Wheel Club (Montréal, NDG)
Institution communautaire de Notre-Dame-de-Grâce, le Wheel Club est l’héritier direct de la Hillbilly Night, soirée country/bluegrass fondée en 1966 par Bob “Bluegrass Bob” Fuller au Blue Angel (rue Drummond). Depuis 1994–1995, cette tradition s’y poursuit chaque lundi, faisant du Wheel Club un des derniers refuges du country old-time en milieu urbain au Canada.
Présentation générale
Le Wheel Club est un bar-salle de spectacles situé en sous-sol au 3373 boulevard Cavendish, dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce (NDG). À l’origine club social de vétérans, il est devenu à partir du milieu des années 1990 le nouveau foyer d’une tradition musicale née au centre-ville : la Hillbilly Night, soirée country/bluegrass hebdomadaire fondée en 1966 au Blue Angel Café par Bob “Bluegrass Bob” Fuller. [1], [3]
Le Wheel Club se distingue par son atmosphère de “time capsule” : lambris brun-miel, photos en noir et blanc de Montréal, affiches du Rat Pack, plaques d’immatriculation anciennes, silhouettes en carton des années 1960, jukebox Wurlitzer des années 1950. Cet environnement, combiné à une programmation centrée sur la musique live, en fait un rarissime espace intergénérationnel où cohabitent traditions musicales anciennes et nouvelles scènes locales.
Depuis 2019, sous l’impulsion de Clifford (“Cliff”) Schwartz, le Wheel Club fonctionne comme un organisme à but non lucratif dédié à la diffusion artistique et à la préservation de la Hillbilly Night, tout en ouvrant sa scène à une diversité de genres (rock, funk, ska, jazz étudiant, karaoke, choeurs participatifs, etc.). [6], [7]
Origines : Blue Angel & naissance de la Hillbilly Night (1966–1993)
La genèse du Wheel Club en tant que lieu de country old-time se trouve au centre-ville, au Blue Angel Café, un petit club country du 1228 rue Drummond. En 1966, Bob Fuller y lance la Hillbilly Night, soirée du lundi destinée à préserver le country et le bluegrass d’avant l’ère countrypolitan. [3], [10]
Le Blue Angel est décrit dans le Montreal Gazette comme un établissement singulier : bar modeste, quasi entièrement tapissé de disques 45-tours, d’affiches, de listes de chansons manuscrites, et d’objets country. Fuller y installe une collection évaluée à plus de 100 000 disques, sans doute l’une des plus grandes collections de country au Canada. [11]
Dès la fin des années 1960, la Hillbilly Night repose sur des principes clairs :
- répertoire de country/bluegrass pré-1965 (puis pré-1969),
- instruments strictement acoustiques (guitare, banjo, violon, mandoline, steel),
- absence d’instruments électriques et de batterie,
- préférence pour le hillbilly, le honky-tonk, le bluegrass et le western swing.
Fuller conçoit la soirée comme une croisade pour défendre la « vraie musique » contre la commercialisation du Nashville Sound. Il est surnommé par la presse le “Country Crusader” et résume sa motivation par la formule : « I’m sitting here watching real music disappear. Someone has to protect it. » [13], [14]
Au fil des années 1970–1980, la Hillbilly Night devient un rendez-vous incontournable du country montréalais. Le Blue Angel accueille un public mélangé (habitués en stetsons, étudiants, musiciens de passage, touristes américains), et la soirée gagne une réputation nationale comme l’un des plus anciens open mic country du pays.
La fin des années 1980 marque toutefois un tournant : hausse des loyers, mutation du centre-ville, fatigue des lieux. Un article du Gazette de 1991 décrit le Blue Angel comme un établissement qui « ne tient plus qu’à la musique ». Le club ferme en 1993, après environ 25 ans d’activité. [16]
Pour Fuller, la Hillbilly Night ne doit cependant pas disparaître. Il tente une période transitoire à O’Leary’s, un pub de la rue Crescent, mais l’acoustique et l’ambiance de ce lieu sont peu adaptées à une soirée strictement acoustique. Il se met alors en quête d’un nouveau foyer durable.
Bob “Bluegrass Bob” Fuller — biographie & rôle fondateur
Bob Fuller (1933–2018) est la figure fondatrice de la Hillbilly Night et, par extension, de l’identité actuelle du Wheel Club. Musicien, animateur et collectionneur compulsif de disques, il fait du Blue Angel puis du Wheel Club des lieux dédiés à la préservation du country old-time. [4], [20]
Dès les années 1950–1960, il accumule des disques de façon systématique. En 1991, le Gazette estime sa collection à plus de 100 000 titres, principalement des enregistrements de country et de bluegrass des années 1930–1950. Il est régulièrement consulté par d’autres collectionneurs, des animateurs radio et des musiciens à la recherche de versions rares. [22]
Fuller est également un maître de cérémonie charismatique : au Blue Angel puis au Wheel Club, il présente les artistes, raconte des anecdotes sur l’origine des chansons, corrige parfois la tonalité ou la prononciation, et explique patiemment la logique de ses règles. La presse le décrit comme une « encyclopédie vivante du country ». [24]
Après la fermeture du Blue Angel, il transpose la Hillbilly Night au Wheel Club, avec l’appui de Jeannie Arsenault et de Dick Hearn. Jusqu’à la fin de sa vie, il y maintient ses principes esthétiques et historiques, faisant du lundi soir un rituel quasi liturgique pour les amateurs de country roots. Il décède en 2018, après plus de 50 ans de dévouement à cette forme de musique.
Migration vers le Wheel Club (1994–1995)
La migration de la Hillbilly Night vers le Wheel Club s’effectue entre 1994 et 1995. Le Wheel Club, club de vétérans de NDG, est alors dirigé par Dick Hearn, pompier retraité de Westmount. Il accepte d’accueillir la soirée dans son sous-sol, offrant ainsi un cadre plus proche de l’esprit du Blue Angel : salle intime, décor rétro, clientèle de quartier, ambiance conviviale. [18], [27]
Fuller, Jeannie Arsenault et une grande partie des habitués suivent le déplacement. Les affiches, certains objets, et surtout le répertoire et les règles de la Hillbilly Night sont transplantés tels quels. Le Gazette résumera ce mouvement par la formule : « The Blue Angel didn’t close — it moved to NDG. » [19]
Jeannie Arsenault — mémoire de la Hillbilly Night
Jeannie Arsenault, originaire des Maritimes, rejoint la Hillbilly Night au Blue Angel en 1974. D’abord chanteuse régulière, elle devient progressivement l’hôte principale de la soirée, rôle qu’elle conservera jusqu’en 2021. [5], [28]
Dans un portrait publié par CBC en 2021, elle affirme n’avoir manqué que dix Hillbilly Nights en 47 ans, résumant ainsi sa relation à la musique : « Music is my life. » [29]
Jeannie assure la continuité des règles instaurées par Fuller, gère la liste des musiciens, accueille les nouveaux venus et raconte les histoires du Blue Angel aux plus jeunes. Après le décès de Fuller, elle incarne la mémoire vivante de la tradition. Son retour sur scène lors de la première Hillbilly Night avec public après la pandémie, en juillet 2021, marquera symboliquement le « retour à la vie » du club. Elle décède la même année, laissant un vide immense dans la communauté NDG. [30]
Le Wheel Club sous Dick Hearn (1995–2018)
À partir du milieu des années 1990, le Wheel Club devient sous la direction de Dick Hearn un lieu hybride : club de vétérans élargi aux travailleurs de services (pompiers, policiers, ambulanciers, employés municipaux) et salle de musique country old-time. Une plaque provenant de sa caserne de pompiers demeure accrochée au mur du club, rappelant cette continuité. [27]
Le décor contribue fortement à son identité : lambris, guirlandes lumineuses rouge et vert, affiches de chanteurs populaires, photos de NDG et de Montréal, affiches du Rat Pack, plaques rétro et jukebox Wurlitzer des années 1950. Deux silhouettes féminines en carton, retrouvées dans un faux plafond lors de rénovations, deviennent une sorte de talisman décoratif. [31]
Dans cette période (1995–2018), le Wheel Club est principalement connu pour sa Hillbilly Night, mais accueille également d’autres événements à plus petite échelle (soirées dansantes, concerts de groupes locaux, événements de quartier). La salle est fréquemment décrite comme un lieu où se côtoient trois voire quatre générations, un fait relativement unique à Montréal.
L’ère Clifford Schwartz & modernisation (2019–)
Vers 2019, l’avenir du Wheel Club est incertain : départ à la retraite de la direction, fragilité financière, incertitude sur la poursuite des activités. Un reportage médiatique évoquant le risque de fermeture attire l’attention de Clifford “Cliff” Schwartz, musicien funk/R&B montréalais, compositeur pour SRC/CBC, et collaborateur de nombreux artistes. [33]
Cliff propose son aide et, avec une équipe de bénévoles, enclenche une modernisation prudente du club : amélioration du système de son, de l’éclairage, création d’une régie pour le livestream, réorganisation du décor sans effacer les éléments historiques, et formalisation du statut du Wheel Club comme organisme à but non lucratif. Il se voit davantage comme gardien que comme directeur, affirmant que le club a « sa propre vie ». [34]
Sa philosophie tient en une formule : « Welcome the old, integrate the new. » Il maintient la Hillbilly Night comme cœur historique de la programmation, tout en intégrant des concerts de rock, funk, indie, ska, jazz étudiant, des soirées hommage rétro, du karaoke et des expériences participatives comme le Club Choir. [35]
Pandémie, livestream & audience internationale (2020–2021)
En 2020, la pandémie de COVID-19 force la fermeture de la salle au public. Cliff transforme alors le Wheel Club en studio de diffusion : quatre caméras, régie vidéo, son optimisé, éclairage ajusté. Les prestations de Hillbilly Night sont enregistrées le samedi, puis diffusées sur Facebook le lundi à 20 h. Les dons recueillis en ligne sont partagés avec les musiciens. [36]
Ces livestreams attirent un public provenant de plusieurs pays (États-Unis, Europe, Australie, Japon), donnant à la Hillbilly Night une visibilité internationale inattendue. CBC souligne qu’il s’agit de l’une des soirées country les plus authentiques du continent selon certains téléspectateurs américains. [37]
En juillet 2021, la première Hillbilly Night devant un public restreint (environ 20 personnes) marque la réouverture progressive. Jeannie Arsenault, alors âgée de 77 ans, y interprète “Gonna Have a Good Time Tonight”, moment capté par CBC et reçu comme un symbole de résilience. [38]
La diffusion en direct reste aujourd’hui intégrée à l’identité du club, permettant à une communauté mondiale de rester connectée à la scène NDG.
Le Wheel Club aujourd’hui (2022–2025)
En 2025, le Wheel Club se présente comme :
- un sanctuaire du country old-time (Hillbilly Night hebdomadaire),
- un centre communautaire artistique pour NDG (programmation variée et accessible),
- un bar rétro au décor quasi-muséal,
- un espace intergénérationnel accueillant plusieurs cohortes d’habitués,
- un phare culturel reconnu au-delà de Montréal grâce aux livestreams.
Sa programmation actuelle combine :
- Hillbilly Night (lundi) ;
- karaoke du mercredi ;
- concerts de groupes locaux (rock, indie, funk, ska, soul) ;
- jazz étudiant (notamment Collège Vanier) ;
- soirées hommage et thématiques rétro ;
- Club Choir et événements participatifs ;
- lancements d’album et événements spéciaux.
Le Wheel Club est souvent décrit comme « presque mythique » par les médias : un endroit où l’on peut, un lundi soir, entendre du Hank Williams ou du Carter Family joué par des Montréalais de trois générations, dans une salle de quartier au décor figé dans le temps. [40]
Chronologie synthétique (1966–2025)
- 1966 — Fondation de la Hillbilly Night au Blue Angel (1228 Drummond) par Bob Fuller.
- 1974 — Jeannie Arsenault rejoint la Hillbilly Night comme chanteuse, puis hôte.
- 1978 — Portrait de Fuller dans le Gazette, surnommé « Country Crusader ».
- 1991 — Le Gazette décrit le Blue Angel comme un « musée vivant de disques ».
- 1993 — Fermeture du Blue Angel.
- 1993–1994 — Période transitoire à O’Leary’s (Crescent).
- 1994–1995 — Migration de la Hillbilly Night au Wheel Club (3373 Cavendish).
- Années 1990–2000 — Direction Dick Hearn ; identité NDG consolidée.
- 2011–2016 — 45e puis 50e anniversaire de la Hillbilly Night.
- 2018 — Décès de Bob “Bluegrass Bob” Fuller.
- 2019 — Cliff Schwartz prend en charge la relance et modernisation du Wheel Club.
- 2020 — Création du studio de livestream ; Hillbilly Night en ligne.
- 2021 — Retour du public ; Jeannie Arsenault remet la Hillbilly Night sur scène ; elle décède la même année.
- 2022–2025 — Le Wheel Club fonctionne comme OBNL, avec une programmation variée et des livestreams réguliers.
Notes & sources
- Adresse : site officiel Wheel Club NDG & répertoires locaux.
- Origine comme club de vétérans : TheMain.com, article sur l’histoire du Wheel Club.
- Fondation de la Hillbilly Night (1966, Blue Angel) et transfert NDG : TheMain.com, archives Hillbilly Night.
- Biographie générale de Bob Fuller : articles du Montreal Gazette (1978, 1991, 1999) et témoignages.
- Jeannie Arsenault : portrait CBC News (2021) & TheMain.com.
- Rôle de Dick Hearn & arrivée de Cliff Schwartz : TheMain.com, Wheel Club NDG.
- Statut OBNL : site officiel Wheel Club NDG.
- Origines Blue Angel & Hillbilly Night : Gazette, 1978–1991.
- Taille de la collection de disques de Fuller : Gazette, 1991.
- Citation « I’m sitting here watching real music disappear… » : Gazette, 1999.
- Surnom « Country Crusader » : Gazette, 1978.
- Portrait tardif du Blue Angel : Gazette, 1991.
- Migration vers le Wheel Club : archives Hillbilly Night & TheMain.com.
- Formule « The Blue Angel didn’t close — it moved to NDG » : reprise dans articles et témoignages locaux.
- Détails biographiques sur Fuller : reconstitution à partir de plusieurs articles et témoignages.
- Nombre de disques : estimation du Gazette, 1991.
- Portraits de Fuller comme « encyclopédie vivante » : Gazette.
- Rôle de Dick Hearn, pompier retraité : TheMain.com.
- Arrivée de Jeannie (1974) : CBC + TheMain.com.
- Citation « I had only missed ten Hillbilly Nights in 47 years » : CBC News, 25 juillet 2021.
- Retour post-pandémie de Jeannie et « Gonna Have a Good Time Tonight » : CBC 2021.
- Décor & éléments rétro (silhouettes, Wurlitzer, etc.) : TheMain.com.
- Parcours de Cliff Schwartz : site officiel Wheel Club NDG & TheMain.com.
- Citation « I’m just the caretaker » : TheMain.com.
- Programmation diversifiée & citations sur la jeunesse (Tower of Power, etc.) : TheMain.com.
- Description du dispositif de livestream pendant la pandémie : Wheel Club NDG & CBC.
- Audience internationale des livestreams : CBC News, 2021.
- Article CBC sur le retour de la Hillbilly Night avec public (juillet 2021).
- Mission actuelle du Wheel Club (OBNL communautaire) : site officiel.
- Description du club comme « almost mythical » : CBC.











