L’Escogriffe
Établi sur la rue Saint-Denis, L’Escogriffe est l’un des bars-spectacles indépendants les plus durables du Plateau-Mont-Royal. Son histoire remonte à 1983 et traverse plusieurs incarnations — du bar littéraire Au Plaisir au Petit Escogriffe associé au jazz, puis à L’Escogriffe moderne, devenu un lieu important des scènes rock, garage, punk, folk, country et indépendantes de Montréal.
1. Présentation
L’Escogriffe, familièrement appelé L’Esco, est un bar-spectacles de la rue Saint-Denis, sur le Plateau-Mont-Royal. Connu aujourd’hui principalement pour sa programmation indépendante et alternative, le lieu possède une histoire beaucoup plus ancienne que son identité rock contemporaine.
Depuis 1983, le même emplacement a traversé plusieurs transformations. Littérature et poésie occupent d’abord une place centrale, puis le jazz devient une composante importante de sa programmation avant qu’un virage vers le rock et les musiques alternatives ne s’opère autour de l’an 2000.
Malgré les changements de propriétaires, de noms et de genres musicaux, une constante demeure : l’établissement reste associé aux formes de création qui se développent à l’écart des grandes salles et des circuits les plus commerciaux.
2. 1983 : Au Plaisir
L’histoire commence en 1983. Le père de Sébastien Madani, récemment arrivé d’Iran, ouvre alors un établissement sur la rue Saint-Denis. Selon le récit transmis par son fils, il doit emprunter à la banque afin de réaliser le projet.
Le nouvel établissement porte le nom Au Plaisir. Sa vocation est alors très différente de celle de L’Escogriffe contemporain : plutôt qu’une salle principalement consacrée aux groupes rock, il s’agit d’un lieu de rencontre orienté vers la littérature.
Cette origine est importante puisqu’elle inscrit l’histoire de L’Escogriffe dans la vie culturelle du Plateau-Mont-Royal dès le début des années 1980, soit près de deux décennies avant le virage musical qui définira plus tard sa réputation.
3. Un bar littéraire
Au Plaisir est décrit par la famille Madani comme un bar littéraire fréquenté par des poètes et des écrivains. Le lieu appartient ainsi à une tradition de cafés et de bars montréalais où la sociabilité, la création et les rencontres entre artistes se confondent.
La programmation musicale qui caractérisera plus tard L’Esco n’est donc pas à l’origine de l’établissement. Sa première identité culturelle repose plutôt sur la parole, l’écriture et les échanges entre membres d’une communauté artistique.
Avant le rock : les écrivains et les poètes
L’histoire de L’Escogriffe ne commence pas avec le punk ou le garage rock. Dès 1983, le lieu sert déjà de point de rencontre à une scène culturelle alternative — celle des écrivains et des poètes.
4. La naissance du Petit Escogriffe
Quelques années après l’ouverture d’Au Plaisir, le père de Sébastien Madani vend l’établissement à son gérant. Celui-ci le revend ensuite à une ancienne employée du fondateur.
C’est sous cette nouvelle propriétaire que le lieu est transformé et prend le nom de Le Petit Escogriffe. Les sources disponibles ne permettent pas encore d’établir avec certitude l’année exacte de ce changement de nom.
Le choix de l’appellation joue volontairement sur les mots. Un « escogriffe » désigne traditionnellement un homme grand et maigre; l’expression « petit escogriffe » constitue donc une association volontairement contradictoire.
5. La période jazz
Sous l’identité du Petit Escogriffe, la musique prend une place beaucoup plus importante. Selon le témoignage de Sébastien Madani, la propriétaire développe alors un lieu de jazz solidement établi.
Cette période constitue un maillon essentiel entre le bar littéraire des débuts et la future salle rock. L’établissement évolue ainsi progressivement d’un lieu où se rencontrent écrivains et poètes vers un espace davantage consacré à la musique vivante.
L’histoire de L’Escogriffe apparaît dès lors comme une succession d’adaptations plutôt que comme une série de ruptures complètes : différentes communautés artistiques occupent le même espace et lui donnent tour à tour une nouvelle identité.
6. Vers 2000 : le virage rock
Une transformation déterminante survient vers 2000. La propriétaire du Petit Escogriffe vend alors l’établissement à trois nouveaux propriétaires.
Avec cette nouvelle équipe, la programmation s’éloigne progressivement du jazz et s'oriente vers le rock. Cette transition constitue le point de départ de l’identité musicale aujourd’hui généralement associée à L’Esco.
Au cours des années suivantes, garage rock, punk, indie rock, folk, country, chanson et diverses formes de musique alternative trouvent une place dans la programmation. Le lieu devient particulièrement adapté aux petits groupes, aux artistes émergents et aux tournées recherchant une salle de dimensions modestes.
7. Sébastien Madani et le retour familial
L’histoire connaît un autre développement remarquable lorsque Sébastien Madani, le fils de l’homme qui avait ouvert Au Plaisir en 1983, commence à travailler à L’Escogriffe vers 2006–2007.
Pour Madani, ce retour possède une dimension personnelle : il avait connu l’établissement durant son enfance. Avec le temps, le lieu revient ainsi dans les mains de la famille à l’origine de son histoire.
Madani établit lui-même un parallèle entre les différentes époques. Selon lui, la communauté alternative entourant le bar demeure comparable à celle des débuts : les écrivains et poètes ont été remplacés par des musiciens et d’autres créateurs, mais le rôle social et culturel du lieu conserve une continuité.
Retour aux origines
Le parcours de L’Escogriffe est inhabituel : après plusieurs changements de propriétaires et de vocation, l’établissement finit par revenir dans la famille de celui qui l’avait créé en 1983.
8. Une scène alternative
Durant les années 2000 et 2010, L’Escogriffe consolide sa réputation comme petite salle de la scène indépendante montréalaise. Sa programmation se caractérise moins par un genre unique que par une sensibilité commune aux musiques évoluant hors des grands circuits commerciaux.
Le garage rock, le punk, l’indie rock, le folk et le country y occupent une place importante. D’autres styles peuvent également apparaître au fil de la programmation, perpétuant l’éclectisme qui marque l’histoire du lieu.
L’Esco accueille aussi bien des artistes montréalais que des groupes en tournée. Pour plusieurs formations émergentes, la salle constitue un espace où présenter leurs premiers concerts, lancements et projets devant un public de proximité.
9. Une salle de proximité
La dimension relativement réduite de L’Escogriffe joue un rôle important dans son identité. La faible distance entre la scène et le public crée une expérience très différente de celle offerte par les grandes salles de spectacles.
Cette proximité convient particulièrement au rock indépendant et au punk, où la séparation entre musiciens et spectateurs tend à être moins importante. Les concerts peuvent ainsi conserver un caractère direct, informel et communautaire.
La salle devient également un lieu adapté aux soirées regroupant plusieurs formations, aux lancements, aux résidences et à différents événements produits par des artistes, collectifs et promoteurs indépendants.
10. L’agrandissement du 4461–4467-A
Pendant une grande partie de son histoire récente, Le Petit Escogriffe est associé au 4467-A, rue Saint-Denis. Le local voisin du 4461 est pour sa part occupé par le restaurant Cactus.
Un projet d’agrandissement prévoit éventuellement la réunion des deux espaces. Les documents de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal décrivent explicitement la fusion du 4467-A, occupé par Le Petit Escogriffe, avec le 4461.
Avant la fusion, chacun des deux établissements occupe environ 105 m². Le nouvel ensemble atteint environ 210 m², avec un maximum de 120 m² consacré à la salle de spectacles. Une terrasse d’environ 27 m² fait également partie du projet.
L’administration municipale présente notamment cet agrandissement comme un moyen d’assurer la pérennité de la salle et de continuer à offrir un espace aux artistes et à la communauté.
À la suite de cette transformation, l’adresse 4461, rue Saint-Denis devient l’adresse couramment utilisée pour L’Escogriffe, même si le 4467-A demeure présent dans certaines références et archives.
11. L’Esco dans l’écosystème montréalais
L’importance de L’Escogriffe tient en grande partie à sa position dans le réseau des petites salles montréalaises. Ces établissements permettent aux artistes de se développer entre les répétitions, les premiers spectacles et l’accès éventuel à des salles de plus grande capacité.
Sur le Plateau-Mont-Royal, L’Esco participe à un environnement où les bars-spectacles et petites salles jouent depuis longtemps un rôle déterminant dans la circulation des artistes, des publics et des différentes communautés musicales.
Son caractère accessible et sa programmation régulière contribuent également à maintenir une scène vivante en dehors des grands festivals et des événements institutionnels.
12. Une continuité culturelle remarquable
L’une des caractéristiques les plus intéressantes de L’Escogriffe est finalement la continuité culturelle du lieu. Depuis 1983, ses différentes incarnations ont accueilli des communautés artistiques qui, malgré leurs différences, partagent une certaine position en marge des circuits culturels dominants.
Les poètes et écrivains d’Au Plaisir sont suivis par les musiciens de jazz du Petit Escogriffe, puis par les groupes rock, punk, garage, folk et indépendants de L’Esco. Les pratiques changent, mais le lieu conserve une fonction semblable : offrir un espace de rencontre, de diffusion et d’expérimentation.
Cette histoire fait de L’Escogriffe davantage qu’un bar-spectacles. Elle permet de suivre, à travers un seul établissement de la rue Saint-Denis, plus de quatre décennies d’évolution de la culture alternative montréalaise.
Pour le Montréal Concert Poster Archive, L’Escogriffe illustre particulièrement bien l’importance historique des petites salles : des lieux où les scènes se forment progressivement, souvent longtemps avant que les artistes qui les fréquentent ne rejoignent des salles plus importantes.
13. Chronologie
1983 — Le père de Sébastien Madani ouvre Au Plaisir sur la rue Saint-Denis.
Années 1980 — Au Plaisir fonctionne comme bar littéraire fréquenté notamment par des écrivains et des poètes.
Quelques années plus tard — L’établissement est vendu au gérant du bar.
Par la suite — Le gérant revend l’établissement à une ancienne employée du fondateur.
Date à préciser — L’établissement devient Le Petit Escogriffe.
Années 1990 — Le Petit Escogriffe développe notamment une importante vocation jazz.
Vers 2000 — Le Petit Escogriffe est vendu à trois nouveaux propriétaires et amorce un virage vers le rock.
Années 2000 — Le lieu développe progressivement l’identité alternative associée à L’Esco et accueille rock, garage, punk, indie, folk et autres musiques indépendantes.
Vers 2006–2007 — Sébastien Madani commence à travailler à L’Escogriffe.
2007 — L’Esco participe notamment à la programmation de POP Montréal, témoignant de son intégration à la scène indépendante de la ville.
Années 2010 — L’Escogriffe consolide sa place parmi les petits bars-spectacles importants du Plateau-Mont-Royal.
Années 2010 — Un projet municipal autorise l’agrandissement du Petit Escogriffe par la fusion des locaux du 4461 et du 4467-A, rue Saint-Denis.
Après l’agrandissement — Le 4461, rue Saint-Denis devient l’adresse principalement associée à L’Escogriffe.
Aujourd’hui — L’Escogriffe demeure actif et continue d’accueillir une programmation de concerts et d’événements indépendants.
14. Notes & sources
-
PAGES JAUNES / YELLOW PAGES,
« L’Escogriffe Café Bar » — portrait et entretien avec
Sébastien Madani.
Usage MCPA : fondation d’Au Plaisir en 1983 par son père, vocation littéraire, changements de propriétaires, création du Petit Escogriffe, période jazz, vente vers 2000, virage rock et arrivée de Sébastien Madani vers 2006–2007. -
VILLE DE MONTRÉAL — ARRONDISSEMENT DU
PLATEAU-MONT-ROYAL,
sommaire décisionnel concernant le 4461 et le 4467-A,
rue Saint-Denis.
Usage MCPA : localisation historique du Petit Escogriffe, ancien restaurant Cactus au 4461, fusion des deux locaux, superficies approximatives de 105 m² chacun, ensemble projeté de 210 m² et maximum de 120 m² consacré à la salle de spectacles. -
VILLE DE MONTRÉAL,
répertoire des lieux de pratique artistique.
Usage MCPA : identification du Bar Escogriffe au 4461, rue Saint-Denis et confirmation de sa fonction comme lieu de diffusion artistique. -
ARCHIVES DE PROGRAMMATION ET DE BILLETTERIE.
Usage MCPA : concerts et événements documentant la continuité de l’activité de L’Escogriffe et l’utilisation contemporaine de l’adresse 4461, rue Saint-Denis. -
MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE,
affiches, billets et documentation de spectacles.
Usage MCPA : programmation historique, artistes, événements et documentation iconographique de L’Escogriffe.


























































































































































































































































































































































































































