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New Market Theatre (Roy’s Assembly Room)

Aménagé dans les Assembly Rooms du Roy’s Hotel, dans le secteur du nouveau marché de Montréal, le New Market Theatre accueille une saison théâtrale documentée au printemps 1824. Cette petite salle, dotée d’une scène, de coulisses et de décors peints, constitue l’un des derniers théâtres montréalais aménagés dans un bâtiment existant avant l’ouverture du Théâtre Royal en 1825. [1], [2]

1. Présentation

Le New Market Theatre, également associé dans les sources à Roy’s Assembly Room, était une petite salle de spectacle aménagée dans l’établissement de Joseph Roy, dans le secteur du nouveau marché de Montréal. Une activité théâtrale y est clairement documentée au printemps 1824. [1]

Contrairement au Théâtre Royal qui ouvrira l’année suivante, le New Market Theatre n’était pas un édifice monumental construit spécifiquement pour les arts de la scène. Il s’agissait plutôt d’une salle d’assemblée adaptée au théâtre, poursuivant une tradition déjà ancienne à Montréal où auberges, hôtels et salles publiques étaient temporairement ou durablement transformés pour accueillir des représentations.

Malgré ses dimensions modestes, la salle possédait de véritables éléments scéniques : décors peints, coulisses, rideau de scène et dispositifs permettant certains effets spectaculaires. Les comptes rendus de 1824 témoignent même de la surprise des spectateurs devant la qualité visuelle que l’on pouvait obtenir dans un théâtre aussi petit. [2]

2. Montréal après la disparition de l’ancien théâtre

Le New Market Theatre apparaît à un moment où la vie théâtrale montréalaise cherche encore une véritable demeure permanente. La première salle aménagée par James Ormsby en 1804, devenue plus tard le Montreal Theatre, avait ouvert la voie à une activité théâtrale professionnelle plus régulière.

Après la disparition de ce premier cycle de salles, les représentations se déplacent de nouveau vers différents espaces adaptés. En 1822, le jeune prodige George Frederick Smith présente notamment des scènes de Richard III et de Romeo and Juliet dans les Assembly Rooms du Mansion House Hotel. [1]

Il faut attendre le printemps 1824 pour qu’une nouvelle compagnie entreprenne une véritable petite saison dans les Assembly Rooms du Roy’s Hotel, désormais présentées au public sous le nom de New-Market Theatre. [1]

3. Joseph Roy et les Assembly Rooms

La salle se trouvait dans un bâtiment associé à Joseph Roy, dans le secteur du New Market. Le marché avait été aménagé sur l’ancien site du château de Vaudreuil et correspond au secteur de l’actuelle place Jacques-Cartier.

Comme plusieurs hôtels et auberges nord-américains de l’époque, l’établissement de Roy possédait une Assembly Room, c’est-à-dire une grande salle polyvalente destinée aux réunions, bals, assemblées et divertissements publics.

C’est cet espace qui fut adapté afin de permettre la présentation de spectacles dramatiques. Le New Market Theatre appartient donc davantage à l’histoire des salles transformées qu’à celle des grands théâtres construits spécifiquement pour la scène.

Précision historique

1822 ou 1824?

Certaines chronologies modernes donnent au New Market Theatre une période de 1822 à 1845. Les travaux universitaires consultés permettent cependant d’établir avec beaucoup plus de précision une saison théâtrale au printemps 1824, lorsque les Assembly Rooms du Roy’s Hotel sont explicitement désignées sous le nom de New-Market Theatre.

Pour cette raison, MCPA retient ici 1824 comme la première date théâtrale solidement documentée sous cette appellation.

4. La saison de 1824

Au printemps 1824, une petite compagnie entreprend une saison au New-Market Theatre. La troupe est dirigée par Emmanuel Judah, acteur de mélodrame déjà connu dans les théâtres secondaires de New York. Une Mrs. Smith occupe le principal rôle féminin. [1]

Le 10 avril 1824, la compagnie présente Catherine and Petruchio, l’adaptation de The Taming of the Shrew de Shakespeare réalisée par David Garrick. Le spectacle est repris le 24 avril. [1]

Le 22 mai 1824, Judah interprète Romeo dans Romeo and Juliet. Mrs. Smith tient le rôle de Juliet, Webb celui de Mercutio et Mrs. Dorion celui de la nourrice. [1]

1824

Représentations shakespeariennes documentées

10 AVRILCatherine and Petruchio
24 AVRILCatherine and Petruchio
22 MAIRomeo and Juliet

5. Une petite salle aux ambitions étonnantes

Les dimensions modestes du New Market Theatre ne l’empêchent pas de posséder un équipement scénique relativement élaboré pour l’époque. Les comptes rendus publiés en 1824 soulignent la propreté des nouveaux aménagements et surtout la qualité des nouveaux décors peints. [2]

Le rideau de scène représentait notamment un paysage suisse. Les décors étaient conçus de manière à respecter les proportions de la petite scène et semblent avoir produit une impression favorable sur les spectateurs. [2]

La production de Bertram, mélodrame de Charles Maturin, permet de mesurer les ambitions techniques de la salle. Le premier acte comportait une tempête, une mer et des nuages en mouvement ainsi qu’un naufrage. Un critique montréalais se disait surpris de voir un effet aussi réussi dans un théâtre de dimensions aussi réduites. [2]

L’éclairage demeurait toutefois rudimentaire. Le même critique estimait que certains effets auraient été encore plus convaincants si la lumière provenant des coulisses avait été moins forte. [2]

Équipement scénique

Un véritable petit théâtre

Bien qu’aménagé dans une salle existante, le New Market Theatre possédait plusieurs attributs d’un théâtre : scène, coulisses, rideau peint, décors et effets scéniques. Ce qui lui manquait surtout était un bâtiment conçu dès l’origine pour répondre aux besoins du spectacle.

6. William Alexander Brown à Montréal

L’un des épisodes les plus remarquables de l’histoire du New Market Theatre survient durant l’été 1824. Le 16 août, la salle est mise à la disposition de William Alexander Brown, artiste noir originaire de Saint-Vincent qui avait fondé quelques années auparavant à New York l’African Theatre. [3]

Fondé à New York en 1821, l’African Theatre est généralement considéré comme la première compagnie théâtrale noire connue aux États-Unis. Après la disparition de la compagnie new-yorkaise, Brown semble avoir poursuivi certaines activités théâtrales ailleurs en Amérique du Nord.

Pour sa soirée montréalaise, une annonce informe le public que Brown présentera au New Market Theatre une sélection de scènes tirées de pièces populaires. Les portes doivent ouvrir à 19 heures et le spectacle commencer à 20 heures. Les billets sont proposés séparément pour les boxes et le parterre. [3]

La présence de William Alexander Brown au New Market Theatre constitue ainsi un épisode particulièrement important de l’histoire du théâtre noir à Montréal et témoigne des échanges culturels qui reliaient déjà la ville aux réseaux théâtraux nord-américains.

7. La concurrence du Royal Circus

La petite compagnie du New Market Theatre doit rapidement affronter un concurrent spectaculaire. Au printemps et à l’été 1824, les entrepreneurs Blanchard et West présentent à Montréal une troupe équestre qui attire une grande partie du public. [1]

En mai, Blanchard fait installer une scène et engage plusieurs artistes provenant des théâtres américains du Sud. Aux démonstrations équestres s’ajoutent désormais mélodrames, opéras et grands spectacles.

Face à cette concurrence, la troupe du New Market Theatre finit par abandonner sa saison indépendante et certains de ses membres rejoignent l’entreprise rivale. [1]

Le Royal Circus revient en 1825 dans de nouveaux locaux plus ambitieux sur la rue Craig. Montréal dispose alors simultanément de plusieurs formes de divertissement scénique, annonçant l’émergence prochaine d’un véritable grand théâtre permanent.

8. Du New Market Theatre au Théâtre Royal

L’expérience du New Market Theatre illustre à la fois les possibilités et les limites des salles adaptées. Malgré la présence de décors, de coulisses et d’effets scéniques, l’espace demeure petit et n’a pas été conçu à l’origine pour répondre aux exigences d’un théâtre professionnel.

Cette situation change radicalement le 21 novembre 1825 avec l’ouverture du Théâtre Royal. Financé par John Molson, ce nouveau théâtre est un véritable édifice conçu pour les arts de la scène. [4]

Le Théâtre Royal possède une infrastructure beaucoup plus ambitieuse, avec un auditorium spécialement aménagé, une scène permanente, des coulisses, des décors conçus pour le bâtiment et une machinerie scénique réalisée spécialement pour la salle. [2], [4]

Le New Market Theatre appartient donc à la génération immédiatement antérieure : celle des salles polyvalentes que l’on transformait pour permettre au théâtre professionnel de s’implanter dans une ville qui ne possédait pas encore une infrastructure culturelle spécialisée.

9. Importance historique

Le New Market Theatre occupe une place discrète mais importante dans l’histoire des salles de spectacle montréalaises. Il représente l’un des derniers maillons entre les premières salles adaptées du début du XIXe siècle et l’apparition des véritables édifices théâtraux permanents.

Sa programmation témoigne également de la circulation des artistes entre Montréal, New York et les autres villes nord-américaines. Emmanuel Judah, William Alexander Brown et les compagnies concurrentes appartiennent à un réseau théâtral qui dépasse largement les frontières du Bas-Canada.

Surtout, son équipement démontre qu’une salle relativement modeste pouvait déjà offrir au public montréalais une expérience théâtrale complexe : décors peints, coulisses, effets de lumière, tempêtes, mouvements de mer et changements de scène.

Un an plus tard, le Théâtre Royal transforme cette pratique en l’installant dans un bâtiment conçu expressément pour elle. Le New Market Theatre apparaît ainsi comme l’un des derniers précurseurs directs du théâtre montréalais moderne.

Dans l’histoire des théâtres montréalais

De la salle adaptée au véritable théâtre

1804 — Salle de James Ormsby, rue Saint-Sulpice
1808 — Montreal Theatre de Seth Prigmore
1822 — représentations dans les Assembly Rooms du Mansion House Hotel
1824 — New Market Theatre / Roy’s Assembly Room
1824 — Royal Circus de Blanchard et West
1825 — ouverture du Théâtre Royal

10. Notes & sources

  1. JOHN RIPLEY, « Shakespeare on the Montreal Stage 1805–1826 », Theatre Research in Canada / Recherches théâtrales au Canada, vol. 3, no 1, 1982.
    Étude détaillée de l’activité théâtrale montréalaise du début du XIXe siècle. Ripley documente la saison du printemps 1824 dans les Assembly Rooms du Roy’s Hotel, alors désignées New-Market Theatre, ainsi que les représentations de Catherine and Petruchio et Romeo and Juliet.
  2. M. L. BRADBURY, étude sur les décors et les conditions matérielles des premiers théâtres canadiens, Theatre Research in Canada / Recherches théâtrales au Canada, 1982.
    L’étude reproduit les commentaires de la presse montréalaise de 1824 concernant les nouveaux aménagements du New Market Theatre, ses décors peints, son rideau représentant un paysage suisse et les effets scéniques utilisés pour Bertram.
  3. FRANK MACKKEY, Done with Slavery: The Black Fact in Montreal, 1760–1840, McGill-Queen’s University Press, 2010.
    Mackey documente la représentation annoncée au New Market Theatre le 16 août 1824 par William Alexander Brown, fondateur de l’African Theatre de New York.
  4. OWEN KLEIN, « The Opening of Montreal’s Theatre Royal, 1825 », Theatre Research in Canada / Recherches théâtrales au Canada.
    Étude consacrée à l’ouverture du Théâtre Royal de Montréal et à l’apparition d’un édifice théâtral permanent beaucoup plus élaboré que les salles adaptées qui l’avaient précédé.
  5. Montréal autrefois — Les salles de spectacles.
    Répertoire historique donnant New Market Theatre (Roy’s Assembly Room), 1822–1845 et décrivant l’établissement comme un théâtre mineur situé dans une auberge. Cette chronologie est utilisée avec prudence ici, les sources universitaires consultées documentant plus précisément l’activité du New-Market Theatre en 1824.

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