Skip to main content
search

Stork Club (Montréal)

Cabaret-club de prestige situé au 1433 rue Guy, à côté du Her Majesty’s Theatre, le Stork Club incarne pendant près de quarante ans l’âge d’or des nuits montréalaises : lounge élégant, restaurant, salle de danse, « discotel » puis point d’ancrage de La Nuit En Rose avant de céder la place à la discothèque Oz à la fin des années 1970.

1. Présentation générale

Ouvert en novembre 1938, le Stork Club s’impose rapidement comme l’un des cabarets les plus réputés de Montréal. Situé au 1433 rue Guy, à un pas seulement du Her Majesty’s Theatre, il combine, dans un même établissement, un lounge élégant, une salle de danse, un restaurant et, plus tard, une formule de « discotel » associant buffet et danse jusqu’aux petites heures.

Lieu de rendez-vous privilégié des spectateurs sortant du théâtre voisin, le Stork Club attire aussi une clientèle touristique et mondaine, ainsi que des artistes internationaux qui y prolongent leurs soirées après leurs engagements dans d’autres salles de la ville. À la fin des années 1970, l’adresse connaît une dernière métamorphose : elle devient d’abord La Nuit En Rose, cabaret de danse de salon, puis la discothèque Oz, avant que l’immeuble ne soit finalement rasé dans le cadre de l’expansion de l’Université Concordia.

2. Localisation & contexte urbain

Le Stork Club occupe le 1433 rue Guy, sur le tronçon situé entre Sainte-Catherine et De Maisonneuve, dans un secteur alors marqué par la présence du Her Majesty’s Theatre, des hôtels et de nombreux commerces liés au spectacle. Les publicités d’époque indiquent systématiquement la mention « adjoining » ou « next to Her Majesty’s », soulignant le lien organique entre les deux bâtiments : le Stork sert autant de cocktail lounge avant et après les représentations que de club autonome pour la danse et le souper-spectacle [2], [3], [5].

Après la démolition du Her Majesty’s autour de la fin des années 1960, l’îlot est progressivement transformé en stationnement, puis réaménagé à partir des années 1990-2000 pour accueillir les installations de l’Université Concordia. Depuis 2009, le terrain de l’ancien Stork Club correspond à la sortie de la station Guy–Concordia et au Engineering & Visual Arts Building.

3. Fondation & premières années (1938-années 1940)

Le 4 novembre 1938, une pleine page de The Gazette annonce à ses « members and their friends » l’ouverture officielle du Stork Club pour le 5 novembre, à midi, au 1433 Guy Street. L’annonce met en valeur le décor luxueux du lounge conçu par le département d’aménagement intérieur de T. Eaton Co., soulignant le caractère exclusif du club et son système d’adhésion par membership [1].

Dès l’année suivante, le Stork Club apparaît comme un acteur installé : en mai 1939, une publicité commémorant la visite royale présente la salle comme un lieu de réception sophistiqué, avec photos de la salle principale et rappel des numéros de téléphone Wellington 6891 et Fitzroy 0103 [2]. En novembre 1939, le club publie un encart « Poppy Day » indiquant clairement l’adresse 1433 Guy Street et la mention « adjoining His Majesty’s Theatre » [3].

Au cours des années 1940, le Stork Club devient un maillon de ce que la presse désignera rétrospectivement comme les « jours glorieux » de Sin City, lorsque Montréal attirait artistes, touristes et noctambules, particulièrement du monde anglo-américain. Des personnalités comme Frank Sinatra, Sammy Davis Jr. ou Jerry Lewis y sont associées dans les articles nostalgiques des décennies suivantes, qui présentent le club comme une halte privilégiée pour les vedettes en tournée [10].

4. Programmation, célébrités & vie nocturne

Tout au long des années 1950, la publicité met l’accent sur la combinaison cocktails + musique live. En 1951, une chronique de The Gazette décrit une ambiance « friendly, intimate » : fauteuils confortables, service attentif, atmosphère idéale pour la conversation et la détente entre les actes du théâtre voisin. Entre deux pièces ou après le spectacle, le Stork Club est présenté comme le favorite rendez-vous des amateurs de théâtre montréalais [4].

La programmation repose largement sur des pianistes-chanteurs et des petites formations de jazz ou de variétés. Les publicités des années 1950 et du début des années 1960 mettent régulièrement en vedette le pianiste Charlie Kittson, parfois accompagné de formations féminines comme les Rhythm Sisters ou les Golden Sisters [5]. En 1961, une série d’encarts confirme que Kittson est toujours responsable de l’animation musicale du soir, parfois en alternance avec la chanteuse Annie Brooks [8].

Le club reste actif dans les années 1970 : un article de The Gazette daté de novembre 1970 décrit une soirée au Stork Club où officie le Paul Gingras Trio, dans un cadre de type « supper club » aux lustres, moquette épaisse et décor rappelant les grandes salles de la première moitié du siècle [13]. En août 1972, ce sont les Fabulous Platters qui y sont à l’affiche, confirmant le maintien d’une programmation musicale d’envergure [14].

5. Rénovations, salles thématiques & restauration (années 1950-1960)

Plusieurs annonces témoignent de rénovations successives et de l’élargissement de l’offre culinaire. En 1954, le Stork Club est déjà présenté comme un lounge « Smart » avec musique de Charlie Kittson et numéros variés [5]. En 1955, une publicité majeure annonce l’ouverture de la Taj Mahal Room, un restaurant « oriental » se voulant unique au pays, proposant kofta curry, lamb curry (rogan josh), broiled kabab et autres spécialités indiennes, sous la houlette du chef Iqbal Singh [6].

En novembre 1956, une pleine page du Montreal Star proclame la naissance d’« A New Idea » au Stork Club : une scène tournante, présentée comme la première du genre au Canada, au cœur du Stork Club Café [7]. Quelques mois plus tard, en février 1957, la chronique « Show Business » de The Gazette note que le Stork Club sur Guy Street vient de subir une « complete redecoration and refurbishing » [7].

Une nouvelle vague de rénovations intervient à la fin des années 1950 : le 15 juillet 1959, une publicité pour la chanteuse Margo Lefebvre mentionne un « newly remodeled luxurious » Stork Club [6]. Au début des années 1960, la salle met de l’avant son Dining Room : en mai 1961, le Stork Club annonce l’arrivée du chef Maurice Godard (ex-Café Martin) et une « new food policy » visant les lunchs d’affaires et les dîners de 17 h à 22 h, tout en conservant l’animation musicale en soirée [8].

6. Du cabaret au « discotel » (années 1960-début 1970)

À mesure que les goûts musicaux évoluent, le Stork Club adapte sa formule. Le 23 juin 1967, une publicité le présente comme « Montreal’s only Discotel », proposant un buffet chaud et froid et une ouverture jusqu’à 3 h du matin en semaine [12]. Le terme, contraction de « discothèque » et « hotel » / « cocktail », suggère un modèle hybride entre cabaret classique et club moderne.

Malgré la démolition du Her Majesty’s Theatre à la fin des années 1960, un article du Montreal Star daté du 13 novembre 1970 insiste sur la continuité du lieu : alors que l’ancien théâtre a été remplacé par un stationnement, « the Stork is still around, though, as majestic as ever ». Le critique Juan Rodriguez y décrit un intérieur « classy » rappelant les supper-clubs cinématographiques des années 1940, où le Paul Gingras Trio interprète un répertoire de danse devant une piste occupée de couples [13].

En août 1972, la présence des Platters confirme que le Stork Club reste une scène appréciée pour les groupes vocaux nostalgiques et les orchestres de danse [14].

7. Dernières années, La Nuit En Rose & Oz (1977–1979)

À l’été 1977, une publicité du Montreal Star proclame « New Stork… New Stork! » et annonce des soirées avec le groupe Force of Devotion, ainsi qu’une « grand official opening » prévu pour la mi-septembre, toujours au 1433 Guy Street [9]. Quelques semaines plus tard, le 15 septembre 1977, le Stork Club laisse officiellement la place à La Nuit En Rose, qui inaugure sa programmation avec le chanteur Jean Nichol [9].

La presse anglaise continue cependant de souligner la continuité spatiale du lieu : un article de The Gazette daté du 22 octobre 1977, consacré au spectacle de travestis French Dressing, précise que le show se tient à La Nuit En Rose, « formerly the Stork Club on Guy Street » [9]. En mars 1978, une publicité pour des soirées de danse de salon intitulées « Nostalgia » reprend la même mention : « La Nuit En Rose (formerly the Stork Club) » [9].

À la fin de 1978, la page spectacles de The Gazette évoque le projet d’une « mammoth new 21st-century discotheque » sur le site de l’« old Stork Club on Guy Street », avec un investissement annoncé de près d’un million de dollars [15]. Quelques mois plus tard, le 24 avril 1979, un article intitulé « New disco opening attracts star galaxy » confirme que la nouvelle discothèque s’appellera Oz : le groupe disco The Trammps doit y jouer pour l’ouverture officielle du 2 mai 1979, « on the site of the former Stork Club on Guy St. » [15].

La transformation en Oz marque la fin de l’histoire du Stork Club en tant que cabaret ; la démolition ultérieure de l’immeuble et la construction des bâtiments de Concordia scellent définitivement la disparition matérielle du lieu, dont ne subsistent aujourd’hui que les archives de presse et les souvenirs de ses habitués.

8. Chronologie ultra détaillée (1938–1979)

  • 4 novembre 1938 — Annonce dans The Gazette de l’ouverture officielle du Stork Club le lendemain, au 1433 Guy Street, presque porte à porte avec le Her Majesty’s Theatre. [1]
  • 5 novembre 1938 — Ouverture du Stork Club, présenté comme un club de prestige avec décor signé T. Eaton Co. et membership. [1]
  • 18 mai 1939 — Publicité « Their Majesties » montrant la salle et confirmant les numéros de téléphone Wellington 6891 et Fitzroy 0103. [2]
  • 11 novembre 1939 — Encarts « Poppy Day » signés par le Stork Club Inc., 1433 Guy Street, « adjoining His Majesty’s Theatre ». [3]
  • Années 1940 — Réputation consolidée comme cabaret chic fréquenté par des vedettes nord-américaines (Frank Sinatra, Sammy Davis Jr., Jerry Lewis). [10]
  • 3 mars 1951 — Chronique louangeuse décrivant le Stork Club comme rendez-vous privilégié des spectateurs du Her Majesty’s : atmosphère intime, fauteuils confortables, service parfait. [4]
  • 25 août 1954 — Publicité avec Charlie Kittson, les Rhythm Sisters et les Golden Sisters ; illustration du personnage de cigogne. [5]
  • 26 juillet 1955 — Annonce de la Taj Mahal Room, restaurant indien à l’intérieur du Stork Club. [6]
  • 23 novembre 1956 — Pleine page du Montreal Star : lancement d’une scène tournante, présentée comme la première du genre au Canada. [7]
  • 6 février 1957 — Rubrique « Show Business » : le Stork Club sur Guy Street vient de subir une « complete redecoration and refurbishing ». [7]
  • 15 juillet 1959 — Publicité pour Margo Lefebvre avec mention d’un Stork Club « newly remodeled luxurious ». [6]
  • 9 janvier 1961 — Encarts présentant le Stork Club comme cocktail lounge avec piano nightly de Charlie Kittson. [8]
  • 1 mai 1961 — Ouverture du Dining Room sous la direction du chef Maurice Godard (anciennement Café Martin). [8]
  • 5 juin 1961 — Annonce de la « new food policy » du Stork Club : lunchs d’affaires et dîners, toujours accompagnés de musique. [8]
  • 4 septembre 1962 — Avis du Quebec Liquor Board : demande de permis pour « Stork Club Inc., 1433 Guy Street », sous le nom d’Oscar Baril. [11]
  • 23 juin 1967 — Publicité présentant le Stork Club comme « Montreal’s only Discotel », avec buffet chaud/froid et ouverture jusqu’à 3 h du matin. [12]
  • 13 novembre 1970 — Article « Of cabbies, critiques and Columbus » : Juan Rodriguez décrit une soirée au Stork Club, toujours actif et « majestic as ever », avec le Paul Gingras Trio. [13]
  • 16 août 1972 — Article sur la présence des Fabulous Platters au Stork Club. [14]
  • 29 juillet 1977 — Publicité « New Stork… New Stork! » annonçant des soirées avec Force of Devotion et une grande ouverture prévue mi-septembre, toujours au 1433 Guy. [9]
  • 15 septembre 1977 — Lieu officiellement annoncé sous le nom La Nuit En Rose, avec spectacle de Jean Nichol. [9]
  • 22 octobre 1977 — Article sur le spectacle French Dressing : la salle est décrite comme La Nuit En Rose, « formerly the Stork Club on Guy Street ». [9]
  • 2 mars 1978 — Publicité « Nostalgia – ballroom dancing at La Nuit En Rose (formerly the Stork Club) », confirmant la filiation directe entre les deux établissements. [9]
  • 2 décembre 1978 — Chronique nightlife : projet d’une « mammoth new 21st century discotheque » sur le site de l’ancien Stork Club, investissement d’environ 1 million $. [15]
  • 24 avril 1979 — Article « New disco opening attracts star galaxy » : confirmation que la nouvelle discothèque s’appellera Oz, avec le groupe The Trammps pour l’ouverture du 2 mai 1979, « on the site of the former Stork Club on Guy St. » [15]

9. Notes & sources

  1. « Announcing to the Members and Their Friends the Official Opening of The Stork Club », publicité, The Gazette, 4 novembre 1938 (et annonce d’ouverture du 5 novembre 1938).
  2. The Gazette, 18 mai 1939, publicité « Their Majesties – The Toast of Canada » publiée par The Stork Club Inc., 1433 Guy Street.
  3. The Gazette, 11 novembre 1939, publicité « Poppy Day » signée The Stork Club Inc., 1433 Guy Street, adjoining His Majesty’s Theatre.
  4. The Gazette, 3 mars 1951, encadré publicitaire et texte descriptif sur l’atmosphère du Stork Club sur Guy Street.
  5. The Gazette, 25 août 1954, publicité pour Charlie Kittson, Rhythm Sisters et Golden Sisters au Stork Club, 1433 Guy St.
  6. The Gazette, 26 juillet 1955 (Taj Mahal Room au Stork Club) ; 15 juillet 1959 (Margo Lefebvre au « newly remodeled luxurious » Stork Club).
  7. The Montreal Star, 23 novembre 1956, pleine page « The Stork Club Café – A Revolving Stage (the first of its kind in Canada) » ; The Gazette, 6 février 1957, chronique « Show Business » mentionnant la redecoration du Stork Club sur Guy Street.
  8. The Gazette, 9 janvier 1961 (publicité cocktail lounge avec Charlie Kittson), 1 mai 1961 (Stork Club Dining Room avec le chef Maurice Godard), 5 juin 1961 (nouvelle politique alimentaire).
  9. The Montreal Star, 29 juillet 1977 (« New Stork… New Stork! »), 15 septembre 1977 (« La Nuit en Rose presents Jean Nichol »). The Gazette, 22 octobre 1977 (article sur French Dressing à La Nuit En Rose, « formerly the Stork Club »), 2 mars 1978 (publicité « Nostalgia – ballroom dancing at La Nuit En Rose [formerly the Stork Club] »).
  10. Article rétrospectif de la Montreal Gazette sur les swizzle sticks des cabarets montréalais, évoquant le Stork Club, les célébrités de passage et la piste de danse.
  11. The Gazette, 4 septembre 1962, avis du Quebec Liquor Board listant « Oscar Baril – Stork Club Inc., 1433 Guy Street, Montreal » dans la catégorie « Cabaret ».
  12. The Gazette, 23 juin 1967, publicité : « Montreal’s Only Discotel – Stork Club, 1433 Guy St. ».
  13. The Montreal Star, 13 novembre 1970, chronique de Juan Rodriguez « Of cabbies, critiques and Columbus », décrivant une soirée au Stork Club avec le Paul Gingras Trio.
  14. The Gazette, 16 août 1972, article sur les (Fabulous) Platters se produisant au Stork Club.
  15. The Gazette, 2 décembre 1978, article sur un projet de grande discothèque sur le site de l’ancien Stork Club ; 24 avril 1979, article « New disco opening attracts star galaxy » annonçant l’ouverture de la discothèque Oz le 2 mai 1979, sur le site du Stork Club, avec le groupe The Trammps.
1967
STORK CLUB
STORK CLUB

Source: The Gazette, 28 juillet 1967, division Postmedia Network Inc.

Lieu: Stork Club

STORK CLUB
STORK CLUB

Source: The Gazette, 3 juillet 1967, division Postmedia Network Inc.

Lieu: Stork Club

1941
STORK CLUB
STORK CLUB

Source: The Gazette, 11 août 1941, division Postmedia Network Inc.

Loading