Station 10 (Montréal)
Installé au 2071, rue Sainte-Catherine Ouest, le Station 10 fut pendant plus d’une décennie l’une des petites salles les plus importantes de l’ouest du centre-ville montréalais pour les groupes locaux et émergents. Associé à Casey Faria à partir du début des années 1980, le club accueille rock, punk, alternatif, blues, reggae et événements atypiques, tout en servant de véritable premier échelon pour de nombreux musiciens. Après un dernier spectacle en septembre 1994, l’établissement ferme définitivement et entre dans l’histoire des petites salles disparues de Montréal. [1], [2], [3]
1. Présentation
Pendant les années 1980 et le début des années 1990, le Station 10 occupe une fonction particulière dans la géographie musicale montréalaise. Situé au 2071, rue Sainte-Catherine Ouest, le club se trouve dans un secteur moins associé au rock alternatif que le boulevard Saint-Laurent, mais développe néanmoins une identité durable de petite salle de proximité, accessible aux groupes encore peu connus.
Sa réputation repose avant tout sur cette fonction. Les articles de presse contemporains décrivent Station 10 comme un endroit où de jeunes groupes peuvent faire leurs premières armes devant public. En 1990, la Gazette présente même le club comme le principal véritable débouché de l’ouest du centre-ville pour les groupes sans contrat, et le décrit comme un lieu où les « kid bands » affrontent leurs premières prestations live. [6]
Cette vocation demeure visible jusqu’à la fermeture. Lorsqu’en septembre 1994 le club est cadenassé, un article souligne que sa disparition prive les nouveaux groupes d’un premier échelon essentiel dans une échelle déjà fragile de salles où apprendre le métier de la scène. [3]
2. Avant Station 10
L’histoire du 2071 Sainte-Catherine Ouest commence avant le Station 10. Un avis de la Régie des alcools mentionne Georges Decaqueray à cette adresse pour un permis de Dining-Room Bar, à la suite d’un transfert provenant de Clément Archambault. Le document démontre qu’un établissement licencié occupait déjà les lieux avant l’arrivée de Barclay Allan. [5]
Certaines sources rétrospectives identifient l’établissement précédent sous le nom de Le Bistro et situent la transformation en Station 10 vers la fin de 1974. À ce stade de la recherche, toutefois, aucun des avis de permis retrouvés ne nomme directement Le Bistro. La prudence impose donc de distinguer cette tradition secondaire des faits établis par les documents contemporains.
Précision historique
Le prédécesseur exact reste à confirmer
Les permis connus établissent une succession de détenteurs au 2071 Sainte-Catherine Ouest, mais ils ne permettent pas encore de prouver que l’établissement de Decaqueray ou d’Archambault portait le nom Le Bistro. Cette identification demeure donc provisoire.
3. Barclay Allan et les débuts
Un autre avis de permis rattache directement Barclay Allen — orthographe utilisée dans le document — au 2071 Sainte-Catherine Ouest. La catégorie demandée est Dining-room-Bar-Cabaret et l’avis précise que la demande survient « Following Sale ». Cette source confirme donc le lien direct entre Barclay Allen/Allan et un établissement de type bar-cabaret à cette adresse. [5]
Les sources rétrospectives situent le changement de nom vers Station 10 à la fin de 1974 et associent cette transformation à Barclay Allan, ancien joueur de football. Faute de date visible sur l’avis de permis retrouvé, cette chronologie demeure plausible mais ne peut encore être datée au jour près.
La présence du Station 10 est en revanche solidement documentée au début des années 1980. Une annonce de The Link du 13 mars 1981 présente Bruce Mann au Station 10, 2071 St. Catherine W.; une autre annonce de novembre 1981 confirme la même adresse. Une affiche conservée par MCPA documente également SID SERIOUS, 222’S et BLUE PRINTZ en 1981. [4], [7]
Repères dans l’histoire du Station 10
4. L’ère Casey Faria
Le personnage central de l’histoire moderne du Station 10 est Casey Faria. Deux articles de la Gazette permettent de situer le début de son association avec la salle autour de 1981. À la fin de 1990, Mark Lepage écrit que Faria travaille au Station 10 depuis neuf ans; lors de la fermeture en 1994, une autre chronique évoque treize ans d’existence sous sa direction. Les deux indications convergent vers le début des années 1980. [1], [6]
Faria n’est pas un propriétaire distant. Les articles le montrent au bar, dans la programmation, dans l’organisation de concours, de soirées thématiques et dans la défense de la scène locale. Cette présence très directe contribue à donner au Station 10 une personnalité plus proche d’un club de scène que d’une simple entreprise de divertissement.
En septembre 1992, le Westmount Examiner le décrit encore comme propriétaire du Station 10 et précise qu’il continue d’y présenter de nouveaux groupes. Le même article annonce qu’il rouvre parallèlement le Bar Le Legend à Delson, montrant que Station 10 demeure son point d’ancrage rock à Montréal malgré d’autres projets. [8]
5. Un incubateur pour les groupes montréalais
La fonction la plus importante du Station 10 est celle de tremplin. Lorsque Faria ouvre le Terminal à la fin de 1990, il explique que les deux salles ne rempliront pas le même rôle. Station 10 doit rester le petit club où les jeunes groupes affrontent leurs premières prestations, tandis que le Terminal constituera l’étape suivante pour ceux qui sont prêts à jouer devant un public plus nombreux. [6]
Cette hiérarchie informelle est particulièrement révélatrice de la manière dont fonctionnait la scène locale. Avant de jouer dans une grande salle, un groupe avait besoin d’endroits où apprendre à tenir une scène, attirer ses premiers spectateurs et convaincre des programmateurs. Station 10 occupait précisément ce premier niveau.
« Losing this club would kick the first rung out of an already spindly ladder. »
La fermeture du club est donc présentée dans la presse non seulement comme la disparition d’un bar, mais comme la perte d’un outil de développement pour la relève musicale montréalaise. [3]
6. Une programmation éclectique
Même si Station 10 est surtout associé au rock, au punk et aux musiques alternatives, sa programmation est plus large. Les archives font apparaître des groupes de rock locaux, du blues, du R&B, du reggae, de l’Irish rock et diverses soirées thématiques. Parmi les artistes documentés figurent notamment RAY CONDO AND HIS HARDROCK GONERS, BOKOMARU, THIS BLUE PIANO, JAH CUTTA AND DETERMINATION et CAPTAIN JOHN AND THE BLUE SHARKS. [9]
La salle accueille aussi des événements beaucoup moins conventionnels. Casey Faria organise régulièrement des soirées d’imitateurs d’Elvis, des Guitar Warz mettant des guitaristes en compétition, ainsi que des projections gratuites de films de série B pendant l’heure du cocktail. Cette dimension ludique distingue Station 10 d’une salle strictement consacrée aux concerts. [10]
Quelques activités documentées
Plus qu’un simple bar rock
GUITAR WARZ ’89 — concours hebdomadaire de guitaristes
SOIRÉES ELVIS — concours réguliers d’imitateurs
CINÉMA DE SÉRIE B — projections gratuites, du lundi au mercredi
ST. PATRICK’S DAY — groupes irlandais et programmation spéciale
NOUVEAUX GROUPES — programmation régulière de formations locales
7. Station 10 et le Terminal
En décembre 1990, Casey Faria et Larry Vitas ouvrent le Terminal Showbar au 1635 Sainte-Catherine Ouest. Le nouvel établissement est conçu comme une salle plus ambitieuse, avec une capacité annoncée de 250 personnes dans l’article d’ouverture et environ 75 000 $ investis dans les rénovations. [6]
Le Terminal n’est cependant pas destiné à remplacer Station 10. Au contraire, Faria décrit les deux salles comme les maillons d’une même échelle : Station 10 pour les débuts, Terminal comme étape suivante. Cette complémentarité explique pourquoi Faria continue à exploiter les deux établissements simultanément.
L’expérience du Terminal dure environ dix-huit mois. En 1992, la presse rapporte que la salle a fermé dans un contexte de plaintes de voisinage et de problèmes liés au permis municipal autorisant la musique forte. Un article souligne également que les déficits du Terminal avaient commencé à drainer les ressources du Station 10, décrit comme plus petit mais plus rentable. [11]
Deux salles, deux fonctions
Station 10 : le premier échelon
Dans la stratégie de Casey Faria, le Station 10 demeure la petite salle où les nouveaux groupes acquièrent leur première expérience, tandis que le Terminal doit accueillir les formations prêtes à passer à une scène plus importante.
8. Réaménagements de 1992–1993
La fermeture du Terminal ne signifie pas que Faria abandonne ses ambitions pour Station 10. Au contraire, une chronique de Mark Lepage publiée dans la Gazette le 28 janvier 1993 indique que le club vient d’être réaménagé. Les travaux ont agrandi l’espace au sol et amélioré l’acoustique, produisant selon le journaliste « a better Station 10 ». [12]
Cette information est importante, car elle montre que Station 10 ne se contentait pas de survivre jusqu’à sa fermeture. Moins de deux ans avant la fin, Faria investissait encore dans l’amélioration de la salle et de l’expérience des spectacles.
Le contexte montréalais de 1993 demeure pourtant fragile. Le même article souligne combien il est difficile pour les groupes présentant du matériel original de trouver des scènes où jouer. Dans ce contexte, la continuité d’une petite salle comme Station 10 prend une importance particulière.
9. Septembre 1994 : fin de ligne
En septembre 1994, Station 10 atteint brutalement la fin de son parcours. Un article contemporain rapporte que l’établissement est cadenassé par les propriétaires de l’immeuble après que Casey Faria n’a pas rouvert le bar à la suite d’un spectacle du vendredi soir. Le propriétaire-bailleur Peter Sergakis, président de Sergakis Holdings, indique qu’il louait les lieux à Faria depuis plusieurs années et qu’un mois de loyer de 4 000 $ demeurait dû, tout en affirmant que ce retard n’était pas la raison du cadenas. [3]
Une chronique publiée peu après précise que Faria met officiellement fin au Station 10 le 19 septembre, après environ treize ans. Il explique être épuisé par la situation, cite la dégradation du secteur et la diminution des foules, et déclare la compagnie en faillite. [2]
Les sources rétrospectives situent le dernier concert au vendredi 16 septembre 1994. Les articles contemporains retrouvés confirment qu’un spectacle a bien eu lieu le vendredi précédant le cadenassage, mais l’identification précise du dernier groupe demande encore une confirmation primaire.
« Station 10 had its day, we were doing what we were doing for 13 years. »
10. Après Station 10
La fermeture du club ne met pas fin à la carrière de Casey Faria dans les bars montréalais. Une chronique publiée après la disparition de Station 10 le présente comme manager et booker de PJ’s Pub, sur la bande de motels de la rue Saint-Jacques. La politique musicale y est toutefois différente : davantage de R&B et de Top 40, et beaucoup moins orientée vers l’underground lourd. [13]
Quelques années plus tard, à la fin des années 1990, Faria est également identifié comme gérant du McKibbin’s Irish Pub de la rue Bishop. Son parcours après 1994 montre qu’il demeure actif dans l’exploitation de bars, mais Station 10 reste l’établissement le plus étroitement lié à son rôle de promoteur de la relève rock locale. [14]
11. Importance historique
Station 10 n’a jamais été une salle monumentale. Sa valeur historique réside précisément dans son échelle. Il représentait un espace accessible, imparfait, vivant et nécessaire, où des musiciens pouvaient apprendre la scène avant de tenter leur chance dans des salles plus importantes.
Sa programmation reflète également une partie importante de la culture musicale montréalaise des années 1980 et 1990 : coexistence du punk, du rock alternatif, du blues, du reggae, des groupes locaux, des artistes de passage et d’événements volontairement décalés. Cette diversité empêchait le lieu de se réduire à une seule étiquette.
Enfin, son histoire documente les difficultés structurelles auxquelles les petites salles ont toujours été confrontées : loyers, récession, permis, plaintes de voisinage, faibles marges et nécessité constante de renouveler le public. La disparition de Station 10 en 1994 est donc à la fois la fin d’un bar et la disparition d’un maillon essentiel de l’écosystème musical local.
Dans l’histoire des petites salles montréalaises
Un premier échelon de la scène locale
c. 1974 — naissance du Station 10 à 2071 Sainte-Catherine Ouest
c. 1981 — début de l’ère Casey Faria
1990 — ouverture du Terminal comme salle complémentaire
1992 — fermeture du Terminal; Station 10 demeure actif
1992–1993 — agrandissement et amélioration acoustique
19 septembre 1994 — fermeture définitive
12. Notes & sources
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THE GAZETTE, article rétrospectif publié lors de la fermeture
de Station 10, septembre 1994.
Le texte indique que Casey Faria ferme officiellement l’établissement le 19 septembre après environ treize ans, et rapporte sa décision de déclarer la compagnie en faillite. -
THE GAZETTE, « End of line for Station 10 », septembre 1994.
Casey Faria y évoque la baisse des foules, la détérioration du secteur et la fin d’un cycle de treize ans. Il envisage alors l’ouverture éventuelle d’une nouvelle salle de 200 à 250 places. -
THE GAZETTE, article sur le cadenassage de Station 10,
septembre 1994.
Le texte identifie Peter Sergakis, président de Sergakis Holdings, comme propriétaire-bailleur de l’immeuble et Casey Faria comme propriétaire-exploitant du club. Il souligne également l’impact de la fermeture sur les nouveaux groupes. -
THE LINK, 13 mars 1981 et 10 novembre 1981.
Annonces de spectacles au Station 10, 2071 St. Catherine W., confirmant l’adresse et l’activité musicale de la salle au début des années 1980. -
COMMISSION DE CONTRÔLE DES PERMIS D’ALCOOL DU QUÉBEC,
avis de permis conservés dans les archives MCPA.
Un avis mentionne Georges Decaqueray au 2071 Sainte-Catherine Ouest après transfert de Clément Archambault. Un autre lie Barclay Allen à la même adresse pour un permis « Dining-room-Bar-Cabaret », à la suite d’une vente. -
MARK LEPAGE, The Gazette,
« City rock scene gets new 250-seat showplace », fin 1990.
L’article présente Casey Faria comme actif au Station 10 depuis neuf ans et décrit Station 10 comme le petit club servant de premier niveau aux jeunes groupes, le Terminal devant constituer l’étape suivante. -
MONTRÉAL CONCERT POSTER ARCHIVE,
collection Sid / Ken McAuliffe.
Affiche de 1981 annonçant SID SERIOUS, 222’S et BLUE PRINTZ au Station 10. -
WESTMOUNT EXAMINER, 17 septembre 1992.
L’article sur la réouverture du Bar Le Legend identifie Casey Faria comme propriétaire du Station 10 et précise qu’il continue d’y présenter de nouveaux groupes. -
THE GAZETTE, diverses chroniques et calendriers de spectacles
des années 1980 et 1990.
Mentions de Ray Condo and His Hardrock Goners, Bokomaru, This Blue Piano, Jah Cutta and Determination et Captain John and the Blue Sharks au Station 10. -
BILL BROWNSTEIN et MARK LEPAGE,
The Gazette, diverses chroniques.
Articles sur les soirées d’imitateurs d’Elvis, les projections de films de série B et le concours Fender Guitar Warz ’89, organisé par Casey Faria au Station 10. -
MARK LEPAGE, The Gazette, 1992,
article sur la fermeture du Terminal.
Le Terminal, ouvert en décembre 1990, ferme après environ dix-huit mois. L’article mentionne les problèmes de permis et les plaintes de bruit, ainsi que le poids financier du Terminal sur le Station 10. -
MARK LEPAGE, The Gazette,
28 janvier 1993.
La chronique rapporte que Casey Faria a récemment agrandi l’espace au sol du Station 10 et amélioré l’acoustique, créant selon le journaliste « a better Station 10 ». -
MARK LEPAGE, The Gazette,
chronique publiée après la fermeture de Station 10, 1994.
Casey Faria est alors présenté comme manager/booker de PJ’s Pub sur la rue Saint-Jacques. -
THE GAZETTE, article du contexte du passage à l’an 2000.
Casey Faria y est identifié comme manager du McKibbin’s Irish Pub de la rue Bishop.















































