Le 281 (1980-2020)
Bar de danseurs nus fondé en 1980 sur la rue Sainte-Catherine Est, devenu l’un des plus célèbres établissements érotiques pour femmes au Canada. Durant quarante ans, le Club 281 a marqué l’histoire nocturne montréalaise par son esthétique spectaculaire, ses chorégraphies professionnelles et son rôle culturel dans l’expression du désir féminin.
1. Présentation
Le Club 281, fondé par France Delisle, devient dès son ouverture un phénomène social. Premier établissement québécois entièrement consacré aux danseurs nus masculins, il attire un public majoritairement féminin, composé de groupes d’amies, de futures mariées, de travailleurs de bureau et de touristes. Son atmosphère glamour évoque le Crazy Horse de Miami, mais adaptée à la réalité montréalaise.
Lieu de divertissement mais aussi espace de libération du regard féminin, il est cité dans d’innombrables articles comme un miroir des transformations sociales du Québec urbain. [11]
2. Origines & ouverture (1980)
Le bar ouvre ses portes le 14 avril 1980 au 281 Sainte-Catherine Est. La Gazette note un impact immédiat : « 75 000 femmes y sont venues dans les 3 premiers mois. » [10] Les danseurs — surnommés « go-go boys » — incarnent la montée du culte du corps des années 1980.
Dès 1981, Le Devoir publie un reportage mémorable intitulé « La dernière danse des phallocrates », décrivant la frénésie entourant ce nouveau type de spectacle érotique pour femmes. [4]
3. Essor & âge d’or (1980–1990)
Au fil des années 1980, le 281 devient une véritable institution. Les chorégraphies se professionnalisent ; les numéros thématiques s’inspirent du rock, du disco, des uniformes ou du cinéma. Les femmes y trouvent un espace sécuritaire : « You can look, ladies, but don't touch. » [10]
Le club attire une clientèle intergénérationnelle, avec des danseurs musculaires, bronzés, et un esprit de spectacle croissant soutenu par des chorégraphes comme Manon Oligny. [9]
4. Achat par l’UQAM & enjeux de cohabitation (1993–2004)
En 1993, l’immeuble qui abrite le 281 est acheté par l’UQAM. De manière ironique et unique au monde, l'université devient ainsi propriétaire d’un club de danseurs nus sur son campus. L’UQAM tolère la présence du bar jusqu’en 2004. [8]
Lorsque le bail n’est pas renouvelé, le club cherche un nouvel emplacement — provoquant l’un des épisodes les plus médiatisés de son histoire.
5. Déménagement & controverse avec l’Église (2004)
Le 281 déménage quelques portes plus à l’est, au 94, rue Sainte-Catherine Est, ancien emplacement du cabaret Casa Loma — une salle populaire des années 1950 à 1970 reconnue pour ses orchestres de danse et ses soirées mondaines. Sa nouvelle voisine, l’Église Unie de Saint-Jean, manifeste son désaccord : elle craint un voisinage incompatible avec ses activités. [6]
Malgré les tensions, le club rouvre officiellement en janvier 2004. The Gazette titre : « OK, boys — let’s get naked again » et rapporte l’affluence de plus de 1 000 femmes lors des premières soirées. [7]
6. L’ère Annie Delisle (2004–2016)
Annie Delisle, qui reprend la direction au tournant des années 2000, transforme le club en véritable spectacle à la Las Vegas : plus de numéros chorégraphiés, plus de mise en scène, davantage d’interaction humoristique. Sa gestion modernise l’image du 281. [12]
Les soirées amateurs du mercredi deviennent un rite de passage populaire — plusieurs danseurs sont engagés grâce au vote du public. [11]
7. Déclin & fermeture (2016–2020)
Au milieu des années 2010, l’édifice est vendu à un développeur. En février 2020, The Gazette annonce la fermeture du club après 40 ans d’activité : « End of an era draws near for 281. » [13]
Le Club 281 devait officiellement fermer le 5 septembre 2020, une date annoncée plusieurs mois à l’avance. Toutefois, en raison de la pandémie de la COVID-19, le cabaret avait déjà cessé toute activité depuis le 15 mars 2020 et n’a jamais rouvert avant sa fermeture définitive mettant fin à quatre décennies de spectacles, de fêtes et d’enterrements de vie de jeune fille.
8. Chronologie complète
- 1980 — Ouverture du Club 281 au 281 Ste-Catherine Est.
- 1981 — Le Devoir décrit le phénomène dans « La dernière danse des phallocrates ».
- 1993 — L’UQAM acquiert l’immeuble.
- 1998 — Les soirées amateurs attirent des foules importantes.
- 2003 — Refus de renouvellement de bail ; le club doit déménager.
- 2004 — Réouverture au 94 Ste-Catherine Est ; polémique avec l’Église.
- 2004–2016 — Ère Annie Delisle : glamour, chorégraphies professionnelles.
- 2020 — Fermeture définitive (COVID-19).
9. Notes & sources archivistiques
- Montréal Campus, « Archives du Club 281 », 2020 — historique des deux adresses.
- Le Devoir, 14 février 1981, Nathalie Petrowski, « La dernière danse des phallocrates ».
- Le Devoir, 6 novembre 2003, Jeanne Corriveau, « Danseurs nus et ecclésiastiques ».
- The Gazette, 18 janvier 2004, John MacFarlane, « OK boys – let’s get naked again ».
- Le Devoir, 16 avril 2010, C. Lalonde, « Club 281 : danser érotique ».
- The Gazette, 31 juillet 1980, M. Farber, « You can look, ladies, but don’t touch ».
- The Gazette, 23 mars 1998, M. Howlett, « Audience gets to judge best male strippers ».
- The Gazette, 31 juillet 2004, C. Fidelman, « A little skin, a lot of Vegas ».
- The Gazette, 28 février 2020, R. Bruemmer, « End of an era draws near for 281 ».


