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MONTMARTRE

Le Café Montmartre, en opération de 1951 à 1970, était situé au 1417 boulevard St-Laurent à Montréal [1].

Le Faisan Doré, qui a connu de si beaux jours en tant que premier grand cabaret francophone du Québec, est complètement transformé et devient, sous la direction de René Lessard, le Café Montmartre le 24 janvier 1951 [2][3][4].

L’ouverture du Café Montmartre correspond à la grande période des cabarets montréalais mais aussi à une époque où tous les spectacles, ou à peu près, étaient présentés en anglais [5].

Edmond Martin, ex-propriétaire du défunt Faisan Doré, se joint à l’équipe du nouveau Café Montmartre en tant que directeur artistique [6][7]. Il recrute son ancien animateur Jean Rafa en tant que maître de cérémonie [8]. Jean Rafa avait gagné l’amitié des spectateurs canadiens dès son arrivée au Canada en 1948. Son entrain, son humour et sa finesse en avaient fait l’un des animateurs les plus brilliants au pays [9].

« C’était l’après-guerre», raconte Jean Rafa, « et pour nous qui arrivions d’Europe, Montréal c’était le Klondike : ici, l’argent coulait à flot. En France, c’était la misère. Au Faisan Doré, où je travaillais aussi comme animateur, je présentais Roche et Aznavour. L’atmosphère de cette époque était extraordinaire. Le Faisan Doré, restauré par Edmond Martin, pouvait recevoir 600 personnes et on y vendait 2,400 grosses bouteilles de bière par soir» [10].

En guise de préparation pour l’ouverture du nouveau Café Montmartre, la direction change complètement la décoration, capitonne les murs et construit une scène plus spacieuse. Pour le spectacle d’inauguration, on fait appel aux talents d’une diseuse française, Lucienne Delyle [11].

Sur la scène du Café Montmartre se succèdent à tour de rôle des stars françaises telles que Mistinguett, Patachou, Jacqueline François, Pierre Roche, Charles Aznavour, Léo Marjane, Nicole Vernon et de vedettes québécoises telles que Lucille Dumont, Denise Filiatrault, Roger Clément, et Fernand Gignac, parmi d’autres.

Dominique Michel, une jeune montréalaise, fait ses débuts en boîte de nuit au Café Montmartre [12]. On l’a décrite dans les journaux comme: « …une agréable révélation. Ce petit brin de fille a sûrement un talent qui promet. Elle a une jolie voix, une excellente diction et manifeste déjà beaucoup d’aisance et de souplesse en scène. Elle est délicate, jolie et souriante. Son numéro est reposant pour le public » [13].

Le Café Montmartre devient rapidement une boîte de nuit de prestige [14]. On le surnomme « le foyer des grandes étoiles françaises » [4].

En 1952, les artistes les plus populaires de la scène et de la radio rendent hommage à l’inimitable Jean Rafa, le sympathique animateur du Café Montmartre. La direction organise une semaine complète en son honneur. Chaque soir, on applaudit une nouvelle vedette et le dernier soir, tous les artistes prennent part à un grand gala; un gala qui demeure mémorable dans les annales du cabaret [15]. On a applaudit, en effet, Jacques Normand, Monique Leyrac, Tizoune Sr., Léo Rivest, Muriel Millard, Juliette Béliveau, Juliette Huot, Willie Lamothe, Denis Drouin et Jeanne d’Arc Charlebois [16]. Jean Rafa se fait remettre une montre en or comme cadeau-souvenir [17].

Le soir du 17 février 1952, un incendie d’origine inconnue cause des dommages assez considérables au Café Montmartre. Les flammes ravagent les loges des artistes. Quand au café lui-même, il est endommagé par l’eau et la fumée. Malgré cet incendie, les spectacles ne sont pas interrompus [18]. René Lessard néanmoins déclare faillite la semaine suivante [3].

Le Café Montmartre devient le Cabaret Montmartre sous la direction de Fernand Payette, Bill Savard et Jos Beaudry, en 1952 [19][20]. Fernand Payette est une figure sportive bien connue dans le domaine de la lutte au Canada [21].

Malgré la grande popularité des cabarets, l’atmosphère n’y était pas que plaisir pour les artistes, qui travaillaient de longues heures chaque soir et pas avec la meilleure des rémunérations [22].

Jean Lapointe, dont le duo comique Les Jérolas faisait fureur dans les cabarets de Montréal, raconte: «Les fins de semaine, on faisait trois spectacles : deux de 45 minutes et un de 10 minutes. On était toujours obligé de raccourcir le dernier parce que plus la soirée avançait, plus les gens étaient saouls. À ce moment-là, ils criaient et n’écoutaient plus» [22].

Le public était en effet très difficile à contrôler, de ce que se rappelle Dominique Michel qui a amorcé sa carrière à 19 ans au Café Montmartre. «On ne venait jamais à bout de les faire taire! Ce n’était pas du tout agréable de travailler dans les cabarets. Les gens buvaient, fumaient et parlaient tout le temps, décrit-elle. Je ne me souviens pas d’avoir eu du plaisir dans les cabarets, mais on était obligé d’y travailler pour gagner sa vie.» [22]

Pour les femmes, l’ambiance de travail pouvait même s’avérer insoutenable, selon Renée Martel, qui affirme «avoir détesté chaque minute» des 15 ans où elle a travaillé dans les cabarets. «La majeure partie du public – presque uniquement des hommes – n’avait aucun respect pour les femmes qui travaillaient dans les cabarets. Les hommes allaient boire un coup, mais si moi, une femme, j’allais dans la salle entre les spectacles, j’étais certaine de me faire prendre une fesse, et ça, c’était quand le patron ne s’essayait pas sur toi avant», raconte amèrement la chanteuse country, qui, après un spectacle, a décidé d’arrêter complètement les cabarets [22].

D’après Denise Filiatrault, il fallait de l’ambition pour avoir une carrière à succès. «Pour rentrer dans le milieu, il fallait faire des cabarets; on devait persévérer malgré l’ambiance épouvantable. C’est avec l’arrivée de la télévision que tout a changé; on avait la possibilité de gagner sa vie autrement», confie celle qui se réjouit encore d’avoir pu quitter les cabarets [22].

Vic Vogel décrit son expérience au Café Montmartre: « Je jouais au Café Montmartre (quand j’avais 12 ans). Pour pouvoir jouer dans les clubs, je devais avoir une lettre signée par mes parents attestant que j’étais soutien de famille. Quelqu’un m’accompagnait de la loge à la scène — pour me garder du péché mortel de l’alcool — et de la scène à la loge… où s’habillaient et se déshabillaient une douzaine de jolies danseuses avec de longues jambes et de de jolis bas noirs. Péché véniel…et agréable » [23].

Durant sa dernière année, la salle est rebaptisée le « Soul Montmartre », le tout nouveau ‘’spot’’ de musique soul [24].

Dans la nuit du 18 octobre 1970, 25 adolescents sont appréhendés et plusieurs bouteilles d’alcool sont saisies lorsque la police de Montréal effectue une descente au Montmartre. Le propriétaire de l’établissement est arrêté et il comparaît sous l’accusation d’avoir vendu de l’alcool sans permis [25].

Le Montmartre aura vécu plusieurs incarnations, sous différentes directions, à travers son histoire passée et future. En 1987-1988, le nouveau bar BlackLite, autrefois occupé par le Montmartre, reçoit des groupes punk, hardcore et métal dont Agnostic Front, Charged GBH, et UK Subs et des groupes locaux tels que Groovy Aardvark, Fatal Illness (futur Grim Skunk), et BARF.

Références
[1] Les nuits de la main, André Bourassa & Jean-Marc Larrue, 1993 p.226
[2] Agréable tour de chant de Lucienne Delyle au nouveau café Montmartre, Le Canada, Roland Côté, 30 janvier 1951
[3] re: J-René Lessard, faisant affaire comme restaurateur Montmartre Café, La Presse, 1 mars 1952
[4] Cafe Montmartre opening January 24th, The Gazette, 22 janvier 1951
[5] Les nuits de la main, André Bourassa & Jean-Marc Larrue, 1993 p.122
[6] D’une boîte à l’autre, Photo-Journal, 4 octobre 1951
[7] Une montée en flèche, Photo-Journal, 1 août 1959
[8] Microcosme, de la théorie aux faits, Radiomonde, 11 février 1950
[9] Semaine consacrée à Jean Rafa, Le Canada, 11 janvier 1952
[10] Il voulait être le Napoléon du Music-Hall, Le Petit Journal, 11 novembre 1971
[11] Agréable tour de chant de Lucienne Delyle au nouveau café Montmartre, Le Canada, Roland Côté, 30 janvier 1951
[12] Café Montmartre, The Gazette, 4 août 1951
[13] L’oiseau de nuit, Le Petit Journal, 5 août 1951
[14] Cette Lucienne Delyle, elle est inimitable, La Patrie, 4 février 1951
[15] Semaine consacrée à Jean Rafa, Le Canada, 11 janvier 1952
[16] Les bruits de la ville, Photo-Journal, 17 janvier 1952
[17] Dans les coulisses, Le Canada, 25 janvier 1952
[18] Léger incendie au Montmartre, Le Devoir, 18 février 1952
[19] Café Montmartre Ltd, Gazette officielle du Québec, 14 juin 1952
[20] Fernand Payette et Bill Savard ont acquis le Montmartre, Le Petit Journal, 24 août 1952
[21] D’une boite à l’autre, Photo-Journal, 28 août 1952
[22] J’ai détesté chaque minute…, Le Journal de Montréal, Marie Chabot-Johnson, 28 juillet 2014 https://www.journaldemontreal.com/2014/07/28/jai-deteste-chaque-minute--des-15-ans-que-jai-travaille-dans--les-cabarets---renee-martel
[23] Ces (vieilles) nuits de Montréal, La Presse, 11 juillet 1998
[24] Cabarets: Soul Montmartre, La Patrie, 2 mars 1969
[25] Descente dans un cabaret, La Presse, 19 octobre 1970
Références compilées et mises en texte par Montreal Concert Poster Archive

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