Théâtre Delville (Montréal) – 1900–1902
Ancien Klondyke Music Hall transformé en théâtre familial par les duettistes français Charles et Fleury Delville, le Théâtre Delville fut l’un des premiers foyers de la revue locale montréalaise. Il fut actif seulement deux ans, mais joua un rôle majeur dans l’essor de la comédie, de l’opérette et de la revue québécoise.
1. Présentation générale
Le Théâtre Delville, actif de 1900 à 1902, est un jalon essentiel du théâtre francophone montréalais. Hérité de l’ancien Klondyke Music Hall, il est transformé par les frères Charles et Fleury Delville, duettistes réputés du Parc Sohmer, de l’Eldorado et des Variétés, qui en font une salle familiale mêlant comédie, drame, opérette et vaudeville. C’est dans cette salle que naît la première revue locale de grande ampleur au Québec, Montréal à la cloche.
2. Origines : du Klondyke Music Hall au Théâtre Delville
Fin décembre 1900, les Delville annoncent publiquement qu’ils prennent possession du Klondyke Music Hall (coin Montcalm et Sainte-Catherine) et qu’ils le convertiront en théâtre portant leur nom. Pour marquer cette transition, ils imposent une politique stricte : plus aucune consommation d’alcool ni de tabac dans la salle. L’entrée est déplacée sur la rue Montcalm et la programmation vise spécifiquement un public familial. [4]
Dès l’ouverture, débutant la semaine du 31 décembre 1900, sont présentées deux pièces : – L’Enfant du chemin de fer (opérette) – Le Serment du Marin (drame). [4]
3. Programmation (1900–1901)
Le Théâtre Delville propose un modèle unique : représentations tous les soirs à 20h et matinées à 14h (excepté mercredis et vendredis). Ces horaires intensifs reprennent ceux des cafés-concerts parisiens, mais adaptés au public montréalais.
Parmi les œuvres recensées :
4. “Montréal à la cloche” (1901) — naissance de la revue québécoise
Le 4 février 1901, les Delville présentent Montréal à la cloche, revue en quatre actes et quarante-sept motifs musicaux. C’est la première revue locale d’ampleur au Québec, et selon l’historien Jean-Marc Larrue, elle marque véritablement le début de la revue québécoise. [11]
L’œuvre revisite l’actualité montréalaise (affaires des loteries, grèves, cafés-concerts, marchés publics, types sociaux). Le compère parisien incarné par Charles Delville déambule à travers Montréal et rencontre une galerie de personnages locaux (l’ambulancier, le comptable, le pompier, le lutteur, le camelot, etc.). [12]
5. Œuvres, artistes & distribution
Les artistes récurrents incluent :
6. Critiques, réception & enjeux sociaux
La presse souligne le succès populaire, mais critique parfois le personnel du théâtre pour son attitude envers le public. La Presse du 19 février 1901 recommande aux Delville « d’éliminer certains polissons » afin de préserver la réputation de leur établissement. [7]
Par ailleurs, la critique de Jules Jéhin-Prume note les limites légales du Québec qui empêchent la caricature directe de personnages politiques, contrairement à Paris. Les Delville contournent ce problème en construisant des personnages fictifs typiquement montréalais. [12]
7. Déclin et transformation en Salle Poiré (1902)
Le Théâtre Delville ferme en mai 1902. Le lieu devient alors la Salle Poiré, où sont organisées des conférences publiques, dont celle du Club libéral de la partie-est sur l’espéranto, le 7 mai 1902. [10]
8. Chronologie
- Avant 1900 — Klondyke Music Hall
- 31 décembre 1900 — Reprise par les frères Delville
- Février 1901 — Première revue montréalaise : Montréal à la cloche
- 1901 — Programmation soutenue : drames, opérettes, comédies
- Mai 1902 — Fermeture et transformation en Salle Poiré
Notes & sources archivistiques
- Annonce d’adresse — Les Débats, 24 février 1901.
- Annonce d’ouverture — La Presse, 29 décembre 1900.
- Larrue, Jean-Marc — Les véritables débuts de la revue québécoise, Annuaire théâtral, 1992.
- Annonce de répertoire — La Presse, 13 janvier 1901.
- Critique — La Presse, 19 février 1901.
- Transformation en Salle Poiré — Les Débats, 4 mai 1902.
- Montréal à la cloche — La Presse, 5 février 1901.
- Analyse dramaturgique — Larrue, op. cit.