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Queen’s Hall (Montréal)

Première grande salle construite à Montréal spécifiquement pour les concerts, le Queen’s Hall, inauguré en octobre 1880 à l’angle de la rue Sainte-Catherine et de la rue Victoria, fut pendant une décennie l’un des pivots de la vie musicale montréalaise. Intégré au vaste Queen’s Theatre Block, l’édifice évoluera ensuite vers le théâtre et le commerce de détail, avant de s’effondrer dramatiquement en septembre 1899. Reconstruit comme pâté de grands magasins (Scroggie’s, Carsley’s, Rea’s, puis Goodwin’s Limited), l’îlot sera finalement absorbé par le magasin Eaton, puis par le Centre Eaton de Montréal. Aujourd’hui, aucune trace physique du Queen’s Hall ne subsiste, mais la mémoire de la salle survit dans la presse, les plans d’assurance et les archives commerciales.

1. Présentation & contexte urbain

Lorsque le Queen’s Hall ouvre ses portes à l’automne 1880, Montréal est en pleine mutation. La rue Sainte-Catherine, encore en voie de devenir l’artère commerciale principale de la ville, se couvre d’immeubles commerciaux, de salles de spectacles et de lieux de sociabilité urbaine. À l’arrière, la rue Victoria relie le secteur de la future place du Square Victoria au tissu plus ancien tourné vers la rue Notre-Dame.

Dans ce paysage en transformation, le Queen’s Hall occupe une place à part : il s’agit de la première salle montréalaise construite expressément pour la musique de concert. L’édifice fait partie du plus vaste Queen’s Theatre Block, un pâté de bâtiments à usage mixte (magasins, bureaux, salles) qui occupe le lot 1302 sur les plans d’assurance et qui s’inscrit dans une logique spéculative typique de la fin du XIXe siècle : rentabiliser au maximum un îlot entier par une superposition d’usages (commerce en façade, bureaux et divertissements aux étages).

2. Le Queen’s Theatre Block (1874–1880)

Le Queen’s Theatre Block est érigé vers 1879 par l’entrepreneur John Foulds pour le magnat montréalais Sir Hugh Allan, remplaçant un bâtiment antérieur détruit par un incendie au milieu des années 1870. Ce nouveau bloc, implanté sur l’angle stratégique Sainte-Catherine / Victoria et se prolongeant vers la rue University, est pensé comme une machine urbaine à revenus : rez-de-chaussée occupé par des commerces de détail, étages supérieurs convertibles en bureaux, salles de réunion ou espaces de spectacles.

C’est dans ce contexte qu’est aménagé, au cœur de ce bloc, le Queen’s Hall, salle polyvalente mais conçue d’abord pour les concerts. Rapidement, le pâté entier sera désigné dans la presse comme le Queen’s Hall Block puis le Queen’s Theatre Block, signe de l’importance symbolique de cette salle dans l’identité du lieu.

3. Architecture, intérieur & acoustique du Queen’s Hall

Dans un article paru le 10 août 1880, le Montreal Star présente le Queen’s Hall comme un édifice « magnificently frescoed », « well lighted » et doté d’« excellent acoustic properties ». La salle est décrite comme pouvant accueillir jusqu’à « about two thousand » personnes, selon la disposition des sièges et la présence de chaises supplémentaires lors des grandes occasions. On y annonce aussi l’installation d’un grand orgue, rare dans une salle non religieuse, ce qui renforce sa vocation de maison de concerts.

Les comptes rendus du Gazette et du Star après l’ouverture insistent sur la qualité de l’acoustique, qualifiée d’« admirable » et d’« excellente ». Les architectes y sont loués d’avoir conçu un volume où l’orchestre et les solistes se projettent clairement jusque dans les derniers rangs. L’esthétique intérieure, marquée par des fresques décoratives, place la salle dans la lignée des auditoriums victoriens élégants du monde anglo-saxon.

L’éclairage constitue en revanche le principal point faible relevé à l’ouverture : jugé « très faible » par le Star, il est perçu comme un détail perfectible dans une salle appelée à devenir un des fleurons de la vie culturelle montréalaise.

4. Inauguration du 21 octobre 1880

Le 21 octobre 1880, le Queen’s Hall est inauguré avec un concert d’une ambition remarquable. L’événement se tient sous le patronage de membres de la Montreal Philharmonic Society et réunit un plateau qui place d’emblée la salle dans la classe des grandes institutions musicales internationales :

  • la pianiste vénézuélienne Teresa Carreño, déjà célébrée en Europe et en Amérique ;
  • le violoniste Frantz Jehin-Prume, figure centrale de la vie musicale de Montréal ;
  • la soprano américaine E. Otis Rockwood, qui poursuit une carrière à Boston ;
  • l’orchestre des Symphonistes de Montréal, dirigé par le compositeur et chef Alexis Contant.

Le programme comprend la Symphonie en ré majeur de Haydn, une des préférées du public montréalais, et l’Ouverture de Prométhée de Beethoven, parmi d’autres œuvres. La presse décrit une « large and fashionable audience », rassemblant notables, amateurs de musique et membres de la bourgeoisie anglophone et francophone.

Les ovations sont nombreuses : Jehin-Prume soulève « une tempête d’applaudissements » avec un caprice de Vieuxtemps, Carreño enchaîne les rappels avec des œuvres de Beethoven, Chopin, Schumann, Liszt, Henselt, Rubinstein, Hiller et Grieg, et Rockwood charme le public malgré un rhume qui pourrait nuire à sa voix. L’ensemble de la soirée est salué comme un triomphe, et la salle est instantanément reconnue comme une réussite artistique et architecturale.

5. Vie musicale & artistes (1880–1890)

Durant la décennie 1880, le Queen’s Hall devient un des principaux foyers de la musique à Montréal. Plusieurs institutions y trouvent un port d’attache :

  • La Montreal Philharmonic Society, qui y donne ses concerts de 1880 à 1889.
  • Le Mendelssohn Choir, actif dans la salle entre 1881 et 1890.
  • La soprano canadienne Emma Albani, qui y présente trois récitals lors de son retour au pays en mars 1883.

On y donne aussi des soirées de musique de chambre, des concerts de bienfaisance, des auditions d’élèves de professeurs de musique montréalais et des manifestations chorales à grande échelle. Le Queen’s Hall sert ainsi de laboratoire et de vitrine pour une scène musicale en pleine structuration, à une époque où Montréal tente de se hisser au rang des grandes capitales culturelles nord-américaines.

6. Mutation en théâtre & fin de la vocation musicale

Au tournant des années 1890, les goûts du public se diversifient et le paysage du divertissement montréalais se transforme. Les formes hybrides — vaudeville, pièces comiques, spectacles variés — gagnent en popularité. Dans ce contexte, le Queen’s Hall est progressivement reconverti en théâtre. À partir de 1891, la salle est davantage identifiée comme un espace de représentation dramatique que comme un auditorium de concerts.

Cette mutation s’inscrit dans la trajectoire plus large du Queen’s Theatre Block, dont l’économie repose sur la capacité d’adapter les espaces aux genres qui attirent le plus de spectateurs. Mais derrière cette adaptabilité se cachent aussi des faiblesses structurelles : plusieurs architectes, consultés à propos d’éventuels travaux de rénovation, expriment des réserves sur la solidité de certaines fondations, en particulier du côté de la rue University.

7. L’effondrement du Queen’s Theatre Block (17 septembre 1899)

7.1. Un bâtiment déjà jugé dangereux

Bien avant la catastrophe, le Queen’s Theatre Block est considéré comme problématique. Des architectes comme John James Brown ou des firmes d’ingénieurs consultées par les propriétaires affirment qu’il est pratiquement impossible de moderniser l’édifice sans interventions majeures sur les fondations. Les murs du côté de University Street, en particulier, sont réputés fragiles.

7.2. Le soir du 17 septembre 1899

Le dimanche 17 septembre 1899, en début de soirée, la routine du centre-ville est brutalement interrompue. Vers 19 h 30, des passants et des employés de Scroggie Bros., un magasin de dry goods occupant le rez-de-chaussée, remarquent des bruits sourds et des craquements inhabituels. Un adolescent de 14 ans, Henri Vaillancourt, voit les vitrines à plate glass se fissurer « du haut jusqu’en bas » et court avertir le gardien de nuit, M. Reberdey.

À 7 h 33 ½ environ, selon le Montreal Star, tout s’accélère. Les grandes vitres se brisent, la maçonnerie commence à se désagréger, et l’angle sud-ouest de l’immeuble — la célèbre tour d’angle donnant sur Sainte-Catherine et University — se détache littéralement du corps du bâtiment. Reberdey, alerté in extremis, réussit à sortir quelques secondes avant que les planchers et le toit ne s’effondrent dans un fracas assourdissant.

7.3. Un miracle : aucune perte de vie

L’effondrement, qui ne dure pas plus de trente secondes, projette dans la rue des blocs de pierre d’un demi-ton, des poutres de fer tordues et des éclats de verre. Des témoins voient les rails du tramway disparaître sous un nuage de poussière. Pourtant, par un enchaînement de circonstances presque miraculeux, on ne déplore aucun décès. Un tramway venait de passer quelques instants auparavant ; les piétons qui circulaient le long de la façade avaient déjà tourné le coin ; et la plupart des employés de Scroggie’s avaient quitté les lieux.

Les journaux du lendemain publient des gravures spectaculaires montrant l’angle de l’édifice avant, pendant et après l’effondrement : l’une représente le bloc tel qu’il se présentait encore quelques heures plus tôt, une autre saisit l’instant où la tour bascule, et une troisième montre le champ de ruines, envahi par les pompiers, les policiers et les curieux.

7.4. Causes probables et conséquences immédiates

Les premières analyses pointent vers un enchaînement de facteurs :

  • la faiblesse historique des fondations du côté University ;
  • des travaux d’excavation en cours dans le sous-sol de Scroggie’s, qui auraient fragilisé le sol ;
  • l’absence de pieux ou de renforts suffisants sous certaines portions de la maçonnerie.

La police interdit l’accès à l’ensemble du Queen’s Theatre Block. Les pertes matérielles sont considérables : Scroggie’s aurait perdu pour près de 50 000 $ de marchandises, sans compter la destruction des anciens bureaux liés au Queen’s Hall et d’une partie importante de la structure. L’événement marque la disparition définitive du Queen’s Hall comme entité architecturale.

8. Reconstruction commerciale (1900–1910)

Après l’effondrement de 1899, l’îlot ne peut être sauvé : il faut reconstruire. Profitant du contexte d’essor du commerce de détail sur Sainte-Catherine, les propriétaires choisissent de reconfigurer l’ancien bloc théâtral en un pâté de grands magasins. Des enseignes comme Scroggie’s, puis Carsley’s et A. E. Rea & Co. se succèdent dans les locaux reconstruits, dotés désormais d’une ossature d’acier, de grandes vitrines de plate glass et d’étages plus réguliers.

Sur les plans d’assurance Goad du début du XXe siècle, le lot 1302 se présente désormais comme un vaste édifice commercial plutôt que comme un bloc hybride mélangeant théâtre, salle de concerts et boutiques. Le Queen’s Hall, en tant qu’espace distinct, a disparu ; mais le Queen’s Hall Block continue d’exister, métamorphosé en machine commerciale verticale.

9. Goodwin’s Limited — un grand magasin moderne (1911–1925)

9.1. Naissance d’un grand magasin

En 1911, l’îlot franchit une nouvelle étape avec l’arrivée de Goodwin’s Limited, un grand magasin qui entend rivaliser avec les grandes maisons montréalaises et canadiennes. Une entrevue publiée dans La Patrie en avril 1911 présente le gérant, W. H. Goodwin, comme un homme d’affaires expérimenté, arrivé au Canada en 1881 et ayant gravi les échelons du commerce avant de prendre la tête de ce nouvel établissement.

Goodwin insiste sur une philosophie claire : même service pour les riches et les moins nantis, refus de la hiérarchie de classe à l’intérieur du magasin, et confiance absolue dans la publicité comme moteur de croissance. Il va jusqu’à engager une jeune Parisienne pour superviser la rédaction des annonces et éviter que la version française ne soit une simple traduction maladroite du matériel anglophone.

9.2. La campagne d’« ouverture générale d’automne » (septembre 1911)

À l’automne 1911, une campagne bilingue spectaculaire marque l’« ouverture générale » de la saison chez Goodwin’s. Le Montreal Star du 16 septembre publie une pleine page où l’on lit : « The vibration of business is felt throughout the whole fibre of our building. » Les textes parlent des « greyhounds of the ocean » amenant de l’« Old World and the New » les marchandises vers Montréal, décrivent les acheteurs de Goodwin’s sillonnant l’Europe et les États-Unis, et présentent le magasin comme un carrefour mondial de la mode.

La version francophone, dans La Patrie, reprend cette esthétique grandiloquente en l’adaptant au public canadien-français : on y insiste sur l’« incessante vibration des affaires » dans tous les recoins du bâtiment, sur le ballet des clientes « par milliers » et sur la diversité des rayons — manteaux, costumes, chapeaux, étoffes, chaussures. Les deux campagnes concordent sur un point : l’ancien Queen’s Hall Block est désormais présenté comme un grand magasin moderne à étages, doté d’ascenseurs, d’escaliers mécaniques et de tubes pneumatiques pour faire circuler argent et messages entre les départements.

9.3. Goodwin’s, image de marque de A. E. Rea & Co.

Au bas de ces publicités, on retrouve la mention : « Goodwins Limited — Owned and operated by A. E. Rea & Co. ». Goodwin’s apparaît ainsi comme la marque vitrine d’une entreprise déjà bien implantée à Montréal. L’îlot, autrefois dominé par une salle de concerts, est désormais consacré au commerce de détail, avec une organisation et une imagerie comparables à celles de grands magasins comme Morgan’s, Dupuis Frères ou, bientôt, Eaton.

10. Eaton, Centre Eaton & ville contemporaine

En 1925, la T. Eaton Company rachète Goodwin’s et engage une série de travaux d’agrandissement et de modernisation qui feront du pâté un des grands magasins emblématiques de la rue Sainte-Catherine. La façade est refaite, les étages sont reconfigurés, et l’ensemble se fond progressivement dans un complexe commercial plus large.

Au fil du XXe siècle, les transformations se succèdent : restructurations internes, intégrations à des galeries marchandes, requalification des espaces avec la construction du métro et le développement du réseau souterrain montréalais. À la fin du siècle, l’ensemble est intégré dans ce qu’on appelle désormais le Centre Eaton de Montréal, propriété d’Ivanhoé Cambridge à partir de 1999.

La rue Victoria, qui longeait autrefois le Queen’s Hall à l’arrière, a été en grande partie effacée dans ce processus, absorbée par les emprises des tours de bureaux et du centre commercial. Il ne subsiste aucune trace visible de la salle d’origine ni du théâtre, mais les plans d’assurance, les photos anciennes, les publicités et les récits de presse permettent de reconstituer virtuellement le Queen’s Hall au cœur de la ville actuelle.

11. Cartographie & localisation (Goad, Lovell’s, aujourd’hui)

Sur les plans Goad de 1910, l’îlot correspondant au Queen’s Hall Block apparaît clairement sur le lot 1302, avec l’ancienne ligne de la rue Victoria à l’arrière. En superposant ce plan aux vues aériennes contemporaines, on constate que l’emplacement du Queen’s Hall — situé jadis à quelques dizaines de mètres seulement de l’Académie de musique de Montréal, sur le lot voisin 1303 — est aujourd’hui entièrement englobé dans la masse du Centre Eaton.

La rue Victoria, autrefois axe secondaire mais bien réel, est désormais en grande partie symbolique : son tracé historique passe au travers d’espaces intérieurs, de cours de service et d’aires de stationnement. Ce travail de cartographie historique permet de repositionner avec précision le Queen’s Hall dans le Montréal contemporain et de rappeler que cet îlot fut l’un des premiers noyaux culturels et commerciaux du centre-ville.

12. Chronologie synthétique

  • c. 1874 – Incendie d’un bâtiment antérieur sur le site.
  • 1879 – Construction du Queen’s Theatre Block par John Foulds pour Sir Hugh Allan.
  • 1880 (21 octobre) – Inauguration du Queen’s Hall, première grande salle spécifiquement dédiée aux concerts à Montréal.
  • 1880–1889 – Concerts de la Montreal Philharmonic Society.
  • 1881–1890 – Activités du Mendelssohn Choir.
  • 1883 (mars) – Récitals d’Emma Albani au Queen’s Hall.
  • 1891 – Reconversion progressive en théâtre.
  • 1899 (17 septembre)Effondrement partiel du Queen’s Theatre Block à l’angle Ste-Catherine / University ; destruction des bureaux liés au Queen’s Hall.
  • 1900–1910 – Reconstruction de l’îlot comme bloc commercial (Scroggie’s, Carsley’s, A. E. Rea & Co.).
  • 1911 – Ouverture de Goodwin’s Limited ; grandes campagnes publicitaires bilingues (La Patrie, Montreal Star).
  • 1925 – Rachat de Goodwin’s par la T. Eaton Company ; agrandissement et transformation en grand magasin Eaton.
  • Fin 20e siècle – Intégration au Centre Eaton et au réseau de galeries commerciales du centre-ville.
  • 1999 – Acquisition de l’ensemble par Ivanhoé Cambridge.

13. Notes & sources principales

  1. Montreal Star, 10 août 1880 – article annonçant l’ouverture prochaine du Queen’s Hall, décrivant fresques, acoustique et projet d’orgue.
  2. Montreal Star, 19 octobre 1880 – annonce du concert inaugural, sous le patronage de la Montreal Philharmonic Society.
  3. Montreal Star, 22 octobre 1880 – compte rendu du concert d’ouverture (Carreño, Jehin-Prume, Rockwood, Symphonistes).
  4. The Gazette, 22 octobre 1880 – critique détaillée : grande qualité acoustique, éclairage insuffisant, triomphe des interprètes.
  5. Montreal Star, 18 septembre 1899 – reportage sur l’effondrement du Queen’s Theatre Block, heure précise, témoignages et gravures du site.
  6. The Gazette, 18 septembre 1899 – description de l’effondrement, mention des fondations fragiles et des travaux dans le sous-sol.
  7. La Patrie, avril 1911 – entrevue avec W. H. Goodwin, présentation de Goodwin’s Limited et de sa philosophie commerciale.
  8. La Patrie, 16 septembre 1911 – grande publicité d’« ouverture générale d’automne » de Goodwin’s Limited.
  9. Montreal Star, 16 septembre 1911 – pleine page « General Opening Fall 1911 » de Goodwin’s, rhétorique grandiloquente sur le commerce mondial.
  10. Musée McCord Stewart – billets et billets de blogue sur le Queen’s Hall Block, Goodwin’s et Eaton.
  11. BAnQ numérique – plans Goad, archives de presse (Star, Gazette, La Patrie).
  12. The Canadian Encyclopedia – notice sur le Queen’s Hall (capacité, vocation musicale, artistes).
  13. Montreal Concert Poster Archive (MCPA) – recherche et synthèse historique, documentation iconographique et cartographique.

Queen’s Hall & Queen’s Hall Block (Montreal)

Built as the first hall in Montreal designed specifically for concerts, Queen’s Hall, inaugurated in October 1880 at the corner of Ste-Catherine Street and Victoria Street, was for a decade one of the key centres of Montreal’s musical life. Embedded in the larger Queen’s Theatre Block, the building would later evolve into a theatre and then a retail block, before collapsing dramatically in September 1899. Rebuilt as a block of department stores (Scroggie’s, Carsley’s, Rea’s, then Goodwin’s Limited), the site was eventually absorbed by Eaton’s and, later, by the Centre Eaton de Montréal. Today, no physical trace of Queen’s Hall remains, but the memory of the venue survives in newspapers, insurance maps and commercial archives.

1. Overview & urban context

When Queen’s Hall opens in the autumn of 1880, Montreal is in transition. Ste-Catherine Street, still on its way to becoming the city’s primary commercial artery, is filling up with commercial buildings, entertainment venues and new forms of public sociability. Behind it, Victoria Street connects the area of what will become Square Victoria to the older urban fabric oriented toward Notre-Dame Street.

In this changing landscape, Queen’s Hall occupies a unique position: it is the first venue in Montreal built specifically for concert music. The building is part of the larger Queen’s Theatre Block, a mixed-use block (shops, offices, halls) sitting on Lot 1302 on fire insurance plans. It reflects the late 19th-century logic of real-estate speculation: maximizing revenue from an entire block by stacking uses (retail at street level, offices and entertainment spaces above).

2. The Queen’s Theatre Block (1874–1880)

The Queen’s Theatre Block was built around 1879 by contractor John Foulds for Montreal magnate Sir Hugh Allan, replacing an earlier building destroyed by fire in the mid-1870s. This new block, located at the strategic corner of Ste-Catherine and Victoria and extending toward University Street, was conceived as an urban revenue machine: ground floor shops, upper floors convertible into offices, meeting rooms or performance spaces.

It is within this context that Queen’s Hall is fitted out in the heart of the block — a versatile hall, but designed first and foremost for concerts. Newspapers quickly refer to the entire block as the Queen’s Hall Block and later as the Queen’s Theatre Block, a sign of how central the hall is to the site’s identity.

3. Architecture, interior & acoustics of Queen’s Hall

In an article published on 10 August 1880, the Montreal Star describes Queen’s Hall as « magnificently frescoed », « well lighted » and endowed with « excellent acoustic properties ». The hall is said to seat up to « about two thousand » people depending on the layout and the addition of extra chairs for major events. The article also announces the installation of a large organ, unusual for a secular hall, reinforcing its vocation as a concert venue.

Reviews in the Gazette and the Star after the opening insist on the quality of the acoustics, described as « admirable » and « excellent ». The architects are praised for having created a volume in which the orchestra and soloists project clearly to the very back of the room. The interior, with its decorative frescoes, places the hall in the lineage of elegant Victorian auditoriums across the English-speaking world.

Lighting, on the other hand, is the main weakness noted at the time: judged « quite poor » by the Star, it is seen as a detail to be corrected in a venue otherwise destined to become one of Montreal’s flagship cultural institutions.

4. Inauguration — 21 October 1880

On 21 October 1880, Queen’s Hall is inaugurated with a remarkably ambitious concert. The event is held under the patronage of members of the Montreal Philharmonic Society and brings together an artist roster that immediately positions the hall among the major concert institutions in North America:

  • Venezuelan pianist Teresa Carreño, already celebrated in Europe and America;
  • violinist Frantz Jehin-Prume, a central figure in Montreal musical life;
  • American soprano E. Otis Rockwood, active in Boston;
  • the Montreal Symphony Society (Symphonistes de Montréal) under Alexis Contant.

The program includes Haydn’s D major Symphony, a local audience favourite, and Beethoven’s Overture to Prometheus, among other works. The press describes a « large and fashionable audience », bringing together notables, music lovers and members of the anglophone and francophone bourgeoisie.

Ovations are numerous: Jehin-Prume sparks « a storm of applause » with a Vieuxtemps caprice, Carreño multiplies encores with works by Beethoven, Chopin, Schumann, Liszt, Henselt, Rubinstein, Hiller and Grieg, and Rockwood charms the audience in spite of a cold that might have affected her voice. The evening is universally hailed as a triumph, and the hall is instantly recognized as both an artistic and architectural success.

5. Musical life & artists (1880–1890)

Throughout the 1880s, Queen’s Hall becomes one of Montreal’s main musical hubs. Several institutions make it their home venue:

  • The Montreal Philharmonic Society, which performs there from 1880 to 1889.
  • The Mendelssohn Choir, active in the hall between 1881 and 1890.
  • Canadian soprano Emma Albani, who gives three recitals there upon her return to Canada in March 1883.

The hall also hosts chamber music evenings, benefit concerts, student recitals and large-scale choral events. It serves as both laboratory and showcase for a developing musical scene at a time when Montreal is trying to position itself alongside the major cultural capitals of North America.

6. Shift to theatre & end of the musical era

At the turn of the 1890s, audience tastes diversify and Montreal’s entertainment landscape changes. Hybrid forms — vaudeville, comic theatre, variety shows — gain in popularity. In this context, Queen’s Hall is gradually converted into a theatre. From around 1891, the venue is more often identified as a dramatic space than as a concert hall.

This shift reflects the broader trajectory of the Queen’s Theatre Block, whose economic logic is based on the ability to adapt interior spaces to the most profitable genres. But behind this flexibility lie structural weaknesses: several architects consulted about potential renovations express serious concerns about the solidity of foundations, especially on the University Street side.

7. Collapse of the Queen’s Theatre Block (17 September 1899)

7.1. A building already deemed unsafe

Long before the disaster, the Queen’s Theatre Block is considered problematic. Architects such as John James Brown and firms consulted by the owners state that it would be nearly impossible to modernize the structure without major work on the foundations. Walls on the University Street side are seen as particularly weak.

7.2. The evening of 17 September 1899

On Sunday, 17 September 1899, early in the evening, downtown routine is violently disrupted. Around 7:30 p.m., passers-by and employees of Scroggie Bros., a dry-goods store occupying the ground floor, hear unusual rumbling and cracking sounds. A 14-year-old boy, Henri Vaillancourt, notices the plate-glass windows cracking « from top to bottom » and runs to warn the night watchman, Mr. Reberdey.

At about 7:33 ½ p.m., according to the Montreal Star, everything speeds up. The large panes shatter, masonry begins to split, and the southwest corner of the building — the distinctive tower at Ste-Catherine and University — literally separates from the body of the structure. Reberdey, alerted at the last moment, manages to get out just seconds before floors and roof collapse in an ear-splitting roar.

7.3. A miracle: no loss of life

The collapse, which lasts no more than thirty seconds, hurls half-ton blocks of stone, twisted iron beams and glass shards into the street. Witnesses see the streetcar tracks disappear beneath a cloud of dust. Yet by a chain of almost miraculous circumstances, there are no deaths. A streetcar had passed just moments before; pedestrians walking along the façade had already turned the corner; most Scroggie’s employees had gone home.

Newspapers publish spectacular engravings the next day, showing the building’s corner before, during and after the collapse: one image shows the block as it had looked only hours earlier, another captures the instant when the tower breaks away, and a third depicts the field of ruins filled with firefighters, police and onlookers.

7.4. Likely causes & immediate consequences

Early analyses point to a combination of factors:

  • Longstanding foundation weakness on the University Street side;
  • excavation work underway in Scroggie’s basement, which may have destabilized the soil;
  • insufficient piles or reinforcement under key structural elements.

Police immediately cordon off the entire Queen’s Theatre Block. Material losses are enormous: Scroggie’s is said to have lost about $50,000 worth of merchandise, not counting the destruction of former Queen’s Hall office space and much of the surrounding structure. The event marks the definitive disappearance of Queen’s Hall as an architectural entity.

8. Commercial reconstruction (1900–1910)

After the 1899 collapse, the block cannot be saved: it must be rebuilt. Taking advantage of the booming retail market on Ste-Catherine Street, the owners decide to reconfigure the former theatre block as a department-store block. Stores such as Scroggie’s, then Carsley’s and A. E. Rea & Co. occupy the new premises, now equipped with a steel frame, large plate-glass windows and more regular floor plans.

On early 20th-century Goad insurance plans, Lot 1302 appears as a large commercial block rather than as a hybrid mix of theatre, concert hall and shops. Queen’s Hall as a distinct space has vanished; but the Queen’s Hall Block lives on, transformed into a vertical commercial machine.

9. Goodwin’s Limited — a modern department store (1911–1925)

9.1. Birth of a major store

In 1911, the block reaches a new milestone with the arrival of Goodwin’s Limited, a department store that aims to compete with Montreal and Canadian retail heavyweights. An interview in La Patrie (April 1911) presents manager W. H. Goodwin as a seasoned businessman who arrived in Canada in 1881, worked his way up through various firms and now leads this new enterprise.

Goodwin outlines a clear philosophy: equal service for rich and poor, no class distinctions inside the store, and absolute faith in advertising as a growth engine. He even hires a young Parisienne to oversee ad copy in French, avoiding clumsy, literal translations from English and signalling a modern, bilingual marketing strategy.

9.2. The “General Opening Fall 1911” campaign

In autumn 1911, a spectacular bilingual campaign marks Goodwin’s “general opening” of the season. The Montreal Star of 16 September runs a full-page ad proclaiming: “The vibration of business is felt throughout the whole fibre of our building.” The copy talks about the “greyhounds of the ocean” bringing goods from the “Old World and the New” to Montreal, describes Goodwin’s buyers roaming Europe and the United States, and presents the store as a global fashion hub.

The French version in La Patrie adapts this rhetoric for a francophone readership, emphasizing the “constant vibration of business” throughout the building, the “thousands” of customers crossing its thresholds and the diversity of departments — coats, suits, millinery, fabrics, shoes. Both campaigns converge on one idea: the former Queen’s Hall Block is now a fully fledged multi-storey modern department store, equipped with elevators, escalators and pneumatic tubes to move cash and messages between departments.

9.3. Goodwin’s as brand of A. E. Rea & Co.

At the bottom of these advertisements appears the line: “Goodwins Limited — Owned and operated by A. E. Rea & Co.”. Goodwin’s thus appears as the flagship brand of an already established Montreal firm. The block, once dominated by a concert hall, is now fully dedicated to retail, with an organisation and imagery comparable to that of other department stores such as Morgan’s, Dupuis Frères or, soon, Eaton’s.

10. Eaton’s, Centre Eaton & the contemporary city

In 1925, the T. Eaton Company acquires Goodwin’s and launches a series of expansion and modernization projects that turn the block into one of the flagship department stores on Ste-Catherine Street. The façade is remodelled, floors are reconfigured, and the building is progressively integrated into a larger commercial complex.

Over the course of the 20th century, further changes follow: internal restructurings, integration into linked shopping galleries, and reconfiguration of spaces with the construction of the metro and the development of Montreal’s underground pedestrian network. By the late century, the site is part of what is now known as the Centre Eaton de Montréal, owned by Ivanhoé Cambridge since 1999.

Victoria Street, which once ran immediately behind Queen’s Hall, has largely been erased in this process, absorbed by office towers and the shopping centre footprint. No visible trace of the original hall or theatre remains, but insurance maps, historic photographs, advertisements and press accounts allow us to virtually reconstruct Queen’s Hall at the heart of today’s downtown.

11. Mapping & location (Goad, Lovell’s, today)

On the 1910 Goad fire insurance plans, the block corresponding to the Queen’s Hall Block is clearly shown on Lot 1302, with the historic line of Victoria Street at the rear. Superimposing this plan onto present-day aerial views reveals that the former location of Queen’s Hall — once only a few dozen metres from Montreal’s Académie de musique on neighbouring Lot 1303 — is now completely encompassed within the mass of the Centre Eaton.

Victoria Street, once a real but secondary thoroughfare, is now largely symbolic: its historic path cuts through indoor circulation, service courtyards and parking structures. This kind of historical mapping makes it possible to position Queen’s Hall precisely in contemporary Montreal and to recall that this block was one of the first combined cultural and commercial nuclei of the downtown core.

12. Timeline

  • c. 1874 – Fire destroys an earlier building on the site.
  • 1879 – Construction of the Queen’s Theatre Block by John Foulds for Sir Hugh Allan.
  • 1880 (21 October) – Inauguration of Queen’s Hall, the first large hall purpose-built for concerts in Montreal.
  • 1880–1889 – Concerts by the Montreal Philharmonic Society.
  • 1881–1890 – Activities of the Mendelssohn Choir.
  • 1883 (March) – Recitals by Emma Albani at Queen’s Hall.
  • 1891 – Progressive conversion into a theatre.
  • 1899 (17 September)Partial collapse of the Queen’s Theatre Block at Ste-Catherine / University; destruction of spaces linked to Queen’s Hall.
  • 1900–1910 – Rebuilding of the block as a commercial complex (Scroggie’s, Carsley’s, A. E. Rea & Co.).
  • 1911 – Opening of Goodwin’s Limited; large bilingual ad campaigns (La Patrie, Montreal Star).
  • 1925 – Purchase of Goodwin’s by T. Eaton Company; expansion and transformation into Eaton’s department store.
  • Late 20th c. – Integration into the Centre Eaton and the network of downtown shopping galleries.
  • 1999 – Acquisition of the complex by Ivanhoé Cambridge.

13. Main notes & sources

  1. Montreal Star, 10 August 1880 – article announcing the upcoming opening of Queen’s Hall, describing frescoes, acoustics and the organ project.
  2. Montreal Star, 19 October 1880 – announcement of the inaugural concert under the patronage of the Montreal Philharmonic Society.
  3. Montreal Star, 22 October 1880 – review of the opening concert (Carreño, Jehin-Prume, Rockwood, Symphony Society).
  4. The Gazette, 22 October 1880 – detailed criticism: high acoustic quality, insufficient lighting, success of the performers.
  5. Montreal Star, 18 September 1899 – report on the collapse of the Queen’s Theatre Block, precise time, eyewitness accounts and engravings.
  6. The Gazette, 18 September 1899 – description of the collapse, mention of weak foundations and basement work.
  7. La Patrie, April 1911 – interview with W. H. Goodwin, presenting Goodwin’s Limited and its commercial philosophy.
  8. La Patrie, 16 September 1911 – large “Ouverture générale d’automne” advertisement for Goodwin’s Limited.
  9. Montreal Star, 16 September 1911 – full-page “General Opening Fall 1911” advertisement for Goodwin’s, with grand rhetoric about world commerce.
  10. McCord Stewart Museum – blog posts and collections related to the Queen’s Hall Block, Goodwin’s and Eaton’s.
  11. BAnQ numérique – Goad fire insurance plans, newspaper archives (Star, Gazette, La Patrie).
  12. The Canadian Encyclopedia – entry on Queen’s Hall (capacity, musical function, artists).
  13. Montreal Concert Poster Archive (MCPA) – research and historical synthesis, iconographic and cartographic documentation.

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