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Café Royal (Montréal)

Restaurant et lieu nocturne opérant de 1942 à 1948 au 97 rue Sainte-Catherine Est, le Café Royal fut l’un des établissements les plus emblématiques du Montréal clandestin des années 1940 : carrefour entre politique, police, mafia marseillaise, réseau Cotroni et cabarets francophones.

1. Présentation

Ouvert en décembre 1942, le Café Royal apparaît dans Le Devoir, Le Canada et The Gazette comme un restaurant de quartier, mais l’établissement est surtout un lieu de rencontres politiques, policières et mafieuses. Situé dans un secteur dense en clubs et hôtels louches du Centre-Sud, il sert de plaque tournante entre plusieurs réseaux encore actifs dans le Montréal de l’après-guerre.

2. Propriétaires : Courville & Cotroni

Le café appartient à Armand Courville, ex-lutteur professionnel et organisateur politique, et à son partenaire de longue date Vincent “Vic” Cotroni, figure majeure du crime organisé montréalais. Ensemble, ils possèdent également le Café Val d’Or, le Café Vic, le Café Pal’s et le célèbre cabaret Au Faisan Doré, où débute Jacques Normand et où chanteront Charles Aznavour, Raymond Lévesque, Monique Leyrac ou encore Tino Rossi.

Armand Courville — biographie développée

Aîné d’une famille de 16 enfants, Courville travaille très jeune pour aider les siens. Après 15 ans de lutte professionnelle, il devient instructeur au club Saint-Paul et rencontre Vic Cotroni. Il devient ensuite un rouage essentiel du Parti libéral et de l’Union nationale, dirige la police spéciale et participe à l’intimidation électorale. Son influence lui permet d’obtenir ou retirer des permis de boisson, un levier crucial à l’époque.

Dans les années 1960, il rachète Reggio & Sun Valley Packing, créant Reggio Foods, fournisseur majeur de pepperoni à Montréal (18–22 tonnes/semaine).

Vic Cotroni — l’ascension

D’origine calabraise, Cotroni abandonne la charpenterie pour la lutte, puis pour des activités criminelles. Le Café Royal est l’un de ses premiers lieux commerciaux “officiels”, bien avant de dominer le clan Cotroni-Violi.

3. Les frères Martin (mafia marseillaise)

La gestion quotidienne est confiée aux frères Marius et Edmond Martin, rattachés aux réseaux marseillais impliqués dans le trafic d’héroïne entre Marseille, Montréal et New York. Leurs cafés, dont le Royal, servent de lieux de transit, de rencontre et de distribution. Plusieurs articles des années 1942–45 évoquent leur présence auprès de trafiquants notoires.

4. Fonctionnement réel du Café Royal

Officiellement un restaurant ; en pratique :

  • rencontres politiques confidentielles (Union nationale / Parti libéral)
  • échanges entre figures du milieu et policiers
  • jeu clandestin discret à l’arrière
  • présence d’informateurs et de journalistes
  • lieu de transit pour le réseau marseillais
  • carrefour entre cabarets, prostitution et maison de jeu

Courville visitait souvent ses établissements incognito, observant serveurs, prix, clients, puis rapportant tout à Cotroni.

5. Incidents, rumeurs & surveillance policière

Le 4 décembre 1942, The Gazette rapporte un raid armé : deux bandits masqués pillent la caisse, suggérant un règlement de comptes interne. La police mène plusieurs visites, sans qu’aucune accusation formelle ne soit retenue contre Courville ou Cotroni.

À partir de 1947, l’avocat Pax Plante mène une offensive publique contre la corruption municipale. Les journaux associés publient des articles visant directement la famille Cotroni et leurs cafés, dont le Royal.

6. Fermeture (1948)

En février 1948, des irrégularités dans le permis sont rapportées dans Le Canada et The Gazette. Le permis de vente d’alcool est retiré. Le 15 mars 1948, l’établissement rouvre sous le nom La Ceinture Fléchée.

7. Évolution du bâtiment → Foufounes Électriques

  • 1942–1948 — Café Royal
  • 1948–1950 — La Ceinture Fléchée
  • 1951–1952 — Café ABC
  • 1953–1957 — Café Vic
  • 1957–1970 — Café Pal’s
  • 1970–1980 — Bâtiment vacant
  • 1980–1981 — Clochards Célestes
  • 1982 — Zoobar
  • 1983–… — Foufounes Électriques

L’adresse conserve sa structure étroite d’origine, sa profondeur caractéristique et son ancrage dans un secteur nocturne en constante transformation. Depuis 1983, les Foufounes Électriques perpétuent — dans un autre registre — la tradition d’un lieu où se croisent artistes, marginalités et cultures alternatives.

8. Sources

  1. Le Devoir, 10 décembre 1942
  2. The Gazette, 14 février 1948
  3. Le Canada, 20 novembre 1945
  4. The Gazette, 4 décembre 1942
  5. Le Monde Ouvrier, 30 octobre 1943
  6. Le Devoir, 30 octobre 1942
  7. La Patrie, 13 juillet 1975
  8. L’Union nationale, février 2011
  9. Le Canada, 17 mars 1948
  10. La Presse, André Cédilot, 6 février 1991
  11. CECO, p.42
  12. La Presse, 19 août 2000

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