Hôtel Ritz-Carlton (Montréal)
Inauguré dans la nuit du 31 décembre 1912 au 1er janvier 1913, l’Hôtel Ritz-Carlton de Montréal est le premier établissement au monde à combiner les noms « Ritz » et « Carlton » et le plus ancien hôtel du réseau The Ritz-Carlton Hotel Company en Amérique du Nord. Construit au cœur du Mille carré doré, au 1228, rue Sherbrooke Ouest, il devient dès son ouverture un symbole de luxe moderne : salle de bains privée dans chaque chambre, service de valet 24 heures sur 24, conciergerie, ascenseurs silencieux, grands salons de réception et restaurant de haute cuisine. Fréquenté par la noblesse européenne, les têtes couronnées, les grandes fortunes canadiennes et les vedettes du XXe siècle, le Ritz-Carlton se transforme au fil des décennies en décor de banquets, de concerts, de mariages hollywoodiens et, plus récemment, en complexe hôtel-résidence de grand luxe doté d’un spa, d’un restaurant de chef étoilé et d’une piscine sur le toit.
1. Présentation & statut actuel
Le Ritz-Carlton Montréal occupe un vaste terrain entre les rues Sherbrooke Ouest et Drummond, au cœur de l’ancien Mille carré doré, quartier des magnats du rail, de la finance et du commerce montréalais. Dès son inauguration, il est conçu comme un hôtel-club de grand luxe, destiné à une clientèle internationale qui souhaite trouver à Montréal l’équivalent des grands établissements européens.
L’établissement acquiert rapidement une réputation de “no ordinary hotel” : architecture néo-classique, grands salons (Adam Room, Palm Court, Oval Room), cuisine raffinée, caves à vin réputées, service personnalisé et jardin intérieur avec bassin aux canards. On y tient des thés dansants, des banquets diplomatiques, des concerts, des défilés de mode, des réceptions officielles et des mariages de célébrités.
Après une importante fermeture et transformation entre 2006 et 2012, le Ritz-Carlton se repositionne comme hôtel de luxe contemporain tout en conservant ses éléments patrimoniaux : lobby et escalier monumental, Oval Room, Palm Court, jardin et bassin aux canards. Il offre aujourd’hui 129 chambres de catégorie cinq étoiles, 45 résidences, un spa, une piscine intérieure sur le toit, ainsi que le restaurant Maison Boulud du chef Daniel Boulud.
2. Fondation & conditions imposées par César Ritz (1908–1912)
L’idée d’un grand hôtel à Montréal naît vers 1908, quand un groupe de riches hommes d’affaires montréalais – parmi lesquels Charles H. Hosmer – décide de doter la ville d’un établissement capable de rivaliser avec les meilleurs hôtels de Londres et de Paris. Ils créent la Ritz-Carlton Hotel Company of Montreal et acquièrent un terrain sur Sherbrooke Ouest, à proximité des demeures bourgeoises du Mille carré doré.
D’abord, les investisseurs envisagent de baptiser l’hôtel Carlton, en référence à un établissement londonien prestigieux. Mais le nom qui fait rêver l’élite internationale est alors celui de César Ritz, hôtelier suisse associé au Paris Ritz et à d’autres adresses mythiques. Ami de Charles Hosmer, Ritz accepte que l’hôtel de Montréal porte son nom, mais pose des conditions strictes :
- chaque chambre doit avoir sa salle de bain privée ;
- une cuisine sur chaque étage pour assurer un service rapide ;
- un service de valet 24 heures sur 24 ;
- un concierge capable de résoudre tous les problèmes des clients ;
- un grand escalier permettant aux dames en robe de soirée de faire une entrée spectaculaire.
Ces exigences, reprenant les standards des hôtels Ritz européens, font du futur Ritz-Carlton de Montréal un prototype nord-américain du luxe moderne, à mi-chemin entre hôtel et club privé.
3. Construction, accidents & polémiques (1911–1912)
La construction du Ritz-Carlton débute au début de 1911. Le chantier est confié à la compagnie George A. Fuller (déjà active à New York), sous la supervision de l’ingénieur P.W. de Keyser. Le bâtiment s’élève au coin de Drummond et Sherbrooke, avec une structure d’acier et de béton habillée de pierre calcaire.
Le chantier est marqué par un accident tragique rapporté dans Le Devoir : le 7 mai 1912, un échafaudage s’effondre vers 7 h 30 du matin. L’ouvrier belge Christian Moteau perd la vie, tandis que trois autres travailleurs, dont Philippe Tremblay, sont blessés. Les briqueteurs quittent temporairement le chantier, qu’ils reprennent le lendemain.
La même année, une autre polémique éclate autour de la demande de permis de bar de l’hôtel. La Dominion Alliance, association de tempérance, s’oppose devant les commissaires à l’octroi d’une licence, craignant que le Ritz-Carlton ne reproduise les « associations d’un bar ordinaire » dans un quartier résidentiel proche de l’Université McGill. Les représentants de l’hôtel rétorquent que le bar sera petit, intégré au restaurant, sans tables de bière, destiné à une clientèle respectable. Malgré les protestations, la licence est finalement accordée.
À l’automne 1912, les journaux annoncent que l’hôtel est « presque terminé ». Un article du Montreal Star du 28 octobre décrit l’établissement comme un hôtel « qui doit ressembler à une maison plutôt qu’à un lieu de commerce » : pas de grand lobby, mais un palm court luxueusement meublé, un vaste dining room de style Adam, des salons pour dames et messieurs, des salles de coiffure et des pièces de bains réservées aux clients de passage.
Les chambres, dotées de luminaires individuels, de salles de bains privées et de garde-robes encastrées, bénéficient d’une vue soit vers le nord (Mont Royal), soit vers le sud (centre-ville). Le restaurant est conçu pour accueillir environ 312 convives et la grande salle de bal, au sous-sol, peut recevoir jusqu’à 160 personnes pour un banquet.
4. Ouverture du Nouvel An 1912–1913
Le Ritz-Carlton ouvre officiellement ses portes lors du bal du Nouvel An, dans la nuit du 31 décembre 1912. Un long article de The Gazette décrit un Oval Room parfaitement proportionné, décoré dans le style Adam, rempli d’une foule élégante. Les robes des dames se marient aux tentures rose et aux lumières, tandis qu’un orchestre fournit la musique pour les danses.
Le spectacle est inédit pour Montréal et évoque, selon le journaliste, « Londres ou Paris ». Le directeur Rudolph Bischoff, venu de Versailles (France), orchestre la soirée avec un personnel qui a dû, selon le journal, accomplir « un travail surhumain » pour finir le décor à temps.
Les invités commencent à arriver vers 22 h 45 ; à 23 h 15, le président R. Hosmer et les membres du conseil d’administration les conduisent au restaurant. À minuit, les lumières sont diminuées, les tambours retentissent, et l’orchestre enchaîne God Save the King, O Canada et Auld Lang Syne. La première nuit du Ritz-Carlton est ainsi placée sous le signe de la mondanité impériale.
Les tarifs de 1913, publiés dans les annonces, donnent la mesure du positionnement de l’hôtel : chambre simple dès 1,50 $, chambre double à partir de 5 $, petit-déjeuner à 0,75 $, déjeuner à 1,25 $ et dîner de 1,50 à 2,50 $.
5. Les premières décennies & la haute société (1913–1929)
Dès les années 1910, le Ritz-Carlton devient un centre de la vie mondaine de Montréal. On y organise des banquets, des dîners de gala, des concerts et des réunions professionnelles. Un dossier spécial de The Gazette en octobre 1940, revenant sur cette période, montre les grandes salles – l’Adam Room, la Convention Hall, le Palm Room – aménagées pour des buffets du dimanche, des réceptions diplomatiques et des danses.
C’est au Ritz-Carlton que se déroule, le 14 février 1916, le premier appel téléphonique transcontinental canadien. Depuis un salon de l’hôtel, le président de la compagnie Bell s’adresse à Vancouver par un « Hello, is this Vancouver? », auquel répond un « Yes » triomphal. L’événement est présenté comme la preuve de la modernité technologique du pays et du rôle du Ritz comme théâtre des grandes premières.
Le prince de Galles, futur Édouard VIII, commence à séjourner au Ritz à partir de 1919 dans la Vice-Royal Suite. Sa fidélité à l’hôtel inaugure une longue tradition de visites royales qui se poursuivra avec la reine Elizabeth II, le prince Philip et la reine mère au XXe siècle.
6. Dépression, guerre & « nouvelle politique » (1929–1945)
Le krach boursier de 1929, la crise économique et, plus tard, la Seconde Guerre mondiale, fragilisent la situation financière du Ritz-Carlton. Le directeur général Émile-Charles des Baillets, en poste à partir de 1924, constate que les séjours au long cours de la clientèle fortunée se raréfient : on passe de résidences de plusieurs semaines à quelques jours.
Pour adapter l’hôtel aux nouvelles réalités, des Baillets puis son successeur Albert Frossard assouplissent graduellement les codes de conduite. Le port du smoking au restaurant, auparavant obligatoire, devient recommandé ; un simple costume est désormais accepté. Cette décision, controversée, contribue néanmoins à élargir la clientèle et à rétablir la rentabilité de l’établissement.
Un vaste dossier publicitaire de The Gazette du 16 octobre 1940 vante la “New Policy” du Ritz-Carlton : cuisine raffinée supervisée par le chef Laurent Reymond, corps de cuisine structuré en dix départements, menus spéciaux pour toutes les occasions, buffet du dimanche très fréquenté, cave à vins bien garnie malgré la guerre. On y insiste sur la qualité de la table, la variété des produits et le réseau de fournisseurs (bouchers, poissonniers, maraîchers) qui livrent quotidiennement l’hôtel.
7. Après-guerre, François Dupré & l’âge d’or mondain (1945–1960)
En 1947, le Ritz-Carlton est racheté par l’hôtelier parisien François Dupré, déjà propriétaire du George V et du Plaza Athénée. Son ambition est de redonner à l’hôtel montréalais le lustre de ses premières années et d’en faire la vitrine nord-américaine du style Ritz.
Sous sa gouverne et celle d’Émile-Charles des Baillets, l’hôtel inaugure le Bar Maritime en 1948 et aménage, au début des années 1950, le célèbre jardin du Ritz. Dans ce décor champêtre de pelouse, de fleurs et de pergolas, les clients prennent le petit-déjeuner ou le thé en observant une vingtaine de canetons qui barbotent dans un bassin. Cette image – canards et élégantes chapeautées – devient l’une des icônes du Ritz-Carlton.
L’hôtel attire également une clientèle permanente. De riches Montréalaises et Montréalais louent des suites à l’année, transformant le Ritz en une sorte d’immeuble-club où l’on descend dîner sans jamais quitter sa maison. Les salons deviennent le théâtre de réceptions fastueuses, de soirées de charité et de conférences internationales.
En 1956, une aile latérale de dix étages est ajoutée à l’édifice, dans le même vocabulaire architectural que le bâtiment d’origine. On la désigne aujourd’hui comme l’Annexe. Cette extension accroît le nombre de chambres et offre de nouvelles suites avec vue sur Sherbrooke ou sur le jardin.
8. Mariages de stars, jazz & clientèle permanente (1960–1970)
Les années 1960 consolidèrent la réputation du Ritz-Carlton comme scène mondaine internationale. L’événement le plus célèbre demeure le mariage d’Elizabeth Taylor et Richard Burton, célébré dans la Royal Suite le 5 mars 1964. Préparée en moins de deux heures, la cérémonie reste gravée dans la mémoire collective. Les journaux soulignent l’effervescence autour de l’hôtel et la présence de fans massés sur Sherbrooke.
Un article rétrospectif d’The Gazette souligne qu’Edward, Prince of Wales loge régulièrement dans la Royal Suite dès 1919 et que cette tradition se poursuit avec d’autres dignitaires : Winston Churchill, le général de Gaulle, divers chefs d’État, le Shah d’Iran, etc. L’hôtel devient également le refuge de personnalités du spectacle comme Rita Hayworth, Bob Hope, Christopher Plummer, Catherine Deneuve ou, plus tard, Jerry Seinfeld.
Dans la seconde moitié des années 1950, le directeur Jean Contat perfectionne l’art du service personnalisé : mémorisation des préférences des clients, ajustement de la literie à la demande d’une cliente, organisation de dîners privés pour amateurs de jazz dans la Royal Suite (où l’on installe deux pianos et un système audio de pointe). Des princes et des millionnaires y font jouer leurs musiciens favoris.
9. Crises, tentatives de vente & renouveau de gestion (1970–1990)
Les années 1970 sont globalement fastes : le Ritz-Carlton reçoit des hôtes tels que Richard Nixon, la reine Elizabeth II et le prince Philip (lors de la visite royale de 1976). La réputation de l’hôtel est telle qu’un soir, la direction refuse l’accès au Café de Paris aux Rolling Stones, ceux-ci n’étant pas en tenue de ville.
En 1976, l’établissement obtient la prestigieuse mention des Cinq diamants AAA, qui consacre les plus hauts standards de service en Amérique du Nord. Sous la direction de Fernand Roberge, à partir de 1977, l’hôtel renoue avec une gestion rigoureuse et redevient un lieu de rencontre privilégié des élites d’affaires et politiques de Montréal. Roberge, proche du futur premier ministre Brian Mulroney, contribue à faire du Ritz un décor informel de réunions conservatrices.
La fin des années 1980 est marquée par des tentatives de vente. Un article de The Gazette du 5 octobre 1988 décrit un projet de rachat avoisinant les 40 millions $, mené par l’homme d’affaires Daniel Fournier, qui souhaite adjoindre au Ritz une nouvelle construction (bureaux ou condominiums). Le président du conseil, Peter Kilburn, se montre cependant sceptique et affirme qu’aucune transaction n’est imminente. Les chiffres publiés montrent un hôtel en situation fragile mais profitable : revenu de 22,5 M$ et profit de 406 000 $ en 1986, puis de 289 000 $ en 1987.
En 1988, le Ritz célèbre son 75e anniversaire. L’historien Edgar Andrew Collard publie dans The Gazette une longue chronique retraçant l’histoire de l’hôtel, ses propriétaires, ses clients permanents, ses célébrités et la fameuse phrase du prince Philip déclarant : “I like this place”.
10. Affiliation formelle au groupe Ritz-Carlton & rénovations (1990–2008)
Dans les années 1990, le Ritz-Carlton Montréal passe sous le contrôle du Rolaco Group de New York et est géré pendant un temps par la chaîne internationale Kempinski. En 1998, la direction annonce que le contrat Kempinski a pris fin et que l’hôtel a signé une entente avec la Ritz-Carlton Hotel Company L.L.C. d’Atlanta.
Un article intitulé “Slip a Ritz on a Ritz” (The Gazette, 13 mars 1998) souligne alors une situation paradoxale : l’hôtel de Montréal, construit en 1912, est le plus ancien « Ritz-Carlton » du continent, mais ce n’est qu’en 1998 qu’il rejoint officiellement le réseau d’hôtels géré par la compagnie. Le vice-président Jim Veil rappelle que le Boston Ritz, ouvert en 1927, détient les droits nord-américains sur le nom mais reconnaît la primauté historique de Montréal.
Cette affiliation s’accompagne d’un programme de rénovation de 6 millions $ : mise à niveau des chambres, des corridors, des systèmes téléphoniques et du centre de réservation. Veil insiste sur le fait que les changements seront « subtils » et destinés à polir, plutôt qu’à transformer, un hôtel déjà réputé pour son élégance.
Malgré ces investissements, l’établissement souffre, au début des années 2000, de la concurrence accrue d’autres hôtels de luxe, du vieillissement de certaines installations et de l’évolution du marché montréalais. Des plans plus ambitieux de rénovation et de transformation sont alors élaborés.
11. Fermeture, transformation & réouverture de 2012
Un article de The Gazette du 19 septembre 2007 annonce que le Ritz-Carlton devra possiblement fermer partiellement ses portes pendant d’importants travaux de rénovation. On y publie déjà des esquisses d’un futur penthouse vitré au-dessus de l’aile sud, signé par la firme Provencher Roy & Associés, ainsi qu’un rappel historique sur les tarifs et les caractéristiques de 1912.
Finalement, l’hôtel ferme complètement en 2008 pour un vaste chantier de transformation. Le projet, évalué à environ 200 millions $, prévoit :
- la restauration des façades et des espaces patrimoniaux (lobby, escaliers, Oval Room, Palm Court) ;
- la modernisation complète des systèmes mécaniques, de la climatisation et des chambres ;
- l’ajout d’une structure en verre au-dessus du bâtiment d’origine, abritant 45 résidences de luxe occupables à l’année ;
- la création d’une piscine intérieure et d’une terrasse panoramique sur le toit ;
- la reconfiguration des salles de réunion et des espaces de restauration.
Un article du National Post (mai 2012) décrit le « nouveau » Ritz comme plus lumineux : les murs vert et or du vieux décor font place à des tons crème et à des lignes plus contemporaines, tandis que les éléments iconiques – escalier, foyer, jardin, bassins – sont soigneusement restaurés.
Le Ritz-Carlton Montréal rouvre officiellement le 28 mai 2012. La clientèle retrouve un établissement métamorphosé mais fidèlement attaché à son surnom de Grande Dame de la rue Sherbrooke.
12. Le Ritz-Carlton contemporain
Depuis sa réouverture, le Ritz-Carlton Montréal combine les fonctions d’hôtel de luxe et de condominium de prestige. Les 129 chambres (dont 33 suites) sont équipées de technologies de pointe : écrans plats, systèmes de contrôle par capteur tactile pour l’éclairage, la température et les rideaux, salles de bains en marbre avec planchers chauffants.
Le restaurant Maison Boulud, dirigé par le chef Daniel Boulud (multi-étoilé au Guide Michelin), occupe une grande partie de l’ancien café-restaurant et se prolonge vers le jardin. Une paroi vitrée sépare la salle intérieure contemporaine de la terrasse du Jardin du Ritz, où subsiste le célèbre bassin aux canards. Le décor d’origine (fer forgé, boiseries) a été remplacé par un mobilier moderne, mais la fonction de jardin urbain demeure.
L’hôtel abrite également le Spa St. James (ouvert en 2016), un espace de plus de 5 000 pieds carrés comprenant 12 salles de soins, un salon de détente, une suite manucure-pédicure et un salon de coiffure. La piscine intérieure salée, située sur le toit, est accessible de 6 h 30 à 22 h 30 et offre une vue panoramique sur Montréal.
La qualité de l’établissement est régulièrement soulignée par des distinctions internationales : AAA Five Diamond Award (plusieurs années consécutives depuis 2013), classements en tête des « meilleurs hôtels du Canada » par U.S. News & World Report, Travel + Leisure, Condé Nast Traveler et TripAdvisor, ainsi que des mentions particulières pour la « meilleure chambre » dans le Forbes Travel Guide.
13. Concerts, musique & mondanités
Si le Ritz-Carlton est surtout connu comme lieu d’hébergement et de mondanités, il possède aussi une histoire musicale et culturelle riche. Ses salons, son ballroom et son jardin ont accueilli des concerts classiques, des récitals, des danses et des événements de charité tout au long du XXe siècle.
13.1. Concerts classiques & récitals
- Arthur Plamondon (ténor)-Alice Michot (soprano) — Le premier concert donné au Ritz-Carlton le 18 février 1913, assuré par le duo montréalais Plamondon-Michot, présenta un programme entièrement consacré à la musique française moderne, de Massenet à Debussy en passant par Saint-Saëns, Aubert et Bâton. Le public, nombreux et enthousiaste, salua la justesse, la finesse et la qualité des interprétations, particulièrement dans les duos du couple. Ce baptême musical du Ritz fut considéré comme un succès éclatant et un excellent augure pour la nouvelle vocation concertante de l’hôtel.
- Victoria Cartier — La pianiste québécoise Victoria Cartier a offert au Ritz-Carlton le 25 mars 1915 une soirée musicale et littéraire en hommage à la France, où ses interprétations de Chopin, Saint-Saëns, Rameau, Ravel et Massenet furent saluées pour leur finesse, leur expressivité et leur solide technique. L’événement, enrichi de récitations et interventions patriotiques, attira une large audience et fut unanimement considéré comme un succès artistique remarquable.
- Vladimir Horowitz — Le pianiste russo-américain Vladimir Horowitz a fait une entrée fracassante à Montréal le 13 mars 1930, où sa technique colossale, son toucher staccato fulgurant et sa puissance sonore ont immédiatement impressionné le public du Ladies’ Morning Musical Club. Son programme mêlant Bach-Busoni, Brahms, Chopin, Liszt, Prokofiev et même sa propre œuvre sur Carmen a révélé un artiste moderne, analytique, précis, parfois austère mais d’une virtuosité incontestable. La presse montréalaise a salué une maîtrise époustouflante — notamment dans Bach et Prokofiev — tout en notant que ses Chopin manquaient parfois de couleur ou de sentiment, signe d’un interprète plus cérébral que romantique.
- Stanley Gardner — Le 24 février 1930, le pianiste montréalais Stanley Gardner donne un récital au Ritz-Carlton. Les billets, vendus chez Willis’s et à l’hôtel, se détaillent à 2,20 $ et 1,65 $, taxes comprises.
- Vladimir Horowitz — Vladimir Horowitz a livré, le 1er février 1934 au Ritz-Carlton de Montréal, un récital éblouissant présenté par le Ladies’ Morning Musical Club, démontrant une virtuosité accrue depuis sa précédente visite. Son programme ambitieux — allant de Bach-Busoni et Beethoven à Brahms, Liszt, Debussy et Stravinsky — a été salué pour son intensité, sa précision et la profondeur poétique de ses passages les plus calmes. La presse montréalaise a unanimement qualifié sa prestation de magistrale, soulignant à la fois sa puissance, sa musicalité exceptionnelle et son aisance à embrasser une grande variété de styles.
- Maurice Onderet — Une annonce du Montreal Star signale un récital du violoniste ou altiste Maurice Onderet au Ritz le 12 avril 1934, avec tarifs différenciés pour les étudiants.
- André Mathieu — Le jeune compositeur de cinq ans André Mathieu présente au ballroom du Ritz-Carlton le 25 février 1935 un programme de ses propres œuvres, comprenant deux concertinos et des études pour piano, avec son père Rodolphe Mathieu au second piano. La soirée comprend aussi des chansons interprétées par Jean Brunet et un débat animé par André Laurendeau et Berthelot Brunet sur l’avenir des Canadiens français, entre optimisme et pessimisme.
- De nombreux banquets-concerts et soirées de gala sont documentés dans les pages publicitaires de The Gazette (années 1930–1950), confirmant la place du Ritz dans le circuit des concerts mondains montréalais.
13.2. Banquets, bals & vie sociale
Les dossiers spéciaux de 1940 dans The Gazette insistent sur la réputation du Ritz-Carlton pour ses banquets, ses dîners privés, ses réceptions diplomatiques et ses buffets du dimanche soir. Les photographies montrent des salles bondées de convives, des tables dressées avec nappes immaculées, bouquets de fleurs et argenterie, tandis que le texte souligne le rôle des « expert chefs » et des grandes marques alimentaires qui fournissent la cuisine.
Le bar du Ritz — longtemps simple salon annexé au restaurant — devient au fil du temps l’un des rendez-vous les plus courus de Montréal. Dans la seconde moitié du XXe siècle, il est surnommé le « local » de l’écrivain Mordecai Richler, qui y tient souvent court pour discuter littérature et politique autour d’un verre.
14. Chronologie détaillée (1908–2025)
- 1908 — Un groupe d’hommes d’affaires montréalais projette la création d’un hôtel de luxe sur Sherbrooke Ouest.
- 1910–1911 — Achat du terrain au coin Drummond / Sherbrooke ; plans confiés à Warren & Wetmore.
- 1911 — Début de la construction du Ritz-Carlton Hotel.
- 7 mai 1912 — Accident d’échafaudage : un ouvrier est tué, trois blessés (Le Devoir).
- 1912 — Controverse sur la délivrance d’une licence de bar, contestée par la Dominion Alliance.
- 28 octobre 1912 — Montreal Star décrit l’hôtel « presque terminé » et annonce une ouverture vers le 28 décembre.
- 31 décembre 1912 — Bal du Nouvel An : ouverture officielle du Ritz-Carlton ; direction Rudolph Bischoff.
- 14 février 1916 — Premier appel téléphonique transcontinental canadien, effectué depuis le Ritz-Carlton.
- 1919 — Le prince de Galles (futur Édouard VIII) commence à utiliser la Vice-Royal Suite.
- Années 1920 — Le Ritz s’impose comme centre mondain : banquets, bals, clientèle permanente.
- 1924 — Arrivée d’Émile-Charles des Baillets comme directeur général.
- 1929 — Krach boursier ; début d’une période financièrement difficile.
- Années 1930 — Adaptation progressive du code vestimentaire ; récitals de Stanley Gardner et autres concerts.
- 1940 — Dossier « New Policy » dans The Gazette vantant la cuisine et les services du Ritz.
- 1947 — Rachat du Ritz-Carlton par l’hôtelier parisien François Dupré.
- 1948 — Ouverture du Bar Maritime ; développement du jardin du Ritz au début des années 1950.
- 1956 — Construction de l’aile annexe de dix étages ; ajout de 67 chambres et suites.
- Fin des années 1950 — Période Jean Contat ; développement de la clientèle permanente et du jardin d’été.
- 5 mars 1964 — Mariage d’Elizabeth Taylor et Richard Burton dans la Royal Suite.
- Années 1960–1970 — Séjours de Winston Churchill, du général de Gaulle, de la reine Elizabeth II, du prince Philip, etc.
- 1976 — Attribution du AAA Five Diamond Award ; refus des Rolling Stones au Café de Paris pour tenue inadéquate.
- 1977 — Fernand Roberge devient directeur général ; repositionnement comme lieu d’affaires et de politique.
- 16 octobre 1980s — Dossier du 75e dans The Gazette (Edgar A. Collard) ; rétrospective sur l’hôtel.
- 5 octobre 1988 — The Gazette annonce que la vente du Ritz-Carlton semble compromise ; projet de rachat de 40 M$.
- 1990s — Contrat de gestion avec Kempinski, puis fin de ce contrat.
- 13 mars 1998 — Article « Slip a Ritz on a Ritz » : le Ritz-Carlton Montréal rejoint officiellement la Ritz-Carlton Hotel Co.
- 19 septembre 2007 — The Gazette présente les plans de rénovation ; possibilité de fermeture partielle.
- 2006–2008 — Fermeture de l’hôtel pour transformation majeure, ajout de résidences.
- 2010 — Le Devoir publie un dossier sur les nouvelles résidences du Ritz-Carlton, présentées comme « vie de château ».
- 28 mai 2012 — Réouverture officielle du Ritz-Carlton Montréal après rénovation de 200 M$.
- 2013–2019 — Multiples distinctions : AAA Five Diamonds, classements « meilleur hôtel du Canada » et « meilleures chambres ».
- 2016 — Ouverture du Spa St. James au sein de l’hôtel.
- 2020–2025 — Le Ritz-Carlton demeure l’un des hôtels les plus prestigieux du pays, combinant hébergement cinq étoiles, résidences de luxe et programmation d’événements corporatifs et mondains.
15. Notes & sources archivistiques
Cette section recense les principales sources journalistiques et documentaires utilisées pour reconstituer l’histoire du Ritz-Carlton Montréal. Elle est organisée par titre de publication et demeure ouverte à de nouvelles découvertes.
15.1. The Gazette (Montréal)
- « New Year Given Hearty Welcome », 1er janvier 1913 – description détaillée du bal du Nouvel An et de l’ouverture du Ritz-Carlton (Oval Room, décor, musique, invités, direction Rudolph Bischoff).
- « Manager for the Ritz Carlton », 17 août 1912 – annonce de la nomination de Rudolph Bischoff, transfuge d’un hôtel à Versailles, et des travaux approchant de leur terme.
- « Ritz Carlton is Nearly Completed on Sherbrooke St. », 28 octobre 1912 – description de l’architecture, du palm court, du dining room de style Adam, des salons et des innovations (bains pour clients de jour).
- « Can Accommodate 312 – Ritz Carlton Restaurant Opens New Year’s Eve », 23 décembre 1912 – précisions sur la capacité du restaurant et l’ouverture pour le souper du Nouvel An.
- Dossier spécial Ritz-Carlton, 16 octobre 1940 – ensemble de pages vantant la « New Policy » : cuisine (chef Laurent Reymond), brigade de cuisine, vins, banquets, buffets du dimanche, fournisseurs.
- « Ritz-Carlton Famed for Many Social Gatherings », 16 octobre 1940 – article sur les banquets, danses, concerts et réunions sociales, avec photos de la Convention Hall et du Palm Club.
- Pages publicitaires diverses, 16 octobre 1940 – annonces de fournisseurs (Clark’s Tomato Juice, Hudon & Orsali, O’Connor’s Fish Company, etc.) mentionnant leur rôle auprès du Ritz-Carlton.
- « Slip a Ritz on a Ritz », 13 mars 1998 – article de Sheila McGovern sur la nouvelle affiliation avec Ritz-Carlton Hotel Co., l’histoire des droits sur le nom « Ritz » en Amérique du Nord et un plan de rénovation de 6 M$.
- « Ritz Might Have to Close During Portions of Renovation », 19 septembre 2007 – article de Mike King sur le projet de rénovation majeure, les nouveaux propriétaires, les esquisses de penthouse et les rappels historiques (tarifs de 1913, clientèle royale).
- « Sale of Ritz-Carlton Unlikely to Go Ahead », 5 octobre 1988 – texte de Shirley Won sur un projet de rachat de près de 40 M$, les consortiums propriétaires européens, les résultats financiers de l’hôtel et le rôle de Fernand Roberge.
- « Philip said of Ritz-Carlton: “I like this place” », 26 mars 1988 – chronique d’Edgar Andrew Collard sur le 75e anniversaire de l’hôtel, ses architectes, ses propriétaires, sa clientèle permanente, ses célébrités et le bassin aux canards.
- Annonces diverses du Ritz Garden Restaurant, années 1970 – publicités mentionnant le retour saisonnier du jardin et des canards.
- Annonce « The Ritz Garden Restaurant – The Flowers Have Bloomed and the Ducks Are Back », 26 juin 1974 – confirme l’importance du Jardin du Ritz comme attraction saisonnière.
- Publicité Lindsay’s – Steinway Grand Pianos, 16 octobre 1940 – mention que les pianos de la ballroom et de la Vice-Regal Suite sont fournis par Lindsay’s.
- Publicité « Ritz-Carlton Neighbours – Drummond Street Garage / Drummond Medical Building », 16 octobre 1940 – illustre l’implantation de l’hôtel et de ses bâtiments voisins.
15.2. Le Devoir (Montréal)
- « Accident du travail – Un échafaudage au Ritz-Carlton se brise », 7 mai 1912 – récit de l’effondrement d’un échafaudage, bilan des victimes et commentaires sur les conditions de travail.
- « La vie de château… pour qui pourra se l’offrir », 17–18 avril 2010 – article de Claude Lafleur sur les résidences du Ritz-Carlton, les surfaces des condos, les services et la vocation du projet.
15.3. The Montreal Star & autres journaux anglophones
- « Ritz Carlton is Nearly Completed on Sherbrooke St. », The Montreal Star, 28 octobre 1912 – version parallèle de l’article décrivant la nearly completion et la philosophie « home, not a place of commerce ».
- Annonce – Stanley Gardner Piano Recital, The Montreal Star, 15 février 1930 – publicité pour un récital de piano au Ritz le 24 février 1930.
- Annonce – Maurice Onderet, The Montreal Star, 31 mars 1934 – publicité annonçant un concert de Maurice Onderet au Ritz le 12 avril.
15.4. Autres sources contemporaines
- Site officiel du Ritz-Carlton Montréal – section “Our History” – résumé des dates clés (1911, 1912, 1919, 1956, 1964) et des conditions imposées par César Ritz (salle de bain privée, cuisines, valet 24 h, concierge, escalier).
- « Le Ritz-Carlton, 100 ans d’excellence », Mixte Magazine, 2013 – texte sur l’histoire générale de l’hôtel et ses clients célèbres.
- « Le prestigieux Ritz-Carlton Montréal ouvre ses portes après une transformation de 200 millions de dollars », communiqué 2012 – détails sur la rénovation, le nombre de chambres, les résidences et les nouvelles installations.
- Rochelle Lash, « Richler’s old local, new and improved: Montreal Ritz set to re-open », National Post, 27 mai 2012 – description du nouveau décor, de Maison Boulud, du bar, de la piscine sur le toit et des tarifs des chambres et suites.
- Adrian Waller, No Ordinary Hotel – ouvrage consacré à l’histoire du Ritz-Carlton (cité dans plusieurs articles de presse).






