Blanchard’s Circus (Montréal)
Documenté à Montréal dès 1823, le cirque exploité par West & Blanchard sur la rue Craig, aujourd’hui rue Saint-Antoine, compte parmi les premiers lieux de divertissement montréalais à réunir équitation, spectacle dramatique et mélodrame équestre. Les entrepreneurs exploitent alors également un théâtre distinct sur la rue Notre-Dame. Leur cirque montréalais sert directement de modèle au Royal Circus qu’ils établissent à Québec en 1824. [1], [2]
1. Présentation
Au début des années 1820, le spectacle professionnel à Montréal s’organise encore dans un réseau relativement restreint de salles, d’espaces adaptés et d’établissements polyvalents. C’est dans ce contexte qu’apparaît le cirque de West & Blanchard, installé sur la rue Craig, aujourd’hui rue Saint-Antoine.
Une étude publiée en 1936 dans le Bulletin des recherches historiques affirme que les deux entrepreneurs exploitent déjà à Montréal, en 1823, « un théâtre, rue Notre-Dame, et un cirque, rue Craig ». Elle décrit ces deux lieux comme des établissements populaires qui attirent une importante clientèle montréalaise. [1]
Le cirque appartient à la tradition du théâtre équestre, une forme de divertissement développée en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord qui combine exercices à cheval et représentations dramatiques. Les chevaux ne constituent pas seulement un numéro séparé : ils peuvent être directement intégrés à l’action de certains mélodrames.
2. Un cirque documenté dès 1823
La date exacte d’ouverture du cirque montréalais demeure à préciser, mais la documentation permet maintenant d’établir son existence au moins dès 1823. Cette information est importante, car certaines chronologies modernes font plutôt commencer son activité en 1824.
Le Bulletin des recherches historiques indique explicitement que West et Blanchard exploitent déjà leur cirque de la rue Craig en 1823. Au même moment, ils dirigent également un théâtre distinct sur la rue Notre-Dame. [1]
Précision chronologique
1823 ou 1824?
La formulation la plus prudente est « documenté dès 1823 ». Une date de représentation ou de réouverture en 1824 ne doit pas être confondue automatiquement avec la fondation du lieu, puisque la source de 1936 affirme que le cirque existait déjà l’année précédente.
3. West & Blanchard
Les entrepreneurs West & Blanchard apparaissent comme des figures importantes de cette première période du divertissement commercial montréalais. Leur activité ne se limite pas à un seul établissement : ils exploitent simultanément un cirque sur la rue Craig et un théâtre sur la rue Notre-Dame.
Leur organisation semble également reposer sur une troupe suffisamment structurée pour présenter des programmes mêlant équitation et théâtre et pour entreprendre, dès l’été suivant, la création d’un deuxième établissement dans une autre ville.
Lorsque West & Blanchard annoncent en juillet 1824 leur projet québécois, ils se présentent eux-mêmes dans le Quebec Mercury comme les « Managers of the Montreal Circus ». [2]
West & Blanchard : Montréal et Québec
4. Cirque et théâtre dans un même spectacle
Le document de 1936 reproduit une annonce publiée dans le Quebec Mercury le 8 juillet 1824. West & Blanchard y expliquent que leur futur établissement de Québec sera consacré aux « Equestrian and Dramatic Performances ». [2]
Le passage le plus révélateur concerne cependant Montréal. Les entrepreneurs annoncent qu’ils présenteront à Québec les grands mélodrames équestres dans lesquels des chevaux sont introduits sur scène et précisent que ces mêmes spectacles sont alors déjà présentés à Montréal avec un accueil très favorable du public. [2]
Cette description démontre que la formule montréalaise dépasse largement la simple juxtaposition d’un numéro de cirque et d’une pièce de théâtre. Dans certains spectacles, l’équitation fait directement partie de la dramaturgie : les chevaux deviennent des éléments de la représentation elle-même.
1824
Des chevaux directement intégrés au mélodrame
La publicité de West & Blanchard constitue une preuve particulièrement précieuse de la nature du spectacle présenté à Montréal. Les entrepreneurs affirment eux-mêmes que leurs mélodrames équestres avec chevaux sur scène y rencontrent déjà un important succès.
5. Le modèle du Royal Circus de Québec
Au commencement de l’été 1824, West & Blanchard se rendent à Québec afin d’y créer un nouveau cirque. La source précise explicitement qu’ils souhaitent établir cet établissement sur le modèle de celui qu’ils possèdent déjà à Montréal. [1]
Ils concluent une entente avec Mailhiot, propriétaire d’un hôtel de la rue Saint-Jean, qui leur fournit un bâtiment situé derrière son établissement. Celui-ci est transformé pour accueillir le nouveau cirque.
Le Royal Circus de Québec donne sa première représentation le 18 octobre 1824. Le programme combine exercices d’équitation et mélodrame, confirmant l’application à Québec du modèle hybride déjà exploité à Montréal. [3]
6. Montreal Circus ou Royal Circus?
La nomenclature constitue un point important. Dans l’annonce du Quebec Mercury de juillet 1824, West & Blanchard se présentent comme les directeurs du « Montreal Circus ». Cette appellation constitue donc un nom contemporain directement documenté pour leur établissement montréalais.
En revanche, l’expression Royal Circus est utilisée dans la documentation présentée par l’article de 1936 pour l’établissement que les entrepreneurs ouvrent à Québec quelques mois plus tard.
Précision historique
Éviter la confusion entre Montréal et Québec
Il est préférable d’utiliser Montreal Circus, West & Blanchard’s Circus ou Blanchard’s Circus pour le lieu montréalais. L’appellation Blanchard’s Royal Circus peut apparaître dans certaines chronologies secondaires, mais risque de créer une confusion avec le Royal Circus de Québec, clairement documenté sous ce nom.
7. Le mystérieux théâtre de la rue Notre-Dame
L’une des informations les plus intrigantes du document concerne un second établissement. Selon l’article, West & Blanchard exploitent en 1823 non seulement leur cirque de la rue Craig, mais également un théâtre sur la rue Notre-Dame. [1]
Le document ne fournit cependant ni nom officiel, ni adresse civique précise, ni description architecturale permettant d’identifier avec certitude ce théâtre.
Il convient donc de le distinguer du cirque et de ne pas l’associer automatiquement au New Market Theatre, au Montreal Theatre ou à un autre établissement connu sans preuve documentaire supplémentaire.
Piste de recherche MCPA
Un établissement montréalais encore à identifier
La mention d’un théâtre de West & Blanchard sur Notre-Dame en 1823 mérite une recherche distincte dans les journaux montréalais de 1822–1824. Elle pourrait permettre d’identifier un lieu de spectacle jusqu’ici mal documenté dans la chronologie théâtrale montréalaise.
8. Le paysage théâtral montréalais
Le cirque de West & Blanchard apparaît à une période charnière. Quelques années auparavant, Montréal avait connu la salle de James Ormsby puis le Montreal Theatre, installé dans un bâtiment existant de la rue Saint-Sulpice.
Au milieu des années 1820, plusieurs formes de spectacle coexistent : théâtre dramatique, salles d’assemblée, cirque équestre, mélodrame et spectacles itinérants. Cette diversité précède immédiatement l’ouverture, en novembre 1825, du Théâtre Royal-Molson, premier grand édifice montréalais construit spécifiquement pour le théâtre.
Le Montreal Circus représente ainsi une étape importante dans cette transition. Son succès démontre que le public montréalais est déjà réceptif à des spectacles professionnels complexes, spectaculaires et hybrides.
9. Importance historique
Le cirque de West & Blanchard occupe une place particulière dans l’histoire des lieux de spectacle montréalais. Il témoigne de l’apparition précoce d’un divertissement commercial structuré capable d’associer plusieurs disciplines dans une même programmation.
Son importance réside aussi dans la circulation des modèles spectaculaires. Le succès du cirque montréalais conduit directement West & Blanchard à reproduire leur formule à Québec en 1824. Le lieu montréalais devient ainsi le modèle d’un second établissement théâtral et équestre.
Enfin, la documentation contemporaine permet de comprendre que l’histoire du théâtre montréalais du début du XIXe siècle ne repose pas uniquement sur les salles dramatiques traditionnelles. Cirques, pistes équestres, mélodrames et établissements polyvalents participent eux aussi à la formation d’une véritable culture du spectacle urbain.
Dans l’histoire des salles montréalaises
1804–1825 : diversification du spectacle
1804 — salle aménagée par James Ormsby,
rue Saint-Sulpice
1808 — réouverture comme Montreal Theatre
1823 — West & Blanchard exploitent un
cirque rue Craig et un théâtre rue Notre-Dame
1824 — New Market Theatre / Roy’s Assembly Room
1824 — West & Blanchard créent le Royal Circus
de Québec sur le modèle montréalais
21 novembre 1825 — inauguration du
Théâtre Royal-Molson
10. Notes & sources
-
LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES,
vol. XLII, novembre 1936,
« Le Cirque Royal ou Théâtre Royal
(Royal Circus ou Royal Theatre) ».
L’article affirme que West et Blanchard exploitaient à Montréal en 1823 un théâtre rue Notre-Dame et un cirque rue Craig. Il précise qu’ils se rendent à Québec au commencement de l’été 1824 afin d’y créer un cirque sur le modèle de leur établissement montréalais. -
QUEBEC MERCURY,
8 juillet 1824,
avis de West & Blanchard,
reproduit dans le
Bulletin des recherches historiques,
novembre 1936.
Les entrepreneurs se présentent comme « Managers of the Montreal Circus » et annoncent la création à Québec d’un établissement destiné aux Equestrian and Dramatic Performances. Ils précisent que les mélodrames équestres mettant en scène des chevaux sont déjà présentés à Montréal avec succès. -
LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES,
novembre 1936.
La première représentation du Royal Circus de Québec est donnée le 18 octobre 1824. Le programme associe exercices équestres et le mélodrame The Blind Boy. -
OWEN KLEIN,
travaux consacrés aux débuts du théâtre professionnel à Montréal
et à l’ouverture du Théâtre Royal en 1825.
Documentation complémentaire sur les spectacles équestres, la présence de compagnies itinérantes et l’évolution du divertissement théâtral montréalais durant les années 1820. -
THEATRE RESEARCH IN CANADA /
RECHERCHES THÉÂTRALES AU CANADA.
Études consacrées au théâtre montréalais du début du XIXe siècle, à la scénographie, aux salles adaptées, aux compagnies itinérantes et à la concurrence entre différentes formes de spectacle. -
MONTRÉAL AUTREFOIS — HISTOIREPASSION.CA,
« Les salles de spectacles ».
Chronologie répertoriant le cirque associé à Blanchard parmi les établissements montréalais des années 1820. Cette nomenclature doit être confrontée aux sources contemporaines qui utilisent explicitement Montreal Circus pour le lieu montréalais.