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Pierre-Henry Heyer, récipiendaire de la Médaille de Sainte‑Hélène en 1863

PIERRE-HENRY HEYER (1787-1870)

Le 18 août 1863, la grande salle du Marché Bonsecours, dans le Vieux-Port de Montréal, accueillait une cérémonie solennelle : la remise de la médaille de Sainte-Hélène à Henry Heyer, ancien soldat ayant servi sous Napoléon Ier. Cette distinction, obtenue par l’entremise du baron Gauldrée-Boileau et de M. F.J.V. Regnaud, venait honorer un parcours marqué par l’Europe en guerre, l’exil, la captivité et finalement l’arrivée en Amérique du Nord avec le régiment suisse de Meuron.

La salle était comble à 20 heures, animée par la présence du bataillon des Chasseurs Canadiens commandé par le lieutenant-colonel Coursol. Sur l’estrade trônait M. Heyer, vieillard vigoureux, entouré de compatriotes et d’amis. Dans son uniforme militaire, il incarnait à la fois la mémoire d’un siècle de bouleversements et l’exemple d’un soldat qui, après la guerre, choisit de demeurer à Montréal et d’y mener une vie paisible comme jardinier et sergent-major.

Dans leurs discours, M. Coursol et M. Regnaud retraçaient son itinéraire : conscrit en 1806, blessé à Eylau, prisonnier en Espagne, transféré à Malte, puis engagé dans le régiment des Meuron, arrivé au Canada en 1813 sous condition de ne pas combattre la France. On rappela sa présence à Châteauguay et à Plattsburgh, avant sa démobilisation à Montréal en 1815.

Mais aujourd’hui, en évoquant ces événements, il importe aussi de reconnaître que ces campagnes militaires — celles de l’Empire français, de la Grande-Bretagne et de leurs régiments alliés — se sont déroulées sur des terres autochtones. La bataille de Châteauguay, notamment, fut défendue non seulement par les Canadiens, mais aussi avec l’appui crucial de nations autochtones qui protégeaient leurs territoires ancestraux. Toute commémoration de ces faits gagne à être complétée par une mémoire partagée, qui honore aussi la résistance, les pertes et les contributions des Premières Nations.

Médaille de Sainte-Hélène 
La Médaille de Sainte-Hélène, créée en 1857 par Napoléon III, honorait les anciens soldats ayant servi sous Napoléon Ier entre 1792 et 1815.

Lorsque la médaille de Sainte-Hélène fut accrochée sur la poitrine de M. Heyer au nom de Napoléon III, l’émotion fut palpable. Les Chasseurs présentèrent les armes, et les applaudissements saluèrent ce vieil homme qui portait désormais deux décorations honorables : l’une, reçue jadis sur le champ de bataille, et l’autre, décernée bien des décennies plus tard par le successeur de l’Empereur. Parmi les témoins, deux vétérans de la guerre de 1812, Antoine Bélingue et Joseph Labelle, anciens volontaires sous le colonel de Salaberry, serrèrent la main de M. Heyer en signe de fraternité.

Ainsi, cet hommage au courage individuel devient aussi l’occasion de réfléchir à une histoire plus vaste — celle d’un pays bâti sur des luttes et des mémoires entremêlées, où la réconciliation avec les peuples autochtones doit désormais accompagner toute célébration du passé.

Source
Nouvelles du Canada, Le Minerve, p.2, 22 août 1863, BAnQ

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