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Bar Korova (Montréal)

Nightclub alternatif emblématique du boulevard Saint-Laurent, le Bar Korova fut un haut lieu de rencontre pour musiciens, DJ et amateurs de musique indépendante, reconnu pour son esthétique inspirée d’Orange mécanique et sa programmation éclectique couvrant rock, soul, ska, new wave et culture mod.

1. Présentation

Le Bar Korova fut pendant plus de deux décennies un pivot discret mais essentiel de la vie nocturne alternative de Montréal. Situé sur la Main, il servait autant de bar que de refuge pour musiciens entre deux concerts, attirant une clientèle artistique, étudiante et bohème.

2. Origines et concept

Inauguré en 1992 par José Antonio Ouellette, le Korova est explicitement inspiré du Korova Milk Bar d’Orange mécanique. Le propriétaire souhaitait un lieu anti-marketing, usé, organique, rejetant toute esthétique plastique. Le projet assume une philosophie de bar de rencontre musicale et culturelle, ouvert tous les soirs de 21 h à 3 h, sans frais de couverture, avec une carte de boissons axée d’abord sur les alcools du terroir québécois, avant de s’élargir aux classiques du boulevard Saint-Laurent.

3. Esthétique et aménagement

Le décor du Korova relevait presque de l’installation artistique permanente : têtes de dragon sculptées par le propriétaire, totems et masques suspendus, boucliers médiévaux, fers à cheval, guitares vintage accrochées aux poutres en hommage à la vocation musicale de l’endroit, reproductions de Klimt et Modigliani, tables de billard et baby-foot. L’affiche d’Orange mécanique elle-même se trouvait en partie dissimulée derrière les tables de jeu, renforçant l’impression d’un bric-à-brac cinéphile et rock accumulé au fil des années plutôt que d’un décor conçu par un designer.

4. Programmation musicale

La musique est la raison d’être du Korova. Des musiciens montréalais y viennent pendant leurs temps libres pour se détendre, socialiser et faire tourner leurs disques préférés. Le bar propose une programmation thématique presque tous les soirs, mêlant rock, soul, reggae, ska, garage et new wave.

  • Mercredi – Soirée « hard-core » : rock’n’roll brut, new wave, garage.
  • JeudiMod Night officielle : le DJ Mark Slutsky équilibre ska, soul, et un soupçon de disco/funk.
  • Vendredi – Soirée new wave.
  • Samedi – Ambiance « 80’s feel ».
  • Dimanche – Soirée lounge à l’éclairage tamisé, avec projections de films muets.

Des membres de groupes locaux comme The Unicorns, Bionic et The Dears font partie des habitués, autant derrière le bar qu’aux platines, renforçant le caractère musicalement centré du lieu.

5. Rôle dans la scène montréalaise

Inscrit au cœur du boulevard Saint-Laurent, le Korova agit comme un point de convergence entre différentes tribus culturelles : étudiants, musiciens, DJ, graphistes, journalistes, fans de cinéma et de rock indépendant. Dans les années où la scène indie montréalaise (notamment anglophone) connaît un essor important, le Korova offre un espace informel où se nouent des rencontres avant ou après les spectacles, dans une atmosphère plus intime que les grandes salles.

À la fois dive bar et salon de musique, le lieu se distingue de bars plus commerciaux de la Main par son caractère brouillon assumé, ses prix abordables et son absence de prétention. Pour de nombreux habitués, le Korova représente une sorte de deuxième salon, un endroit où l’on sait qu’on croisera toujours des visages familiers de la scène locale.

6. Chronologie

  • 1992 – Ouverture du Bar Korova au 3908, boul. Saint-Laurent, décor et nom inspirés d’Orange mécanique.
  • Années 1990 – Installation progressive dans le paysage nocturne : réputation de bar alternatif, fréquenté par musiciens et étudiants.
  • Années 2000 – Période de forte activité : soirées thématiques hebdomadaires, affluence de la scène indie/garage/mod montréalaise.
  • Début des années 2010 – Le Korova demeure un repère pour les lundis et jeudis animés, dans un contexte de transformation de la Main.
  • Septembre 2015 – Dernière soirée : fermeture officielle du bar après plus de vingt ans d’activité.
  • Fin 2015 – Le local rouvre sous le nom North Star, bar-arcade (barcade) spécialisé dans les flippers et jeux d’arcade.

7. Fermeture et postérité

La fermeture du Korova en 2015 est vécue comme la disparition d’une petite institution de la Main. Des chroniques locales lui rendent hommage sous la forme d’« oraison funèbre », décrivant un bar « cool sans être prétentieux », bien plus chargé de caractère que certains clubs réputés mais formatés. La dernière soirée, avec consommations à prix réduits et DJ invités, attire une foule dense d’habitués venus saluer le lieu une dernière fois.

La réouverture du local en tant que bar-arcade North Star témoigne d’une mutation des usages nocturnes : le jeu, la nostalgie et l’esthétique rétro prennent le relais d’un certain esprit rock’n’roll crasseux mais chaleureux. Toutefois, pour de nombreux Montréalais, le nom Korova reste associé à une période précise de la vie nocturne de la ville.

8. Souvenirs & témoignages

Dans les récits d’habitués, quelques éléments reviennent constamment : les boissons abordables, la musique forte mais choisie avec soin, les soirées où l’on passait « juste pour un verre » qui se transformaient en longues nuits de danse, et la sensation de pénétrer dans un lieu un peu en marge, à la fois accueillant et légèrement déglingué.

Plusieurs témoignages évoquent le Korova comme un « hole in the wall bar » muni d’un baby-foot et de tables de billard, où l’on croisait invariablement musiciens et créateurs. Pour certains étudiants, surtout anglophones, il représentait une sorte de rite de passage : l’un des premiers bars fréquentés sur la Main, puis un point d’ancrage régulier pendant leurs études.

Des DJ et organisateurs se souviennent également de soirées où l’atmosphère pouvait basculer de la soul la plus dansante à des sélections plus garage ou post-punk, sans jamais perdre le côté convivial. Le fait que des membres de groupes locaux y fassent tourner leurs propres collections de vinyles contribuait à brouiller la frontière entre scène et public : au Korova, le musicien redevenait client, et le client pouvait se sentir proche de la scène.

Même après sa fermeture, le nom Korova continue d’apparaître dans les conversations sur les « bars disparus mais pas oubliés », comme un symbole d’une époque où la Main abritait encore de nombreux petits lieux à forte personnalité, moins lissés par la pression immobilière et la standardisation des concepts de bars.

9. Notes & sources

  1. Texte descriptif d’époque sur le Bar Korova (vers 2004) – profil du bar, entrevue avec José Antonio Ouellette, description de l’ambiance, du décor et des soirées thématiques.
  2. Guides nightlife montréalais et chroniques de journaux locaux (rubriques « bars et clubs »), mentionnant capacité approximative, programmation et clientèle.
  3. Témoignages de musiciens montréalais (membres de The Unicorns, The Dears, The Bionics, etc.) et de DJ locaux évoquant le rôle du Korova comme lieu de rencontre entre deux concerts.
  4. Archives photographiques – ClubZone.com : vues intérieures, affiches promotionnelles, documents visuels liés aux soirées thématiques et à l’esthétique du lieu.
  5. Articles et billets en ligne sur la fermeture du Korova en 2015 et la réouverture du local en tant que bar-arcade North Star (Eater Montréal, blogues culturels, forums et réseaux sociaux).
2013
FRANK & OAK
FRANK & OAK

Source: Korova

2006
DOUBLEWIDE DJ JOHNSON JUAN DJ OF ROCK & ROLL
DOUBLEWIDE DJ JOHNSON JUAN DJ OF ROCK & ROLL

Collection: Alexandre St-Jean

2005
DIG! FEU LE BARBU SYLVAIN FERRON
DIG! FEU LE BARBU SYLVAIN FERRON

Collection: Alexandre St-Jean

2004
KULTUR JAM DJ KYOU
KULTUR JAM DJ KYOU

Collection: Alexandre St-Jean

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