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Café / Cabaret Montmartre (Montréal)

Nom mythique de la « Main » (boulevard Saint‑Laurent) et de l’axe Sainte‑Catherine, le Montmartre renvoie à deux réalités distinctes : un premier cabaret Montmartre (1937‑1939) situé angle Clark & Sainte‑Catherine, et un Café Montmartre (1951‑1970) au 1417, boul. Saint‑Laurent, héritier d’un chapelet de boîtes (Frolics, Connie’s Inn, Casino de Parée, Val d’Or, Faisan Doré, Café Boléro). Ensemble, ils illustrent l’essor des cabarets à Montréal, du jazz aux revues, et l’ombre portée de la prohibition, des réglementations et du crime organisé.

1. Présentation

Le Montmartre désigne à Montréal deux cabarets cousins par le nom et l’esprit : (a) un établissement très fréquenté à l’angle Sainte‑Catherine & Clark (1937‑1939), scène de musique et de danse qui attire artistes locaux et internationaux [3], [4] ; (b) un Café Montmartre (1951‑1970) au 1417, boul. Saint‑Laurent, qui reprend le flambeau du Faisan Doré — premier grand cabaret francophone — et s’inscrit dans la chaîne Frolics → Connie’s Inn → Casino de Parée → Val d’Or → Faisan Doré → Café Boléro → Café Montmartre.

2. Prohibition & contexte

L’essor des cabarets montréalais est indissociable de la prohibition américaine (Volstead Act) : New‑Yorkais et Américains franchissent la frontière pour « boire un verre », dopant une industrie nocturne locale qui rivalise un temps avec Chicago et Los Angeles. Dans les années 1920‑30, l’épicentre se fixe autour de St‑Laurent × Ste‑Catherine, peu affecté par la Grande Dépression. C’est dans ce terreau que germe le Montmartre. [1], [2]

3. Cabaret Montmartre (1937–1939) — Clark & Sainte‑Catherine

Ouvert au printemps 1937 au 59, rue Sainte‑Catherine O. (angle Clark), sous Adolphe Allard (propriétaire) et Willie Légaré (gérant), le cabaret épouse un modèle local : artistes noirs sur scène, public majoritairement blanc. La résidence de Mynie Sutton & The Canadian Ambassadors (hiver 1937 → été 1938) fait du lieu une adresse branchée de la scène jazz. [3][8]

• Après env. un an, la direction met fin à la politique d’artistes noirs et remplace l’orchestre par des musiciens blancs — épisode révélateur des discriminations que subissent les musiciens noirs à Montréal comme ailleurs. [6]

En 1939, Harry Holmok (Vienna Grill) rachète l’établissement, le renomme Bellevue Grill, préfigurant le futur Bellevue Casino de la rue Ontario : fin du premier Montmartre. [1]

4. Café Montmartre (1951–1970) — 1417, boulevard Saint‑Laurent

Le 24 janvier 1951, l’adresse 1417, boul. St‑Laurent (où le Frolics avait inauguré l’âge d’or en 1929) rouvre sous l’enseigne Café Montmartre (René Lessard). Lieu totem des cabarets : Frolics (1929–33) → Connie’s Inn (1933–35) → Casino De Parée (1935–38) → Café Val d’Or (1938–47) → Au Faisan Doré (1947–50) → Café Boléro (1950) → Café Montmartre (1951–70). [3], [16]

Au Faisan Doré (prédécesseur direct) avait propulsé une nouvelle génération d’artistes francophones sous l’impulsion de Jacques Normand (M.C.) — Monique Leyrac, Denise Filiatrault, Aglaé, Colette Bonheur, Fernand Gignac, Raymond Lévesque — dans un contexte où le milieu est traversé par l’emprise de la pègre (frères Martin, Vic Cotroni et partenaires). [9][12]

Pour l’inauguration de 1951, la salle est capitonnée, la scène agrandie ; on invite Lucienne Delyle. Après un incendie (17 fév. 1952) et la faillite Lessard, la direction passe à Fernand Payette, Bill Savard et Joseph Beaudry. Des sources attribuent la gérance 1953‑58 à Vic Cotroni. Le Montmartre accueille des stars françaises (Mistinguett, Patachou, Jacqueline François, Roche & Aznavour, etc.) et québécoises (Lucille Dumont, Denise Filiatrault, Roger Clément, Fernand Gignac…). Dominique Michel y fait ses débuts remarqués. [22][25], [26][31]

À la fin des années 1960, l’adresse change d’habillage : Montmartre Beergarden (1968), puis Soul Montmartre (1969), avant les fermetures et descentes policières de 1970. [41], [39], [40], [43][45]

5. Vie artistique & conditions de travail

Le cabaret est à la fois tremplin et épreuve. Témoignages croisés : Jean Lapointe (Les Jérolas) évoque les fins de soirée ingérables, Dominique Michel et Renée Martel décrivent un public bruyant et sexiste, Vic Vogel se souvient de ses débuts sous tutelle parentale… Les cachets, horaires et ambiances reflètent la face moins reluisante de l’âge d’or. [32], [33]

6. Incidents, surveillance & réglementation

1958 : le chef Langlois sermonne 150 gestionnaires, annonçant une ligne dure contre les numéros « osés » — même Beaudry (Montmartre) promet d’obtempérer. 1960 : faits divers violents aux abords du club. 1962 : crise des cabarets et repli sur travestis & danses orientales. 1970 : saisies d’alcool, fermeture administrative, puis nouvelle descente pour vente sans permis. Contexte : infiltration criminelle systémique, permis au nom de prête‑noms, « blind pigs », chantage et violence — une réalité documentée à l’échelle de la ville. [34][37], [35], [36], [43][46]

7. Après 1970 & héritages

Après la fin du Café Montmartre, le 1417, St‑Laurent héberge dans les années 1980 le Black Lite, salle importante pour la scène punk/metal (1987‑1988) — « pont » entre le Rising Sun et les Foufounes, selon Vincent Peake (Groovy Aardvark). Depuis 2011, l’adresse est occupée par le strip‑club Kingdom. [47]

8. Chronologie rapide

  • 1929–1950 (1417 St‑Laurent) : Frolics → Connie’s Inn → Casino de Parée → Café Val d’Or → Au Faisan Doré → Café Boléro. [3], [10][12]
  • 1937–1939 : Cabaret Montmartre (Clark & Ste‑Catherine). Résidence Mynie Sutton & Canadian Ambassadors ; rachat Holmok → Bellevue Grill. [5][8], [1]
  • 1951 : Ouverture du Café Montmartre (1417). Delyle à l’inauguration. [16], [22]
  • 1952 : Incendie + faillite Lessard → reprise par Payette/Savard/Beaudry. [26][28]
  • 1953–1958 : Gestion attribuée à Vic Cotroni (selon sources). [31]
  • 1968–1969 : BeergardenSoul Montmartre. [41], [39][40]
  • 1970 : Fermetures / descentes policières. [43][45]
  • 1987–1988 : Black Lite (punk/metal). [47]

9. Notes & sources

  1. A glittering nightclub background, The Gazette, Al Palmer, 17 mai 1968.
  2. Bourassa & Larrue, Les nuits de la Main, 1993, p.124.
  3. Marrelli, Nancy, Stepping Out: Golden Age of Montreal Night Clubs.
  4. Le Petit Journal, 18 avril 1937 ("Montmartre?").
  5. Bourassa & Larrue, op. cit., p.133, p.226.
  6. Gilmore, John, Swinging in Paradise: The Story of Jazz in Montréal, p.86‑87.
  7. La Patrie, 24 oct. 1937 (Mynie Sutton).
  8. Wikipedia : Mynie Sutton.
  9. Gauthier, Robert, Jacques Normand, L’enfant terrible.
  10. Charlebois & Lapointe, Scandale! Le Montréal illicite 1940‑1960, p.155.
  11. Charlebois & Lapointe, op. cit., p.173.
  12. La Presse, 26 sept. 2008 (La Main : un berceau artistique).
  13. Bourassa & Larrue, op. cit., p.226.
  14. Le Canada, Roland Côté, 30 janv. 1951 (Lucienne Delyle).
  15. La Presse, 1 mars 1952 (re J‑René Lessard).
  16. The Gazette, 22 janv. 1951 (opening Jan 24).
  17. Photo‑Journal, 4 oct. 1951 (D’une boîte à l’autre).
  18. Photo‑Journal, 1 août 1959 (Une montée en flèche).
  19. Radiomonde, 11 fév. 1950 (Microcosme).
  20. Le Canada, 11 janv. 1952 (Semaine Jean Rafa).
  21. Le Petit Journal, 11 nov. 1971 (Napoléon du Music‑Hall).
  22. Le Canada, 30 janv. 1951 (tour de chant Delyle).
  23. The Gazette, 4 août 1951 (Café Montmartre).
  24. Le Petit Journal, 5 août 1951 (L’oiseau de nuit).
  25. La Patrie, 4 fév. 1951 (Delyle inimitable).
  26. Le Devoir, 18 fév. 1952 (Léger incendie).
  27. Gazette officielle du Québec, 14 juin 1952 (Café Montmartre Ltée).
  28. Le Petit Journal, 24 août 1952 (Payette & Savard).
  29. Photo‑Journal, 28 août 1952 (D’une boîte à l’autre).
  30. La Presse, Ronald White, 13 déc. 1984 (Jos Beaudry : tavernier du siècle).
  31. Bourassa & Larrue, op. cit., p.133, p.226 (gestion Vic Cotroni).
  32. Le Journal de Montréal, 28 juil. 2014 (cabarets détestés / témoignages).
  33. La Presse, 11 juil. 1998 (Ces [vieilles] nuits de Montréal).
  34. La Presse, 15 août 1993 (grande histoire du Red Light).
  35. The Gazette, 11 janv. 1961 (A city’s shame).
  36. La Patrie, 13 sept. 1962 (Montreal by night).
  37. Le Petit Journal, 4 déc. 1960 (fermeture trop tôt = danger).
  38. La Patrie, 2 mars 1969 (Soul Montmartre).
  39. Montréal‑Matin, 24 fév. 1969 (grande ouverture 3 mars).
  40. Montréal‑Matin, 25 oct. 1968 (Montmartre Beergarden).
  41. Québec‑Presse, 26 oct. 1969 (Tué de quatre balles).
  42. Montréal‑Matin, 4 juil. 1970 (Le Montmartre ferme).
  43. The Gazette, Eddie Collister, 4 juil. 1970 (Two nightclubs closed).
  44. La Presse, 19 oct. 1970 (Descente dans un cabaret).
  45. De Champlain, Pierre, Le crime organisé à Montréal (1940‑1980).
  46. Desfossés, Félix B., L’évolution du métal québécois, p.201‑202.
1959
STUMP & STUMPY
STUMP & STUMPY

Source: Montréal-Matin, 16 avril 1959, BAnQ

1951
OUVERTURE DU CAFÉ MONTMARTRE : LUCIENNE DELYLE
OUVERTURE DU CAFÉ MONTMARTRE : LUCIENNE DELYLE

Le Café Montmartre, ouvert à Montréal dans les années 1950, était un cabaret de prestige surnommé « le foyer des grandes étoiles françaises », où se sont produites des figures emblématiques comme Mistinguett, Charles Aznavour et Dominique Michel à ses débuts. Symbole de l’âge d’or et du déclin des cabarets montréalais, le Montmartre a connu incendie, faillite, reprise par des figures influentes, infiltration du crime organisé, descentes policières et transformations radicales avant sa fermeture définitive au début des années 1970.

Image: The Gazette, 22 janvier 1951, Postmedia Network Inc.

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