Théâtre Séville (Montréal)
Cinéma « atmosphérique » inauguré en 1929, joyau des « palaces de quartier », réputé pour son plafond étoilé, ses spectacles majeurs et son rôle dans l’histoire culturelle du centre-ville. Fermé en 1985, cité patrimonial en 1990, démoli en 2010 après 25 ans d’abandon.
1. Présentation
Inauguré en 1929, le Théâtre Séville est l’un des rares exemples montréalais de cinéma « atmosphérique », dont le décor intérieur simulait une cour espagnole à ciel ouvert, avec un plafond étoilé et un mécanisme de nuages mobiles. Il a servi tour à tour de salle de cinéma, de théâtre, de salle de concerts, puis de cinéma de répertoire jusqu’en 1985.
2. Valeurs patrimoniales
Le Séville possède une valeur patrimoniale majeure pour :
- sa façade monumentale typique des palaces de quartier (1915–1930) ;
- son statut d’un des 15 seuls cinémas atmosphériques du Canada ;
- l’importance de son architecte Joseph-Cajetan Dufort ;
- le décor d’Emmanuel Briffa, maître des salles québécoises des années 1920–1930 ;
- son rôle central dans le développement culturel du centre-ville.
3. Éléments caractéristiques
- Volume simple, plan rectangulaire ;
- Parement de brique brune et ornements en pierre artificielle beige ;
- Façade symétrique en trois travées ;
- Pilastres stylisés, arcs surbaissés, fenêtres jumelées, triple baie centrale ;
- Corniche moulurée en tôle et parapet imposant ;
- Marquise (1950) et enseigne verticale « SEVILLE ».
4. Histoire & développement
1928–1929 — Construction sur le site de l’ancienne église méthodiste Douglas. Dufort réalise la façade ; Briffa conçoit un décor atmosphérique espagnol avec plafond étoilé.
Années 1950 — Le Séville accueille Nat King Cole, Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie, Cab Calloway, Sarah Vaughan, Tony Bennett, Les Paul & Mary Ford et d’autres artistes majeurs. Remodelage complet du décor intérieur par Oscar Glas. Le décor atmosphérique d’origine est retiré.
1968 — Un incendie affecte gravement l’édifice.
1973 — Famous Players abandonne la salle, qui devient un cinéma de répertoire.
1985 — Fermeture définitive. Dernier film : Stop Making Sense (31 octobre).
1990 — La Ville cite la façade comme immeuble patrimonial.
1994–2009 — Détérioration majeure, murs écroulés, projets avortés, controverses avec promoteurs.
2010 — Démolition complète. Début des travaux du projet résidentiel « Le Séville ».
5. Vedettes & critiques de presse (années 1930–1950)
Les coupures de presse montréalaises confirment que le Séville a été, durant les années 1930 à 1950, un haut lieu du jazz, des big bands, de la musique country & western et du vaudeville, accueillant de nombreuses vedettes internationales au sommet de leur carrière.
5.1 Woody Herman et son orchestre
À la fin de 1951, plusieurs comptes rendus du Montreal Star et du Montreal Gazette saluent la venue de Woody Herman et de son big band au Séville. Les critiques décrivent un ensemble de jeunes musiciens experts, légèrement « chargé en cuivres » (quatre trompettes, trois trombones, quatre saxophones), mais offrant un son puissant et maîtrisé. Le programme met en vedette des pièces comme Pass the Basket, Dixie, Yeah Man et The Plumbers, ainsi qu’un medley de succès plus anciens. Les « boys » sont félicités pour leurs solos, tout comme les saxophones et les trompettes qui se distinguent tour à tour. Parmi les numéros de soutien, on note le chanteur Tommy Edwards, le comédien Johnny Morgan, la chanteuse Dolly Houston et le duo de danse Bobby Lane & Claire, régulièrement cités comme « mieux que la moyenne » par les critiques.
5.2 Cab Calloway au Séville
En novembre 1951, le Séville reçoit à plusieurs reprises Cab Calloway et son orchestre associé au Cotton Club. Les critiques parlent d’un ensemble parmi les plus bruyants, mais aussi parmi les plus disciplinés du circuit, avec une « bonne dose de qualité » côté cuivres. Calloway présente un spectacle de type unit show, très en vogue dans les théâtres de l’époque : un programme complet combinant musique, danse et numéros comiques en une seule revue. Les comptes rendus mentionnent des titres comme Fine and Dandy, This Is Always, Mombo/Mamba Syncopation et, en final, l’inévitable Minnie the Moocher où le public reprend les célèbres hi-de-ho.
Autour de Calloway gravitent plusieurs numéros : les danseurs Billy & Ann, le novateur « iron-jaw » Saxie Williams qui danse en tenant une chaise ou une table avec les dents, et le duo comique Howell & Bowser. Les critiques qualifient la revue de « grand succès », soulignant la discipline de l’orchestre et le charisme scénique de Calloway.
5.3 Tommy Dorsey et les grands orchestres
La semaine suivante, toujours en 1951, le Séville enchaîne avec le Tommy Dorsey Orchestra. La presse note que, si la nouvelle formation est peut-être moins spectaculaire que celle de Calloway, elle compense largement par sa musicalité. Dorsey est décrit comme « le maestro au trombone sourdiné le plus raffiné du métier », tandis que le trompettiste Charlie Shavers est présenté comme l’un des instrumentistes les plus doués de son temps. Le saxophoniste Sam Donahue et la chanteuse Frances Irvin sont eux aussi mis en valeur, de même que les Brownley Sisters et l’humoriste Joey Forman, auteur d’imitations de vedettes hollywoodiennes.
5.4 Coleman Hawkins, Arnett Cobb & Roy Eldridge
Une coupure intitulée « Seville to Try Jazz Concert » annonce un programme de jazz de concert avec deux grands orchestres : celui du saxophoniste ténor Arnett Cobb et celui de Coleman Hawkins, présenté comme « King of the Tenor Sax ». Le concert réunit également le trompettiste Roy “Little Jazz” Eldridge, le batteur Kenny Clarke, le contrebassiste Curley Russell, le pianiste Don Ebony et la chanteuse Wini Brown. L’annonce souligne la réputation d’Arnett Cobb comme « The Wild Man of the Tenor Sax » et retrace la carrière d’Eldridge, passé par les orchestres de Gene Krupa, Artie Shaw et d’autres grands noms.
5.5 Louis Jordan & his Tympany Five
Une critique du Montreal Gazette consacre une pleine colonne à Louis Jordan et à ses Tympany Five, en vedette au Séville. Le journaliste insiste sur la présence scénique de Jordan, qui « domine la scène » par son jeu et sa personnalité plus encore que par sa virtuosité instrumentale. Le spectacle est complété par divers numéros de variété : le duo de jongleurs Payo & Mai, l’imitateur et maître de cérémonie Will Jordan, la chanteuse Helene Dixon dans un répertoire pop et standard, et les danseurs Haydens soutenus par le Len Howard Band dans la fosse.
5.6 Gestion & mémoire des spectateurs
Une coupure distincte présente Gordon Dahn, ancien directeur du Séville pour la United Amusement Corporation, plus tard nommé à la tête d’une autre salle (New York Theatre). On y rappelle qu’il a ouvert le Séville dans le secteur midtown et qu’il est issu d’une famille de showmen, son père Harry S. Dahn ayant produit de nombreuses revues au Capitole.
Enfin, des articles de souvenirs et lettres ouvertes des années 1990 (notamment « Satchmo wowed us at the Seville » et une lettre intitulée « Sacred ground ») témoignent de l’attachement durable du public. On y évoque les passages de Louis Armstrong et de ses All Stars au début des années 1950, ainsi que la longue liste de vedettes vues au Séville : Frankie Laine, Patti Page, les Ames Brothers, les Mills Brothers, les Ink Spots, Les Paul & Mary Ford, Chico Marx, Jimmy & Tommy Dorsey, Georgia Gibbs, Tony Bennett, et bien d’autres. Un correspondant conclut que les performances de « Satchmo » suffiraient à faire du Séville un « lieu sacré » pour les amateurs de jazz.
5.7 Duke Ellington au Séville
Une critique du Montreal Star rend compte d’un passage de Duke Ellington and His Band au Séville au début des années 1950. L’article décrit soixante minutes de spectacle « très divertissant », porté par un orchestre bien équilibré (six cuivres, section rythmique complète et Ellington au piano), où « chaque musicien est accompli ». Un numéro de boogie met en valeur saxophone, clarinette, trompette et trombone, tandis qu’Ellington signe un medley de ses thèmes les plus connus et une version remarquée de Caravan avec violon. La critique souligne également un numéro de percussions très spectaculaire et un jeu de trompette jugé « inhabituel ». Des spécialités de vaudeville complètent la revue : comédie de Howell & Bowser, claquettes, chant de Jimmy Grison & Betty Roch(e), et ventriloquie de Chester Calhoun avec sa marionnette « Red », très appréciés du public.
5.8 Country & western : Webb Pierce et Hank Snow
Les années 1950 voient aussi le Séville se transformer en temple de la musique hillbilly / country & western. Plusieurs articles couvrent les tournées de Webb Pierce, star du Grand Ole Opry, et de Hank Snow, originaire de Nouvelle-Écosse mais devenu vedette de Nashville.
Pour Webb Pierce, les critiques décrivent un « Grand Ole Opry Show » complet : Red Sovine en maître de cérémonie, Sonny Burnette à la steel guitar, Jack Kay au violon, Roy Hall au piano, Jack Green à la guitare, Ike Inman à la basse et le comique « Peach Seed Jones » pour les interludes humoristiques, le tout soutenu par l’orchestre de fosse de Len Howard. Pierce enchaîne ses succès (It’s Been So Long, I’m Walking, If You Were Me, There Stands the Glass), « mettant la salle en délire » selon un critique. Une autre chronique, plus sévère pour l’humour bucolique de Peach Seed, reconnaît cependant le haut niveau musical du groupe, décrit comme un « dandy show » pour les amateurs de serénades de ranch et de barn dance.
Les articles consacrés à Hank Snow parlent d’un « Popular Western Singer » remplissant le Séville de hillbilly ballads et de western swing avec ses Rainbow Ranch Boys (violon, guitare, basse, steel guitar). Les critiques notent sa façon décontractée de travailler la scène, mettant à l’aise le public qui finit « presque intégré au spectacle ». Snow interprète plusieurs de ses succès — Now and Then There’s a Fool Such as I, Rhumba Boogie, My Mother, Your Brand on My Heart, Cotton-Eyed Joe —, tandis que le comique Sleepy McDaniel casse le rythme avec un humour rural, et que Dot and Smoky offrent leur propre sélection de chansons western. Pour les amateurs de country, conclut un critique, « c’est un grand moment ; pour ceux qui détestent ce genre, mieux vaut rester loin du Séville cette semaine ».
5.9 Tony Bennett & grandes revues de variétés
Un article du Gazette annonce Tony Bennett, alors vedette de Columbia Records, « star » du programme au Séville. Dès la première représentation, les fans crient leur enthousiasme à chaque chanson. Bennett est décrit comme un artiste au style amical et posé, attentif à ce qui se passe sur scène et à la façon de traiter son public. Il interprète la plupart de ses succès récents, dont l’inévitable Rags to Riches. La revue comprend aussi le duo d’harmonica The Madcaps, le comédien Jimmy Casanova et le numéro d’équilibre acrobatique de Whaling & Yvette, le tout soutenu par l’orchestre de Len Howard.
Une autre coupure, datée de janvier 1953 et titrée « Variety Revue of Eight Acts Booked Into The Seville Today », met en lumière la politique du théâtre : être constamment à l’affût de têtes d’affiche et de numéros hors de l’ordinaire. On y rappelle que la salle a déjà présenté, cette année-là, les Bowery Boys, Ray Anthony, Gil Lamb, Buddy Rich & Karen Chandler et qu’elle s’apprête à accueillir Louis Armstrong, Gisele, Les Paul & Mary Ford. La revue en question aligne huit numéros (18 artistes), dont le chanteur Buddy Costa, les acrobates The Latinos (wire act) et Tien Tsi Liu Troupe, le duo vocal Herb & Betty Warner, les danseurs James & Jardene Williams, les jongleurs Seldon & Joyce et un sketch comique de Joe Morris & Barbary Barry. Le Séville se positionne ainsi comme un véritable théâtre de variétés à l’américaine.
5.10 Les Paul & Mary Ford : début montréalais
Une critique intitulée « Excellent Act at Seville – Les Paul and Mary Ford Make Montreal Debut » salue la première visite à Montréal du célèbre duo Les Paul & Mary Ford. Accompagnés par le bassiste Wally Kamin, ils offrent un spectacle rempli d’effets de guitare multiples et de « good playing » soutenant les lignes vocales souples de Mary. Leur attitude scénique, décrite comme amicale et détendue, ainsi que la robe simple et élégante de la chanteuse, contribuent à l’efficacité de l’acte. Le programme se compose en grande partie de leurs succès discographiques : Waiting for the Sunrise, Mocking Bird Hill, My Baby’s Coming Home, How High the Moon, Meet Mr. Callaghan, Bye Bye Blues et Tiger Rag. Le moment « le plus sophistiqué » de la soirée serait une variation de Home Sweet Home, avec de nouvelles paroles de Wally Kamin, accueillie par un grand enthousiasme. Le critique conclut qu’on ne peut que vouloir les revoir en personne tant ils sont des « grand performers ».
La même critique décrit également les numéros de soutien : le trio comique Lou, Hite & Stanley, contrastant par leurs tailles (de moins d’un mètre trente à plus de deux mètres), dont la parodie des Andrews Sisters en playback sur disque « fait exploser la salle », l’imitateur Buddy Clayton qui reproduit diverses stars de la scène et de l’écran, et la contorsionniste Meribeth Olds, capable de se plier jusqu’à « s’asseoir sur sa propre tête » tout en demeurant étonnamment gracieuse.
5.11 Dizzy Gillespie, Guy Mitchell & revue bop
Sous le titre « Lively Show at Seville – Dizzy Gillespie Quintet Delights Big Audience », un autre article décrit une revue rapide « all-star » où le Dizzy Gillespie Quintet tient la vedette. Le groupe est formé d’une section rythmique (basse, batterie, piano qui double au xylophone), d’un saxophone et de la trompette de Gillespie, qui livrent un be-bop énergique incluant la pièce « Tin Tin Deal ». Le public, très enthousiaste, refuse de les laisser quitter la scène. Un second chanteur, dans le style bop, assure les vocaux sur Honeysuckle Rose et d’autres standards.
La revue comprend également les Merino Sisters, trio de jeunes acrobates-danseuses qui ouvrent le spectacle avec un numéro rapide et spectaculaire, les humoristes The Chords avec leurs imitations de chefs d’orchestre célèbres, le ventriloque Roy Douglas et son mannequin Eddy Echo, la performeuse Vicki et sa poupée Anna Banana. Le chanteur Guy Mitchell, décrit comme un jeune baryton sympathique au style bien à lui, reçoit un accueil chaleureux de la « hep crowd ». L’orchestre de fosse de Len Howard assure la continuité musicale, et la partie cinéma propose la comédie Leave It to Henry ainsi qu’un court métrage sur le basket-ball.
5.12 Oscar Peterson en vedette vaudeville
Dans « New Program at Seville – Oscar Peterson Heads Five Vaudeville Acts », le critique admet que la revue de la semaine n’est « pas tout à fait à la hauteur » des standards habituels du Séville, mais précise que la présence d’Oscar Peterson « compense largement ». Le pianiste montréalais est présenté comme un artiste « toujours digne d’être entendu », doté d’une technique admirable, d’une main gauche extrêmement puissante et d’un sens aigu du rythme. Lors de cette visite, il est accompagné par le contrebassiste Ray Brown, même si, selon le journaliste, Peterson est suffisamment showman pour tenir la scène seul.
Le programme commence avec You’re Too Marvelous (avec voix), puis se poursuit par Tenderly, Little White Lies, The Man I Love (mettant en valeur la contrebasse) et Dark Eyes. Parmi les actes de soutien, on retrouve la soprano Claudia Pinza, qui chante des extraits de South Pacific et des titres comme My Heart Cries for You et Possibilities, le trio de jongleurs The Swifts, le comédien Alan Carney avec ses histoires en dialecte, et les danseurs Burns Twins & Evelyn qui ouvrent la soirée. L’orchestre de Len Howard fournit l’accompagnement, et le film à l’écran est la comédie burlesque Jiggs and Maggie Out West.
5.13 Lionel Hampton : big band et show complet
Un article titré « Lionel Hampton Band Heads Excellent Bill » rapporte que Lionel Hampton amène au Séville son orchestre de 17 musiciens, accueilli par des « capacity audiences » qui manifestent bruyamment leur appréciation. Le critique parle de l’un des meilleurs spectacles présentés au théâtre, combinant musique, danse et comédie. La section de cuivres (saxophones, trompettes, trombones) est jugée abondante sans jamais être trop forte, grâce au sens du dosage de Hampton, qui dirige l’ensemble avec une forte présence rythmique.
Au cours du spectacle, Hampton livre un duo de batterie remarqué avec Curley Hammer, puis démontre sa virtuosité au vibraphone dans une pièce saluée comme un « beautiful bit of work ». Le segment comique est confié au duo Cook & Brown avec leurs gags et numéro de tap dance, tandis que Curley Hammer revient pour chanter, le vocaliste Sonny Parker interprète un numéro, et Elsie Smith offre un blues. Enfin, la danseuse-pianiste Ann Nichols livre un numéro spectaculaire combinant tap, acrobaties et piano, culminant en une série de rythmes rapides où elle joue en dansant. Le journaliste conclut qu’il s’agit d’un spectacle « rempli de divertissement et fortement recommandé ».
5.14 Sarah Vaughan « tops » la variété
Dans la rubrique « The Variety Stage », une chronique intitulée « Sarah Vaughan Tops » relate la venue de l’incomparable Sarah Vaughan au Séville. Vêtue d’une robe blanche saisissante qui attire les compliments de l’auditoire féminin, Vaughan présente un programme de chansons parfaitement maîtrisé. Elle ouvre avec ’S Wonderful, enchaîne avec Idle Gossip, la ballade If I Knew Then, puis How Important Can It Be avant de changer de tempo avec Old Devil Moon. Les morceaux What Lola Wants, Lola Gets, Perdido et Time complètent la sélection, tous servis par des arrangements jugés excellents.
Vaughan reçoit un soutien solide du pianiste Jimmy Jones, du bassiste Joe Benjamin et du batteur Hains. Le reste du programme comprend le ventriloque Walter Walters Jr. et sa « famille » de mannequins (Baby, Mary Lou, Woody Woodhead), le quatuor acrobatique The Four Angels (deux femmes, deux hommes), le comique Buddy Clayton avec une chanson sur son automobile et diverses imitations de chanteurs, ainsi que les danseurs Billy & Ann en numéro de claquettes. L’orchestre de Len Howard fournit un accompagnement jugé « fin » pour clore cet excellent stage show.
5.15 Harry Belafonte : calypso et ballades
Une dernière coupure consacre un long article à Harry Belafonte : « Fine Singing at Seville – Harry Belafonte Big Hit in New Stage Show ». Le chanteur y est décrit comme un homme grand, bien bâti, doté d’une « glorious voice » et à la tête d’un spectacle haut en couleurs. Belafonte exploite pleinement sa riche voix de baryton, qualifiée de « dramatique », dans des pièces comme Mark Twain, où l’on peut presque voir le navire tanguer sous les coups de mer, Timber, qui évoque les bûcherons et leurs attelages, et Hold ’em Joe, un calypso rythmé qui fait chanter le public.
Il juxtapose ces chansons à des ballades sentimentales comme Scarlet Ribbons et au spiritual Motherless Child, interprété avec une grande intensité, descendant parfois jusqu’au chuchotement. Le critique souligne que sa version de la chanson folklorique Soldier en capte tout le charme, mais que c’est surtout Matilda, avec son introduction unique, qui déclenche les plus fortes réactions et amène la salle entière à reprendre le refrain. Belafonte est présenté comme un véritable balladeer, doté d’une personnalité attachante et d’un grand sens du spectacle, « un must pour tous ceux qui apprécient le bon chant ».
Autour de lui gravitent plusieurs numéros : les danseurs Johnny Conrad & troupe, dont un tableau « oriental » sur Song of India et un numéro de danse calypso ; la xylophoniste Betty Brett, qui joue à une vitesse impressionnante ; les équilibristes The Delmars, exécutant des portés spectaculaires ; et le comique Mickey Deems, qui raconte des histoires de couple et de mariage. Comme souvent au Séville, l’orchestre de Len Howard assure un accompagnement solide et contribue à faire de cette revue une soirée « très agréable ».
6. Extrait de presse — The Gazette (9 juin 2010)
From Sinatra to pigeons: a timeline
- 1929 — Ouverture ; cinéma atmosphérique (ciel étoilé). Présente Sinatra, Davis Jr., Nat King Cole, Armstrong.
- 1978–1985 — Cinéma de répertoire (Rocky Horror Picture Show). Fermeture après quadruplement du loyer.
- 1990 — Cité patrimonial (façade protégée).
- 1994 — Mur de 12×20 pieds s’effondre sur la rue Chomedey.
- 1998 — Projet de transformation commerciale (intérieur éventré). Échec.
- 2002 — Achat du pâté de maisons par 158115 Canada Inc. (Stephen Bronfman).
- 2009 — Projet « Résidences Séville » : 1 155 unités. Opposition citoyenne.
- 2010 (février) — Projet suspendu ; proposition municipale d’un parc.
- 2010 (avril) — Nouveau projet résidentiel : 20 étages + 11 étages.
Source : The Gazette, 9 juin 2010.
7. Chronologie rapide
- 1929 — Inauguration
- 1950 — Remodelage
- Début 1950s — Grande époque des big bands et variétés : Louis Jordan, Cab Calloway, Woody Herman, Tommy Dorsey, Duke Ellington, Louis Armstrong, Tony Bennett, Les Paul & Mary Ford, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Lionel Hampton, Sarah Vaughan, Harry Belafonte, revues de huit numéros, etc.
- Milieu 1950s — Programmation country & western : Webb Pierce, Hank Snow et leurs Grand Ole Opry shows.
- 1968 — Incendie
- 1978 — Cinéma de répertoire
- 1985 — Fermeture
- 1990 — Citation patrimoniale
- 2010 — Démolition
8. Notes & sources
- Répertoire du patrimoine culturel du Québec (RPCQ) — fiche « Théâtre Séville ».
- Dane Lanken, Montreal Movie Palaces, Penumbra Press, 1993.
- Jocelyne Martineau, Cinémas et patrimoine à l'affiche, Ministère des Affaires culturelles, 1988.
- Communauté urbaine de Montréal, Architecture commerciale III : les magasins, les cinémas, 1985.
- The Montreal Star & The Gazette, chroniques spectacles (années 1950) : Woody Herman, Cab Calloway, Tommy Dorsey, Coleman Hawkins, Louis Jordan, Duke Ellington, Webb Pierce, Hank Snow, Tony Bennett, revues de variétés, Les Paul & Mary Ford, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Lionel Hampton, Sarah Vaughan, Harry Belafonte, etc.
- The Westmount Examiner, rubrique spectacles, 18 novembre 1938.
- The Gazette, « From Sinatra to pigeons », 9 juin 2010.
- The Gazette, « Satchmo wowed us at the Seville » et lettre « Sacred ground » (années 1990).














