Café La Bohème
| Adresse | 1418 rue Guy, Montréal |
|---|---|
| Ouverture | 12 janvier 1946 |
| Fermeture | 10 octobre 1975 |
| Fondateur | Yvon Robert & frères |
| Propriétaire notable | Yvon Robert, lutteur professionnel |
| Style | Café sportif, cabaret, jazz-club |
| Lieu adjacent | Face au Théâtre Her Majesty’s |
| Successeurs |
Café Le Mixeur Norman Jean’s Bistrothèque Apollon (bar gai) |
| Site actuel | Pavillon John Molson, Université Concordia (depuis 2009) |
Café La Bohème
Le Café La Bohème fut l’un des établissements les plus emblématiques du centre-ville de Montréal entre 1946 et 1975. Situé au 1418 rue Guy, face au Théâtre Her Majesty’s, il a successivement incarné un café populaire fréquenté par le milieu sportif, un lieu controversé sous haute surveillance policière, puis un sanctuaire majeur du jazz montréalais à la fin des années 1960 avec la création de la salle Jazztek.
- Fondation et premiers propriétaires
- Un repaire du milieu sportif
- Surveillance policière et controverses
- Le rôle central dans l’histoire du jazz montréalais
- Transformations et mutations successives
- Disparition et mémoire urbaine
1. Fondation et premiers propriétaires
Le Café La Bohème ouvre officiellement ses portes le 12 janvier 1946. Il est la propriété de Yvon Robert & frères, dont Yvon Robert, lutteur professionnel célèbre au Québec, figure parmi les personnages publics associés à l’établissement. Implanté face au Théâtre Her Majesty’s, le café bénéficie d’un emplacement stratégique au cœur d’un quartier déjà animé par la vie culturelle et nocturne.
2. Un repaire du milieu sportif
Durant les années 1950, le Café La Bohème devient un véritable point de ralliement pour les amateurs de sport. Après chaque événement sportif important, il n’était pas rare d’y croiser des athlètes et célébrités du monde sportif, renforçant sa réputation comme lieu mondain et populaire du centre-ville montréalais.
3. Surveillance policière et controverses
Dans la seconde moitié des années 1950 et au début des années 1960, l’établissement figure sur une liste de clubs étroitement surveillés par le service de police. Plusieurs descentes et arrestations y sont effectuées, notamment dans le cadre de rafles liées à la consommation illégale d’alcool par des mineurs.
Un incident dramatique survient en 1948 lorsqu’un homme y perd la vie à la suite d’une altercation impliquant un policier. La Ville de Montréal refusera à plusieurs reprises de renouveler son permis d’alcool, témoignant de la réputation problématique que l’établissement traîne alors.
4. Le rôle central dans l’histoire du jazz montréalais
À la fin des années 1960, le Café La Bohème devient l’unique véritable lieu de ralliement de la communauté jazz montréalaise. Alors que plusieurs boîtes flirtent avec le jazz, seule La Bohème s’impose comme un véritable épicentre.
Le 6 décembre 1966, on inaugure la salle Jazztek (« jazz discothèque »), où alternent jazz live et musique rock sur jukebox pour une clientèle désirant autant écouter que danser.
C’est là que le guitariste NELSON SYMONDS s’installe après son départ du Black Bottom, accompagné du batteur NORMAN MARSHALL VILLENEUVE et du bassiste CHARLIE BIDDLE. Le pianiste PIERRE LEDUC y dirige également un quartette expérimental très respecté pendant deux ans.
Le lieu voit aussi naître le big band montréalais à la plus longue existence. Sous l’impulsion du saxophoniste LEE GAGNON, un ensemble de dix musiciens se réunit régulièrement pour répéter et interpréter des arrangements complexes. VIC VOGEL y joue un rôle central, maniant trombone, tuba et piano, tout en contribuant à plusieurs arrangements.
5. Transformations et mutations successives
Le Café La Bohème ferme définitivement ses portes le 10 octobre 1975. Dès le lendemain, il rouvre sous le nom de Café Le Mixeur. Il devient ensuite le Norman Jean’s Bistrothèque avant d’être transformé, le 15 décembre 1980, en bar gai Apollon.
L’Apollon se distingue comme l’un des tout premiers bars de danseurs masculins à Montréal. Il est cependant ravagé par un incendie majeur le 27 juillet 1987, mettant un terme définitif à l’exploitation nocturne du bâtiment.
6. Disparition et mémoire urbaine
L’immeuble original ainsi que plusieurs bâtiments voisins sont rasés. Depuis 2009, le site est occupé par le pavillon John Molson de l’Université Concordia, témoignant de la transformation radicale du tissu urbain de ce secteur autrefois foisonnant de cafés, bars et salles de spectacles.
Sources
- The Gazette, 12 janvier 1946 – Grand opening Café La Bohème
- The Gazette, 11 octobre 1975 – Opening tonight Café Le Mixeur
- The Gazette, 15 juin 1951 – Café La Bohème
- The Montreal Star, 8 juin 1955 – 25 clubs on ban listed
- The Montreal Star, 10 juillet 1965 – 20 juveniles held after club raids
- The Gazette, 12 juillet 1965 – 40 arrested in teenage drinking raids
- The Montreal Star, 23 septembre 1960 – Flying squad arrests seven
- The Montreal Star, 14 avril 1948 – Policeman is suspended in fatal cafe fracas
- John Gilmore, Une histoire du jazz à Montréal, p. 313-315
- The Gazette, 27 septembre 1980 – The Preview at Norman Jean’s Bistrotheque
- L’Archigal, Bulletin des archives gaies du Québec #20, novembre 2010
- The Gazette, 28 juillet 1987 – Fire at bar blocks traffic


