El Morocco
Supper-club emblématique (1940–1966) — floor-revues, orchestres maison, vedettes internationales et soirées « grand chic », souvent cité — avec le Frolics — parmi les cabarets les plus marquants de Montréal. À noter : durant une partie de son histoire, l’établissement n’acceptait pas les personnes noires comme clientes, bien que des musicien·ne·s noir·e·s y aient été engagé·e·s. [1], [28]
1. Présentation
Pour le chroniqueur Al Palmer, l’El Morocco combinait « belles danseuses, comiques irrésistibles, steaks épais et cocktails costauds » ; c’était la sortie « spéciale » en ville, fréquentée par athlètes, célébrités et notables. Le club a aussi levé des fonds pour de nombreuses œuvres, multipliant visites et concerts au bénéfice des vétérans. Son histoire comprend aussi une politique d’exclusion des client·e·s noir·e·s, alors même que des musiciens noirs étaient programmés. [1], [28]
2. Adresses & décors
Le cabaret occupe successivement trois sites : 1433, rue Mansfield (ouverture 3 mai 1940) ; 1410, rue Metcalfe (dès 12 mars 1942, décor George Mitchell : cuir rouge, lignes modernes) ; puis, après une pause, 1445, rue Lambert-Closse (réouverture 1er mai 1954, derrière le Forum). [2], [3], [4]
3. Propriété, gérance & réseau
Période initiale sous la Croydon Corporation Ltd., avec Eddie Quinn (co-proprio) et Jimmy Orlando à la gérance. En 1947, un groupe mené par le lutteur Yvon Robert reprend l’établissement de Metcalfe. Au milieu des années 1960, Ron Cash puis Norm Silver (Esquire Show Bar) prennent la main, ce dernier convertissant en 1966 le lieu en restaurant-cabaret-théâtre (comédies musicales). [5], [7], [9]–[11], [26], [20]
4. Programmation & vedettes
Modèle supper-club : revues chorégraphiées, crooners et numéros de variétés, soutenus par des orchestres maison (Lew Clayton, Peter Barry ; plus tard Maury Kaye / Lee Gagnon). À l’affiche : Édith Piaf (semaines entières en 1955 et 1957), Dean Martin, Tony Bennett, Eartha Kitt, etc. [5], [13]–[15], [18]
5. Faits marquants & controverses
- Clôture Metcalfe (1949) — Soirée d’adieu jusqu’à la démolition ; l’édifice laisse place à une banque. [1], [12]
- Réouverture Lambert-Closse (1954) — Lieu intime, foyer d’amateurs de sport ; orchestre Maury Kaye. [4]
- Exclusion raciale (historique) — Clientèle noire refusée comme spectatrice (politique discriminatoire). [28]
- Incident Sun Ra (hiver 1960-1961) — Engagement rompu : le club attendait « rock » et découvrit l’Arkestra avant-gardiste. [16]
- Salle « Casbah » (1964) — Ouverture à l’étage avec danseuses exotiques ; suspension de permis (mai 1964) pour taxes. [26], [27], [17]
- Relance variétés (1965) — Reprise « sans vedette », grande revue dirigée par Lee Gagnon. [18]
- Cabaret-théâtre (1966) — Norm Silver confie à Tommy Finnam III une série de comédies musicales. [19], [20]
- Après 1966 — Chez Guilda (1967), puis Your Father’s Mustache (Dixieland → rock, centre heavy rock 1970s). [21], [22], [25]
6. Chronologie rapide
- 3 mai 1940 — Ouverture au 1433 Mansfield. [2]
- 12 mars 1942 — Déménagement au 1410 Metcalfe (décor George Mitchell). [3]
- 5 avr. 1947 — Relance par le groupe Yvon Robert (Metcalfe). [10], [11]
- 3–4 mai 1949 — Dernière soirée & démolition (Metcalfe). [1], [12]
- 1er mai 1954 — Réouverture au 1445 Lambert-Closse (Pat Morrissey). [4]
- 1955 & 1957 — Semaines Édith Piaf. [14], [15]
- Hiver 1960–1961 — Épisode Sun Ra / Arkestra. [16]
- Janv.–mai 1964 — Ron Cash ; ouverture « Casbah » ; suspension de permis. [26], [27], [17]
- 18 nov. 1965 — Réouverture (revue « Festival de la gaieté », dir. Lee Gagnon). [18]
- 1966 — Conversion en cabaret-théâtre (Norm Silver). [20]
- 1967 → 1970s — Chez Guilda → Your Father’s Mustache (Dixieland puis rock). [21], [22], [25]
7. Notes & sources
- Montreal Confidential, Al Palmer, p.55-56.
- Grand opening tonight cabaret Morocco, The Gazette, 3 mai 1940.
- Inauguration ce soir du cabaret El Morocco, Le Canada, 12 mars 1942.
- Pat Morrissey ouverture El Morocco, Le Petit Journal, 9 mai 1954.
- Un cabaret condamné à une amende de $200, La Presse, 18 juil. 1941.
- Un maître de la comédie au El Morocco, Le Petit Journal, 28 sept. 1941.
- Wikipedia : El Morocco.
- La Casa Nostra, GRC, 26 mars 1965.
- À l’El Morocco, Le Canada, 15 mars 1947.
- Gala d’ouverture El Morocco, La Patrie, 3 avr. 1947.
- Excellents débuts du nouveau El Morocco, Montréal-Matin, 10 avr. 1947.
- Édifice de la B.C.N sur le site de l’El Morocco, La Presse, 4 mai 1949.
- La boite à vedette, Le Petit Journal, 14 nov. 1954.
- El Morocco is proud to announce Edith Piaf, The Gazette, 9 déc. 1955.
- El Morocco presents Edith Piaf, The Gazette, 15 janv. 1957.
- John Gilmore, Une histoire du jazz à Montréal, p.319-320.
- La RAQ suspend le permis…, La Presse, 2 juin 1964.
- Réouverture demain soir…, La Presse, 17 nov. 1965.
- Rock n roll and mustaches, The Gazette, 27 juin 1970.
- L’El Morocco devient cabaret-théâtre, La Presse, 13 sept. 1966.
- Guilda achète le El Morocco, Télé-radiomonde, 4 mars 1967.
- Rock n roll and mustaches, The Gazette, 27 juin 1970.
- Norman Silver dead at 69, The Record, 18 mars 1980.
- A pocket of sanity on Lambert-Closse, The Gazette, 1 sept. 1990.
- F. B. Desfossés, L’évolution du métal québécois, p.101.
- Ron Cash signs contracts for $50,000, The Gazette, 14 janv. 1964.
- Night beat, The Gazette, Harold Whitehead, 14 févr. 1964.
- Andy Williams, « Harlem of the North: Montréal, Little Burgundy Jazz and the Rise of Black Musicianship », 25 oct. 2016.




















































