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Le Barouf (Montréal)

Institution du Plateau Mont-Royal depuis les années 1990, Le Barouf (souvent orthographié L’Barouf) est un bar festif d’inspiration franco-européenne fondé par un immigré algérien passionné de soccer et sa conjointe française d’origine bretonne. Connu pour ses soirées survoltées, son ambiance de comptoir parisien, son rôle de “quartier-général” des supporters français à Montréal et son incroyable résilience face aux incendies, aux mutations du Plateau et aux cycles migratoires, il reste l’un des repères les plus emblématiques du quartier.

1. Présentation générale

Véritable repère du Plateau Mont-Royal, Le Barouf s’est imposé comme un lieu hybride : à la fois bar de quartier, repaire franco-montréalais, QG d’artistes et terrain de fête multiculturel. Sa réputation repose sur une ambiance survoltée, un esprit de bistrot français, des soirées sportives historiques, une carte fortement marquée par la bière et le pastis, et une capacité rare à unir étudiants, expatriés, noctambules et habitués du Plateau.

Dans un portrait publié en 2019, le magazine URBANIA résume l’endroit comme un bar où l’on peut transformer un simple match de soccer en célébration de quartier, au coin de Saint-Denis et Rachel, sous les drapeaux tricolores et les chants des supporters.

2. Origines & premières années (1990–2000)

Selon le témoignage de Mehdi Bekri, fils du propriétaire, l’histoire du Barouf commence par une rencontre amoureuse à Montréal : son père, en voyage autour du monde depuis l’Algérie, et sa mère, Française — « pas française, bretonne », insiste-t-il — y croisent leurs routes au début des années 1980. Tous deux décident de s’installer à Montréal, sur les lieux mêmes de leur coup de foudre.

Le père de Mehdi travaille d’abord comme machiniste dans le nord de la ville avant d’ouvrir un premier café sur la rue Saint-Denis, le Auprès de ma blonde. Suivent ensuite un bistro sur la rue Rachel, un bar sur Saint-Laurent, puis enfin un nouvel établissement sur Saint-Denis : ce qui deviendra L’Barouf. La famille habite le secteur ; Mehdi raconte être né « coin Mentana et Rachel », soulignant à quel point le Plateau est le terreau naturel de ces projets.

À l’époque, le Plateau-Mont-Royal est encore un quartier relativement pauvre : les locaux commerciaux sont peu convoités, les permis d’alcool relativement accessibles et les petites bâtisses souvent délaissées. C’est dans ce contexte qu’apparaît, en 1993, Le Barouf, avec sa formule de bar de quartier à inspiration européenne, comptoir animé, tables serrées, accents variés et musique de comptoir.

Rapidement, l’endroit devient un incontournable pour les nouveaux arrivants de France, qui y trouvent un espace familier où rencontrer leurs compatriotes. Des artistes locaux — musiciens, humoristes, graphistes — y circulent également, alimentant une réputation de bar “vivant, bruyant et profondément montréalais”.

3. Rôle culturel & social

Le Barouf occupe une place atypique dans la vie culturelle du Plateau : mélange de pub français, de bar étudiant et de point de ralliement pour diverses communautés migrantes. Dès les années 1990, on y organise des soirées thématiques, des fêtes étudiantes, des rencontres amicales après le travail, et toute une sociabilité de comptoir qui repose autant sur la bière que sur les conversations croisées.

Les portraits parus dans la presse décrivent régulièrement l’endroit comme un “bar sympathique, chaleureux, chaotique, mais toujours accueillant”. Mehdi Bekri y souligne aussi le rôle de la musique : il passe souvent Renaud plusieurs fois par heure, non par stratégie de séduction de la clientèle française, mais parce qu’il estime qu’« il ne s’est jamais rien fait d’aussi bon » depuis, côté chanson francophone.

Si le Barouf a acquis la réputation de “bar de Français”, Mehdi relativise toutefois cette image : selon lui, les Français ne représentent qu’environ 10 % de la clientèle. On y croise aussi de nombreux Québécois, des étudiant·e·s, ainsi que des artistes de passage en ville. L’URBANIA mentionne notamment qu’il n’est pas rare d’y apercevoir Catherine Ringer ou Arthur H lorsqu’ils sont de passage à Montréal.

4. L’incendie majeur de 2007 (23 juillet 2007)

Le 23 juillet 2007, un incendie dévastateur éclate dans un commerce voisin (Fruits & Passion), puis se propage à plusieurs bâtiments adjacents de la rue Saint-Denis. Le Barouf est atteint de plein fouet et complètement détruit. Les articles du Devoir et de The Gazette décrivent des flammes ravageant quatre immeubles, des murs éventrés et un quartier paralysé par les opérations des pompiers.

Les propriétaires, dont Alain Rochard (également copropriétaire du restaurant Le Continental), déclarent que “le Barouf renaîtra”. Malgré des pertes matérielles immenses, ils soulignent que “l’âme du bar, ce sont ses gens”.

5. Reconstruction & renaissance

L’ampleur des dégâts — évalués à plusieurs millions de dollars — nécessite une reconstruction complète du bâtiment. Le Barouf revient progressivement durant la seconde moitié des années 2000, fidèle à son esprit d’origine mais avec un aménagement modernisé : meilleure acoustique, espace plus lumineux, nouveaux comptoirs et une terrasse adaptée à l’activité du quartier.

L’établissement redevient un lieu social majeur, retrouvant sa clientèle d’habitués, d’étudiants, d’expatriés et de travailleurs du Plateau. La reconstruction confirme son statut d’institution résiliente de la rue Saint-Denis.

6. Le Barouf & le sport : QG des supporters français

L’Barouf est indissociable du soccer. Dès les années 1990, le père de Mehdi y diffuse les matchs importants, d’abord par simple intérêt personnel. À une époque où les communautés italienne et portugaise de Montréal suivent déjà intensément le foot dans leurs propres bars, le Barouf devient progressivement un refuge pour les supporters “orphelins” d’autres équipes : Argentine, Maroc, France, etc.

En 1998, la France remporte pour la première fois la Coupe du Monde face au Brésil. À Montréal, les supporters français sont déjà installés au Barouf. Mehdi raconte que le bar est « plein à craquer », qu’il ne reste plus de pastis, plus de champagne, plus rien à servir, et que la fête se prolonge au point qu’il faudra trois jours pour nettoyer le bar et jeter une bonne partie du mobilier. La police ferme la rue Saint-Denis par crainte de bagarres entre Italiens, Brésiliens et Français, mais l’ambiance demeure essentiellement festive.

Les années 2000 et 2010 consacrent Le Barouf comme l’un des grands “bars sportifs français” du Québec. Euro, Coupe du Monde, Tournoi des 6 Nations : l’établissement est constamment mentionné dans les guides sportifs de La Presse et de The Gazette. Mehdi note aussi que les Québécois s’intéressent de plus en plus au soccer et au rugby et que « les Québécois adorent gagner : quand la France performe bien, ils prennent pour elle ».

Lors de la Coupe du Monde 2018, la victoire de la France provoque d’immenses rassemblements au coin Saint-Denis et Rachel, devant le bar. Des images montrées dans les médias québécois immortalisent un véritable bain de foule tricolore, avec chants, drapeaux et célébrations qui débordent largement du cadre du bar.

7. Programmation & vie nocturne

Bien que principalement un bar social et sportif, Le Barouf a aussi accueilli :

  • soirées musicales (rock, chanson française, DJ) et “nights” thématiques ;
  • événements communautaires du Plateau ;
  • lancements, rencontres et fêtes étudiantes ;
  • groupes humoristiques émergents ;
  • collectes et soirées lors des grandes fêtes (Fête de la musique, 14 juillet, Saint-Jean, etc.).

Plusieurs artistes locaux — dont Les Frères à Ch’val et Mononc’ Serge dans les années 1990 — sont associés à la vie nocturne du bar dans la presse. L’endroit agit souvent comme un “après” de spectacle ou un point de chute pour finir la soirée.

8. Le Barouf dans les années 2000–2024

Au fil des décennies, Le Barouf demeure en activité malgré les transformations rapides du Plateau et la diminution du nombre de bars indépendants. L’URBANIA rappelle qu’au milieu des années 1990, le quartier est encore relativement pauvre, avec des locaux peu convoités et des permis d’alcool accessibles, alors qu’en 2014, L’Express estime que 28 % des 100 000 Français installés à Montréal résident sur le Plateau. La hausse de l’immobilier et l’arrivée de nouveaux profils d’immigration — étudiants, titulaires de permis Vacances-Travail — transforment profondément le visage du quartier.

Mehdi souligne que l’immigration française a changé : auparavant, il s’agissait plutôt de trentenaires venus “refaire leur vie” faute d’emploi en France ; aujourd’hui, ce sont souvent des étudiants ou des jeunes en PVT. Lui-même a quitté le Plateau pour s’installer près du Marché Jean-Talon, où il remarque avec humour qu’il a désormais « cinq voisins français » autour de lui. Pour lui, la présence française sur le Plateau est cyclique, et le quartier n’appartiendra pas éternellement aux Français.

Malgré ces mutations, les journaux Le Devoir et La Presse continuent de citer Le Barouf comme l’un des derniers “bars pur Plateau”, un repère authentique ayant survécu :

  • aux rénovations massives du secteur ;
  • à l’incendie de 2007 ;
  • à la spéculation immobilière ;
  • aux fluctuations de la vie nocturne ;
  • à la pandémie de 2020.

En 2024, The Gazette le cite encore comme l’un des meilleurs endroits pour vivre l’Euro à Montréal, confirmant son statut de bar sportif et festif incontournable.

9. Chronologie détaillée

  • Début 1980s — Rencontre à Montréal du couple fondateur (Algérie / Bretagne), installation sur le Plateau.
  • Années 1980–1990 — Ouverture du café Auprès de ma blonde (Saint-Denis), puis d’un bistro sur Rachel et d’un bar sur Saint-Laurent.
  • 1993 — Ouverture du Barouf sur Saint-Denis (≈26 ans d’existence en 2019 selon URBANIA).
  • 1990s — Le bar devient un lieu festif très fréquenté, avec forte présence franco-québécoise.
  • 1998 — Coupe du Monde : victoire de la France, bar plein à craquer ; rupture de pastis et de champagne, trois jours de nettoyage et mobilier à remplacer.
  • 2000–2006 — Bar sportif et social reconnu ; soirées musicales et communautaires régulières.
  • 23 juillet 2007 — Incendie majeur : bâtiment détruit, quatre immeubles touchés.
  • 2008 — Reconstruction ; Le Barouf renaît avec un aménagement modernisé.
  • 2010s — Reprise complète de l’activité ; QG officieux des expatriés français et des amateurs de soccer et de rugby.
  • 2014 — L’Express estime que 28 % des Français de Montréal habitent le Plateau ; Le Barouf s’inscrit dans ce paysage.
  • 2018 — Coupe du Monde : nouveaux rassemblements massifs devant le bar pour la victoire de la France.
  • 2019 — URBANIA publie « L’Barouf, ou comment faire de son bar un repaire de Français » (Lucie Piqueur).
  • 2022 — Nouvelle Coupe du Monde très suivie ; le bar reste un point de ralliement majeur.
  • 2024 — Toujours actif ; référencé dans The Gazette comme l’un des meilleurs bars pour suivre l’Euro.

10. Notes & sources

  1. La Presse (1996, 1997, 1998, 2004, 2007, 2008) — comptes rendus de soirées, portraits, rubriques “Sortir”.
  2. Le Devoir (2000, 2002, 2007, 2018, 2022) — articles sur la vie nocturne, l’incendie de 2007 et les rassemblements lors des grandes compétitions sportives.
  3. The Gazette (2007, 2008, 2016, 2024) — mention du Barouf comme bar sportif majeur du Plateau.
  4. Articles sur l’incendie du 23 juillet 2007 — dégâts, témoignages et annonces de reconstruction.
  5. Couverture médiatique des rassemblements sportifs (Euro, Coupe du Monde) — reportages photo et récits de foule au coin Saint-Denis/Rachel.
  6. Registre des entreprises du Québec — dossier 2964-5280 Québec inc. / NEQ 1142388587 (mise à jour 2025).
  7. URBANIA, Lucie Piqueur, « L’Barouf, ou comment faire de son bar un repaire de Français », 22 octobre 2019 — entrevue avec Mehdi Bekri (histoire familiale, clientèles, rôle du soccer).
  8. L’Express (2014) — estimation de la population française sur le Plateau-Mont-Royal (≈28 % des 100 000 Français de Montréal).
1994
FRÈRES À CH’VAL
FRÈRES À CH’VAL

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