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Klondyke Music-Hall (Montréal)

Ouvert en 1900 au coin des rues Sainte-Catherine et Montcalm, le Klondyke Music-Hall appartient à la nouvelle génération de salles de divertissement populaire qui transforme Montréal au tournant du XXe siècle. Devenu successivement Théâtre Delville puis Salle Poiré, le lieu entre dans l'histoire du cinéma lorsque Léo-Ernest Ouimet y installe son premier Ouimetoscope en 1906.

1. Présentation

Le Klondyke Music-Hall est une salle de divertissement populaire active à Montréal en 1900, au 1456, rue Sainte-Catherine Est, à l'angle de la rue Montcalm. L'établissement appartient à Louis Poiré, dont le nom demeurera associé au lieu pendant plusieurs années.

Bien que son existence sous le nom de Klondyke soit très brève, l'histoire de cette salle est remarquable. En quelques années seulement, le même lieu passe du music-hall au théâtre professionnel, devient une salle polyvalente et accueille finalement l'une des entreprises fondatrices de l'histoire du cinéma québécois : le Ouimetoscope de Léo-Ernest Ouimet.

Un même lieu, plusieurs identités

Klondyke → Delville → Poiré → Ouimetoscope

Il ne s'agit pas de quatre salles indépendantes. Les sources permettent de suivre la transformation d'un même lieu situé au coin des rues Sainte-Catherine et Montcalm : Klondyke Music-Hall en 1900, Théâtre Delville à partir du 31 décembre 1900, Salle Poiré dans les années suivantes, puis premier Ouimetoscope en 1906.

2. Le Klondyke Music-Hall

À l'été 1900, le Klondyke se présente comme un nouveau café-concert et music-hall destiné à un large public. Sa programmation combine vaudeville, chansons, numéros populaires et comédie française.

En juillet, un programme particulièrement imposant annonce dix-huit numéros de vaudeville, auxquels s'ajoute la comédie française Le Divorce de Duchaudfroid. Deux représentations sont offertes quotidiennement et le prix d'entrée n'est que de cinq cents.

La presse rapporte que cette formule attire des milliers de spectateurs. Le Klondyke appartient ainsi à une nouvelle économie du spectacle fondée sur des prix très accessibles, un renouvellement fréquent des attractions et une programmation destinée à rejoindre un public populaire beaucoup plus large que celui des théâtres traditionnels.

Juillet 1900

18 numéros pour cinq cents

La combinaison de dix-huit numéros de vaudeville et d'une comédie française pour un droit d'entrée de seulement 0,05 $ illustre le modèle économique du Klondyke : beaucoup de divertissement, plusieurs représentations et un prix suffisamment bas pour attirer un public nombreux.

3. Le Théâtre Delville

L'identité du Klondyke change rapidement. Le 31 décembre 1900, les frères Charles et Fleury Delville transforment l'établissement en Théâtre Delville.

Les deux frères sont déjà connus du public montréalais. Duettistes français, ils se sont produits notamment au parc Sohmer, au Théâtre des Variétés et à l'Eldorado. Leur arrivée inscrit donc la salle dans le réseau très mobile des artistes et entrepreneurs qui construisent alors le théâtre professionnel francophone à Montréal.

Le Théâtre Delville possède également une entrée au 181, rue Montcalm. Cette adresse ne doit pas nécessairement être interprétée comme un déménagement : l'établissement se trouve au coin de Sainte-Catherine et Montcalm et peut être identifié dans les sources par différentes entrées du même ensemble.

4. Une programmation familiale

Sous les frères Delville, la programmation s'élargit. Le théâtre présente désormais des opérettes, drames, comédies et numéros de vaudeville. La troupe comprend des artistes ayant déjà joué au Théâtre de la Renaissance et au Théâtre National.

Les Delville cherchent manifestement à distinguer leur établissement du café-concert traditionnel. Le répertoire est présenté comme convenant aux familles et la consommation d'alcool et de tabac est interdite dans la salle.

Cette orientation correspond à une transformation plus générale du spectacle populaire montréalais. À côté des cafés-concerts et music-halls apparaissent des entreprises qui cherchent à combiner la popularité du vaudeville avec la respectabilité du théâtre professionnel.

Du music-hall au théâtre

Une nouvelle identité

En transformant le Klondyke en Théâtre Delville, les frères Delville ne changent pas simplement le nom de la salle. Ils modifient également son positionnement : programmation théâtrale plus développée, clientèle familiale et interdiction de l'alcool et du tabac.

5. Le départ de Charles Delville

L'expérience Delville est cependant de courte durée. En juillet 1901, le départ de Charles Delville pour la France est annoncé dans la presse montréalaise.

Son départ provoque suffisamment de rumeurs pour que Louis Poiré, propriétaire de l'immeuble, intervienne publiquement. Il précise notamment que Delville n'a pas quitté Montréal en laissant ses acteurs impayés ou en emportant l'argent de ses créanciers.

La fermeture n'est que temporaire. Le 8 juillet 1901, le Théâtre Delville rouvre ses portes. Des artistes de la Gaieté Française prennent alors possession de la salle et poursuivent les représentations.

Cet épisode illustre la fragilité des premières compagnies professionnelles montréalaises. Les troupes se forment, se déplacent et disparaissent rapidement, tandis que les salles elles-mêmes continuent souvent à fonctionner sous une autre direction ou sous un nouveau nom.

6. La Salle Poiré

Après l'expérience du Théâtre Delville, le nom Salle Poiré devient progressivement associé à l'établissement. Cette appellation renvoie directement à son propriétaire, Louis Poiré, plutôt qu'à une troupe ou à une programmation particulière.

La salle est louée à différentes associations dramatiques et sert également à des réunions publiques et politiques. En mai 1902, par exemple, les journaux mentionnent une réunion du Club libéral de la partie est à la Salle Poiré.

Le lieu devient ainsi une véritable salle polyvalente : théâtre, spectacles populaires, réunions d'associations et rassemblements politiques peuvent s'y succéder. Cette polyvalence prépare indirectement la prochaine transformation de l'établissement.

7. Le premier Ouimetoscope

À la fin de 1905, l'électricien et projectionniste Léo-Ernest Ouimet loue la Salle Poiré. Depuis quelques années, Ouimet expérimente les possibilités commerciales du cinéma, notamment après avoir travaillé dans le milieu théâtral montréalais et s'être familiarisé avec la projection de vues animées.

Le 1er janvier 1906, il inaugure dans la salle son Ouimetoscope. Le lieu est alors transformé pour accueillir régulièrement des projections cinématographiques. La première salle compte environ 450 à 500 places.

Le succès est immédiat. Dès sa première semaine, l'établissement attire un public nombreux et rapporte une somme importante à son propriétaire. Le cinéma, jusque-là souvent présenté comme attraction complémentaire dans les théâtres, parcs et salles de variétés, devient ici l'élément central du spectacle.

Une nuance historique

Le « premier cinéma » du Canada?

Le Ouimetoscope occupe une place fondamentale dans l'histoire du cinéma canadien et est souvent présenté comme le premier cinéma permanent du pays consacré aux vues animées. Des projections cinématographiques existaient toutefois à Montréal depuis les années 1890, et la question de la toute première salle exclusivement consacrée au cinéma fait l'objet de nuances historiographiques.

Ce qui est certain, c'est que le succès de l'entreprise de Ouimet contribue puissamment à faire du cinéma une activité commerciale permanente et autonome à Montréal.

La première Salle Poiré devient rapidement trop petite. Ouimet réinvestit ses profits et fait construire sur le site un établissement beaucoup plus ambitieux. La nouvelle salle, ouverte en 1907, peut accueillir environ 1 200 spectateurs et compte parmi les grands palais cinématographiques pionniers de Montréal.

8. Importance historique

L'histoire du Klondyke Music-Hall dépasse largement la brève existence de l'établissement portant ce nom. Elle permet de suivre, à travers un seul lieu, une transformation fondamentale du divertissement montréalais au début du XXe siècle.

En 1900, on y présente dix-huit numéros de vaudeville et une comédie pour cinq cents. Quelques mois plus tard, le même espace devient un théâtre professionnel francophone. Il devient ensuite une salle de location et de réunions avant d'être transformé, en 1906, en établissement consacré aux vues animées.

En seulement six ans, la salle traverse ainsi trois grandes formes du divertissement populaire moderne : le music-hall, le théâtre professionnel et le cinéma.

Perspective MCPA

Un laboratoire du divertissement montréalais

Peu de lieux illustrent aussi clairement la rapidité avec laquelle la culture populaire montréalaise se transforme autour de 1900. Klondyke Music-Hall, Théâtre Delville, Salle Poiré et Ouimetoscope constituent les différentes vies d'un lieu qui accompagne le passage du vaudeville et du théâtre populaire vers l'ère du cinéma.

9. Chronologie

1900
Klondyke
Louis Poiré exploite le Klondyke Music-Hall au coin de Sainte-Catherine et Montcalm.
31 déc. 1900
Théâtre Delville
Charles et Fleury Delville transforment le Klondyke en théâtre.
1901
Salle Poiré
La salle accueille différentes troupes, associations et réunions publiques.
1er janv. 1906
Ouimetoscope
Léo-Ernest Ouimet transforme la Salle Poiré en salle de vues animées.
1907
Nouvelle salle
Ouimet remplace l'ancienne salle par un Ouimetoscope beaucoup plus vaste.

10. Notes et sources

  1. Théâtre Delville, La Patrie, 1er juillet 1901. Documentation concernant Louis Poiré et le Théâtre Delville.
  2. Klondyke Music Hall, Les Débats, 29 juillet 1900. Programme de vaudeville, représentations et prix d'entrée.
  3. Klondyke Music Hall, Le Samedi, août 1900. Documentation contemporaine sur la programmation du Klondyke.
  4. Théâtre Delville, Le Passe-Temps, 1901, vol. 6, no 151. Documentation concernant la salle et la programmation des frères Delville.
  5. Le Théâtre Delville 1900–1902, Historyspin. Étude historique consacrée au Théâtre Delville et à son emplacement.
  6. Les frères Delville, La Presse, 29 décembre 1900. Annonce de la transformation du Klondyke en Théâtre Delville.
  7. M. Duchamp-Belville, Le Journal, 3 juillet 1901. Article concernant le départ de Charles Delville pour la France.
  8. Le Théâtre Delville, La Patrie, 9 juillet 1901. Réouverture du théâtre et arrivée des artistes de la Gaieté Française.
  9. Club libéral de la partie est, Les Débats, 4 mai 1902. Utilisation de la Salle Poiré pour des rassemblements publics.
  10. Luc Perreault, Un pionnier authentique, La Presse, 11 mars 1972. Portrait de Léo-Ernest Ouimet et histoire du Ouimetoscope.
  11. Léon-H. Bélanger, Léo-Ernest Ouimet et les débuts du cinéma québécois, Montréal, VLB éditeur, 1978, p. 247.
  12. Archives de la Ville de Montréal, Les 100 ans du Ouimetoscope, 2006. Documentation sur l'ouverture du Ouimetoscope dans la Salle Poiré le 1er janvier 1906.
  13. Encyclopédie du MEM, Ernest Ouimet, pionnier de l'image. Documentation sur la carrière de Ouimet, la Salle Poiré et les débuts du Ouimetoscope.

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