Cabaret Music-Hall / Musée Juste pour rire (Montréal)
Installé dans l’ancienne brasserie Ekers du boulevard Saint-Laurent, le complexe du Musée international de l’humour, devenu Musée Juste pour rire, ouvre ses portes le 1er avril 1993. Conçu comme un ambitieux centre réunissant musée, production, formation et salles de spectacle, il connaît une grave crise moins d’un an après son inauguration, ferme temporairement en février 1994 puis rouvre le 19 juillet 1994. Au fil des années, son Cabaret Music-Hall devient une véritable salle de spectacles montréalaise, accueillant humour, chanson, rock et musiques indépendantes. [2], [3], [5]
1. Présentation
Au début des années 1990, l’ancienne brasserie Ekers du boulevard Saint-Laurent est transformée en un vaste complexe consacré à l’humour et au spectacle. Le projet, porté par l’univers de Juste pour rire, ambitionne de réunir dans un même lieu un musée, des espaces de production, une école, un cabaret et différents services culturels.
Le complexe ouvre officiellement le 1er avril 1993 sous le nom de Musée international de l’humour. Malgré l’importance de l’investissement et la visibilité du projet, son modèle économique se révèle rapidement fragile. Moins d’un an après son ouverture, le musée ferme temporairement ses portes avant de renaître quelques mois plus tard dans une formule accordant davantage de place au spectacle vivant.
C’est dans ce contexte que le Cabaret Music-Hall prend une importance particulière. D’abord intégré à un complexe voué à l’humour, il devient progressivement une véritable salle de spectacles et de concerts, inscrite dans la vie musicale du boulevard Saint-Laurent.
2. De la brasserie Ekers au projet culturel
L’histoire du bâtiment remonte au XIXe siècle. La brasserie Ekers, fondée à Montréal en 1845, fait construire en 1894 une importante usine sur la rue Saint-Laurent, au sud de Sherbrooke. Une photographie prise vers 1905 montre déjà l’imposante façade de pierre qui caractérise encore le bâtiment. [1]
À cette époque, la Main constitue un important axe industriel. Ekers compte parmi les entreprises majeures du secteur. En 1909, la compagnie se joint à Dow, Dawes et Union Breweries dans un regroupement qui mène à la formation de National Breweries. [1]
Le bâtiment perd éventuellement sa vocation brassicole et demeure inutilisé pendant plusieurs années. À la fin des années 1980, il subsiste toutefois comme un témoin imposant du passé industriel du boulevard Saint-Laurent. Sa conservation permettra quelques années plus tard l’une des reconversions culturelles les plus ambitieuses de la Main.
Précision historique
Ekers, et non « Eckers »
Une correction publiée par The Gazette en 1988 confirme que le nom de la brasserie s’écrit Ekers. La forme « Ecker’s Brewery », parfois reproduite dans certaines sources, est erronée.
3. Le projet Juste pour rire
En 1990, le projet de transformation de l’ancienne brasserie est déjà suffisamment avancé pour faire l’objet d’un débat politique. Le coût global est alors évalué à environ 20,3 millions de dollars. Le futur complexe doit comprendre un musée, un centre de production, un cabaret, une école et un restaurant. [2]
La Ville de Montréal s’engage à soutenir financièrement le projet, qui doit offrir à Juste pour rire une présence permanente au-delà de son festival estival. L’objectif dépasse donc la simple présentation d’expositions : le complexe doit devenir un véritable centre consacré à la mémoire, à la formation, à la création et à la diffusion de l’humour.
La présence d’un cabaret dès la conception du projet est importante pour comprendre l’évolution future du lieu. Bien avant que la salle ne devienne associée à une programmation musicale indépendante, le spectacle vivant fait déjà partie de l’architecture culturelle imaginée pour l’ancienne brasserie.
Projet annoncé au début des années 1990
Un véritable complexe culturel
MUSÉE
CENTRE DE PRODUCTION
CABARET
ÉCOLE
RESTAURANT
Évolution du complexe du boulevard Saint-Laurent
4. L’ouverture du 1er avril 1993
Le Musée international de l’humour est inauguré le 1er avril 1993. Le choix du jour du poisson d’avril correspond naturellement à la vocation de l’institution. L’ouverture rassemble plusieurs figures marquantes de l’humour québécois, dont Rose « La Poune » Ouellette, Clémence Desrochers, Gilles Latulippe et Daniel Lemire. [3]
Le projet se veut spectaculaire. Des milliers de mètres carrés sont consacrés à l’exposition et à la mise en valeur de l’humour comme forme artistique, historique et patrimoniale. Le complexe accueille également des fonctions de formation et de documentation, en plus des espaces consacrés aux représentations.
Mais le prix d’entrée initial, fixé à 17,75 $, s’avère rapidement difficile à soutenir dans un contexte où le musée doit attirer une fréquentation très importante pour équilibrer ses opérations. [4], [5]
5. La crise et la fermeture de 1994
Les premiers mois sont beaucoup plus difficiles que prévu. Après environ dix mois d’exploitation, le musée n’a attiré qu’environ 135 000 visiteurs, alors que les projections tablaient sur près de 400 000 personnes. [5]
La situation financière devient rapidement intenable. The Gazette rapporte que l’établissement perd alors environ 200 000 $ par mois. Les gouvernements et la Ville refusent de lui accorder de nouvelles subventions de fonctionnement. [4]
En février 1994, moins d’un an après son inauguration, le musée ferme ses portes. Cette première fermeture, temporaire, constitue un épisode essentiel de son histoire et ne doit pas être confondue avec la fermeture définitive survenue à la fin de 2010.
1993–1994
Une première année mouvementée
1er avril 1993 — ouverture
135 000 visiteurs en environ dix mois
400 000 visiteurs espérés
≈ 200 000 $ de pertes mensuelles
février 1994 — fermeture temporaire
6. La réouverture du 19 juillet 1994
La fermeture provoque une importante mobilisation dans le milieu de l’humour. Une Coalition pour la survie du Musée Juste pour rire, réunissant environ 200 humoristes, gens d’affaires et bénévoles, travaille à la relance du projet. Parmi les personnalités citées figurent notamment Jean Lapointe, Dominique Michel, Jean-Guy Moreau, Denise Filiatrault et André-Philippe Gagnon. [5]
Un soutien financier privé annoncé à environ 1 million de dollars de Power Corporation, combiné à une réorganisation du projet et à l’appui de créanciers, permet au musée d’envisager une seconde vie.
Le 19 juillet 1994, le musée rouvre officiellement. Selon The Gazette, environ 4 000 personnes se présentent lors de cette journée gratuite. La file d’attente descend le boulevard Saint-Laurent jusqu’à la rue Ontario et se poursuit autour du coin. Le tarif régulier doit ensuite être fixé à 5 $. [5]
Cette relance entraîne surtout une évolution importante de la vocation du complexe. Les nouveaux projets mettent davantage l’accent sur les spectacles de cabaret en direct, ainsi que sur la production radiophonique et télévisuelle. Le spectacle vivant prend désormais une place beaucoup plus importante dans l’identité du lieu.
7. Le Cabaret Music-Hall
Le Cabaret Music-Hall devient progressivement l’un des principaux espaces de diffusion du complexe. Sa petite taille, son aménagement intime et sa proximité entre scène et public le distinguent des grandes salles montréalaises. Les sources et documents promotionnels donnent généralement une capacité autour de 350 personnes, selon la configuration.
Le Cabaret accueille naturellement des spectacles d’humour, mais sa vocation déborde rapidement de ce cadre. Il devient également une salle de concerts, ouverte à la chanson, au rock, à l’indie et aux musiques alternatives.
Cette évolution est cohérente avec la réorientation amorcée lors de la réouverture de 1994. Le complexe ne repose plus uniquement sur l’idée d’un musée : il devient aussi un lieu où l’humour et la musique peuvent être présentés quotidiennement devant public.
Précision sur la capacité
250 ou 350 places?
Un article de 1994 mentionne un théâtre de 250 places dans le complexe, tandis que d’autres sources associent au Cabaret Music-Hall une capacité d’environ 350 personnes. Ces chiffres peuvent correspondre à des espaces ou configurations différentes. Faute de preuve permettant de les fusionner, la fiche conserve cette distinction.
8. La Tribu et la diffusion musicale
L’histoire musicale du Cabaret est étroitement liée à La Tribu et à la Compagnie Larivée Cabot Champagne. Fondée à Montréal en 1996, La Tribu développe progressivement ses activités dans la production de spectacles, la gérance d’artistes et le disque.
En 2001, un article de Sylvain Cormier dans Le Devoir décrit explicitement La Tribu comme « gérante de salle de spectacles (Le Cabaret Music Hall du musée Juste pour rire) ». Cette mention constitue une preuve contemporaine directe du rôle de l’entreprise dans l’exploitation de la salle. [6]
Le Cabaret devient ainsi un point d’appui important pour une entreprise qui développe en parallèle ses activités de production et de disque. La relation entre salle, artistes et label illustre bien le fonctionnement de la scène indépendante montréalaise de cette période.
En 2004, lors de l’ouverture de La Tulipe, Le Devoir présente la Compagnie Larivée Cabot Champagne comme une entreprise que l’on connaissait jusque-là comme exploitante du Cabaret Music Hall. [7]
Précision documentaire
Une période de gestion encore à préciser
Les sources disponibles confirment clairement que La Tribu et la Compagnie Larivée Cabot Champagne ont géré ou exploité le Cabaret Music-Hall. Elles ne permettent toutefois pas encore de démontrer avec certitude les deux bornes d’une période précise telle que 1996–2005. Cette formulation n’est donc pas retenue ici comme un fait définitivement établi.
9. Concerts et artistes notables
Au cours des années 1990 et 2000, le Cabaret Music-Hall s’inscrit dans le réseau des petites et moyennes salles montréalaises. Il accueille autant des spectacles liés à Juste pour rire que des artistes issus de la chanson, du rock et des scènes alternatives.
Les archives du Montréal Concert Poster Archive documentent notamment des passages de MAROON 5, MICHAEL BUBLÉ, RUFUS WAINWRIGHT, THE KINGPINS, RADIO RADIO, MALAJUBE, PAUL CARGNELLO, XAVIER CAFÉINE, THE STILLS et VOÏVOD.
Cette programmation démontre que le Cabaret ne peut être réduit au rôle d’une simple annexe du musée. Il participe réellement à la circulation des artistes dans la ville, offrant une jauge intermédiaire entre les petits bars musicaux et les salles de plus grande capacité.
Artistes documentés dans les archives MCPA
Quelques passages au Cabaret Music-Hall
MAROON 5
MICHAEL BUBLÉ
RUFUS WAINWRIGHT
THE KINGPINS
RADIO RADIO
MALAJUBE
PAUL CARGNELLO
XAVIER CAFÉINE
THE STILLS
VOÏVOD
10. Fermeture et nouvelle vocation
Les difficultés financières qui avaient marqué les débuts du musée ne disparaissent jamais complètement. En novembre 2010, la fermeture définitive du Musée Juste pour rire est annoncée. L’établissement cesse ses activités à la fin de l’année, avec une fermeture officielle associée au 1er janvier 2011. [8]
Le bâtiment historique, lui, demeure. Des articles publiés en 2010 rappellent encore son origine comme ancienne Ekers Brewery et soulignent la conservation de sa façade de pierre dans le cadre des transformations du secteur.
En 2018, la compagnie Les 7 Doigts s’installe dans l’ancienne brasserie et y établit son centre de création et de production. Plus d’un siècle après sa construction, l’édifice conserve donc une vocation liée au spectacle vivant. [9]
11. Importance historique
Le Cabaret Music-Hall et le Musée Juste pour rire occupent une place singulière dans l’histoire culturelle du boulevard Saint-Laurent. Le lieu réunit plusieurs couches de l’histoire montréalaise : l’industrialisation de la Main, la réutilisation du patrimoine architectural, l’essor de Juste pour rire et le développement d’un réseau de salles de spectacles indépendantes.
L’histoire du complexe est également celle d’un projet culturel forcé de se réinventer presque immédiatement. Le modèle muséal inauguré en 1993 s’effondre moins d’un an plus tard, puis renaît en 1994 en donnant une place accrue aux performances, au cabaret et à la production.
Pour l’histoire musicale montréalaise, le Cabaret Music-Hall constitue l’un des héritages les plus intéressants de cette transformation. Sous le même toit que le musée consacré à l’humour, des artistes de chanson, de rock, d’indie et de musique alternative trouvent une petite salle de diffusion au cœur de la Main.
Dans l’histoire du lieu
De la brasserie au spectacle vivant
1845 — fondation de la brasserie Ekers
1894 — construction de l’usine sur Saint-Laurent
1909 — Ekers rejoint Dow, Dawes et Union Breweries
1990 — projet Juste pour rire documenté
1er avril 1993 — ouverture du Musée international de l’humour
février 1994 — fermeture temporaire
19 juillet 1994 — réouverture
années 1990–2000 — développement du Cabaret Music-Hall
2004 — la Compagnie Larivée Cabot Champagne ouvre La Tulipe
2010–2011 — fermeture définitive du musée
2018 — installation des 7 Doigts
12. Notes & sources
-
THE GAZETTE,
« Montreal Then and Now — Getting to Sherbrooke St. was uphill battle »,
21 novembre 1987; correction publiée le 15 février 1988.
L’article retrace l’histoire de la brasserie Ekers, indique que l’usine de Saint-Laurent date de 1894 et qu’Ekers rejoint Dow, Dawes et Union Breweries en 1909. La correction de 1988 confirme l’orthographe Ekers. -
THE GAZETTE,
article du 16 août 1990 consacré au projet Juste pour rire dans l’ancienne
brasserie Ekers.
Le complexe est alors évalué à environ 20,3 millions de dollars et doit comprendre un musée, un centre de production, un cabaret, une école et un restaurant. -
STÉPHANE BAILLARGEON,
« Un, deux, trois riez »,
Le Devoir, 2 avril 1993.
Compte rendu de l’ouverture du Musée international de l’humour, inauguré le 1er avril 1993. -
PHILIP AUTHIER et ELIZABETH THOMPSON,
« Humor museum closes as city, province refuse funds »,
The Gazette, 1er février 1994.
L’article documente les pertes d’environ 200 000 $ par mois, la faiblesse de la fréquentation et la fermeture du musée après environ dix mois d’exploitation. -
KELLY WILTON,
« $1-million donation gives humor museum new life »,
The Gazette, 22 juin 1994; et
PAT DONNELLY, « Comedy comeback »,
The Gazette, 20 juillet 1994.
Ces articles documentent la Coalition pour la survie du Musée, les 135 000 visiteurs contre 400 000 attendus, l’aide annoncée de Power Corporation et la réouverture du 19 juillet 1994, à laquelle environ 4 000 personnes se présentent lors d’une journée gratuite. -
SYLVAIN CORMIER,
article consacré à la musique du film Du pic au cœur,
Le Devoir, 9 février 2001.
La Tribu y est explicitement décrite comme gérante du Cabaret Music Hall du Musée Juste pour rire. -
LE DEVOIR,
« En avant La Tulipe », 8 septembre 2004.
Lors de l’ouverture de La Tulipe, la Compagnie Larivée Cabot Champagne est présentée comme une entreprise connue comme exploitante du Cabaret Music Hall. -
FABIEN DEGLISE,
« Le Musée Juste pour rire ferme ses portes »,
Le Devoir, 4 novembre 2010.
Annonce de la fermeture définitive du musée à la fin de l’année 2010. -
LES 7 DOIGTS,
documentation institutionnelle.
La compagnie s’installe en 2018 dans l’ancienne brasserie Ekers et y établit son centre de création et de production. -
THE GAZETTE,
photographies et articles des 29 septembre et 23 novembre 2010 consacrés
aux transformations du secteur.
Les documents identifient encore le bâtiment comme l’ancienne Ekers Brewery et témoignent de la conservation de son enveloppe de pierre. -
MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE,
archives du Cabaret Music-Hall / Musée Juste pour rire.
Affiches, flyers et documentation liés à la programmation musicale du lieu.












































































































































































































































































