à Mme Maurice Lauzon dont le mari avait été si violemment frappé par le garçon de table qu’il mourut quelques heures plus tard. Le drame s’était déroulé le 22 novembre 1958.30

En 1967, le Casino Français mord la poussière. En ce qui le concerne, le boom de l’Expo 67 s’est avéré bien inférieur à celui qui était attendu. Après 16 ans sur la Main, l’illustre Casino Français déclare faillite au mois d’août 1967.31,32,33

Adultes avec réserve… (1962) – ONF
Ville cosmopolite comme toute ville portuaire, Montréal a aussi sa main street : le boulevard Saint-Laurent, grande artère qui descend jusqu’au centre du port et accueille la population nomade du monde. Il est devenu le repaire des hommes de main et des déclassés de toutes sortes qui ont choisi la hiérarchie exigeante du vice. Réalisé par Jack Zolov – 1962 | 27 min
Sources
[1] Un nouveau cabaret: le Casino Français, Montréal-Matin, 14 juin 1951
[2] L’oiseau de nuit, Le Petit Journal, 17 juin 1951
[3] Legal notice Casino Français, Montreal Star, 2 septembre 1967
[4] D’une boite à l’autre, Photo-Journal, 5 juillet 1951
[5] 6 policiers sont chaudement félicités, La Patrie, 30 août 1951
[6] Un bandit est capturé, La Patrie, 17 août 1951
[7] Autour des buts, La Patrie, 9 décembre 1951
[8] L’oiseu de nuit, Le Petit Journal, 20 janvier 1952
[9] Un sympathique chef d’orchestre, Le Petit Journal, 10 février 1952
[10] Un hold up de $800 au Casino Français, La Patrie, 19 janvier 1953
[11] Bistrologie, Le Canada, 26 mai 1954
[12] Propriétaires de clubs de nuit chez M. Drapeau, Le Devoir, 20 mai 1955
[13] Aucun club ne ferme ses portes, Le Devoir, 9 juin 1955
[14] Agent de la moralité abattu, La Patrie, 18 juin 1955
[15] Lévesque persiste à dire…, La Patrie, 24 juillet 1955
[16] Lévesque aurait été trainé sur le ciment, La Patrie, 10 juillet 1955
[17] 5 ans de pénitencier, La Patrie, 12 janvier 1956
[18] Au nouveau Aloha Lounge, Montréal-Matin, 24 août 1955
[19] Fernand Hénault s’affirme comme comédien, Montréal-Matin, 18 février 1956
[20] Nouvelle politique au Aloha Lounge, Montréal-Matin, 30 mai 1956
[21] Au Casino Français, Montréal-Matin, 28 août 1957
[22] Langlois exige des spectacles décents, La Presse, 9 janvier 1958
[23] Claim $86,000 in assault death, The Gazette, 9 juin 1959
[24] Cambriolage au Casino Français, Le Nouvelliste, 5 décembre 1958
[25] J’ai conduit des mineures dans des boîtes de nuit, Le Petit Journal, 1 novembre 1959
[26] Permis refusé à deux clubs par l’exécutif, La Presse, 14 novembre 1959
[27] Club must postpone on music, The Gazette, 27 décembre 1960
[28] Montréal combat le vice, Le Soleil, 3 mars 1962
[29] La Main disparaîtra maintenant ou jamais, La Patrie, 23 mai 1963
[30] Condamner àpayer $45,000, La Presse, 11 octobre 1963
[31] Bailiff sales, The Gazette, 4 août 1967
[32] Legal notice bankruptcy of the Casino Français, Montreal Star, 2 septembre 1967
[33] Show business, The Gazette, 6 septembre 1967
[34] Grandeur et décadence de la Main, La Presse, Daniel Proulx, 22 août 1993
[35] Les clubs de nuit de la Main sont devenus presque désert, Le Soleil, Gerry McNeil, 1 mars 1962
Nous avons bricolé ce texte en utilisant les sources mentionnées ci-dessus. Nous avons traduit en français les sources provenant d’articles de journaux en anglais. Les temps de conjugaison ont parfois été modifiés pour créer une cohérence du texte dans son ensemble. Cet exercice n’a aucun but lucratif.
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