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Nuit Magique

Le Nuit Magique était l’un des lieux les plus emblématiques de la vie nocturne montréalaise des années 1970 et 1980. Fondé en 1976 par Bob Di Salvio et Keith Dumouchel au 22, rue Saint-Paul Est, dans le Vieux-Montréal, l’établissement se distingue rapidement des bars et discothèques traditionnels par son ambiance bohème, son décor éclectique et sa vocation résolument culturelle. Inspiré en partie par l’univers de Leonard Cohen, le club se veut avant tout un lieu de rencontre où artistes, écrivains, musiciens et créateurs peuvent échanger dans un environnement favorisant la conversation et la découverte. Son décor combine des influences nord-africaines, moyen-orientales, anglaises du XVIIIe siècle, art déco et art nouveau, créant une atmosphère unique qui contribue à sa réputation. Fréquenté par des personnalités telles que Diane Dufresne, Michel Pagliaro, Elton John, Mick Jagger et Leonard Cohen, le club devient rapidement un important carrefour culturel montréalais. Plus qu’une simple boîte de nuit, le Nuit Magique s’impose comme un véritable salon artistique où se croisent les milieux de la musique, de la littérature, des arts visuels et du spectacle, laissant une empreinte durable dans l’histoire culturelle et nocturne du Vieux-Montréal.

1. Les origines de Bob Di Salvio

Avant de fonder NUIT MAGIQUE, Robert « Bob » Di Salvio baigne déjà dans l’univers de la vie nocturne montréalaise. Fils d’immigrants italiens, il a de qui tenir : son père est gérant au Clubhouse de Blue Bonnets, un lieu bien connu de la métropole. Dès l’âge de 18 ans, Di Salvio s’implique lui-même dans ce milieu en créant « Le Salon de Bob », un bar underground situé dans le quartier Saint-Michel.4

Cette expérience précoce annonce déjà ce qui deviendra sa marque de commerce : créer des lieux où les gens se rencontrent, échangent et participent à une forme de vie culturelle nocturne qui dépasse largement la simple consommation. Plus tard, son fils James Di Salvio, cofondateur du groupe Bran Van 3000, le décrira comme un véritable mécène des oiseaux de nuit montréalais : « Pour moi, c’était avant tout un poète. Son art consistait à réunir les gens. Il était un architecte de la vie nocturne de la ville. »7

2. La naissance de NUIT MAGIQUE

Lorsque Bob Di Salvio et Keith Dumouchel ouvrent NUIT MAGIQUE en 1976 au 22, rue Saint-Paul Est, ils prennent possession d’un lieu déjà associé à la vie nocturne montréalaise. Depuis 1968, l’adresse est occupée par le Black Bottom, un établissement bien connu du Vieux-Montréal qui avait auparavant exercé ses activités au 1350, rue Saint-Antoine Ouest. La transformation du Black Bottom en NUIT MAGIQUE marque ainsi le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire du bâtiment, alors que le quartier connaît lui-même une importante période de renouveau culturel.

Au cours des années 1970, NUIT MAGIQUE s’impose rapidement comme l’un des lieux les plus influents de la vie nocturne montréalaise. L’établissement se distingue par son atmosphère décontractée, cosmopolite et résolument artistique. Contrairement aux bars et discothèques traditionnels de l’époque, il favorise les rencontres entre artistes, écrivains, musiciens, cinéastes et créateurs, attirant rapidement de nombreux acteurs du milieu culturel montréalais ainsi que des visiteurs de passage dans la métropole.1

Selon un reportage publié dans The Montreal Star en juillet 1977, l’inspiration du lieu provient en grande partie de l’univers du poète et chanteur Leonard Cohen, ami de Bob Di Salvio. Le nom NUIT MAGIQUE serait lui-même inspiré d’un vers de la chanson Moondance de Van Morrison. Di Salvio décrit alors l’établissement comme un espace conçu pour favoriser les échanges et la détente au sein de la communauté artistique. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y croiser de nombreux artistes québécois tard en soirée, attirés par le caractère unique de l’endroit.2

3. Un salon culturel au cœur du Vieux-Montréal

Carte Postale — Casa Loma
Reproduction de l'immeuble au 22 rue Saint-Paul Est, Montréal.

Le décor contribue largement à la réputation du club. Le reportage de 1977 décrit un environnement éclectique combinant des influences nord-africaines, moyen-orientales, anglaises du XVIIIe siècle, art déco et art nouveau. Encens, fleurs fraîches, objets décoratifs et éclairage tamisé participent à l’expérience recherchée par les propriétaires, qui souhaitent faire de NUIT MAGIQUE un véritable salon culturel plutôt qu’une simple boîte de nuit.2

Cette atmosphère singulière distingue rapidement l’établissement des autres lieux nocturnes montréalais de l’époque. Sa réputation dépasse bientôt les frontières du Québec et attire une clientèle internationale issue des milieux de la musique, du spectacle, du cinéma et des arts.

L’ambiance musicale se distingue également de celle des discothèques alors en pleine expansion. Tandis que plusieurs établissements misent sur le disco et les systèmes de son puissants, NUIT MAGIQUE privilégie une atmosphère plus feutrée où dominent le jazz, la soul et une musique d’ambiance propice aux conversations. En 1977, le succès du club est tel qu’une nouvelle salle baptisée Beautiful Losers, en hommage au célèbre roman de Leonard Cohen, est ajoutée afin de doubler la capacité de l’établissement tout en conservant son caractère intimiste.2

4. Une clientèle mythique

« C’était la place des artistes, des musiciens, des cinéastes et des intellectuels », raconte son ancien partenaire Keith Dumouchel. « Mick Jagger, Leonard Cohen, Tony Roman, Gilles Carle, Robert Lantos, Michel Pagliaro, name it... Tout le monde se tenait là. »4

Annonce — Tito Coral Casa Loma
Leonard Cohen et Bob Di Salvio au NUIT MAGIQUE, dans les années 1980. Photographie : Greta Morse.

Au fil des années, l’établissement accueille également de nombreuses autres personnalités du monde des arts et du spectacle, dont Bob Marley, Elton John, Diane Dufresne, Nanette Workman, Carole Laure et Lewis Furey. Plusieurs de ces personnalités fréquentent régulièrement l’établissement lors de leurs passages à Montréal. Le futur cofondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, alors artiste de rue, est parfois aperçu à jongler devant l’entrée du club.27

Cette diversité de visiteurs contribue à faire de NUIT MAGIQUE l’un des lieux les plus emblématiques de la vie culturelle montréalaise de la fin des années 1970 et du début des années 1980.7

5. Le renouveau de la rue Saint-Paul

À la fin des années 1970, le Vieux-Montréal connaît une importante transformation. Longtemps fréquenté principalement par les touristes et les travailleurs du centre-ville, le quartier attire désormais une nouvelle génération d’entrepreneurs, de restaurateurs, d’artistes et de créateurs qui contribuent à son renouveau culturel. Dans ce contexte, la rue Saint-Paul devient progressivement l’un des principaux pôles de la vie nocturne montréalaise.7

Dans un vaste dossier publié par Le Devoir en octobre 1979 et consacré à « la nouvelle rue Saint-Paul », NUIT MAGIQUE est présenté comme l’un des symboles du nouveau « night life » du Vieux-Montréal. Son succès s’inscrit dans un mouvement plus large qui voit apparaître de nouveaux restaurants, boutiques, galeries et lieux de divertissement contribuant à redéfinir l’identité du secteur.7

Quelques années seulement après son ouverture, l’établissement est déjà reconnu comme l’un des acteurs marquants de cette revitalisation urbaine, participant à l’émergence d’une nouvelle identité culturelle pour le Vieux-Montréal.7

6. Bob Di Salvio, architecte de la nuit

Au milieu des années 1980, la réputation de Bob Di Salvio dépasse déjà le cadre de NUIT MAGIQUE. Dans un article consacré à la transformation du Mile-End, La Presse le présente comme l’une des figures participant au renouvellement culturel de Montréal. Il y défend une vision ouverte et cosmopolite de la ville, valorisant la diversité des communautés et la création de nouveaux espaces de rencontre.5

En 1986, Bob Di Salvio fonde également le réputé club Di Salvio, sur le boulevard Saint-Laurent, contribuant à la revitalisation culturelle du secteur. Décédé en 2010 à l’âge de 66 ans, il demeure l’une des figures marquantes de la vie nocturne montréalaise.7

7. L'héritage et la mémoire de NUIT MAGIQUE

L’influence de NUIT MAGIQUE dépasse largement les années de son exploitation. Plus de vingt-cinq ans après son ouverture, l’établissement demeure suffisamment connu pour être évoqué comme un repère culturel montréalais. Dans un article publié par The Gazette en 2003, le journaliste rappelle que la clientèle des bars d’après-heures de la rue Crescent ainsi que celle de NUIT MAGIQUE se retrouvait régulièrement après la fermeture des établissements, illustrant la place qu’occupait alors le club dans la vie sociale et culturelle de la métropole.3

Au moment du décès de Bob Di Salvio en avril 2010, plusieurs médias montréalais reviennent sur l’héritage laissé par celui que plusieurs considèrent comme l’un des grands artisans de la vie nocturne montréalaise. Dans La Presse, le journaliste Jean-Christophe Laurence décrit NUIT MAGIQUE comme un lieu ayant marqué la mythologie montréalaise et servi de point de rencontre à toute une génération d’artistes, de musiciens, de cinéastes et d’intellectuels.4

Quelques mois plus tard, son fils James Di Salvio revient à son tour sur l’importance de l’établissement. Dans une entrevue publiée par La Presse, il décrit le club comme l’un des bars les plus célèbres de Montréal et se souvient d’un lieu où se croisaient quotidiennement artistes, musiciens, créateurs et personnalités du centre-ville.6

Trente-quatre ans après son ouverture, NUIT MAGIQUE demeure associé à l’une des périodes les plus marquantes de la vie nocturne et culturelle du Vieux-Montréal. Son souvenir continue d’occuper une place importante dans la mémoire collective montréalaise.4

Évolution du 22 rue Saint-Paul Est, Montréal

Notes & sources

  1. THE GAZETTE, « Impresario helped 'glitzify' The Main », 1er mai 2010, p. 59.
    Dans cet article consacré au décès de l’impresario montréalais Bob Di Salvio, le journaliste T’cha Dunlevy rappelle que ce dernier a fondé NUIT MAGIQUE dans le Vieux-Montréal en 1976. L’article décrit l’établissement comme un important lieu de rencontre pour les artistes, promoteurs et acteurs du milieu culturel, fréquenté par une clientèle locale et internationale. Des témoignages de James Di Salvio et du promoteur Rubin Fogel soulignent le rôle de NUIT MAGIQUE dans l’animation de la vie culturelle montréalaise et son influence sur le développement de la scène nocturne de la métropole durant les années 1970 et 1980.
  2. THE MONTREAL STAR, « Famous names drop in », 9 juillet 1977, p. 7 et p. 30.
    Article consacré à NUIT MAGIQUE, situé au 22, rue Saint-Paul Ouest dans le Vieux-Montréal. Le texte présente le club fondé par Bob Di Salvio et Keith du Mouchel comme un lieu de rencontre pour artistes, écrivains et musiciens. L'article décrit son décor éclectique, son ambiance inspirée de l'univers de Leonard Cohen ainsi que sa clientèle composée de personnalités du milieu culturel montréalais. Parmi les visiteurs mentionnés figurent notamment Diane Dufresne, Michel Pagliaro, Elton John et Mick Jagger.
  3. THE GAZETTE, « House | Inside 7 Burton St. », 3 août 2003, p. 14.
    Dans cet article consacré à l’ancienne résidence montréalaise de plusieurs personnalités du milieu musical, le journaliste mentionne que la clientèle des bars d’après-heures de la rue Crescent et du NUIT MAGIQUE, dans le Vieux-Montréal, se retrouvait régulièrement après la fermeture des établissements. Le passage décrit la présence d’artistes, de représentants des médias et de figures du milieu sportif, témoignant de la réputation du club comme lieu de rassemblement privilégié des milieux culturels montréalais.
  4. LA PRESSE, « Bob Di Salvio 1944-2010 — C’était un architecte de la nuit… », 29 avril 2010, section Arts et spectacles.
    Article nécrologique consacré à Bob Di Salvio. Le texte présente le NUIT MAGIQUE, fondé en 1976 dans le Vieux-Montréal, comme un lieu mythique de la vie nocturne montréalaise et un important point de rencontre pour les artistes, musiciens, cinéastes et intellectuels de l'époque.
  5. LA PRESSE, « Le Mile-End en mutation : Les nouveaux arrivants », 25 mai 1985, La Presse Plus.
    Article consacré à la transformation du quartier Mile-End. Le texte présente Robert « Bob » Di Salvio parmi les nouveaux entrepreneurs et promoteurs participant au renouveau du secteur. Il souligne son intérêt pour la diversité culturelle montréalaise ainsi que son rôle dans l'émergence de nouveaux lieux de rencontre et de divertissement à Montréal.
  6. LA PRESSE, « Le jardin extraordinaire », 16 octobre 2010, section Arts et spectacles.
    Dans une entrevue accordée à l’occasion de la sortie de l’album The Garden de Bran Van 3000, James Di Salvio évoque le souvenir de son père, Bob Di Salvio, et décrit le NUIT MAGIQUE comme l’un des bars les plus célèbres de Montréal. Il présente l’établissement comme un lieu de rencontres et d’échanges ayant profondément marqué son imaginaire et celui de la vie culturelle montréalaise.
  7. LE DEVOIR, « La nouvelle rue Saint-Paul », 6 octobre 1979.
    Dans ce dossier consacré à la revitalisation de la rue Saint-Paul et du Vieux-Montréal, NUIT MAGIQUE est présenté comme l’un des établissements emblématiques du nouveau « night life » du quartier. L’article décrit le club comme un lieu fréquenté par des artistes, des personnalités du monde culturel et une clientèle locale et internationale, contribuant à faire du Vieux-Montréal un important pôle de divertissement et de création à la fin des années 1970.

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