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Personnalité historique

Pierre-Henry Heyer (1787–1870)

Pierre-Henry Heyer, également connu sous les noms de Henry Heyer, Henri-Louis Heyer ou Pierre-Henry Ayer, est un ancien soldat des armées napoléoniennes et du régiment suisse de Meuron. Après avoir combattu en Europe, connu la captivité et servi l’armée britannique en Amérique du Nord, il choisit de s’établir dans la région de Montréal. En 1863, son parcours militaire est officiellement reconnu par la remise de la médaille de Sainte-Hélène.

Origines et jeunesse

Pierre-Henry Heyer naît le 6 décembre 1787 à Kempten, en Bavière, dans l’actuelle Allemagne. Il est le fils de Petrus, ou Per, Heyer et d’Anice Offer. Certaines traditions généalogiques familiales situent plutôt sa naissance à Cologne, mais les recherches historiques consacrées aux anciens soldats de Napoléon établis au Canada retiennent Kempten comme lieu de naissance.

Issu d’une famille allemande, Pierre-Henry aurait d’abord exercé le métier de boulanger, comme son père, avant d’être entraîné dans les guerres qui bouleversent l’Europe au début du XIXe siècle.

Dans l’armée napoléonienne

Conscrit en 1806, Pierre-Henry Heyer s’enrôle dans le 51e régiment de l’armée de Napoléon Ier. Il prend part à la campagne de Prusse et participe à la bataille d’Eylau, livrée le 8 février 1807. Au cours de cet affrontement particulièrement meurtrier, il est blessé par une balle au menton.

En 1808, il est envoyé en Espagne, où les troupes françaises affrontent une importante résistance militaire et populaire. Il participe aux opérations menées dans la région de Madrid avant d’être fait prisonnier par les forces espagnoles au mois de mai.

Contexte historique

Un Européen emporté par les guerres impériales

Le parcours de Pierre-Henry Heyer reflète celui de nombreux jeunes hommes enrôlés dans les armées européennes au début du XIXe siècle. En quelques années, il passe de l’armée française à la captivité, puis au service d’un régiment employé par la Grande-Bretagne.

Captivité et régiment de Meuron

Après sa capture, Pierre-Henry Heyer est transféré en Méditerranée. Les sources mentionnent notamment Messine, en Italie, puis l’île de Malte, où est stationné le régiment suisse de Meuron au service de l’armée britannique.

Le 19 août 1809, les Britanniques lui offrent de retrouver sa liberté en s’engageant dans ce régiment. Âgé de 22 ans et mesurant environ cinq pieds sept pouces, il reçoit le matricule 2120. Il est d’abord affecté à la 4e compagnie, puis les documents le rattachent à la 9e compagnie lorsqu’il se trouve en garnison au Bas-Canada.

Malgré son appellation, le régiment de Meuron ne se compose pas uniquement de soldats suisses. Ses rangs regroupent des hommes provenant de plusieurs régions d’Europe, notamment d’Allemagne, de Suisse, de France, d’Italie, d’Espagne et des Pays-Bas.

Arrivée en Amérique du Nord

Le 5 mai 1813, le régiment de Meuron quitte l’île de Malte à destination de l’Amérique du Nord britannique. La traversée s’effectue à bord de plusieurs navires et comprend une escale à Gibraltar. Le régiment atteint Halifax le 16 juillet 1813, puis gagne Québec au cours du même été.

Composé d’environ 1 100 hommes, le régiment est envoyé au Bas-Canada afin de renforcer l’armée britannique pendant la guerre de 1812. Il est notamment chargé de défendre la vallée du Richelieu, un axe stratégique reliant le fleuve Saint-Laurent au lac Champlain et à la frontière américaine.

Pierre-Henry Heyer sert dans la région de Montréal, de Chambly et de Saint-Luc. Selon les récits prononcés lors de la remise de sa médaille en 1863, il aurait été présent dans le secteur de Châteauguay. Son régiment participe également à la campagne de Plattsburgh en 1814 et contribue à protéger la retraite des forces britanniques après leur échec.

Établissement dans la région de Montréal

Le 6 février 1815, Pierre-Henry Heyer épouse Amable Véronneau dit Berger à Chambly. Elle est la fille de Louis-Alexandre Véronneau dit Berger et de Marie-Amable Lefort dit Laforest.

À la dissolution du régiment de Meuron en 1816, plusieurs centaines de soldats choisissent de demeurer en Amérique du Nord plutôt que de retourner en Europe. Pierre-Henry fait partie de ceux qui s’établissent dans la région. Il est licencié du régiment à Montréal durant l’été 1816.

Le 19 juin 1816, il reçoit de son beau-père une terre mesurant quatre arpents et demi de front sur vingt-cinq arpents de profondeur. L’acte est enregistré par le notaire René Boileau. Quelques jours plus tard, le 28 juin, il revend cette propriété à Alexandre Chartier pour la somme de 180 livres en ancienne monnaie.

Pierre-Henry travaille par la suite comme journalier et jardinier. Vers 1820, la famille quitte temporairement la région montréalaise pour s’établir à Ogdensburg, dans l’État de New York. Leur fils Louis y naît en 1826. La famille est revenue à Montréal au plus tard durant les années 1840 et apparaît dans le recensement de 1851.

La médaille de Sainte-Hélène

Le 19 août 1863, Pierre-Henry Heyer reçoit à Montréal la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée en 1857 par Napoléon III afin d’honorer les anciens militaires ayant servi dans les armées françaises entre 1792 et 1815. La médaille lui est transmise par l’intermédiaire du baron Charles-Henri-Philippe Gauldrée-Boilleau, consul de France à Québec, et de F. J. V. Regnaud.

La presse de l’époque situe la cérémonie à l’Hôtel-de-Ville de Montréal. D’autres récits familiaux la placent dans la grande salle du marché Bonsecours, alors fréquemment utilisée pour des cérémonies et de grands rassemblements publics. La cérémonie se déroule devant une assistance nombreuse, en présence du bataillon des Chasseurs Canadiens commandé par le lieutenant-colonel Charles-Joseph Coursol.

Vêtu de son uniforme militaire, le vétéran prend place sur l’estrade, entouré de parents, de compatriotes et d’amis. Coursol attache lui-même la médaille sur sa poitrine et rappelle son service dans les armées napoléoniennes, sa blessure à Eylau, sa captivité, son passage dans le régiment de Meuron et son établissement au Canada.

Le vétéran, profondément ému par la cérémonie, aurait répondu au salut militaire avec la même fierté que durant ses années de service.

Récit adapté d’un compte rendu publié dans Le Franco-Canadien, 24 août 1863.

La médaille fait de Pierre-Henry Heyer l’un des anciens soldats de Napoléon établis au Canada dont le service est officiellement reconnu sous le Second Empire français. Cette distinction résume symboliquement un parcours partagé entre l’Allemagne, la France impériale, l’Espagne, la Méditerranée, l’armée britannique et le Bas-Canada.

Une mémoire historique partagée

L’évocation du parcours militaire de Pierre-Henry Heyer doit également tenir compte du contexte colonial dans lequel se déroulent les campagnes menées en Amérique du Nord. Les affrontements de la guerre de 1812 ont lieu sur des territoires autochtones occupés et défendus depuis des générations par différentes nations.

À Châteauguay, les forces britanniques et canadiennes bénéficient notamment de la participation essentielle de combattants autochtones. Leur connaissance du territoire, leurs stratégies militaires et leur présence contribuent à freiner l’avancée américaine. Ces nations défendent toutefois leurs propres territoires et leurs propres intérêts, qui ne se confondent pas toujours avec ceux des autorités coloniales britanniques.

Toute commémoration des soldats européens ayant participé à ces événements gagne donc à reconnaître également les contributions, les pertes et la résistance des Premières Nations, ainsi que les conséquences durables de la colonisation sur leurs communautés.

Famille et descendance

Pierre-Henry Heyer et Amable Véronneau dit Berger ont six enfants. Les dates exactes varient parfois selon les relevés généalogiques, mais leur famille comprend Julie, Suzanne, Clémence-Louise, Louis, Marie-Élizabeth-Florence et Julienne Heyer.

Première génération canadienne

Les enfants de Pierre-Henry Heyer

Julie Heyer, née en 1816
Suzanne Heyer, née vers 1820 ou 1822
Clémence-Louise Heyer, née en 1820
Louis Heyer, né en 1826
Marie-Élizabeth-Florence Heyer, née en 1828
Julienne Heyer, née vers 1829 ou 1832

Son fils Louis assure la continuité patronymique de cette branche. Au fil des générations, l’orthographe du nom évolue progressivement de Heyer à Hayer, puis à Hayeur. Pierre-Henry Heyer est ainsi considéré comme l’ancêtre de nombreuses familles Heyer, Hayer, Ayer et Hayeur établies au Québec et ailleurs en Amérique du Nord.

HEYER HAYER HAYER DIT HAYEUR HAYEUR

Héritage

Pierre-Henry Heyer meurt à Montréal au mois d’août 1870, à l’âge de 82 ans. Les sources consultées divergent légèrement sur la date exacte : certaines indiquent le 18 août, tandis que la généalogie familiale retient le 19 août.

Son existence traverse plusieurs mondes. Né dans une Allemagne encore divisée en de nombreux États, il combat pour l’Empire français, devient prisonnier durant la guerre d’Espagne, sert ensuite dans un régiment suisse de l’armée britannique et termine sa vie à Montréal comme jardinier et ancien combattant respecté.

Son parcours témoigne des déplacements de populations provoqués par les guerres napoléoniennes et de l’apport de soldats européens à la société montréalaise du XIXe siècle. Sa descendance perpétue au Québec un patronyme dont la forme s’est transformée, mais dont l’origine remonte à cette arrivée en Amérique du Nord au cours de la guerre de 1812.

Chronologie

1787 — Naissance à Kempten, en Bavière.

1806 — Conscription dans l’armée française.

8 février 1807 — Blessé à la bataille d’Eylau.

1808 — Campagne d’Espagne et capture par les forces espagnoles.

19 août 1809 — Enrôlement dans le régiment suisse de Meuron.

5 mai 1813 — Départ de Malte pour l’Amérique du Nord.

16 juillet 1813 — Arrivée du régiment à Halifax.

1813–1814 — Service au Bas-Canada pendant la guerre de 1812.

1814 — Campagne de Plattsburgh.

6 février 1815 — Mariage avec Amable Véronneau dit Berger.

1816 — Licenciement du régiment et établissement en Amérique du Nord.

19 août 1863 — Remise de la médaille de Sainte-Hélène à Montréal.

Août 1870 — Décès à Montréal.

Notes et références

  1. Les documents généalogiques ne s’accordent pas entièrement sur son lieu de naissance. Certaines traditions familiales mentionnent Cologne, tandis que les recherches historiques sur les médaillés de Sainte-Hélène au Canada indiquent Kempten, en Bavière.
  2. Les sources donnent différentes graphies de son prénom et de son nom : Pierre-Henry, Henry, Henri-Louis, Heyer, Hayer et Ayer.
  3. Les listes du régiment de Meuron indiquent un enrôlement le 19 août 1809, le matricule 2120 et une taille d’environ cinq pieds sept pouces.
  4. Les sources donnent le 4 juin ou le 4 juillet 1816 comme date de licenciement. La présente fiche retient donc la formulation générale « durant l’été 1816 ».
  5. Le compte rendu du Franco-Canadien du 24 août 1863 situe la remise de la médaille à l’Hôtel-de-Ville de Montréal. Une tradition familiale situe plutôt l’événement dans la grande salle du marché Bonsecours.
  6. Les dates de naissance de Suzanne, Louis et Julienne Heyer diffèrent selon les relevés généalogiques consultés.
  7. Les sources donnent le 18 ou le 19 août 1870 comme date du décès de Pierre-Henry Heyer.
  8. Geneawiki, « Famille Heyer/Hayeur », généalogie et histoire de la famille.
  9. Marcel Fournier, recherches consacrées aux soldats de Napoléon Ier décorés de la médaille de Sainte-Hélène au Canada.
  10. Le Franco-Canadien, 24 août 1863, compte rendu de la remise de la médaille à Pierre-Henry Heyer.

Lignée directe des Hayeur

Cette chronologie présente la transmission directe du patronyme familial, de Pierre-Henry Heyer à Jean-François Hayeur, ainsi que son évolution orthographique au fil des générations.

1787–1870
1

Pierre-Henry Heyer

Né à Cologne, en Allemagne.

Soldat du Régiment de Meuron.

1826–1891
2

Louis Heyer dit Hayer

Cordonnier.

1854–1938
3

Louis Heyer dit Hayer Jr

Né et décédé à Montréal.

Cordonnier comme son père.

1897–1975
4

Armand-Jean-Louis Hayer dit Hayeur

Né le 23 mai 1897 à Montréal.

Décédé le 17 février 1975 à Montréal.

1919–1986
5

Albert Hayeur

Né le 8 novembre 1919 à Montréal.

CN (Canadien National).

Décédé en 2014 à Montréal.

1951–
6

Bernard Hayeur

Né le 1er décembre 1951 à Montréal.

Comptable.

Décédé en 2013 à Montréal.

1976–
7

Jean-François Hayeur

Industrie de la musique et de la vidéo + industrie ferroviaire (VIA Rail).

Né en 1976 à Montréal.

HEYER HAYER HAYER DIT HAYEUR HAYEUR

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