Katacombes (Montréal)
Fondée en 2006 et active jusqu’à la fin de 2019, la coopérative de travail Katacombes incarne l’un des chapitres majeurs de l’underground montréalais du XXIe siècle. Née dans l’orbite directe de L’X, elle prolonge une culture DIY et d’autogestion tout en s’ancrant dans un format différent : un bar-salle capable d’accueillir un large éventail d’événements (musique, humour, conférences, bénéfices) au cœur d’un centre-ville en recomposition. Avec une capacité de 325 places, Katacombes occupe un créneau rare : assez grande pour recevoir des tournées de “certaine envergure”, assez souple pour rester un lieu de relève, de liens internationaux et de communauté.
1. Présentation
Katacombes appartient à une famille de lieux “charnières” : des espaces qui ne sont ni des institutions, ni de simples bars de quartier, mais des plateformes où s’agrègent des scènes, des amitiés, des micro-économies et des pratiques de solidarité. Dans la mémoire de la scène montréalaise, Katacombes est souvent décrite comme un “chez-soi” pour les punks et les métalleux ; dans les sources, elle apparaît surtout comme une infrastructure : diffusion, relèves, liens internationaux, bénéfices, et capacité d’accueil rare.
Son histoire est aussi une histoire urbaine : au fil des années 2000–2010, le centre-ville se requalifie, les loyers augmentent, les taxes se durcissent, et les lieux alternatifs se déplacent. Katacombes résiste longtemps — puis devient, en 2019, un symbole de la fragilité structurelle des petites salles au cœur de la ville.
2. Généalogie : L’X comme matrice (fin 1990–2004)
La presse de la fin des années 1990 décrit L’X (182, rue Sainte-Catherine Est) comme un collectif pour et par de jeunes artistes : salle de spectacles, bar, ateliers (sérigraphie, photo, couture), expositions et centre de documentation. Katacombes naît dans cet héritage direct : mêmes réseaux, même culture de l’autonomie, même compréhension du lieu culturel comme outil de cohésion et de survie communautaire.
La fermeture de L’X en 2004 (éviction / requalification, pression immobilière, grands projets) crée une brèche. Katacombes apparaît ensuite comme une réponse pragmatique : conserver l’esprit, changer de format, trouver un ancrage viable dans une ville qui change.
3. Fondation et premier ancrage sur la Main (2006–2009)
En 2006, Katacombes s’installe au 1222, boulevard Saint-Laurent. Un texte de presse de décembre 2006 marque ce passage comme un basculement symbolique : un repaire ancien laisse place à un bar rock “underground”, et l’espace se reconfigure autour d’une nouvelle programmation — tout en revendiquant une filiation directe avec L’X.
Ce premier site sert de base opérationnelle : la coop apprend à stabiliser une équipe, une régularité d’événements et un modèle économique, dans un environnement urbain où les marges sont tolérées tant qu’elles restent “contenues” — puis poussées ailleurs dès que la valeur foncière monte.
4. « À nouveau au grand jour » : relocalisation et consolidation (2009)
Le 1er août 2009, Katacombes s’installe à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Ontario. Un article de 2009 décrit la réouverture comme un moment de consolidation : un lieu plus visible, mieux adapté à l’accueil du public, pensé selon une logique coopérative.
Cette relocalisation n’est pas seulement un déménagement : elle marque le passage d’un lieu “qui survit” à un lieu “qui dure”. Katacombes devient alors une salle repère : régulière, identifiable, accueillant des initiatives de festivals comme Heavy Montréal et Pouzza, tout en restant un espace de relève et d’underground.
5. Le lieu : iconographie, usages, atmosphère
La salle Ontario / Saint-Laurent est rapidement reconnaissable : un logo en tête de mort, un intérieur constellé de crânes et de chaînes, une esthétique assumée qui agit comme langage commun. Ce décor n’est pas un simple “thème” : il sert d’identifiant, de territoire, et de mémoire visuelle pour une communauté habituée aux lieux temporaires.
Dans les récits journalistiques, cette matérialité revient souvent : la salle comme antre, comme refuge, comme endroit où l’on “revient” — et où l’on apprend à coexister avec un voisinage qui change, parfois hostile, parfois indifférent.
6. Programmation : au-delà de l’étiquette punk/metal
Katacombes est associée au punk, au rock et au metal, mais sa programmation ratisse plus large : humour, swing, conférences, tournages, hip-hop, folk, ska, jazz. Cette pluralité est typique des lieux alternatifs structurés en coop : un lieu doit rester vivant, diversifier ses usages, et accueillir des publics variés tout en gardant une identité forte.
Des articles du Devoir du début des années 2010 confirment cette transversalité : la salle apparaît non seulement dans des pages “musique”, mais aussi au fil d’événements hybrides, signe d’une salle qui dépasse son étiquette.
7. Mission et diplomatie underground (réseaux, relève, international)
Katacombes se présente comme une salle qui aide la relève et maintient des liens au-delà de Montréal. Cette mission est formulée explicitement par Janick Langlais, membre fondatrice et responsable de la programmation : le lieu doit créer des connexions, du réseautage, et faire grandir une scène underground par l’organisation et la récurrence.
« Ç’a toujours été la mission des Katacombes, d’aider la relève musicale, de créer des connexions internationales et du réseautage pour faire grandir la scène underground. »
Dans cette perspective, Katacombes agit comme “diplomatie” : elle rend possible la circulation des groupes, la venue de tournées, et la formation de liens entre scènes — une fonction qui devient rare lorsque la ville ne laisse subsister que des lieux très petits ou très institutionnels.
8. Militantisme, bénéfices et gouvernance coop
La coop Katacombes est souvent citée comme l’un des rares lieux culturels montréalais gérés principalement par des femmes. Cette dimension n’est pas décorative : elle informe les choix de programmation, la place accordée aux bénéfices, et la façon d’inscrire la salle dans un tissu communautaire (féminisme, antifascisme, librairies anarchistes, droits des animaux, organismes de quartier).
Dans plusieurs récits médiatiques, Katacombes apparaît comme un lieu qui “sert à quelque chose” au-delà du divertissement : on y finance, on y organise, on y soutient. Cette vocation la rapproche directement de l’héritage de L’X, mais dans un format stabilisé.
9. Rôle structurel dans l’écosystème montréalais (325 places)
Avec ses 325 places, Katacombes occupe un créneau stratégique : assez grande pour accueillir des artistes “d’une certaine envergure”, assez intime pour rester un lieu de scène. Lorsqu’elle ferme, des articles soulignent que les petites salles ne peuvent combler entièrement ce vide : la taille compte, car elle conditionne le type d’artistes accueillis et l’économie de tournée.
Cette capacité intermédiaire explique aussi le statut de Katacombes dans la mémoire de la scène metal : la salle devient un lieu de moments marquants (concerts, festivals, soirées) — et un repère qui manque immédiatement après 2019.
10. Fermeture (2019) : taxes, embourgeoisement, spéculation
En 2019, Katacombes annonce qu’elle cessera ses activités à la fin de l’année. Les explications publiques évoquent des taxes municipales très élevées et l’impact de l’embourgeoisement du quartier, dans un centre-ville où les coûts augmentent et où les lieux alternatifs deviennent structurellement précaires.
Un cadre d’analyse plus large apparaît dans les textes : la spéculation immobilière repousse les scènes alternatives à la marge, phénomène observé à Montréal comme dans d’autres grandes villes. Cette fermeture est vécue comme un “déjà-vu” par les personnes issues de L’X : un cycle de déplacement, relocalisation, requalification — puis disparition.
11. Après Katacombes : mémoire, déplacements, reconversion
La fermeture ne met pas fin à l’underground, mais elle change sa géographie. Les médias citent d’autres lieux (Piranha Bar, Foufounes Électriques, L’Escogriffe, Ritz P.D.B.) comme points d’ancrage possibles, tout en soulignant que Katacombes offrait un avantage rare grâce à sa capacité.
En 2022, un projet annonce la reconversion du site en logements étudiants abordables, avec une ouverture évoquée autour de 2025. Cette transformation prolonge l’histoire urbaine de la salle : un lieu culturel disparaît matériellement, mais reste actif dans la mémoire — et dans les récits sur la ville qui se transforme.
12. Chronologie synthétique commentée
1998–2004 — L’X (matrice)
L’X sert de laboratoire DIY et de carrefour multidisciplinaire (concerts, ateliers, documentation). Sa fermeture en 2004 nourrit la reconfiguration des réseaux alternatifs.
2006 — Fondation de la coop Katacombes
Mise en place du modèle coopératif ; continuité explicite avec L’X.
2006–2009 — 1222, boulevard Saint-Laurent
Premier ancrage ; stabilisation des opérations ; apprentissage d’un modèle économique viable.
1er août 2009 — Déménagement à l’angle Ontario / Saint-Laurent
Réouverture et consolidation ; visibilité accrue ; la salle devient un repère majeur.
2009–2019 — Apogée et diversification
2 000+ spectacles, 350 000+ personnes ; programmation élargie ; bénéfices et événements communautaires.
Fin 2019 — Fermeture
Pressions structurelles : taxes, embourgeoisement, spéculation ; disparition d’un lieu “intermédiaire” (325 places).
2022– (annonce) — Reconversion en logements étudiants
Projet de logements étudiants abordables ; prolongement des débats sur la place des lieux alternatifs au centre-ville.
13. Notes & sources
-
L’ITINÉRAIRE, octobre 1999 — article
« Un collectif pour et par de jeunes artistes ».
Usage MCPA : description de L’X comme collectif artistique multidisciplinaire (concerts, ateliers, documentation), permettant d’identifier la matrice idéologique, organisationnelle et communautaire dont émergeront les Katacombes. -
LA PRESSE, 8 décembre 2006 — article
« Adieu taverne Alouette, bonjour les Katacombes ! ».
Usage MCPA : source fondatrice documentant l’ouverture des Katacombes au 1222, boulevard Saint-Laurent, la transformation du lieu, et la filiation directe revendiquée avec L’X. -
L’ITINÉRAIRE, 15 novembre 2009 — article
« Les Katacombes à nouveau au grand jour ».
Usage MCPA : documentation du déménagement à l’angle Ontario / Saint-Laurent, de la réouverture du lieu en 2009 et de la consolidation du modèle coopératif. -
LE DEVOIR, 18 juin 2012 — article
« Nostalgie et nouveautés ».
Usage MCPA : mentions d’événements hybrides tenus aux Katacombes, confirmant la transversalité de la programmation au-delà de l’étiquette punk/metal. -
LE DEVOIR, 15 juin 2013 — article
« De l’art de déconner (et de gentiment provoquer) ».
Usage MCPA : confirmation de la présence récurrente des Katacombes dans la vie culturelle montréalaise et de leur rôle comme lieu d’expérimentation et de sociabilité underground. -
URBANIA, 25 octobre 2019 — article d’
Éric Faucher.
Usage MCPA : source centrale sur la mission des Katacombes, leur gouvernance coopérative, le rôle prépondérant des femmes, le militantisme et les causes avancées lors de l’annonce de la fermeture. -
CBC, 24 octobre 2019 — reportage
annonçant la fermeture des Katacombes.
Usage MCPA : documentation factuelle de l’annonce publique, du contexte économique et des réactions au sein de la scène musicale montréalaise. -
RADIO-CANADA, 25 octobre 2019 — article
d’actualité.
Usage MCPA : source chiffrée citant plus de 2 000 spectacles et 350 000 personnes accueillies, utilisée pour quantifier l’impact structurel du lieu. -
LE DEVOIR, 25 octobre 2019 — brève
sur la fermeture des Katacombes.
Usage MCPA : confirmation croisée de l’annonce de fermeture et du contexte urbain (taxes, embourgeoisement, pressions immobilières). -
LE DEVOIR, 28 décembre 2019 —
article de Dominic Tardif,
« Katacombes ferme, mais l’underground ne meurt pas ».
Usage MCPA : analyse rétrospective reliant L’X et les Katacombes, examinant les déplacements des scènes alternatives, et soulignant l’importance du créneau intermédiaire des salles de 325 places. -
CBC, 12 septembre 2022 — article
annonçant la reconversion du site.
Usage MCPA : documentation du projet de transformation du bâtiment en logements étudiants abordables, prolongeant l’histoire urbaine du lieu après 2019. -
L’ÉCHO DE MASKINONGÉ, 2 août 2023 —
portrait de Janick Langlais.
Usage MCPA : mise en perspective du parcours post-Katacombes d’une figure fondatrice, soulignant la continuité des engagements communautaires et culturels au-delà de Montréal.


















































































