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Café Provincial (Montréal)

Boîte de nuit et cabaret montréalais actif de 1949 à 1978, le Café Provincial, situé au 1166 rue Saint-Hubert, coin Dorchester (aujourd’hui boulevard René-Lévesque), a largement contribué à faire la renommée des nuits de Montréal par sa programmation de variétés, ses émissions de radio en direct et ses multiples transformations architecturales et commerciales [1].

1. Présentation générale

Le Café Provincial (1949–1978) est une boîte de nuit et un cabaret situé au 1166 rue Saint-Hubert, au coin de l’ancienne rue Dorchester, rebaptisée boulevard René-Lévesque. Il est cité comme l’un des établissements qui ont « contribué à faire la renommée des nuits de Montréal » grâce à sa longévité, sa diversité d’usages (cabaret, restaurant, théâtre de poche, lounges, discothèques) et sa centralité dans l’écosystème radiophonique et nocturne montréalais [1].

L’histoire du Provincial reflète aussi l’évolution des goûts et des pratiques de divertissement à Montréal : de la grande revue de cabaret et des curiosités de music-hall à la radio en direct, puis au rock & roll, au western et enfin à la discothèque des années 1970, avant la reconversion de l’immeuble en commerce spécialisé et sa démolition au début des années 1990 [1][23][24].

2. Fondation & inauguration (1949)

Le Café Provincial ouvre officiellement ses portes le 6 avril 1949. Le propriétaire se nomme Léo Demers et il confie la gérance à Robert « L’homme qui ne dort jamais » Desjardins. L’établissement se distingue d’emblée par une excellente cuisine française, servie sous la direction du chef Albert Panizza [2][3].

La soirée d’inauguration met de l’avant une programmation ambitieuse : le virtuose de l’accordéon parisien Émile Prud’homme, les chanteuses Suzanne Pays et Mireille Charpentier, ainsi que Murielle Millard, grande vedette de la radio et des cabarets. La salle est remplie d’une clientèle mondaine et de représentants de nombreux autres cabarets montréalais, signe que le Provincial est d’emblée perçu comme un acteur majeur de la vie nocturne de la ville [2][3][4].

3. Premiers spectacles & curiosités

Dès 1949, le Café Provincial présente des numéros qui marquent les esprits. Parmi les attractions les plus commentées figure le passage des sœurs siamoises américaines Daisy et Violet Hilton, grandes vedettes du music-hall, que le public associe également à leur apparition dans le film culte Freaks (1932) [5][6].

Ce type de programmation mêlant variété, curiosité et glamour contribue à installer le Provincial dans la continuité des grands cabarets montréalais de l’après-guerre, tout en lui donnant une touche singulière.

4. Hold-up, incendie & reconstruction (1952–1954)

En 1952, le Café Provincial fait la manchette à la suite d’un spectaculaire hold-up : cinq bandits armés s’introduisent dans les bureaux, ligotent le gardien de nuit et s’emparent de 5 000 $ après avoir éventré le coffre-fort [7]. Cet épisode illustre la notoriété et les enjeux financiers associés à un établissement de cette envergure.

La même année, un incendie ravage le café [8]. La reconstruction, évaluée à 100 000 $, aboutit à l’inauguration d’un nouveau bâtiment en 1954 : l’édifice compte désormais quatre étages et offre à sa clientèle un vaste stationnement, atout important dans un centre-ville en pleine motorisation [9][10][11].

5. Expansion & nouveaux espaces (1955)

Au milieu des années 1950, le Provincial prend une dimension encore plus polyvalente. En janvier 1955, on inaugure un nouveau lounge intitulé Rendez-Vous, suivi, en mars, de l’annonce de l’ouverture du Théâtre Amphitryon, une salle de poche d’environ 150 places aménagée à l’étage [12][13]. En juillet, l’établissement lance le Bistro du Boulevard, consolidant son offre en restauration et en divertissement [15].

La même année, le Café Provincial est vendu à Claude Hamel et Jerry Johnson, marque d’un passage de flambeau vers une nouvelle phase de développement [14].

6. L’ère Roger Parenteau & les grandes revues

En 1957, le café devient la propriété de Roger Parenteau, qui demeure associé au lieu pendant plus de 30 ans [18]. Celui-ci fait rénover les trois principaux lounges et ajuste la politique de spectacles. Il invite la clientèle à une fête permanente, avec notamment :

  • Le lounge Ma Chouette, animé par la chanteuse Jackie Lynn;
  • Le lounge Martinique, avec Les Trois Clefs;
  • Le Bistro, où Maurice Tremblay présente André DeCourval et son canard savant.

Pour le plaisir des danseurs, six orchestres assurent une musique presque continuelle [18][19][20].

En 1956, la revue de personnification féminine Jewel Box Revue est présentée au Café Provincial. La presse montréalaise la qualifie de meilleure, de plus populaire et de plus réussie des revues du genre depuis des années. On y joue constamment avec la confusion des genres – femmes jouées par des hommes et inversement –, au point de donner l’impression d’un « monde à l’envers ». Le spectacle fait salle comble chaque soir [16][17].

7. Le Beu qui Rit & l’humour de variétés

Toujours en 1957, le second étage du Provincial devient la nouvelle « étable » de la troupe humoristique Le Beu qui Rit, dirigée par Paul Berval. La première, le 13 novembre 1957, est décrite dans la presse comme l’une des plus brillantes et animées de l’histoire de la troupe. La salle, comble, répond avec enthousiasme à cette revue mêlant sketchs comiques, chansons et parodies [21].

Le succès ne peut toutefois pas se prolonger indéfiniment : la décision de délaisser l’ancienne salle du Beu qui Rit pour un local plus vaste au-dessus du Café Provincial ne se traduit pas par un appui inconditionnel du public. Les habitudes de fréquentation et la proximité de la scène d’origine sont souvent citées comme des éléments clés de l’attachement du public à la troupe [22].

8. La Dame de Cœur & la radio en direct

Durant toute une décennie (les années 1960), le Café Provincial est associé à la populaire émission radiophonique La Dame de Cœur, diffusée sur CJMS et animée par André Rancourt. Quotidiennement, de jour comme de soir, environ 300 habitués se rassemblent pour discuter avec l’animateur, mais aussi pour sociabiliser de façon originale grâce à un dispositif unique : les tables sont équipées d’interphones, permettant aux clients de communiquer entre elles et de se « faire des clins d’œil » à distance [1].

Le soir, de 23 h à minuit, la station diffuse de la musique en direct du Café Provincial, une musique légère et dansante prisée de la clientèle de plus de 30 ans. André Rancourt rappelle aussi qu’une certaine Ginette Reno y a fait ses débuts à l’âge de 15 ans, avant de devenir l’une des plus grandes chanteuses populaires du Québec [1].

9. Rock, western & discothèques (Farago Rock Saloon, Au Lovers)

À la fin des années 1960, le Provincial accompagne le virage rock et western qui traverse la culture populaire. En 1969, on ouvre à l’étage le Farago Rock Saloon, club de rock & roll et de western exploité par le chanteur Johnny Farago. Le saloon prend place dans le local de l’ancienne discothèque du chanteur Robert Demontigny, la Cinopthèque, active de 1966 à 1969 [23].

En 1970, le western cède sa place : le Farago Rock Saloon est remplacé par le club Au Lovers. L’inauguration officielle de cette nouvelle discothèque a lieu le 9 septembre 1971, toujours au second étage du Café Provincial [24]. On y retrouve une ambiance plus « disco », en phase avec les tendances du début des années 1970.

10. Déclin, rebrandings & reconversions (1978–1983)

En 1978, après avoir dirigé sa propre brasserie pendant de nombreuses années, l’ex-capitaine du Canadien de Montréal Henri Richard s’associe à deux amis pour acheter le Café Provincial. Sous la direction des nouveaux propriétaires, il est prévu que le café change de nom pour devenir le Club #16, en référence au célèbre numéro de Richard au hockey [25].

En 1980, le comédien Roger Giguère acquiert le Club #16 et y exploite un complexe combinant restaurant, discothèque et bar-salon, perpétuant temporairement la vocation de divertissement du lieu [26].

Toutefois, le début des années 1980 marque le recul du modèle de la grande boîte de nuit à spectacles et orchestres de danse. En 1983, l’édifice est vendu à un marchand de motocyclettes, le Centre de la Moto. Afin d’augmenter sa visibilité, ce dernier fait peindre les murs extérieurs en jaune criard, geste très critiqué dans la presse pour son impact jugé peu flatteur sur le paysage urbain montréalais [1].

11. Centre de la Moto, démolition & héritage

En 1991, l’ancien immeuble du Café Provincial tombe finalement « sous le pic du démolisseur », selon l’expression reprise dans la presse [1]. La disparition physique de l’édifice met un terme à plus de quatre décennies d’activités de cabaret, de lounges, de théâtre, de radio en direct et de discothèques.

Malgré cette démolition, le Café Provincial reste un jalon majeur de l’histoire des nuits montréalaises : lieu emblématique de la période des grands cabarets, carrefour entre restauration, spectacle, humour, radio et danse, et incubateur de talents, dont Ginette Reno, ainsi que d’expériences scéniques audacieuses comme la Jewel Box Revue ou le Beu qui Rit [1][16][17][21][22].

12. Chronologie synthétique

  • 6 avril 1949 — Grande ouverture officielle du Café Provincial (Léo Demers, Robert Desjardins, chef Albert Panizza) [2][3][4].
  • 1949 — Passage des sœurs siamoises Daisy et Violet Hilton [5][6].
  • 1952 — Hold-up de 5 000 $ puis incendie de l’établissement [7][8].
  • 1954 — Inauguration du nouvel immeuble (4 étages, stationnement), coût de 100 000 $ [9][10][11].
  • 1955 — Ouverture du lounge Rendez-Vous, du Théâtre Amphitryon (150 places) et du Bistro du Boulevard ; vente à Claude Hamel & Jerry Johnson [12][13][14][15].
  • 1956 — Présentation de la Jewel Box Revue, revue de personnification féminine acclamée [16][17].
  • 1957 — Roger Parenteau devient propriétaire ; réouverture des lounges Ma Chouette, Martinique et du Bistro avec six orchestres ; installation du Beu qui Rit au second étage [18][19][20][21].
  • Années 1960 — Émission La Dame de Cœur (CJMS) d’André Rancourt et musique live en direct du Provincial ; débuts de Ginette Reno à 15 ans [1].
  • 1969 — Ouverture du Farago Rock Saloon (Johnny Farago) dans l’ancien local de la Cinopthèque [23].
  • 1970–1971 — Fin du western au Provincial ; Farago Rock Saloon cède la place au club Au Lovers, inauguré officiellement le 9 septembre 1971 [24].
  • 1978 — Henri Richard achète le Café Provincial et envisage le rebranding en Club #16 [25].
  • 1980 — Roger Giguère achète le Club #16 et y exploite un restaurant, discothèque et bar-salon [26].
  • 1983 — Vente de l’immeuble au Centre de la Moto qui peint la façade en jaune criard [1].
  • 1991 — Démolition de l’ancien Café Provincial [1].

13. Notes & sources

  1. L’ancien Café Provincial tombe sous le pic du démolisseur, La Presse, 7 février 1991.
  2. Grande ouverture officielle Café Provincial, Montréal-Matin, 6 avril 1949.
  3. Foule tous les soirs au Café Provincial, Montréal-Matin, 2 juin 1949.
  4. Ouverture du Café Provincial, Montréal-Matin, 8 avril 1949.
  5. Du soir au matin, Montréal-Matin, 6 octobre 1949.
  6. Daisy et Violet Hilton, Wikipédia.
  7. Hold-up de 5 000 $ au Café Provincial, La Patrie, 14 octobre 1952.
  8. L’oncle Albert se transforme en colon, Radiomonde, 11 février 1956.
  9. Inauguration du Café Provincial, Montréal-Matin, 24 juillet 1954.
  10. Indiscrétions…, Le Petit Journal, 4 avril 1954.
  11. Grande ouverture du Café Provincial, Montréal-Matin, 26 juillet 1954.
  12. Café Provincial, Montréal-Matin, 26 janvier 1955.
  13. Un deuxième théâtre de poche, Le Petit Journal, 3 mars 1955.
  14. Au Café Provincial, Montréal-Matin, 12 mai 1955.
  15. Bistro du Boulevard, Montréal-Matin, 8 juillet 1955.
  16. Jewel Box Revue au Café Provincial, Montréal-Matin, 5 juin 1956.
  17. Revue scintillante d’un monde à l’envers au Café Provincial, Montréal-Matin, 13 juin 1956.
  18. L’ouverture officielle du Café Provincial, Montréal-Matin, 11 juin 1957.
  19. Au Café Provincial, Montréal-Matin, 12 juin 1957.
  20. Ouverture officielle du Café Provinciale, Montréal-Matin, 7 juin 1957.
  21. De-ci de-ca, par-ci, par-là, Radiomonde, 16 novembre 1957.
  22. Paul Berval aime mieux faire rire en chantant, La Presse, 3 mars 1984.
  23. Les Elvis ont rendez-vous au Farago Rock Saloon, La Presse, 6 novembre 1969.
  24. Une nouvelle discothèque au Café Provincial, Télé-Radiomonde, 12 septembre 1970.
  25. Henri Richard achète le Café Provincial, Montréal-Matin, 18 octobre 1978.
  26. Rire et faire rire, La Presse, 24 mai 1980.
1949
OUVERTURE DU CAFÉ PROVINCIAL
OUVERTURE DU CAFÉ PROVINCIAL

Source: Montréal-Matin, 6 avril 1949, BAnQ

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